‹ Le Bouddha et le BouddhismeChapitre 43 sur 85 · CHAPITRE Y · texte numérisé non relu

CHAPITRE Y

La prière bouddhique ; — elle découle du principe de la grâce de la doctrine de

Çâkyamouni. — Ses caractères. — Le Mantra de six lettres. — Les T entras

ou traités de la science magique. — Le culte du linga.

1. Çâkyamouni , par la même qu’il s’était lu sur Dieu n’avait pas non plus parlé de la prière , de 1 invocation ou de la supplication religieuse.

2. Du moins, on ne trouve à ce sujet aucune prescription dans les recueils qui contiennent d’ailleurs le détail des diverses institutions disciplinaires et de toutes les obligations imposées, soit aux religieux, soit aux simples fidèles (oupâsakas.)

3. Cependant, comme Çèikya avait dit que la bienveillance ou la grâce ( prasâda ) unit le bouddha aux créatures et les créatures au bouddha, que le bouddha inspire aux hommes le désir d'être parfaits, âvênika, c esl-a dire détachés des affections-, tandis qu’à leur tour, ils coopèrent a l’œuvre de cette grâce par la bienveillance qu’ils sentent pour le bouddha, le Talhàgala avait jeté dans les cœurs le germe qui produit la priere, à savoir, le sentiment intime de notre dépendance d’un être supérieur, accompagné de celui de notre crédit auprès de lui.

4. D’adleurs, la prière qui naît du ciel avec l’aurore, dit \eVèda, qui est antique et fortunée, passait, chez les Hindous, pour un acte de piete indispensable et plus excellent que le

i sacrifice même.

5. Cette croyance dans l’efficacité de la prière, le sacrifice non sanglant, les avait conduits à en faire un acte rnen-

TRADITIONS I RIMIT1VES.

tal perpétuel, et à cet effet, ils l’avaient condensée dans quelques mois, et finalement dans un seul monosyllabe composé de trois lettres A U M.

6. A ces lettres réunies, ils attribuaient une telle vertu que le Dharmaçâsfra dit ces propres paroles : « Le monosyllabe » A [JM est le Brahma suprême (aunkârah param Brahma.)

7. On n’est pas en état de dire, comme on l'est pour le monosyllabe sacré des Hébreux : Ja/i, à quoi tient la sainteté de ces trois lettres exprimées par un seul signe et qui représente ainsi, même aux yeux, le principe un et simple.

8. On serait peut-être mal fondé d’y voir le mot amen , la vérité de Dieu. 11 est possible qu’on ait voulu exprimer par ià l’éclat, la puissance, la gloire de l’Etre suprême, et qu’ainsi il soit d’origine Zende où l’on trouve Om avec un sens analogue.

9. Quoi qu’il en soit et quelque faible qu’ait été l’insistance du Bouddha sur la nécessité de la prière, les Hindous devenus ses adorateursne pouvaient passe dépouiller du besoin le plus intime de la conscience aryenne et renoncer à la prière.

10. Us priaient donc, mais c'étaient, il faut le dire, des prières d’un genre particulier, puisqu’elles ne s’adressaient ordinairement qu’a une puissance surnaturelle qu’elles ne nommaient, ni ne définissaient.

11. De là, des locutions comme celle-ci : « Quelle prière » as-tu adressée? » ou : « Il a adressé la prière pour suivre la » loi, » sans désignation quelconque de l’Être qu’on priait.

12. Aussi la prière prend-elle le plus souvent la forme d’une aspiration ou d’un soupir, comme, par exemple : « Puissé-je entrer dans la vie religieuse sous la loi d eÇàluja- » mouni et obtenir l'état à’arhal ! » — « Puissions-nous trou- » ver un refuge auprès du Bouddha! » — « Puissé-je, par » l’effet de celle offrande, devenir un jour un bouddha ! « — » Puissé-je être agréable au Bouddha ! »

13. Quand la prière est adressée directement au Bouddha, c’est toujours une sorte de doxologie, comme par exemple : « Adoration au bienheureux Çàkyamouni , complètement et « parfaitement Bouddha ! » ou à toute la triade : — « Adora- » tion à Bouddha', adoration à Dharmal adoration à San-

» gha! Aum! » Celle formule est célèbre et s’appelle celle des « trois éminents ou des trois joyaux. »

