CHAPITRE
La dynastie bouddhique de Ballablti dans le Gouzerat. — Troubles dans l’Inde centrale. — Le roi Çilddilya. — Une dynastie brahmanique s’élève dans le Sind. — Révolution tentée par les brahmanes dans l’Inde centrale. — Elle est réprimée par l’empereur de la Chine. — La secte des Djaînas ; elle est mibouddhique et mi-brahmanique ; elle contribue à l’extinction du bouddhisme.
1. Les limites de ce travail ne nous imposent pas l’obligation de nommer toutes les dynasties qui ont gouverné dans l’Inde, et cela serait aussi parfaitement inutile au but que nous avons en vue, qui est de présenter des choses du bouddhisme un ensemble assez substantiel pour qu’il puisse servir par la suite de cadre à une histoire de celte religion, aussi détaillé qu’on voudra la faire.
2. Nous pouvons donc nous dispenser de parler des rois qui gouvernèrent du 4' siècle au 7e siècle, depuis le Gandhdrà, situé sur les rives du haut Indus, jusqu’au Tâmraliptika aux bouches du Gange, et qui presque tous reconnaissaient pour suzerain le grand-roi du Canoge et étaient bouddhistes comme lui.
3. Toute celle époque, jusqu’en 618 de J.-C., en partie si troublée pour la Chine et pour la Perse, à cause des agressions des Turcs, fut pour l’Inde centrale une ère de paix et de prospérité publique.
4. Les dissensions religieuses et politiques entre les bouddhistes et les brahmanes semblaient n’avoir jamais existé, tant les deux partis vivaient en bons voisins sous la dynastie des seconds Goupta; et il en était de même sous la dynastie Ballubhi ou Balabhadra, qui régnait dans le Gouzerat, si riche par son commerce maritime.
5. Ce fut sans doute celte richesse qui devint la cause des désastres qui fondirent sur ce pays et sa dynastie en l’an 524,
où des barbares venus du Nord, des Indo-Scythes probablement, détruisirent la capitale de Ballabhipoura , et mirent fin au règne de ses princes.
6. Le calme déjà séculaire de l’Inde fut encore troublé dans le même siècle par les expéditions de Khosroës surl’Indus, dans le Sind, royaume très-considérable alors, et où prospérait un mélange de croyances indiennes et persanes très difficiles à définir, mais qu'on nommait bouddhisme. Enfin la paix de l’Inde reçut une plus rude atteinte encore en 618, par suite du meurtre de Vardhana, roi de Canoge, par un de ses vassaux brahmaniques.
7. Cette mort fut le signal d’un grand nombre de soulèvements de la part des autres rois vassaux, et les brahmanes en profitèrent pour pêcher dans l’eau trouble. Ils avaient des griefs particuliers contre la famille du roi assassiné, parce que, pour satisfaire ses goûts dispendieux, elle avait osé puiser dans les trésors de leurs temples.
8. Dans celte conjoncture, et pour arrêter les désordres, plusieurs des personnages les plus influents du Canoge s’accordèrent pour proclamer roi le frère du feu râdja, et qui devint célèbre dans l’histoire de l’Inde sous le nom du mahàrâdja Çîlâditya.
9. C’est le même que celui dont nous avons déjà parlé dans le livre précédent, et l’on a vu que le beau nom qui lui est attribué, le « Soleil de la conduite morale, » ne lui sied pas
mal.
10. 11 avait en outre toutes les qualités d’un roi qui ne laisse pas tomber le sceptre en quenouille; car pendant six ans il promena son armée, où il y avait 5,000 éléphants, dit Hiouen-Thsang , d’un bout de l’Inde à l'autre, pour remettre sous le sceptre du Kanyakoubdja tous les rois vassaux qui avaient cru pouvoir en décliner la suprématie.
11. Quand il eut achevé celte œuvre militaire, l’an 621, il s’occupa avec zèle de l’œuvre religieuse, celle de rendre au bouddhisme dans ses Etats la place d’honneur qui alors encore lui était aussi dévolue dans le Mâlava, dans le Sind et dans le Kaboul.