Telle est en substance la théorie de la doctrine ésolé
rique, que le bouddhisme s’est faite postérieurement à Çâkyamouni, et qui, pour conduire le bhikchou à la perfection de la sagesse qui fait le bouddha, le mène par toutes les négations, celles de la forme, delà sensation, de l’idée, de la connaissance, à la négation absolue et suprême de l’être (avidyà).
22. Il est vrai que la crudité de ce nihilisme n’est pas au fond aussi effrayante qu’elle le paraît d’abord -, la surabondance des termes négatifs qu’affectionne la métaphysique du bouddhisme n’implique pas du tout le fait d'athéisme.
23. Il n’y a pas de peuple athée, cela est de tout point impossible. Le missionnaire Ziegenbalg demanda à un Hottentot s’il croyait en Dieu. Le Hottentot lui répondit, tout étonné de cette demande : Qui est-ce qui ne croirait pas qu’il y a un Dieu ?
24. Dans le bouddhisme, tous les termes négatifs, même lorsqu’ils sont posés comme absolus, ont une valeur relative, et l'anéantissement se rapporte toujours à la nature, à l’être créé, cà ce qui a un nom ou une forme quelconque et qui en rappelle les conditions de créature.
2o. Le bouddhisme n’a pas nommé Dieu, il ne l’a pas nié; il l’a mis en quelque sorte hors de cause, le regardant comme ineffable (àvwvup.sç) et inaccessible pour toute créature, tant qu’elle recèle encore un élément périssable quelconque.
26. L’enchaînement mutuel des causes, les quatre vérités sublimes, la transmigration et le nirvana, ces théories fondamentales du bouddhisme, ne nous autorisent nullement cà dire que les peuples bouddhiques « adorent le néant à la place de » Dieu. »
27. En émettant des axiomes comme ceux-ci : « toute » substance est vide » ou « tout phénomène est vide » et autres analogues, le bouddhisme n’entend pas par vide, ( çounya ), le vide absolu, le néant athée, mais le vide cosmique, la vacuité, cà peu près dans le sens du boou de la Genèse, qu’on traduit aussi par vide.
28. De même, par non-être (avidyà), ils n’entendent pas nier l’essence suprême, mais ils veulent dire seulement que Y être est détaché de la nature et de ses conditions.