‹ Le Bouddha et le BouddhismeChapitre 54 sur 85 · C’est en descendant les déclivités du côté Est du Caucase · texte numérisé non relu

C’est en descendant les déclivités du côté Est du Caucase

TRADITIONS PRIMITIVES

indien, qu’il vit nombre de lieux consacrés par des monuments bouddhiques ( stoûpas ), parce que la tradition locale voulait que le Bouddha y eût passé jadis.

o. Comment s'inscrire en faux contre ces témoignages? Et si Çàkya n’a pas adopté toute la doctrine de ses hôtes , s’il n’en a adopté que la partie morale, il n’y a là rien qui puisse étonner.

6. 11 a reçu d’eux ce qui s’accordait avec ses aspirations, et, pour le reste, il a préféré son système à lui.

7. Mais Dieu, ce Dieu que le Magisme primitif connaissait et adorait autant qu’on pouvait le connaître et l’adorer sous la loi de nature, c’esl-à dire d’une manière restreinte et générale à la fois , comme Divinité plutôt que comme Dieu , comment le Bouddha n’en a-t-il pas emporté la connaissance avec lui, ou pourquoi, l’ayant emportée, ne l’a-t-il pas enseignée à ses auditeurs?

8. Je pense que c’est à cause du déplorable système social que les brahmanes avaient établi au nom de la Divinité, et qu’il a cru qu’en cet état de choses le besoin le plus urgent pour l’Inde n’était pas tant de lui parler de Dieu, que de travailler à la réforme de ses mœurs et institutions, parla morale et par cette bonté, qui « ne se lassait pas de donner. »

9. Cette explication de l’absence du nom de Dieu de l’enseignement du Bouddha me paraît la seule rationnelle, la seule conforme au génie de réformateur moral du fils du roi de Kapilavastou.

10. On avait tant abusé de la Divinité et de son autorité, qu’il s’est abstenu, par pudeur d’honnête homme, de les mettre en jeu à son tour.

11. 11 aura pensé que la nature énervée et corrompue de l’Hindou, une fois quelle se serait retrempée dans la pratique de la bonne morale, telle qu’elle convenait aux descendants de ces Aryas qui avaient nommé l’Inde la Terre de la vertu ( Pounyabhoûmi ), que cette nature, dis-je, reviendrait d’ellemême à des idées plus saines sur la Divinité.

12. Et cette manière de voir, s’il l’a eue, comme je le crois, ne fait certes tort ni à son intelligence, ni à son cœur. Qu’on nous dise ce qu’il pouvait espérer de bâtir de bon et

de solide , en fait de religion, sur une base aussi ruineuse que celle des idées religieuses des Hindous?

13. Pouvait-il songer à balayer tout cet amas de superstitions qui croupissait dans l'esprit du commun des sectateurs du brahmanisme, en leur parlant de Dieu comme il en avait entendu parler chez les Mages ?

14. Mais non. Pour le faire avec fruit, pour rendre les Hindous accessibles aux vérités traditionnelles de religion , il fallait , avant tout, qu’ils fussent mis en état de comprendre ce langage et ces vérités.

13. 11 fallait donc leur faire oublier beaucoup d’idées fausses, et le Bouddha aura cru qu’il ne pouvait mieux les préparer à cet oubli qu’en entreprenant d’abord leur réforme morale par l’enseignement des vertus que tout homme comprend par le seul secours de sa raison, et dont la pratique prédispose son esprit aux vérités de l’ordre le plus élevé.

16. 11 fallait alors , comme il le fit, leur prêcher de parole et d’exemple la fraternité, la bienveillance, la bonté, j’allais dire la charité.

17. Et la preuve que ce système était bien le sien , c’est qu’après l’enseignement de la morale, il n’a rien eu de plus à cœur que de recommander l’acquisition de la science spirituelle.

18. 11 posait ainsi les jalons qui devaient guider, après lui, l’élite de ses disciples, et, dans la suite des temps, tous les fidèles sans distinction , pour achever, dans la voie que leur indiquait sa doctrine, ce dogme de Dieu que, crainte d’abus, il ne crut pas devoir livrer lui-même à l’intelligence dévoyée des Hindous, autrement qu’en germe.

19. De là ce double caractère de sa doctrine et par lequel elle tranche nettement avec celle de tout autre fondateur de religion, à savoir: une morale conforme aux plus antiques traditions, et un silence discret, mais transparent pourtant, sur la Divinité et le culte qui lui est dû.

20. Oui, disons-le nettement , puisqu’aussi bien cela saute aux yeux de quiconque étudie attentivement et sans prévention la doctrine du Bouddha, cette doctrine, telle que l’enseigna cet homme remarquable, présuppose nécessairement

TRADITIONS PRIMITIVES

l’idée de Dieu, parce que c’est cette idée seulement qui a pu lui donner l’élévation morale et la tendance spirituelle dont on la voit empreinte d’un bout à l’autre.

21. On comprend donc que si l’oeuvre du Bouddha n’a pas réussi dans le sens qu’il a dû la méditer, la faute n’en est pas précisément à lui.

22. A qui donc est-elle? A trois causes. Premièrement et surtout, au vice originel de celte doctrine , qui croyait pouvoir faire arriver à la perfection humaine, sans en définir d’abord le modèle, la perfection divine ; secondement, à l’incapacité intellectuelle des disciples du Bouddha ; troisièmement, aux raisons que nous avons exposées en traitant, ailleurs, dans les Annales des « Causes delà durée du brâhmanisme. »

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