Ce peu de succès se comprend, car il est toujours plus
facile de convertir à la vérité celui qui n’en a aucune notion que celui dont l’esprit a été nourri par un mélange de vérité et d’erreur.
16. Le Khan de Tendouk fut donc converti au Catholicisme et avec lui, comme cela arrive toujours chez les peuples barbares, une grande partie de son peuple qui était quasi chrétien, c’est-à-dire nestorien, depuis des siècles.
17. Mais à la mort de ce roi, connu sous le nom de George, en 1299, l’œuvre catholique périt toute entière dans le Tendouk, et le pays retomba dans ce mélange de Christianisme et de bouddhisme qui, de loin, lui avait donné l’apparence d’un royaume chrétien, et dont les souverains avaient été connus en Europe, dès l’année 1145, sous le nom de prêtre Jean, Rex et Sacerdos, dit Otto de Freisingen.
18. Il parait que Tchinguis-Khan mit fin à cette dynastie en conquérant le pays en 1206 -, car, au rapport du légat d’innocent IV. Jean du Plan Carpin , en 1246, et de l’envoyé du roi Louis IX, le Frère Rubruquis , en 1253, et qui fut à Tendouk même, il n’y avait alors plus de trace certaine de la famille du prêtre Jean.
19. Ces deux voyageurs, de même que Marco Polo en 1300, y virent encore beaucoup de Nestoriens, ainsi que dans tous les autres pays soumis à la dynastie de Tchinguis-Ivhan qu’ils traversèrent, mais le Christianisme de ces gens leur parut le plus souvent à demi idolâtre, c’est-à-dire bouddhique : A christiana religione plurimum déviantes, dit Monte-Corvino.
20. La dynastie mongole dominait alors aussi en Chine, et là comme ailleurs elle montrait beaucoup de penchant pour le Christianisme, au point qu’elle permit l’érection d’un archevêché dans sa résidence à Pékin, en 1314.
21 . Mais ensuite, à la mort du titulaire qui n’était autre que Jean de Monte-Corvino, en 1330, la Chine puis les autres parties du vaste empire des Mongols virent s’éteindre, les unes après les autres, toutes les chrétientés qui se trouvaient disséminées dans ses limites, de telle sorte que le Père de Goës, qui fit le voyage en Chine de 1603 à 1605 par l’ancienne route de la haute Asie, ne rencontra déjà plus un seul chrétien dans ce long-parcours, ni même n’entendit parler du Chris-
TRADITIONS PRIMITIVES
tianisme, si ce n’est vaguement chez un prince musulman, à Cialis , aujourd’hui Yuldus , sur le lac Lop, au nord du désert de Gobi.
22. Il n’en fut pas ainsi dans l’Inde, du moins dans le midi du Dekhan. Le Christianisme, il est vrai, ne put pas se maintenir sur la côte du Coromandel , à cause des persécutions des brahmanes, mais il se conserva longtemps à Ceylan, et il ne quitta jamais le Malabar.
23. Cependant ces chrétientés aussi ne conservèrent pas la pureté de la foi primitive, etç’a été le sort de toutes celles qui n’ont pas voulu entrer en communion avec le siège de saint Pierre et en reconnaître la suprématie.
21. Il paraît, en effet, que les chrétiens de S. Thomas ne voulurent pas reconnaître l’autorité catholique de l’évêque que leur envoya le patriarche romain d’Alexandrie, le grand saint Athanase.
25. Par contre, ils commencèrent à se courber, dans le siècle suivant, et définitivement dans le 7e siècle, sous la suprématie hérétique des patriarches de la Perse.
26. Des missionnaires nestoriens leur avaient apporté déjà l’erreur des deux personnes vers 435, et changé leur liturgie contre la liturgie neslorienne , écrite en langue syrienne.
27. Plusieurs rois de la côte de Malabar, celui du fondateur de Calicut, entre autres, nommé Çêramânpêroumâl , vers 825 de J.-C.,se plurent à protéger les chrétiens de S. Thomas, et, par suite des droits et privilèges qu’ils leur accordèrent, ces chrétiens devinrent assez puissants pour se constituer, dans le Travancor, un gouvernement politique indépendant, dont le premier chef, Baliarté , prit pour lui et ses successeurs le titre de roi des chrétiens de saint Thomas.
