‹ Le Bouddha et le BouddhismeChapitre 28 sur 85 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Changements de dynastie en Magadha, favorable aux brahmanes. — Dynastie des Mandas; dynastie des Mauryas. — Tcliandragoupta ; Açoka. — Açoka se convertit à la doctrine du Bouddha ; il protège le bouddhisme contre les menées souterraines des brahmanes. — Troisième Assemblée générale : elle institue les missions sur une vaste échelle. — Le bouddhisme se répand au dehors de l'Inde. — Le règne d’Açoka est l’époque de sa plus grande splendeur dans l’Inde.

1. Le roi Kâlâçoka mourut en 4*25 avant notre ère, et ses dix fils, qui lui succédèrent l’un après l’autre, ne régnèrent ensemble que 22 ans, jusqu’en 403.

2. Le dernier de ces princes, Pindjamakha, fut alors détrôné par un certain Nanda. dont quelques Pourânas, qui sont, il ne faut pas l’oublier, des écrits brahmaniques, célèbrent la puissance avec une sorte d’enthousiasme en lui donnant le litre de Mahàpadma.

3. Ce n’était pas un homme de race pure, et c’est ce qu’il fallait aux Brahmanes pour que leur vengeance fût complète. Ces kchatlriyas odieux du .Magadha n’avaient-ils pas oublié que« tout ce que ce monde renferme est la propriété des «brahmanes? »

4. En les châtiant ainsi par le bras d’un homme de caste inférieure, ils rappelaient énergiquement à ceux qui avaient cru pouvoir l’oublier, que « c’est par la générosité du brahmane « que les autres hommes jouissent des biens de ce monde. »

5. Nanda s’empara donc du pays de Magadha et de Pâlalipoutra, qui était situé sur le Gange, non loin de la ville actuelle de Palna,et que Kâlâçoka avait érigée en capitale, à la place de Râdjagriha.

6. La dynastie de Nanda régna 88 ans, jusqu’à 315 avant Jésus-Christ. Les bouddhistes n’en ont pas conservé un souvenir favorable.

7. Ils ont flétri le dernier de ces rois, contemporain d’Alexandre le Grand, en lui donnant le nom d eDhanananda,

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qui, dans leur esprit, eu rappelant sa richesse, rappelle aussi son avarice.

8. Cependant il ne devint pas moins odieux aux bràhmanes, on ne sait pas bien pourquoi. Peut-être parce qu’il était devenu trop puissant, et que les rois trop puissants ne plaisaient jamais à une caste qui était si jalouse de sa prééminence qu’elle extermina, par un des siens, tous les rois, du moins d’après ce qu’elle dit dans la légende de Pâraçou- Rdma et ailleurs.

9. Le fait est que les brahmanes jetèrent leur dévolu sur un héros qui, indigné du meurtre de Porus(Pai/raua), venait de délivrer les pays de l’Indus et du Pendjab de la domination grecque, et dont le père avait été chef d’armée du roi ühanananda.

10. Tout jeune encore, il avait dû sortir en fugitif de la ville de Pâlalipoulra, parce qu’il s’était trouvé impliqué dans un complot qui avait eu pour but le renversement de la dynastie des Nandas. C’est ainsi qu'il était venu dans le Pendjab où il avait connu le conquérant macédonien déjà coupable du plus horrible des forfaits, le meurtre de plusieurs brahmanes.

11. On appelait sa famille la famille des Mauryas, et on la disait descendre des anciens Çâkyas; son nom à lui était Tchandragoupta.

12. Aidé de conseil et de fait par les brahmanes, il parvint à se rendre maître de la capitale du Magadha, et à étendre ensuite son pouvoir depuis les bouches du Gange à l’es , jusqu'aux embouchures de l'indus à l’ouest, et depuis l’Himâlaya au nord jusqu’aux monts Vindhya au sud; il se soumit, en un mot, toute la terre indienne que Manou appelle Arydvarta, le séjour des Aryas, ou hommes honorables.

