‹ Le Bouddha et le BouddhismeChapitre 31 sur 85 · CHAPITRE VL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VL

Les brahmanes, pour vaincre le bouddhisme dans l’Inde centrale, établissent le culte sensuel de Krichna et de Kâma. — l’ar là le bouddhisme se voit amené à se créer aussi une mythologie. — Caractère de cette mythologie. — Le brahmanisme tend à absorber le bouddhisme par le syncrétisme. — La ilhagavad-GIlâ.

1. Cependant les brahmanes, grâce à l’appui de la dynastie des Kanvas qui leur était toute dévouée et qui tint le sceptre du Magadha jusqu’à l’an 23 av. notre ère, les brahmanes avaient fini par lasser la patience des bouddhistes, et les avaient contraints à leur céder le champ, pour s’en aller chercher ailleurs une terre plus propice que celle des lieux où le bouddhisme avait pris naissance.

2. Toutefois ce résultat, les brâhmanèsne le durent pas tant à l’action du bras séculier, qu’à l’art qu’ils déployèrent à s’attacher l’esprit du peuple par des légendes qu’ils forgèrent et dans lesquelles ils représentaient les dieux Vichnou, Çiva et autres, sous la forme de bouddhistes, pour convertir leur

adversaires à la doctrine de Çàkya, afin d’abâtardir parla le courage guerrier de ces ennemis des dieux, et de leur ôter toute vertu et tout bonheur.

3. En même temps ils établirent le culte de plusieurs divinités qu’ils surent rendre populaires, et parmi lesquelles Krichna et Kâma occupent le premier rang.

4. Krichna est la plus moderne et la plus aimable des créations de la mythologie brahmanique; c’est, comme on sait, Y Apollon et Y Hercule des Hindous. L’attrait de son culte sur les imaginations enthousiastes des populations aryennes, et surtout sur celle des femmes, devint bientôt irrésistible et les détourna du bouddhisme, qui n’avait à leur offrir rien de semblable. .

5. La mythologie, et surtout une mythologie gracieuse et riante, ne va pas à une doctrine purement morale comme le bouddhisme, et Çâkyamouni n’en avait pas parlé.

6. Pourtant il fallait une mythologie au bouddhisme; car comment s’attacher pour longtemps le cœur du peuple avec des préceptes et des abstractions, avec une religion sans dieux?

7. Le bouddhisme eut donc aussi sa mythologie; mais cette mythologie, bien qu’on y reçût d’emblée tous les dieux brahmaniques, eut un caractère si étrange et si fantastique, que les Hindous lui préférèrent les images plus accentuées et plus vives, les formes beaucoup plus réelles et mesurées du panthéon hrâhmanique.

8. Nous exposerons la mythologie bouddhique dans le livre suivant. Remarquons seulement ici, pour faire comprendre combien était naturel le sentiment qui porta les Hindous à préférer le système brahmanique au système bouddhique, que les proportions de ce dernier se mesurent sur le nombre kôti qui vaut dix millions, tandis que celles du premier ont pour base le lakcha, ou le nombre cent mille.

9. Ainsi la mythologie bouddhique qui est sans mesure, où un nombre incalculable de Bouddhas, créateurs d’un nombre non moins incalculable de bôdliisattvas, qui habitent des millions de millions de mondes, où ils sont adorés par des dieux sans nombre, la mythologie des bouddhistes, dis-je, qui

TRADITIONS PRIMITIVES

est sans mesure, et où cependant Vidée de Dieu et de l'éternité n’apparaît pas, est analogue à leurs collections de traités religieux ou métaphysiques qui sont d’une étendue immense (la Pradjnâpâramitâ, par exemple, contient 100,000 articles), et qui accusent chez eux, par celle exagération même, une impuissance et une débilité d’esprit qu’on ne trouve au même degré chez les sectateurs d’aucune autre religion.

10. Aussi la littérature bouddhique n’offre-t-elle presque aucun intérêt littéraire. Ce sont, ou des narrations dont le débit est si prolixe, si diffus et si vulgaire, qu’elles font dormir debout, ou des expositions métaphysiques qui révoltent le bon sens lorsqu’elles ne donnent pas le vertige à l’intelligence, parce qu’il n’y a ni valeur dans les idées, ni précision dans les termes; ou, enfin, des imaginations qui se jouent du naturel et du surnaturel d’unemanière tellement bizarre qu’on nepeut vraiment pas les juger avec indulgence.

11. Cette absence de bon sens et de sobriété dans la doctrine religieuse du bouddhisme, qui du reste est infiniment plus sensible dans les écrits des bouddhistes du nord que dans ceux du sud, devait être le châtiment de cette prétention à l’intelligence et à la science illimitée, bôdhi, dont le Bouddha avait donné l’exemple.

12. C’est aussi pour cette raison que les brahmanes, dont la religion est bâtie sur le fond positif de l’intelligence humaine, bouddhi, réussirent avec le temps à déconsidérer le bouddhisme dans l’esprit des Hindous, et cela malgré leur égoïsme doctrinal, si crûment enseigné dans le texte que voici :

13. « Celui qui, sans en avoir reçu la permission, acquiert, » par un moyen quelconque, la connaissance du Véda, est » coupable du vol du Véda et va dans l’enfer. »

li. Ils finirent par faire accroire à la foule que les bouddhistes, dont la doctrine morale était si désintéressée et si généreuse, lui prêchaient une loi trompeuse, qu’ils étaient des fous dont la folie s’annonçait par leurs vêtements jaunes, par leur langage égaré par Mâyàe t par leurs actions injurieuses pour les dêvas.

15. Leur maître, dirent- ils, est sans doute une incarnation de Vichnou. mais ç’a été la dernière, la 9e, celle qui devait

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