‹ Le Bouddha et le BouddhismeChapitre 49 sur 85 · C’était cet ordre de croyances qui faisait dire à Job · texte numérisé non relu

C’était cet ordre de croyances qui faisait dire à Job

« Je sais que mon Rédempteur est vivant, » et à Jacob : « Que » les peuples s’assembleraient auprès de Juda, » le lion , la maison zodiacale du soleil.

14. Quant à l’astre pouchya, qui est dit présider à la mission ou à la vocation du Bouddha, il est placé dans le signe qui, lorsqu’on l’appelle Cancer, blesse le héros qui combat le serpent et meurt écrasé sous son talon, mais qui, comme Scarabée, vole sans cesse vers le soleil.

15. Ce sont là des idées qui prouvent la haute antiquité de la religion des Mages, et ce qui la prouve encore mieux c’est que Job, Deum rite colens, en parle déjà comme d’un culte dégénéré en idolâtrie.

16. En effet, il dit, chap. XXXI, v. 26 et suivants : « Si » j’avais regardé la lumière lorsqu’elle brillait et la lune s’a- » variçant éclatante, et que mon cœur eût été séduit en secret » (de croire que les astres sont des dieux), et que ma main se » fût jointe à ma bouche (pour les adorer, leur jeter un bai- » ser), j’aurais commis un crime digne de châtiment, car » j’aurais renié le Dieu suprême. »

17. Or, Job a vécu, sinon au temps même de l’érection de la tour de Babel, du moins peu après, car on le dit trisaïeul d’Abraham (son histoire n’a subsisté fort longtemps que dans la tradition orale) -, de sorte qu’il faut chercher les origines du Magisme à cette époque primordiale où les hommes, ayant

encore « un seul langage et les mêmes expressions, » demeuraient dans le Caucase ( [Kouh ou Kauk-Asos ) , montagne des dieux ou ciel des Êtres.

18. Nous n’entendons pas ici par Caucase la montagne qui est entre la mer Noire et la mer Caspienne, mais le Caucase indien, Y H indou- K oh, qui forme la terrasse du monde, Bâm i dounjâ , comme les Orientaux appellent le haut plateau de Pâmer , le lieu d’où l’humanité s’est déversée en quatre principales branches, et qui se réuniront enfin, comme ils le furent jadis, en un seul et unique fleuve.

19. Le Caucase du Pont-Euxin n’est devenu important dans l’hisloirè des peuples que plus tard, et alors cette importance, jointe à la proximité de cette montagne du théâtre où s’élaboraient les destinées ultérieures de l’humanité, nous a caché la vue du Caucase véritable et nous a fait lui attribuer les traditions et jusqu’au nom du massif central qu’il masquait en quelque sorte à notre vue.

20. L’extension et le déplacement des peuples qui habitaient le Caucase indien et les Parapomises , ses prolongements, ont beaucoup aidé cà opérer cette substitution.

21 . Ainsi il est avéré que le peuple qui habile au pied de notre Caucase, les Arméniens, descend en ligne directe des habitants de Y Hindou-Koh , les Mèdes ou Ariens.

22. Cela est démontré, en premier lieu par le nom de Y Arménie qui est le mot Zend Ecriémcno ou Airiamano (Armen en perse), puis par la dénomination d'Aran (Iran) que les Orientaux attribuaient à ce pays-, ensuite par la désignation de villes des Mèdes qui s’est conservée fort longtemps en Arménie aux endroits que les immigrants de l’Est habitèrent d’abord; enlin par l’épithète d’AmcmenqueClément d’Alexandrie attribue au mède Zoroaslre (Zopoxstprjç ’App-eviou), sans doute parce que ce législateur se disait originaire d'Eériémeno , nom qui, pour lui cependant, s’appliquait au pays de l’Oxus.

23. C’estainsi encore que YAlbordj etl’OxusdelaBactriane, l’Arménie primitive, ont transmis leurs noms à YElbuurz et à YAraxes de l’Arménie actuelle. Partout la position des choses et leurs dénominations ont été transférées ailleurs, en même

temps que changeaient de séjour les peuples ou les tribus qui s’v rattachaient par leurs origines.

24. On pourrait démontrer cela par beaucoup d’autres exemples , par un grand nombre de faits qui concernent les migrations pélasgiques des pays de l'Asie mineure, del’Epire et de l’Italie méridionale.

25. Pour nous, il n’y a pas de doute : c’estdu Caucase de la Bactriane que les hommes, « dans leur émigration de 10- » rient. » descendirent après le déluge, et qu'ils vinrent dans les plaines du pays de Chinârf Sennaarÿ, où ils bâtirent Babel.

20. Si leur première demeure après le déluge eût été sur les hauteurs qui sont entre la mer Noire et la mer Caspienne, ils ne seraient pas venus de l'Orient, mais en droite ligne du Nord.

27 D'ailleurs, la position de Y Hindoukoh s'accorde seule suffisamment avec la position de la montagne sacrée des Chinois, le Kouen-loun , d’où ils font descendre leurs premiers ancêtres, puis avec le mont divin des Hindous, appelé Mérou , qu'ils placent sur l’axe du monde, enfin avec Y Albordj , ce nombril élevé d’où Ormouzd fait couler les eaux, et qui est la montagne par excellence des Iraniens.

28. C’est Y Hindoukoh qui est YArarat où reposa l’arche du déluge -, car la tradition qui fait s’arrêter l’arche de Noë sur le mont de Gioudi , en Arménie, qu'on donne pour YArarat de l’Ecriture, repose, comme le dit le savant d’Herbelot. sur des histoires « qui approchent de la fable. »

29. Il est certes permis d’en dire autant du mont Masis , au midi de l’Araxes, et il ne serait peut-être pas difficile de prouver que l’une et l’autre de ces erreurs proviennent des colonies juives qui se sont établies longtemps avant notre ère, les unes en Babylonie, les autres en Arménie.