13. Jamais roi hindou n’avait possédé un tel empire, et son petit-fils Açoka l’agrandit encore par l’acquisition du Kachmîr et du Kalinga (Orissa), puis par les armes paisibles de la prédication bouddhique.

14. Açoka fut la gloire du bouddhisme. Aussi les bouddhistes l'ont ils nommé Dliarmdçoka, l’Açoka de la loi. Nous avons sur son règne des documents très-authentiques, des inscriptions sur des colonnes et sur des rochers.

lo. On en a trouvé et l’on en trouve sur les points les plus divers de l’Inde, et toutes ces inscriptions, qui sont des édits religieux, rédigés en dialectes vulgaires, semblent avoir été composées par Açoka lui-même.

IG. Açôka succéda à son père Vindousâra, ami des Ptolémées, en 263 avant notre ère, mais ce ne fut que plusieurs années après qu’il éloigna de lui les brahmanes, dont la conduite lui était devenue suspecte, et qu’il se dévoua sans réserve au bien du bouddhisme.

17. Il le prit tellement à cœur, que dans une inscription, celle du mont Girnar, dans le Guzerat, il adjure ses descendants et successeurs de ne le jamais perdre de vue et de res ter toujours fidèles à la doctrine de Yahinsâ onde la bienveillance envers toutes les créatures.

18. Tant que régna Açôka, et il régna 37 ans, jusqu’à 226 avant Jésus-Christ, les brahmanes ne purent prévaloir contre le bouddhisme. Cependant ils ne laissèrent pas de le troubler en y semant des hérésies, et en le divisant ainsi par un grand nombre de sectes, dix- sept ou dix-huit.

19. Ils s’introduisaient sous les dehors les plus orthodoxes dans les vihdras, et répandaient parmi les religieux des doctrines subversives de l’union bouddhique.

20. Il était difficile de réagir efficacement contre de telles menées. Açôka qui se donne dans ses inscriptions la qualité de priyadarçin, homme plein de douceur ou d’amour, et qui, en effet, pratiqua le vœu du Bouddha : « Qu’aucune vie ne » soit détruite, » ne vit d’autre moyen pour venir à bout de ces perfidies que la rigueur.

21. Il invita les sectaires à se trouver devant lui dans le vihâra d ' Açôkârâma, qu’il avait fondé à Pdtalipoutra , et là. assis sur le siège patriarchal à côté du chef spirituel du bouddhisme, qui se nommait Maudgahjâijana, il fit interroger ces schismatiques sur leur doctrine, et après avoir constaté qu’elle était pleine d’erreurs et que ces erreurs étaient pernicieuses pour la discipline, il ordonna que tous ceux qui continueraient à la professer sortissent de son empire.

22. Cette mesure de rigueur atteignit, dit-on, 60.000 individus, et après cela le patriarche tint dans le même ciiiûra

TRADITIONS PRIMITIVES

une Assemblée générale qui fut la troisième. Elle eut lieu en l’an 246 avant Jésus-Christ et se trouva composée de 1000 arhats.

23. On voit par l’inscription de Bhabra que cette Assemblée prit pour direction de ses travaux les instructions d’Açôka.

24. Ce qui lui donne une haute importance, c’est qu’on y institua des missions en règle, non-seulement pour les pays indiens sur lesquels ne s’étendait pas le sceptre d ’Açdka, mais aussi pour les pays étrangers.

25. C’est par suite de cette mesure, et d’autres qui y correspondaient et la corroboraient, que le bouddhisme prit en peu de temps une immense extension, puisqu’il se répandit, d'une part dans le Dekhan et dans l’île de Ceylan, d’où il passa dans Y Inde trans gang étique, et d’autre part dans le Kachmîr et au delà de l’Indus, jusque dans le Souvarnabhoùmi ( Beloutchistan? ) et la Bactriane.

