‹ Le Bouddha et sa réligionChapitre 16 sur 46 · VIE DE II 10 UEN* TUS A N G · texte numérisé non relu

VIE DE II 10 UEN* TUS A N G

Les livres qu’il étudiait plus particulièrement et que déjà il possédait à fond, étaient le livre sacré du Nie-pan (le Nirvana) et le Che-ta-ching-lun (Maliâyâna samparigraha çàslra, le Résumé complet du grand Véhicule) .

Pendant sept ans le jeune novice parcourut avec son frère les écoles les plus renommées pour achever son éducation; et au milieu des révolutions sanglantes qui bouleversaient alors l’Empire, il subit bien des épreuves qui le préparaient à celles de ses futurs voyages. Il s’arrêta quelques années dans le pays de Chou, qui était moins agité que les autres, et il y suivit assidûment les conté- . rences des moitiés les plus autorisés. Les deux frères rivalisaient de savoir et de vertu, et dans le couvent Ivonghoeï-sse de la ville de Tching-Tou, ils se tirent remarquer à l’cnvi l’un de l’autre par « l’éclat de leurs talents, la « pureté de leurs mœurs et la noblesse de leur cœur. » A vingt ans, Hiouen-Thsang terminait son noviciat cl recevait le complément des ordres monastiques. C’était dans la cinquième année de la période Wou-lé, c’est-à-dire en 622. Pendant la retraite d’été qui suivit, il étudia la discipline, le Vinaya, et il continua d’approfondir les soûlras et les çâstras. Il conservait encore sur plusieurs points de la doctrine des doutes que ni lui ni son frère ne pouvaient résoudre; et, pour en obtenir la solution, il alla durant six autres années consulter, de ville en ville, les docteurs qui passaient pour les plus instruits. Mais dès lors il était lui-même un maître consommé, et dans les couvents où il séjournait, on le pria souvent d expliquer quelques-uns des livres les plus importants. C’est ainsi que, dans le couvent de Thien-hoang-sse, à Kiug-Tcheou, il développa trois fois durant un trimestre d’automne les deux livres duMahâjù-

na samparigraha çâstra et de l'Abhidharma çâstra. Telle était la renommée de ses leçons, que le roi de Han-yang, accompagné de ses officiers et d’une multitude de religieux, vint l'entendre, et assista plein d'admiration à une victoire éclatante que le Maître de la Loi remporta sur tous ceux qui s’étaient présentés pour 1 interroger et discuter avec lui. A Tch’ang-’an, ses succès ne furent pas moins brillants; et les maîtres les plus âgés et les plus doctes s’avouaient vaincus par ce jeune homme.

Cependant Hiouen-Thsangn’en sentait pas moins tout ce qui lui manquait encore; et, loin que sa modestie fût aveuglée par les louanges qu'on lui prodiguait, il prenait la résolution de voyager dans les contrées de l'Ouest pour interroger les sages sur les parties de la Loi dont l'obscurité jetait le trouble dans son esprit. Il se rappelait en outre les voyages de Fa-Hien et deTchi-Yun, les premiers lettrés de leur siècle; « et cette gloire d aller chercher la Loi poui « servir de guide aux hommes et faire leur bonheur » lui semblait digne de l imitation d'une grande âme.

De concert avec plusieurs autres religieux, il présent a donc une requête pour qu’on autorisât leur voyage dan^ l'Inde; mais un décret impérial ayant répondu par un refus, il se décida, malgré les difficultés et les périls qui Fat tendaient, à partir seul. Il hésitait encore quand le souvenir d'un songe de sa mère qu'il se rappela, et un songe qu’il eut lui-même, vinrent le déterminer, sans parler des encouragements d un habile devin par lequel il s était fa t tirer son horoscope et dont la prédiction se vérifia. Ilioucn-Thsang avait alors vingt-six ans.