28. Mais ce royaume chrétien ne fut pas de longue durée ; le râdja de Cochin l’absorba en majeure partie, et c’est dans cet état politique, qui était loin d'être toujours exempt de persécutions, que la conquête portugaise trouva les chrétiens du Malabar au commencement du 16e siècle.
29. Si les Portugais travaillèrent en vain pour les faire revenir à la foi catholique, c’est peut-être, comme le dit Gouvea, qu’ils étaient sur leur tête comme le marteau sur l’enclume :
estavam sobre sua cabeça , como malhos sobre bigorna.
30. Mais voilà assez d’histoire pour se rendre suffisamment comp'.e comment a pu s’effectuer ce contact du Bouddhisme avec le Christianisme, qui, par suite du mélange de croyances et de pratiques qui en est résulté pour le Bouddhisme, fait souvent ressembler ce dernier au Christianisme, comme le plagiat ou la copie ressemble à l’original.
CHAPITBE V.
Influence du christianisme sur le bouddhisme. — Traces de cette influence démontrée dans les légendes de la vie du Bouddha. — Le Bouddha naît d’une
mère vierge. — Toute la création salue sa naissance. — Sa présentation au
temple. — Sa tentation.
\ . Nous lisons dans les légendes bouddhiques qui sont postérieures à notre ère, que le Bouddha, pour enseigner au monde sa loi libératrice des maux qui l’accablent, entra miraculeusement et entouré d’une splendeur surnaturelle dans le sein d’une femme de race royale qui était exempte de tout défaut, et qu’il avait expressément choisie pour l’opération de son incarnation.
2. Elle était sans tache et plus tard on la dit même vierge, ainsi que le constatent S. Jérôme et Batramnus : Buddam e latere suo virgo generavit. Aucune autre femme, dit le Lalilavistara, n’était capablé de porter ce premier des hommes.
3. Son mari aussi avait toutes les vertus et perfections, et quoiqu’il ne pût se défendre de quelques scrupules quand il songeait à l'enfant qui allait lui être né, il resta convaincu cependant qu’il serait le père du futur Bouddha, « plus pur » que les dieux, le dieu des dieux. »
4. Mâyâ Dêvi accoucha debout, sans douleurs et en présence d ’ Indra et de Brahma , qui reçurent l’enfant du miracle.
5. Au moment de sa naissance parut une brillante étoile dans le monde, toute la nature tressaillit d’allegresse, une musique céleste se lit entendre et les dieux vinrent tous entourer et garder le nouveau-né.
6. Quand on le présenta à son père putatif, le roi Çouddhôdana, il s’écria : « Cet enfant est un Dieu supérieur aux dieux » (Dêvâtidêoa). »
traditions primitives.
7. Puis le vieux brahmane Asita, qui n’avait pas douté que le Tatfiâgata ne sortît du sein d’une femme pour pouvoir délivrer les hommes des chaînes du démon, le vieil Asita quitta sa sainte retraite afin de voir et de saluer le Bouddha, et, le voyant, il prédit de lui les choses extraordinaires qu’il devait accomplir.
8 Lorsqu’ensuite son père le présenta au temple, les images des dieux le saluèrent aussi et prononcèrent en son honneur des stances, où ils l’appellent Svayambhoû « l’Être exis- » tant par lui-même, » en ajoutant « que celui qui lui ren- « d i'a i t hommage, obtiendrait le ciel et le nirvana. »
9. Puis le Bouddha, avant de commencer sa carrière de Kchântidêva, le Dieu qui endure avec patience, entre dans le désert pour se préparer pendant 49 jours, par la méditation et par les jeûnes les plus rudes, à la prédication de cette loi « avec laquelle le monde entier doit être en désaccord. »
10. Alors s’approche de lui pour le tenter, A/dra, le pécheur, Pâphjàn, le très-méchant.
11. Il lui pose d’abord d’une voix douce des questions insidieuses et tâche de le vaincre par l’attrait des plaisirs et des apparitions magiques, mais le Bouddha oppose sa science à la science du démon, lui répond avec sagesse et fermeté, et, réduisant à néant les apparitions, il repousse ses provocations sensuelles en s’y montrant insensible.
12. Ainsi éconduit, Mâra change de langage et dit au Bouddha « Je suis le seigneur du désir, je suis le maître du » monde entier ; les dieux, les hommes et les bêtes sont en » mon pouvoir : lève-toi. et parle comme eux. »