‹ Le Bouddha et le BouddhismeChapitre 45 sur 85 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Déchéance du bouddhisme. — Ses tendances à l’athéisme se développent au

contact de l’école Sâukhya. — La secte des Svâbhâvikas ou matérialistes prévaut vers l'époque de la 4e assemblée générale. — Description de sa doctrine.

1. Quant le bouddhisme fut tombé dans un état aussi misérable que celui que nous venons de caractériser, il n’est pas étonnant qu il en vint enfin à nier formellement l’Etre absolu.

2. Nous dirons plus tard comment et dans quelle mesure l’influence du christianisme le releva de cet extrême abaissement intellectuel -, pour le moment achevons l’aperçu de sa déchéance.

3. L’habile malice des brahmanes y fut pour beaucoup. Tandis que pour eux ils s’étaient faits conservateurs en préférant prudemment au culte de Brahma , dieu créateur, celui de Vichnou. le dieu qui conserve et protège, ils avaient su pousser les bouddhistes au culte de Çiva, le dieu de la destruction.

TRADITIONS PRIMITIVES

4. Et de môme qu’ils avaient précipité le commun des bouddhistes dans les pratiques de l’idolâtrie par les grossières séductions du culte de leurs divinités sensuelles , de même aussi ils pervertirent l’intelligence des penseurs bouddhistes par la contagion de leur école philosophique , appelée Sânkhya.

5. Le Sânkhya n’est pas précisément unephilosophieathée, mais son panthéisme est le plus décidé qui puisse se concevoir; car son Etre suprême se réduit à une machine de production et d’absorption permanentes, en même temps qu’il identifie tous les esprits à l’Esprit universel. On reconnaît là l’automate spirituel de Spinosa.

tf. L’école Sânkhya s’était formée au contact du bouddhisme dont la terminologie négative avait fait croire à un fond de doctrine également négatif ; c’était une erreur.

7. Mais l’erreur était facile à commettre, et une fois commise, elle devait porter ses fruits et réagir sur le bouddhisme d’une manière désastreuse.

8. Redisons-le : les termes négatifs de Çàkyamouni n’avaient qu’une valeur relative et nullement une valeur absolue : son non-être n’était pas la négation de l’Etre par excellence ; ] c’était une manière de protestation contre l’existence finie, et un aveu de l’impuissance où il se voyait de définir Dieu, qu’il ne voulait pas accepter de la main des brahmanes.

9. Eh bien , à mesure que les bouddhistes se laissèrent prendre aux amorces des idolâtries qui avaient cours dans le brahmanisme, l’intelligence de leurs philosophes s’obscurcit et ces hommes se mirent à exalter froidement la matière, dont Kapila. le chef de l’école brahmanique Sânkhya , avait placé la source nécessaire dans l’Etre suprême ( Pradhànam ).

10. « Tout est tiré ou émané j^le cet Être impérissable, » dit le Sânkhya : sarvam idan lalam avyayasya.

11. On exposait et développait cette doctrine dans les brahmasoûlras ou oupanichads, que les brâhmanes mettaient en crédit en les datant des richis ou sages des temps védiques.

Ils allaient même jusqu’à altérer ainsi le texte de leurs livres sacrés, le Rig-Véda et le Dharmaçâslra.

Page 1