Il se rendit à Liang-Tchcou, qui était le rendez-vous général des peuples à l'ouest du Fleuve Jaune, et de tous le>

VIE DE HIOUEN-THSANG.

marchands des contrées limitrophes. Il s’apprêtait à quitter cette ville, après y avoir donné comme ailleurs des conférences très-suivies sur la Loi, quand un premier obstacle faillit compromettre tous ses projets. Le gouverneur de la ville avait reçu de l’administration impériale les ordres les plus formels de ne laisser passer personne à l’étranger. Mais, grâce à l’assistance secrète que lui prêtèrent des docteurs qui approuvaient son dessein, Hiouen-Thsang put s’échapper de la ville, se cachant le jour et marchant la nuit. Un peu plus loin, à Koua-Tcheou, il eût été arrêté sur le rapport des espions envoyés à sa poursuite, si le gouverneur, touché de la franchise et du courage magnanime du pèlerin avouant qui il était, ne l’eût dégagé en déchirant la pièce officielle de son signalement.

Deux novices qui l’avaient suivi jusque-là furent effrayés de ces premiers obstacles et le quittèrent. Resté seul et sans guide, Hiouen-Thsang ne trouva pas de plus sûr moyen pour s’en procurer un que d’aller se prosterner aux pieds de la statue de Mi-le (Maitreya Bodhisattva) 1 et de lui adresser de ferventes prières; le lendemain, il les renouvelait avec autant de foi, quand il vit entrer tout à coup près de lui un homme des pays barbares qui venait lui témoigner le désir d’entrer en religion en recevant ses leçons, et qui accepta très-volontiers d’èlre son guide.

L’évasion n’était pas facile. A l’extrême frontière, qui était à cinq lieues de la ville, il fallait franchir sans être aperçu une barrière « par laquelle on était obligé de pas- « ser et qui était la clef des frontières de l'Ouest. » Llle était établie près delà partie la plus large d’un fleuve ex-

* Maitreya était le futur Bouddha que Câkyamouni, quittant le séjour du Toushita, avait sacré comme son successeur. Voir plus haut, p 54.

trèmcmcnt rapide; et au delà'de cette barrière, I fallait encore éviter cinq tours à signaux gardées par des sentinelles vigilantes. La barrière fut adroitement esquivée grâce au jeune guide; mais il ne voulut point aller au delà, et il laissa le Maître de la Loi continuer seul son périlleux voyage. Les huit grandes lieues qui séparaient la barrière ci les tours étaient un désert de sables arides où I on n’avait pour s'orienter que des monceaux d'ossements et les traces des chevaux. A peine Hiouen-Thsang y était-il entré, qu’il y fut assailli par les visions du mirage, il les prit pour de vaincs images créées par les démons qui voulaient combattre son entreprise; mais il entendait du milieu des airs une voix qui lui criait, pour soutenir son courage : « Ne craignez point! Ne craignez point! »

Arrivé de nuit à la première tour, d'où il devait nécessairement approcher pour faire de l'eau, il risque d’y être tué par les llèches des sentinelles. Heureusement le commandant du poste, très-zélé bouddhiste, consent à le laisser passer et lui donne en outre des recommandations pour le chef d'une autre station, qui est son proche parent. Le voyageur est obligé de faire un long détour pour éviter la dernière station, où il aurait trouvé des gens intraitables et violents; mais il s'égare dans un second désert qu’il doit traverser. I'our comble de malheur, l’outre qui contenait sa provision d'eau se répand. Désespéré, il est sur le point de revenir sur ses pas et de retourner à l’est. Mais à peine a-t-il fait une lieue dans celte direction nouvelle, que, saisi de remords, il se dit : « Dans l'origine, « j’ai juré, si je n’arrive point dans le Thien-tchou (1 Inde », « de ne jamais faire un pas pour revenir en Chine. Mainte tenant pourquoi suis-je venu ici? J’aime mieux mourir

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