‹ Le Bouddha et le BouddhismeChapitre 51 sur 85 · C’est ainsi qu’on s’explique la légende que donne le · texte numérisé non relu

C’est ainsi qu’on s’explique la légende que donne le

Lalita vislâra , qui dit que la divine science, Mâyâdêvî , mit le Bouddha au monde sous un arbre.

22. C’est ainsi encore qu’on se rend compte de l’abandon de ses amis, lorsqu’après six années de méditations solitaires et infructueuses, on le voit se décider à prendre une nourriture plus substantielle, c’est-à-dire, à aller chercher à l’étranger la science qu’il ne pouvait trouver dans son pays.

23. Ses compagnons, en effet, durent désapprouver la résolution qu’il venait de prendre et se séparer de lui, en bons Hindous qu’ils étaient; pour eux, c’était un péché de se mettre en contact avec des mlêtchhas ou étrangers, que la loi de Manou appelle des dasyous , voleurs.

24. Pour Çâkyamouni, dont la grande âme ne partageait pas l’étroit préjugé de sa nation contre l’étranger, il alla où le poussa l’espérance de la lumière, à l’Occident ; car c’est de YOccident que les Hindous avaient reçu les croyances élevées qui les avaient nourris d’abord. Quoi d’étonnant alors que le Bouddha ait voulu retremper son esprit dans cette source primitive ?

25. Mais on comprend que le Bouddha n’a pas dù, après son retour, parler en public du voyage qu’il venait d’accomplir. S’il l’avait avoué, il aurait mis lui-même un obstacle invincible au succès de son enseignement. Qui aurait voulu d’une doctrine puisée chez l’étranger, le barbare , « l’homme » dégénéré? »

CHAP1TBE III.

Troisième preuve de l’origine étrangère à l’Inde de la doctrine de Çâkyamouni : son titre de Bouddha.

1 . La troisième preuve que la doctrine de Çâkyamouni est d’origine étrangère et qu’il est allé la chercher hors de l’Inde, c’est son titre de Bouddha.

2. Le brâhmanisme, il est vrai, connaissait déjà ce nom; il lui attribuait une valeur astronomique. Il connaissait aussi quelques éléments de la doctrine de paix qu’il représente, comme par exemple l’aversion de tuer des êtres vivants.

3. Nous trouvons, en outre, ce nom dans le Riy- Véda, où il est porté par un poète inspiré qui chante des hymnes à la

TRADITIONS primitives.

lumière, le soleil ( Agni , Vivasvân ), et à leurs enfants, les Visvadêvas.

4. Mais voilà tout, et si l’on pèse ces trois témoignages, il n’y a guère que ce dernier qui ait quelque valeur -, les autres, ainsi que celui qui résulterait du nom de Bouddha parmi ceux des 46 législateurs brahmaniques, appartiennent très-probablement à une époque plus ou moins postérieure à celle du fondateur de la nouvelle religion.

o. Quant au Bouddha de Rig-Vcda , l’on conviendra que cela ne suffit pas pour croire que Çàkyamouni ait pu grelfer dessus son titre et la grande œuvre religieuse qu’il représente.

6. Si donc nous ne trouvons pas la justitication du titre du fils du roi de Kapilavastou dans les données de la société hindoue, nous devons la chercher ailleurs, et tout indique ici de nouveau le centre du Magisme , la haute plaine qui est formée par Y Hindoukoh , le Belourlag et le Moustag.

7. Hérodote nous dit au livre 1er de son histoire, « qu’avec » les mages (Mâyoi) demeurait, encore au temps de Déjocès , » vers 733 avant î.otre ère, un peuple qui se nommait les » Boudiens (BouSioi), et qui tous deux appartenaient à la nation » mède. »

8. Il est très-probable aussi que les rspgâvtoi, dont il dit, dans le môme livre, qu’ils vivaient parmi les Perses au temps deCyrus, ne sont autres que les sectateurs du Bouddha, non pas du Bouddha indien, mais du Bouddha primitif.

9. Car on connaissait dans tout l’Orient un sage ou héros, honoré partout comme un dieu de paix et un sauveur, dont les divers noms sont Boudo , Bouta , Boudio , Boudios , Boto, Boutés , Bodo.