30. C’est à Y Hindoukoh encore qu’on pense quand on lit dans les sagas Scandinaves qu'Asgard, le siège du père des Ases, était situé dans un lieu qu’elles appellent Midoum-heimour (in medio orbe).

31 . Ce fut ce plateau, jadis admirable de beauté et de fertilité. le pays des .lses, la première Asie, qui devint le siège sacré ( asa puis ara ) de la religion sidérale, et où le Mède ou Bactrien Zoroastre (Zarathoustra) , ce chef-pasteur de nom-

traditions PRIMITIVES.

breuses troupes de chameaux qui sont là dans leur pays natal, puisque là et non loin de là dans les plaines de Gobi seulement on les trouve à l’état sauvage, où Zoroastre, dis-je, rassembla, au 6' siècle avant notre ère, la parole (aresta), qui constituait la religion des Mages, religion qui existait, traditionnellement, depuis un temps immémorial.

3*2. C’est ce qu’affirment même les müsulmans; ils disent par la bouche d’un de leurs docteurs les plus savants en histoire, Ben Hazem, que de toutes les religions c’est le Magisme qui est la plus ancienne.

33. Eh bien, le caractère le plus saillant de cette religion, que l’élite des Mages conserva pure comme la mémoire du patriarche dont ils se disaient descendre et qui était Selh, le remplaçant d’Abel, le pasteur, c’est son caractère moral.

34. En effet, la doctrine du magisme enseigne Dieu sous le nom de Zarvâna akarana « l’Infini incréé ( Qadhâta ), l’An- » cien des jours, » et proclame la liberté morale de l’homme au point qu’elle semble être fondée sur ces paroles de l’Eternel : « Le péché t’assiège à la porte, il veut t’atteindre, mais » tu peux le maîtriser. »

3o. C’est à cause de' cette affinité sans doute que l’on disait dans l’Orient que la doctrine des Sahéens ou mages s’appuyait sur l’autorité des livres qu’on attribuait à Scheith (Seth) et à Edris (Enoch).

36. Les Aryas de l’Inde, les pasteurs védiques, avaient connu, eux aussi, le culte de la lumière dans le sens de leurs frères de la Bactriane, mais le naturalisme leur en ayant fait perdre l’idée génératrice, l’idée de la pureté morale ( achi ou asi ), ils n’avaient conservé dans leur déchéance delà religion primitive que ce qui, depuis la chute, a invinciblement frappé la conscience de tout homme, quelque inculte qu’il soit, savoir, la nécessité du sacrifice (tjadjna).

37. Cette nécessité leur paraissait la condition même de la création. « Les dieux, dit un hymne du Rig-Véda, ont fait le » monde en vue du sacrifice. »

38. Nous voyons parla Genèse combien cette idée, qui consistait à attacher au sacrifice une efficacité propre, est fausse et pernicieuse dans son exagération, puisque le premier sa-

crifice qui fut offert, celui de l’orgueilleux Caïn, est rejeté, et que celui à’ Abel, plus tardif et plus réfléchi, est accepté.

39. Les Mages n’avaient pas oublié les enseignements de la tradition primordiale, et tandis que leurs frères de l’Inde allaient jusqu’à croire que «le sacrifice est la nourriture des » dieux, » et qu’ils se plongeaient dans le panthéisme en faisant du soleil ( soùrya , sâvitrî,agni ) l’àme du monde, la grande âme ( mahânâtma ), la religion zende, le Magisme, invoquait par le nom de l’Ëternel ( Zarvâna akarana ), par Ormouzd, ( Ahoura mazda ) le saint intelligent, et, ne croyant pas que le mal, Ahriman , le méchant intelligent (Anhrô mainyou ), fût éternel et nécessaire, il plaçait constamment l'homme et ses destinées au-dessus de la nature, et faisait consister le sacrifice dans l’immolation du mal moral plutôt que dans l’offrande matérielle, qui ne devait être qu’un emblème, une figure.

40. Pressentaient-ils par quelque antique tradition le sacrifice futur, la seule victime véritable, qui « a été immolée de- » puis l’origine du monde : occisus est ab origine mundi? »

41 . On peut le penser en voyant Melchisédech , le roi cananéen, et les trois rois de l’Evangile représenter, comme ils le firent, le Magisme primitif et véritable.

42. Quoi qu’il en soit, c’est dans Y Airxjana (’Aptâva) seulement qu eÇâkyamouni apu trouver les idées morales aussi élevées que fortifiantes qui respirent dans sa doctrine, et c’est là le sens de Y étoile que les traditions font présider à sa mission.

43. C’est le culte de cette tradition, et non l’amour de la science astronomique, qui parait avoir ensuite porté les bouddhistes à contempler les astres.

44. Les Hindous n’ont connu l’astronomie que fort tard, du moins d’une manière tant soit peu complète, quoi qu’en disent les Arabes. Trop longtemps on a fait aux brahmanes une haute réputation de savoir ; ils ne la méritent vraiment que pour leur science grammaticale et lexique.

43. Ce qui n’est pas moins certain, c’est que les Hindous n’ont jamais attaché à leurs observations sidérales le sens qu’y attachaient les mages et qui fit que « lorsqu’ils virent l’Etoile, » ils furent transportés d’une extrême joie : Videntes aalem » stel/am. gavisi sunt gaudio magno valde. »

TRADITIONS primitives.

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