CHAPITRE III
Constitution théocratique du brahmanisme ; — elle a ses origines dans le Pentateuque. — Preuves.
1. Bien avant ce temps-là, en 718, Salmanasar IV avait mis fin au royaume d’Israël, et transporté les dix tribus à Ninive. Son prédécesseur Tiglatpilescr avait commencé ce déplacement vers 740.
2. De Ninive, elles s’étaient dispersées dans toute la gentilité de l’Asie.
3. C’est de ces Israélites que descendent la plupart des Juifs qu’on trouve encore aujourd’hui aux Indes, dans la Tatarie et en Chine.
LE BOIDDHA ET LE BOL DDIIISME.
4. On les distingue facilement des descendants des Juifs du royaume de Juda, que Nabuchodonosor II emmena en captivité à Babylone, en 606.
5. C’est que ceux ci ont absolument conservé l’indélébile empreinte du caractère du peuple élu, tandis que les descendants des Israélites de Samarie ont pris dans tous les pays où on les trouve établis, l’extérieur et les mœurs des peuples indigènes, et cela au point qu’on ne les en distinguerait plus, s’ils n’avaient conservé leur code religieux primitif, le Pentateuque, et rien que le Pentateuque.
6. Nous savons que lors de la scission des dix tribus d’avec Juda, Jéroboam , leur premier roi, ne conserva que les livres de Moïse, et qu’ils ne reconnurent jamais ceux des prophètes , qui du reste datent, en majeure partie, d’une époque postérieure à la destruction du royaume d’Israël.
7. Ainsi les Israélites portèrent avec eux, dans l’Inde, comme partout ailleurs, la législation de Moïse.
8. Dans ce temps reculé, les Argas de l’Inde pratiquaient encore le culte de la nature, en la forme que nous le montre le Vèda.
9. Cependant leur esprit était si profondément et si sincèrement religieux, que les prêtres jouissaient chez eux de la plus large autorité. Le Rig- Vèda les appelle déjà les premiersnés de Rita ou sacrifice.
10. La connaissance que ces prêtres acquirent alors du Pentateuque fut pour eux une révélation ; ils virent promptement tout le parti qu’ils pouvaiont tirer de la législation mosaïque pour asseoir leur pouvoir sur une base inébranlable.
11. Et ils composèrent le Mànava-dharma-çâstra , le livre de la loi de Manou.
12. Que la loi de Manou procède de la loi de Moïse, cela est facile à prouver -, ce n’est en quelque sorte qu’une question de bonne foi.
1 3 . D’abord quant à l’antériorité des deux livres, il ne peut y avoir aucune contestation, parce qu’il est mille fois prouvé que le Pentateuque est de beaucoup le livre le plus antique qui existe, écrit en caractères alphabétiques, et que le carac-
tère de la langue du livre de Manou montre qu’il est d'une époque bien plus moderne que le Rig-Véda.
14. Or, le Rig-Véda lui-même est bien plus jeune que le Penlateuque, parce qu’il n’y a plus que de faibles traces de la vérité religieuse primitivement révélée.
15. Les Aryas de l’Inde, auteurs du Rig-Véda, avaient déjà eu le temps d'oublier les dogmes traditionnels qui concernent le Dieu créateur, et de s’enfoncer dans un pur naturalisme, celui du culte des phénomènes sidéraux et atmosphériques. « Ce sont le Ciel et la Terre, dit le Yéda, qui ont « produit les grands Dieux. »
16. On ne peut douter que depuis la dispersion des races, décrites au chapitre XIe de la Genèse , il n’ait fallu une longue suite de siècles pour amener la famille aryenne à perdre ainsi toute notion vraie du Dieu de ses pères, puisque l’histoire aussi bien que l’expérience de tous les jours nous prouvent, qu’il n’y a rien de plus tenace à se maintenir dans l’esprit des hommes que les idées qui leur ont été transmises par la tradition.
17. Maintenant quant aux preuves qui rendent évident que la loi de Manou est taillée sur celle de Moïse, elles sont, les unes générales, les autres spéciales.
18. La plus importante parmi les preuves générales, c’est le caractère purement théocratique des deux lois, caractère qui réside dans l’existence d’un Dieu-roi, et dans la division de la société en castes, de par la religion.
19. Voilà la théocratie pure. Elle n’est point et ne peut être d’invention humaine; il lui faut l’intervention directe et perpectuelle de la Divinité pour se faire accepter. Aussi voyons-nous que c’est Dieu lui-même qui s’établit roi sur la peuple qu’il s'était choisi.
20. Les prêtres de l’Inde sentirent parfaitement cette nécessité de l’action immédiate et perpectuelle de la Divinité, et comme ils n’avaient pas de Jéhovah, ils surent en inventer un et le faire parler. Le Jéhovah hindou s’appela Rralmâ, dieu védique, qui jusque-là n’avait rempli qu’un rôle fort peu apparent.