10. On le figurait avec une branche d'olivier, et, pontife lui-mème, il passait pour être la souche d’une race sacerdotale, à laquelle il avait légué son nom : Hic sacerdotium habuit, e jusque posteri vocati sunt Butadae, dit Suidas.

1 1 . Ses sectateurs s’appelaient les Paisibles , les Amis de la paix , et le nom des repgâv’.ot de la Perse, que nous venons de mentionner, paraît pouvoir être interprété dans ce sens, ainsi que nous le verrons tout à l’heure.

12. On disait que Bouddha ou Bouta avait fondé beaucoup de villes et de sanctuaires en Asie aussi bien qu’en Europe, et entre autres en Thcssalie, sur l’Olympe, au-dessus de la vallée de Tempé, l’antique oracle de Dodona ou de Bodona. Dodonaeum Jovem etiam Bodonaeum appellarunt , dit Etienne de Byzance.

13. C’est le même oracle qui fut de bonne heure transporté en Epire , suivant l’historien de Thessalie, Suidas.

14. Et il paraît que Bodona était le nom primitif et véritable de ce sanctuaire, puisque lui seul a une raison d’être. En effet, Dodona ne fait pas de sens, tandis que la Thessalie, où il y avait d’ailleurs comme en Phrygie un bourg du nom de Boude a , rendait aussi un culte à une déesse vierge Boudea (Bsûos'.x), ainsi que le disent Lycophron et Etienne de Byzance.

15. Cette déesse portait le surnom d’AiOuia, navire , pour avoir construit le premier navire et avoir enseigné aux hommes à s’en servir. On la donnait aussi pour l’inventrice de Y agriculture.

16. Puis nous lisons dans Y Attique de Pausanias que Boutés avait un autel dans l’antique sanctuaire d’Erechthée de l’Acropole d’Athènes, cà côté de ceux de Neptune et de Vulcain , et que sur l’autel du parvis, celui du grand Jupiter, on ne sacrifiait rien de vivant ; que le sacrifice consistait en simples offrandes.

17. Ce Boutés paraît être le même que celui qvYApollodore et Apollonius de Rhodes nomment parmi les chefs de l’expédition des Argonautes et qui fut arrière-petit-fils de la Terre (yE ?*)•

15. Qu’on se rappelle aussi qn’Eratosthène met les Argonautes en rapport avec l’Arménie etlaMédie,et qu’ Hérodote et Pausanias affirment que les femmes qui prophétisaient à Bodona s’appelaient les Colombes (îcsAsiâSsç) et proclamaient Jupiter (Deus-paler) l’Eternel, Jéhovah , celui qui était, qui est et qui sera :

Zîùç fp, Zvjq sort, Zsùç Iffaetat.

19. Enfin, Boutés ou Bouta , dont Diodore de Sicile fait mention comme d’un très-hardi navigateur, passait pour avoir voyagé par toute la terre, et nous pourrions, en effet, aisé-

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ment suivre ses traces fort loin, aus.>i loin que s’étend l’horison géographique des anciens.

20. Nous y verrions partout le Bouta et aussi les Boudiens, qu’Hérodote nous décrit comme un peuple grand et nombreux et portant dans son extérieur tous les signes de la race caucasienne, les yeux bleus et les cheveux blonds.

21 . Partout nous voyons le Boula accomplir une mission de paix et de civilisation, comme celui à qui Dieu dit, dans la Genèse , que tous les hommes sont frères et que son père nomma Noê, en disant : « Celui-ci nous consolera de nos tra- » vaux et des pénibles occupations de nos mains et de la terre » que l’Eternel a maudite. »

22. C’est qu’en effet il reste évident, malgré les incohérences et les confusions que la fable a portées dans le fait primitif, que l’ancien Bouddha n’est autre que Noè. Pour se former une conviction à cet égard, il sulïit de rapprocher des indications que nous venons de donner à son sujet , les récits de la Genèse , où il est dit que Noé marchait avec Dieu, qu’il bâtit l’arche, qu’il y entra et navigua pendant un long temps, qu’il lâcha la colombe, qu’elle revint auprès de lui avec une feuille d’olivier dans son bec, que cet homme droit et intègre éleva un autel à l Eternel, qu’il fut un homme des champs, qu’il se multiplia et remplit la terre.

