‹ Le Bouddha et le BouddhismeChapitre 77 sur 85 · Dans le Sind et dans la vallée de l’Indus, qui en avait · texte numérisé non relu

Dans le Sind et dans la vallée de l’Indus, qui en avait

traditions primitives.

dépendu, jusqu’au Kachemir, avant l’expédition de Khosroës, le bouddhisme 11e tarda cependant pas beaucoup à prendre un rang inférieur, et cela depuis l’avénemenl au trône du Sind, en l'an 639, d’un roi qui professait le culte brahmanique.

13. Ce roi s’appelait Tchotch. Il avait été ministre du roi bouddhiste son prédécesseur, dont il épousa la veuve et extermina la famille. Pendant les 40 années qu’il régna, jusqu’à 679 de J.-C., il fit du Sind, auquel il joignit le Moultan et le Béloutchistan, un royaume plus puissant encore qu’il ne l’avait été avant l’invasion de Khosroës, et ce pays continua ainsi, sous son fils et successeur Dâher, jusqu’à l’invasion arabe de Mohammed, en l’an 705.

14. Le Sind ne suivit pas la religion de son roi; il resta bouddhiste. Mais il 11’en fut pas ainsi du pays delà vallée de l’Indus. Là, l’abandon du bouddhisme prit de plus eu plus un caractère général, et cela surtout par l’influence de la métropole du vichnouvisme mélangé de naturalisme persan, la ville de Moultan, dont le temple d’Aditya, que les Arabes appelèrent la Maison d’or, parce qu’ils y trouvèrent beaucoup d'or donné en offrande, était depuis un siècle déjà et resta pendant des siècles encore un des lieux de pèlerinage les plus vénérés de l’Inde entière.

15. Dans l’Inde centrale aussi les brahmanes eurent à cette époque, après la mort de Çîlâditya, en 648 de notre ère, la satisfaction de revenir au gouvernail; toutefois ce triomphe ne fut pas de longue durée. Les annalistes chinois nous disent que l’empereur Taï-tsoung, fondateur de la dynastie des Thang , outragé de ce que l’homme que les brahmanes avaient placé sur le premier trône de l’Inde ne voulut pas recevoir son ambassadeur, qu’il avait envoyé au roi Çîlâditya, dont il ignorait la mort, fil attaquer l’usurpateur par des troupes tirées au nombre de 8,000 du Népal et du Tibet, lui prit d'assaut sa résidence, Tchampara-nagara (aujourd’hui Tchoupra), sur le Gange, et, après une vaillante résistance, le fit prisonnier lui-même daus le Kôçala, où il s’était réfugié.

16. Il se le fit amener et, en le voyant, il dit : « Les oreilles

LF. BOUDDHA ET LF BOUDDHISME.

» et les yeux de cet homme ne respirent que les plaisirs; sa » bouche et son nez sont ceux d’un homme adonné aux pen- » chants vicieux. »

17. C’était en peu de mots faire la peinture de l’état de dégradation morale où la politique des brâhmanes s’appliquait depuis si longtemps à plonger les populations, afin de les détacher du bouddhisme, qui était revenu çà et là, par l’influence des doctrines chrétiennes, à la sévérité de sa morale primitive.

18. Celte régénération partielle et locale avait produit la secte des Djaînas ou vainqueurs, qui subsiste encore aujour d’hui, surtout dans le midi de la presqu’île.

19. Leur religion se forma d’un composé de doctrines conservatrices de la société et de la morale, empruntées au brâhmanisme aussi bien qu’au bouddhisme, et elle était censée être instituée par 72 apôtres de pureté ou saints, nommés tirthakaras, parmi lesquels on distingue le saint par excellence, Mahavîra, comme étant le législateur ou précepteur de l’âge actuel.

20. On le nomme aussi Varddhamâna, le fortuné, et c’est un dieu incarné; il commença sa carrière d’enseignement à l’âge de 30 ans.

21. Par le fait seul de son existence, le djaïnisme, qui se répandit beaucoup et devint même une puissance politique au 12'' et au 13' siècles, le djaïnisme contribua à l’œuvre de la dissolution delà société bouddhique presque pour autant que l’absorption latente, mais très-appréciable pourtant, du bouddhisme dans le vichnouvisme et surtout dans le çivaisme, et à ces deux causes de l’extinction du bouddhisme indien, les événements politiques qui surgirent au 7e siècle en ajoutèrent deux autres.

22. Ces événements sont l’invasion et la conquête partielle de l’Inde par les Arabes.

23. De là un réveil de sentiment national et un besoin d’unité qui amenèrent du côté des bouddhistes des retours volontaires et sur une grande échelle dans la société constitutive de l’Inde, le brâhmanisme, et, du côté des brâhmanes,

TRADITIONS PRIMITIVES

la persécution contre ceux qui résistaient à ce mouvement général.

25. Telles sont les quatre grandes causes de l’extinction du bouddhisme dans l’Inde, et qui, si je ne me trompe, sont ici constatées pour la première fois.

25. En effet, on n’a toujours parlé que de la persécution suscitée aux bouddhistes par les brahmanes, et encore sans en indiquer la cause efficiente, le danger de la conquête musulmane.

26. Ce péril public était pourtant un point essentiel à constater, puisque c’est lui seul qui explique suffisamment comment, au 12' siècle, a pu si rapidement disparaître du sol indien une religion qui y existait depuis plus de 15 siècles, et qui y comptait, nominalement du moins, plus de 40 millions d’adhérents.

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