14. Mais parmi tous ces mantras ou formules d’adoration, il y en avait un qui surpassait et surpasse encore en sainteté et en efficacité toute autre prière; on disait qu’il avait été enseigné par Çâkyamouni lui-même.

lo. C’est le fameux mantra de six lettres (vidyâ chadakcharï) Aum mani padmê hoûm : « Gloire ! la perle (de la plénitude » céleste) est dans le lotus. Amen. »

16. C’est cette formule que les religieux ne cessent de répéter du matin au soir, et qui couvre toutes ces roues à prières que l’étrange dévotion des bouddhistes du Tibet et de la Mongolie a inventées dans l’idée que cette mécanique suffit pour réaliser le vœu du Bouddha, à savoir « de faire tour- » ner la roue de la loi , » c’est -à-dire de propager la loi , de lui assurer l’empire sur le monde. Le mouvement de la roue leur rappelle en outre la transmigration.

17. Puisque le bouddhisme dut arriver à mettre sa confiance dans des expédients pareils, on pense bien que la pratique de la doctrine authentique de son fondateur ne fut pas de longue durée et qu’à mesure qu’il se détourna du but que Çâkyamouni lui avait donné, la perfection de la pratique des vertus morales, il lui fallut des formules précatives d’une nature autre que celles qui lui avaient suffi d’abord.

18. Les aspirations d’un mysticisme devenu de plus en plus fantastique par l’adjonction graduelle d’une mythologie entièrement étrangère à son organisation première , lui créèrent promptement des besoins nouveaux.

19. Le brahmanisme n’y était pas étranger. Déjà au temps du Bouddha il pratiquait l’art de la divination et de la magie et promettait à ses sectateurs la puissance surnaturelle en récompense de leur vertu. Le Bouddha, plus d’une fois, avait réprouvé ces pratiques qu’il appelait « science grossière et de » mensonge » , et les avait sévèrement défendues à ses fidèles.

20. Mais cette défense ne put tenir contre les rites étrangers qui s’introduisirent dans le culte bouddhique par le fait de l’établissement des bouddhistes au milieu des populations

TRADITIONS PRIMITIVES

de l’ouest de l’Inde, celles du Kachmir, des pays du Pendjab , et de la vallée de l’Indus.

21. Ces peuples, auprès desquels les sectateurs du Bouddha cherchaient un refuge contre les persécutions des dynasties Çounga et Kanva, étaient adonnés au culte des serpents (ri'iyas), de Çiva et d’autres dieux terribles.

22. Et alors le mysticisme se forma des codes spéciaux nommés Tantras , où le culte des dieux qui doivent protéger leurs adeptes et leur procurer la puissance surnaturelle, est enseigné au moyen d’un rituel qui dénote chez les bouddhistes toutes les superstitions de la peur et la plus déplorable déchéance intellectuelle.

23. Ce qui caractérise surtout ce culte, ce sont les invocations ou formules de conjuration, nommées dhàrams , et les mandatas ou figures magiques.

24. Il ne faut pas confondre ces derniers avec d’autres signes, qu’on nomme mangatas, qui sont de bon augure et de tradition fort ancienne dans le bouddhisme.

25. Ils se voyaient, dit -on, tracés sur la paume de la main et sur la plante des pieds du Bouddha, et il y en a beaucoup surtout chez les bouddhistes du sud. Il suffit d’en nommer trois : la roue (tchakra), le cheval ( Yàlàhaka ), et le premier de tous, le signe de bénédiction, le svastika , qui, sous la forme d’une croix, est destiné à rappeler le sacrifice que Çâkya fit de sa chevelure au moment où il embrassa la vie de solitaire. Ce signe représente donc une touffe de cheveux écourtée et bouclée.

26. Quant aux pratiques des dhâranîs et des mandatas , aussi absurdes que bizarres, elles rappellent celles des sorcières des Shakspeare et de Goethe, et les auteurs des Tantras ravalèrent par elles le bouddhisme à une œuvre de magiciens et de jongleurs. __

27. Les dhâranîs passaient pour avoir été composées par les divinités mêmes et leur charme était censé être assez efficace pour briser en morceaux tout ce qui en était atteint.

28. C’étaient des formules dans le genre de celles-ci : Rouhê, rouhê, rouhê, rouhê , rouhê! — Ahê, hahê , nahê, vanahê !

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