CHAPITRE IV
Suite de la cosmographie et de la mythologie du bouddhisme. — Le système des kalpas ou périodes du monde.
1. Au-dessous du inonde métaphysique que nous venons de décrire à grands traits , est placé le monde terrestre, dont la forme est fort exactement comparée par les bouddhistes à un immense vaisseau circulaire ayant pour màt une montagne.
2. C’est le mont Mérou , mot qui parat signifier « le séjour » des oiseaux ou anges. » Il sort de la mer à une hauteur qui est égale à la profondeur dont il s’v enfonce.
3. Autour du mont Mérou s’élèvent sept montagnes en cercles concentriques, qui s’abaissent successivement à mesure qu’elles s’éloignent de leur centre, et dont les intervalles forment de vastes amas d’eaux.
4. Au delà de la dernière de ces montagnes, s’étend la grande mer dans laquelle, aux quatre points cardinaux, orientés sur le mont Mérou , s’élèvent ce que les bouddhistes appellent les quatre îles ( dvipas )
5. Parmi ces îles, celle qui est située au midi se nomme Djamboudvîpa , l’ile de l’arbre djambou ; elle est de forme carrée, c’est la terre du bouddhisme.
6. L’ile qui s’élève au nord , et qui est considérée comme un séjour des saints, s’appelle Oullarâkourou. Il n’y a rien à
! remarquer quant aux deux autres, qui s’appellent Poîirvavidêha à l’est, et Aparagôdhanhja à l’ouest.
7. Au delà de ces îles, le monde finit par une haute montagne ( Tchakravâlaparvataya ), qui l’enferme dans un cercle immense et dont la base va rejoindre, au fond de la grande mer, la base du mont Mérou.
8. Le tout flotte ainsi, en équilibre, sur les eaux de l’abîme, et voici les êtres qu’il contient :
9. D’abord, la partie supérieure du mont Mérou et au-dessus est divisée en 6 étages qui forment la région des désirs (Kâmadhàtou) .
10. Les êtres qui habitent cette région sc nomment les dieux du désir ( Kâmâratcharas ), et le premier étage, le plus
élevé, est le séjour des dieux qui disposent de toutes les formes qu’ont revêtues les autres, et s’en revêtissent à volonté ; c’est pourquoi on les appelle Paranirmita vaçavartins.
11. L’étage au-dessous est le séjour d’êtres divins à peu près identiques aux premiers, puisque leur caractère est de jou r, pour leur plaisir, du pouvoir magique des transformations. On les appelle Nirmânaratis.
12. L’étage inférieur au précédent forme le ciel des dieux Touchitas, qui sont toujours remplis de joie et de satisfaction.
13. Avec eux habitent, au milieu des Apsaras ou nymphes, ceux qui n’ont plus à suhir qu’une seule renaissance sur la terre « pour arriver à l’autre rive , » c’est-à-dire pour s’élever au séjour des bouddhas.
14. C’est donc aussi là qu’était le séjour du bôdhisattva Çvêtakêlou (ou Étendard blanc) avant qu’il ne descendît sur la terre pour devenir bouddha, sous l’enveloppe corporelle du fils du roi Çouddhôdana.
15. 11 y était adoré, dit la légende, par 100,000 dieux, et des centaines de millions de dieux l’accompagnèrent dans sa descente.
16. Au dessous des dieux Touchitas habitent les Yâmas , dieux protecteurs des divisions diurnes.
17. Puis au 5e étage, qui est placé au sommet du mont Mérou, demeurent les 33 dieux atmosphériques du brahmanisme, les 8 Vasous, les 11 Roudras , les 12 Adityas et les 2 Açrins; leur roi est Indra.
18. La félicité de ce séjour est partagée par toutes les créatures qui ont mérité d’y monter après leur mort, et qui, lorsque la récompense de leur vertu est épuisée, reprennent un corps terrestre jusqu’à ce qu’ils aient atteint à la perfection qu’exige le monde des bouddhas.
19. Vient enfin l’étage inférieur, le 6e étage, établi sur les flancs supérieurs du Mérou , où demeurent , aux quatre points cardinaux, les quatre grands rois Mahârâdjas, et qui ont pour mission de protéger l’univers terrestre.
