CHAPITRE Y
Déclin de l’empire du Magadha. — Dynastie Çounga, ennemie du bouddhisme. — Bouleversements politiques dans l’Inde par suite des invasions des rois grecs de la Bactriane. — Le bouddhisme est partout en péril dans l’Inde. — Invasion des Indo-Scyihes , repoussés par Svâmi Roudrasinha et par Vibramàditya, — Altération du bouddhisme par le Çivaïsme. • — Les Youë-chi font la conquête de l’Inde. — Us apportent dans l’Inde le sabéisme , et deviennent favorables au bouddhisme. — Ils contribuent à l'extension du bouddhisme en Chine,
1. Les successeurs de Dharmdçôka régnèrent jusqu’à l’an 170 ans avant Jésus-Christ; mais aucun d’eux ne se distingua à l’exemple de ce grand roi ; ils laissèrent déchoir l’empire du Magadha au point qu’il se démembra en (rois parties, à savoir, Magadha, Kachmir et Vidiçd, au sud-ouest.
2. Dès lors aussi, le bouddhisme se trouva dans une position moins avantageuse, surtout lorsque le dernier roi de la dynastie Maurya eut été renversé par un de ses parents, nommé Pouchpamitra, qui fut le fondateur de la dynastie Çounga. 11 établit son siège dans le Vidiçd.
3. Pouchpamitra prêta l’oreille aux suggestions haineuses des brahmanes, et il résolut d’extirper le bouddhisme.
4. Et de la manière dont il s’y prit, il ne tint pas à lui que ce projet ne se réalisât : il détruisit tous les vihâras qu’il put détruire, et tua un si grand nombre de religieux qu’il en reçut le nom de Mounihata, letueur des anachorètes.
5. Cette œuvre de persécution dura long-temps, car Pouchpamitra régna 36 ans. Il perdit enfin la vie au milieu d’une de ses courses de destruction, dans celle qu’il avait entreprise au pays d’Ons.scr.
6. Après lui, les rois grecs de la Bactriane, et surtout Ménandre, portèrent leurs armes victorieuses jusque dans l’Inde centrale; mais leur suzeraineté ne s’établit cependant uqe sur les pays de l’ouest.
7. Le bouddhisme, ami de la paix et du repos, n’avait rien à gagner dans ces événements, et il n’était guère plus heureux au Kachmîr, où, après le dépérissement du pouvoir des Mauryas, le roi Djaloka avait commencé par s’acharner contre les vihâras et à chasser les bhickchous, pour établir le culte de Çiva.
8. Ainsi l’œuvre du Bouddha fui partout en péril, du moins dans la terre aryenne proprement dite. Car la dynastie des Çov.ngas régna jusqu’à l’an 66 avant Jésus-Christ, et si elle ne marcha pas tout entière sur les traces de son fondateur, il ne paraît pas cependant qu’aucun des rois qui la composèrent au nombre de dix ait été favorable à la doctrine de Çàhya.
9. On peut dire la même chose, et avec plus de certitude encore, delà dynastie suivante, celle de Kanva, qui arriva au trône par le meurtre que Vasoudêva, son fondateur, fit du dernier roi Çounga, Dêvabhoûti, dont il était le ministre.
10. C’est depuis lors que le centre du bouddhisme, qui jusque-là avait été le Magadha, commença à se déplacer pour se porter au nord-ouestet à l’ouest.
11. Mais pendant que ces diverses dynasties, successeurs des rois Mauryas, et auxquelles il faut ajouter une autre qui avait son siège principal dans le Râchtrika, à savoir, cette puissante dynastie des Sinhas, dont leroi le plus grand, Roudradâman, parvint à rejeter le joug grec, pendant, dis-je, que toutes les dynasties agissaient dans l’intérêt du brâhmanisme, l’avenir préparait un revirement en faveur du bouddhisme, etcela par l’avénement à la domination de l’Inde d’un peu pie scythe ou tibétain, que les Chinois appellent les Youë-chi.
12. Ce peuple barbare, poussé par d’autres barbares de race turque, sortit, vers 165 ans avant Jésus-Christ, des pays de la haute Asie qui donnent naissanee au Hoang-ho ou fleuve jaune, et arrivant au lac Balkachi, il déplaça les peuplades connues sous le nom général de Saces ou Çakas, qu’il poussa devant lui de manière qu’ils passèrent promptement l’Oxus.
13. Le mouvement une fois donné ne s’arrêta plus, et les Youë-chi poussés et poussant obligèrent enfin les Saces à passer l’IIindoukoh, puis l’Indus.