26. Le Mahdvança nous a conservé le nom des Sthaviras qui tournèrent la roue delà loi, c’est-à-dire, qui enseignèrent la doctrine du Bouddha dans ces pays. Ainsi l’apôtre du Kachmîr où régnait le culte non védique mais brahmanique des Nâgas (serpents) et dont les brahmanes paraissent avoir pris l’idée dans le Pentateuque, si même il ne se fonde pas sur des traditions bibliques plus anciennes, l'apôtre du Kachmîr s’appelait Madhyantika. Le roi de ce pays, Aravâla, fut le premier qui se convertit; le peuple suivit son exemple.

27. Nous avons déjà nommé l’auteur du bouddhisme à Ceylan, à savoir, le fils d ’Açôfca, le pieux Mahendra. 11 était entré en religion aussitôt que l’âge lelui avait permis, c’està-dire dans sa vingtième année; car le premier degré de la hiérarchie bouddhique n’est pas accessible auparavant.

28. Cependant la troisième Assemblée générale ne s’occupa pas seulement de l’extension du bouddhisme, elle s’appliqua aussi à le consolider là où il existait déjà, et, à cet effet, elle soumit toutes les Ecritures à une révision et les augmenta.

29. Cela résulte de l’inscription delà montagne de Bhabra, entre Delhi et Djaypour, où parmi les doctrines que celte troisième Assemblée doit consacrer, Açoka énumère celle de

la puissance surnaturelle, ou magique. Or, le Bouddha, loin de l’avoir enseignée, en avait réprouvé les pratiques.

30. La douceur d’esprit qui animait ce concile le porta à la condescendance envers ceux qui voulaient méditer à leur « manière la loi qui est pure, »ei dont les uns concevaient le Nirvdnà dans le vide, les autres dans la nature ( smbhâva'), ceux-ci dans la science, ceux-là dans Y Adibouddka.

31. Ces divergences de vues furent la cause de l'augmentation des livres, et parce qu’elles servirent à surexiler l’activité intellectuelle des bouddhistes, les avantages que le bouddhisme avait acquis sur le brahmanisme s’agrandirent.

32. Du reste, pour réduire ce dernier à l’impuissance et pour faire de plus en plus prospérer une doctrine dans laquelle il voyait la source de son bonheur et de celui de ses peuples, Açôka prit la mesure efficace de préposer à chacun de ses pays un dharma-mahdmdtra, dignité qui correspond assez à ce que nousentendons par évêque.

33. II construisit en outre un nombre immense de tû/idcas, et, faisant ouvrir sept des huit cylindres qui renfermaient les reliques du « meilleur des hommes, » il distribua celles-ci entre toutes les villes de son empire pour que la dévotion au Bouddha fût sans cesse entretenue parla vue des sanctuaires ( tchditya-stoupa ), qui les contenaient et qu’il fit élever avec richesse et magnificence.

31. Et en même temps qu’il pourvoyait ainsi au bien spirituel doses sujets, il eut grand soin d’augmenter aussi leur bien-être physique.

33. Jamais latcrrene fut mieux cultivée, jamais les routes, les canaux et lesréservoirs d’eau ne furent mieux entretenus, jamais les arts et principalement l’architecture, n’élevèrent di's monuments plus grandioses, jamais l’industrie des tissus de laine brochés d’or, des étoffes de colon, des ouvrages en cuir orné, des objets en filigrane et autres, n’alimentèrent un commerce plus actif et qui s’étendait de l’Egypte à la Chine; jamais les pauvres ne furent mieux secourus, jamais, en un mot, la société aryenne ne fut l’objet de soins plus vigilants, plus éclairés et [dus constants que sons le r-i Ao>ka.

36. C’est que ce prince, d’abord hostile à la doctrine nouvelle, avait ensuite médité avec fruit cette parole du Bouddha : « 11 ne faut pas désirer la sagesse pour soi seul, mais » pour l’appliquer à la conservation du monde. »

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