20. Celui qui réside du côté du nord est le glorieux Vaîçravana , on l’appelle aussi Dhanada; du côté de l’orient réside le protecteur par excellence, Vhritarâchtra; au midi
est établi le gigantesque Viroûdhaka; à l’occident, Viroûpâkcha , aux yeux difformes, entouré de Nàgas.
21. Voilà la région des dieux; au-dessous de cette région commence celle des génies , divisée en 4 étages.
22. D'abord les Jsouras, qui habitent presque sur le même plan que les quatre grands rois -, puis, au dessous, les Nàgas ou dragons; ensuite les Garoudas, sorte d’oiseaux, enfin les génies de l’air et les Kownbhândas, à l’extérieur difforme.
23. De là on descend dans le monde des hommes et des animaux, et enfin dans la région la plus inférieure du système, au delà de la grande montagne circulaire et au-dessous des grandes eaux sur lesquelles le monde est porté, et où se trouvent échelonnés les 10 enfers.
24. Les 8 premiers de ces enfers sont de feu; les 8 derniers de glace.
2o. Avitchi est le nom du dernier des enfers brûlants; Mahàpaclma, celui du dernier des enfers glacés.
26. Là sont soumis à tous les supplices les méchants, qui, après leur mort, ont mérité de renaître dans un lieu de punition; et ces tortures sont longuement décrites dans les recueils légendaires, tels que le Divga avadàna.
27. L’enfer cependant n’est pas non plus éternel. De même qu’on sort du ciel des dieux après y avoir usé le mérite de la vertu acquise dans une existence précédente, et qu’on renaît dans le corps d’un sage; de même, on sort de l’enfer après qu’on y a épuisé la peine due aux méfaits, et l'on renaît sous la forme d'une chose plus ou moins infime ou abjecte, le plus souvent sous la forme d’un animal.
28. D’animal, on devient Prêla, démon qui souffre d’une soif continuelle ; ensuite, Asoura , génie ou géant, puis homme , et enfin Dêca ou dieu.
29. Telles sont les 6 conditions principales de l’existence que parcourent, dans leurs transmigrations, les créatures, et chaque transmigration efface en elles le souvenir de la vie précédente. Les bouddhas seuls se les rappellent toutes.
30. Outre ces 16 enfers, il y a encore d’autres lieux infernaux ; on les appelle Lôkânlarika narakas , c’est-à-dire enfers situés dans les intervalles des mondes.
TRADITIONS PRIMITIVES
31. En effet, le monde terrestre que nous venons de décrire, n’est qu’une petit e partie de l’univers, puisque chaque bouddha est le protecteur de 18,000 de ces inondes, et que le nombre des bouddhas est infini comme leur science.
32. L'univers, ou plutôt les univers, car il y en a beaucoin», se composent donc chacun d’un très-grand nombre de mondes en tout semblables au nôtre. Ils sont juxtaposés dans l’espace, et se touchent les uns les autres par six points de leur circonférence.
33. C’est dans les intervalles ainsi formés, et qui sont des espaces triangulaires, que demeurent plongés dans une eau extrêmement froide et dans les ténèbres que produisent leurs péchés, les coupables qui ont mérité d’y renaître après leur mort .
34. Cette mort arrive pour les hommes, suivant le Kalpa ou la durée de la période du monde oii ils vivent.
35. Chaque monde a 4 Kalpas qu’on nomme kalpas moyens : le kalpa de la renaissance, celui de la stabilité, celui de la destruction, et celui du vide.
36. Chacune de ces périodes dure 336 millions d’années qu’on subdivise en 20 petits kalpas, dont chacun, par conséquent, comprend 16,800,000 années.
37. La réunion de 80 petits kalpas ou celle de 4 kalpas moyens constitue le Mahâkalpa ou grand kalpa, dont la durée est de 1,344 millions d’années.
38. Or, outre les grandes évolutions que nous venons de désigner comme caractérisant les kalpas moyens, il y a celles des petits Kalpas , qui se distinguent en kalpas d’accroissement, en kalpas de décroissement et en kalpas intermédiaires.
39. Chaque Mahâkalpa a 32 kalpas d'accroissement, autant de décroissance, et 16 kalpas intermédiaires.
40. C’est sur la durée de ces périodes que se règle la durée de la vie humaine, de sorte qu’au commencement de chaque kalpa de d< croissance et à la tin de chaque kalpa d’accroissement, elle va jusqu’à 80,000 années, tandis que dans les kalpas intermédiaires, cette durée n’est que de 10 années, et même moins.