23. D’après cela aussi, nous ne pouvons douter que ce ne soit de ce Bouddha que Çâhjamouni ait adopté le nom en même temps que la doctrine de paix, dont toutes les traditions de l’Orient le proclament l’auteur.

24. Et de même que la tradition nous montre partout la présence du Bouddha primitif , de même aussi pour le second Bouddha. On montre l’empreinte de son pas, de son bienheureux pied, çrlpada , dans tous les pays de l’Asie orientale, et, ce qui est plus remarquable, dans plusieurs pays au nordouest de l’Inde, sur la route de la Bactriane.

25. Et de même que le cheval jaillit de Y Ardviçoûra, la source sacrée de la montagne d’or et de lumière du Magisme, et de Y Hippocrène de YHélicon, de même aussi s’élance de l’empreinte du pied du Bouddha « qui a l’éclat de l’or, » le roi des chevaux, Vâlâhaka , le cheval de Y Himalaya.

26. Ne dédaignons pas ces traditions ; car, comme le dit l’illustre Goerres , les peuples aussi bien que les individus se souviennent bien mieux de ce qui s’est passé dans leur première jeunesse, que de ce qui se rapporte dans leur vie à une époque plus récente.

27. Et qui ne voit qu’il y a identité entre le nom des r^pp-xv.o'. de la Perse d 'Hérodote, les antiques 2ap.xva?o'. que Clément d’Alexandrie fait demeurer ab antiquo parmi les Bactriens, et les repavai ou 2xpp.xvs; del lnde de Mégasthène.

28. On se rappellera que le Bouddha s’était attribué l’épithète de Çramana , ou Samana en langue vulgaire, ( Cha-men en chinois), qui signifie un homme doux, qui cherche la paix, un solitaire, un ascète.

29. Ne retrouve-t-on pas ainsi les adorateurs (de dulie) de l’ancien Bouddha dans les sectateurs du nouveau? Et celte preuve ajoutée aux autres n’est-elle pas concluante pour affirmer que Çâkyamouni est allé hors de £Inde et qu’il a trouvé dans 1 Occident (l’Orient religieux des Hindous, des Chinois et des Japonnais) le fonds de la doctrine qu’il a prèchée dans son pays ?

30. Ainsi disparait l’étonnement qu’on éprouve de la doctrine authentique du Bouddha. Doué d’un sens exquis pour les vérités morales, et les ayant puisées aux sources qui recelaient encore un filet de ce grand fleuve de vérité sorti d’Eden. et en premier lieu de la bouche du Très-Haut, ex ore Allissimi , ayant recueilli, dis-je, ces vérités dans cette terre inède ou bactrienne toute empreinte des vieilles traditions et où l’on entendait encore en partie la parole de la révélation de Dieu, \e Bouddha adû parleraux Hindous, comme il leuraparlé.

31. Et les expressions dont il se servit et dont plusieurs rappellent celles de nos Ecritures , ne doivent pas étonner non plus, car outre que le langage des sentiments sincères esta peu près identique partout, il ne faut pas perdre de vue que nous sommes en Orient et que la manière de parler de Çàhyainouni par similitudes et images est tout-à-fait conforme au génie linguistique de l’Asie.

32. C’est donc à tort que quelques-uns voudraient conclure des termes du langage du Bouddha que sa doctrine est un

TRADITIONS PRIMITIVES

plagiat de V Evangile et par conséquent pos'érieure à notre ère. L’Evangile, il ne faut pas l’oublier, n’est pas tant dans les paroles de Jésus-Christ que dans ses actions : l’Evangile est avant tout dans l’Incarnation et dans la Rédemption, c’est la Crèche et la Croix , par lesquelles tout l’univers est relevé et élevé, et elles ne sont que dans le Christianisme.

33. Cependant le sujet est trop important pour que nous ne nous y arrêtions encore quelques instants. Il faut expliquer le plus nettement possible pourquoi , sur certains points, l’enseignement du Bouddha est chrétien par anticipation, et pourquoi, sur d’autres, il s’éloigne des idées reçues dans toutes les autres religions.

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