‹ Le Bouddha et sa réligionChapitre 17 sur 46 · VIE DE 11 10 U EN -T II S A N G · texte numérisé non relu

VIE DE 11 10 U EN -T II S A N G

« en allant vers l’occident que de rentrer dans l’Est pour « y vivre. » 11 reprit donc sa route, et, priant avec ferveur Kouan-in (Avalokitéçvara), il se dirigea de nouveau vers le nord-ouest. Quatre nuits et cinq jours, il erra dans le désert sans qu’une goutte d’eau ne rafraîchît sa gorge brûlante. 11 soutenait son courage abattu en lisant, au milieu de ses prières, la l’radjnà pâramitâ, et le Soûlra d’Avalokiléçvara. Mais, accablé de soif, de fatigue et de sommeil, il allait périr quand une brise qui s’éleva dans la nuit vint lui rendre quelque force, ainsi qu’à son cheval, non moins exténué que lui. Ils se remirent donc en cheminée soutenant à peine, et, au bout de quelques instants, ils arrivèrent sur le bord d’un étang entouré de frais pâturages, vers lesquels l’animal s’était dirigé par un infaillible instinct.

Après deux jours de marche bien pénible encore, il arrivait enfin à 1-goii (pays des Oîgours), dans un couvent où il trouvait des religieux de la Chine.

Ces premiers détails, qui portent un cachet d’évidente vérité, malgré quelques exagérations de la part des biographes, nous font bien comprendre le caractère de lliouen-Thsang, en même temps que les obstacles terribles qu’il avait à surmonter. A la science qui déjà l’a rendu célèbre, il joint une foi imperturbable, un courage à toute épreuve, une énergie que rien ne peut abattre. C’est un missionnaire accompli.

Des épreuves d'un autre genre, mais non moins redoutables, l'attendaient. A peine avait-il pris quelques jours de repos à l-ijou, que le puissant roi de Kao-Tch’ang , un des tributaires de la Chine, envoya des messagers pour l’inviter à venir dans son royaume. C’était un ordre auquel

le pauvre pèlerin ne pouvait se soustraire. La réception que lui fit le roi Khio-wen-taï fut aussi affectueuse que magnifique; mais quand, dix jours après, le Maître de la Loi voulut partir, le roi lui déclara sa ferme résolution de le garder jusqu’à la fin de sa vie, pour qu’il fût le précepteur de ses sujets, et le chef des religieux chargés de les instruire. Hiouen-Thsang eut beau protester, en alléguant la sainte utilité de son voyage, le roi resta inflexible. Mais le Maître de la Loi prit de son côté une résolution non moins extrême; et sachant bien que « le roi ne pouvait « rien, malgré toute sa puissance, sur son esprit et sa vo- « lonté,» il refusa de manger, bien décidé à mourir de faim plutôt que de renoncer à son projet. Déjà trois grands jours s’étaient écoulés, quand le roi, honteux et effrayé des suites de sa rigueur, lui offrit respectueusement ses excuses et lui rendit sa liberté. Peu rassuré après tant de cruauté, Hiouen-Thsang fit jurer au roi de tenir sa parole en prenant à témoin d'abord le soleil et ensuite le Bouddha, dont ils adorèrent ensemble la statue. Le roi jura, en présence de sa mèreHa princesse Tch'ang, de traiter toujours le Maître delà Loi comme un frère, à la condition qu’à son retour de l’Inde il repasserait dans le pays de Kao-Tclïang et s’y arrêterait trois ans. Hiouen-Thsang y consentit, et remplit sa promesse seize ans plus tard. Il consentit en outre à rester encore un mois dans le pay^ de Kao-Tcliang, et il consacra tout ce temps à l’instruction religieuse de la cour, qui venait, le roi en tète, écouter chaque soir ses pieuses leçons.

Quand le mois fut écoulé, le Maître de la Loi partit, comblé des plus riches présents, accompagné d’une nombreuse escorta qu’il avait choisie lui-même, et muni, ou-

VIE DE HIOUEN-THSANG.

Ire de grandes provisions, de vingt-quatre lettres de recommandation pour les souverains des diverses contrées qu’il avait à traverser. 11 remercia le roi de tant de générosité par une lettre fort élégante, que ses biographes ont eu soin de rapporter tout au long, et qui méritait en effet l'être conservée.

Le reste du voyage, grâce à tant de ressources, devait être un peu mpins pénible, quoique entremêlé encore de 1 sien des souffrances. En sortant du royaume deKoutché, le premier où le pèlerin trouva le Bouddhisme établi, la ■ aravane eut à traverser pendant sept jours une haute montagne, Ling-chan (Mousouraola) , couverte de neiges éternelles, où elle perdit quatorze hommes et quantité de bœufs et de chevaux. Après avoir longé le lac d’Yssikoul et fait cinquante lieues au delà, Hiouen-Thsang rencontra, dans la ville de Sou-ché, le khan des Turcs ( Tou-kie ), qui le reçut somptueusement sous ses tentes de feutre, et, au milieu de sa horde, écouta les enseignements pieux qu’il se fît donner, à la suite d’un festin, sur les Dix vertus et les six Pâramitâs (Po-lo-mi), et le congédia en le comblant de cadeaux splendides, et en lui adjoignant un interprète non moins utile pour le conduire jusqu’à Kapiça, dans l’Inde. A Samarkand, Hiouen-Thsang essaya de convertir le roi et le peuple, dont la religion était le culte du feu; et en y ordonnant des religieux, il put se flatter d’avoir restauré le Bouddhisme, qui jadis y avait été apporté, comme î attestaient deux couvents alors déserts. C’est à Baktra tBalk, Fo-ko-lo ) qu’il commença à trouver le Bouddhisme llorissant avec ses monuments, ses reliques et ses légendes de toute sorte. On n’y comptait pas moins de cent couvents avec trois mille religieux tous adonnés à l’étude

du Petit Véhicule. Pans un couvent appelé le Couvent neuf, an nord-ouest de la ville, d'une cou. truclion imposante et décoré très-richement, on montrait le pot à eau du Bouddha; une de ses dents antérieures et son balai. Les jours de fêles, ou faisait sortir ces trois reliques, que le

peuple adorait a\ce les religieux. On prétendait, dans la

ville de Po-li, située à une dizaine de lieues de Baktra ( Dalk) , que le Tuthàgata était venu jusqu’eji ces lieux, et deux stoüpas y avaient consacré le souvenir de sa présence et de ses bienfaits.

Dans le royaume de Bainian ( Fan-ijen-na ), lliouen- Thsang trouva une foi non moins ardente, des couvents, des sloûpns, de belles statues du Bouddha, des religieux voués à l’étude de la Loi et appartenant à diverses écoles. Après avoir traversé deux fois les Montagnes Moire - (Indou-Kouch; et les royaumes de Kapiça ( Kia-pi-ché ) et de Lampâ (Lun-po), il entra dans le royaume de Nagarahàra, où il rencontra les première monuments du grand monarque Açoka ( Wuu-yeou ), dont la domination, à ce qu'il semble, s’était étendue jusque dans ces contrées éloignées. Aux portes de la ville s’élevait un sloùpa qu'on lui attribuait, et qui n'avait pas moins de trois cents pieds de haut.

Désormais le pèlerin retrouvera partout les traces de ce potentat, dont l'empire parait avoir embrassé la plus grande partie de la presqu'île.

Jusqu’ici nous avons vu de quel courage était animé Ilioucn-Thsang, et quelle science il avait acquise dans les matières les plus difficiles de la religion ; son caractère nous serait imparfaitement connu si nous ne voyions aussi quelques traits de sa superstition.

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