LE BOUDDHISME INDIEN D’APRES H I OU E N-T HS A N G
ciel et que l’on improvise le plus souvent pour la circonstance; on se prosterne, on salue, on joint les mains en signe de respect; dans les grandes occasions, on ajoute les accords harmonieux de la musique. Mais les cérémonies sont demeurées ce qu’elles étaient au début, aussi faciles que peu coûteuses. C’est au cœur et à l’esprit des fidèles que le Bouddhisme prélend exclusivement s’adresser; il dédaigne les pompes extérieures; et le Sacrifice, qui tient tant de place dans la religion brahmanique avec ses pratiques minutieuses, a complètement disparu dans la religion du Tathâgata.
Comme le Bouddha ne s’est jamais donné pour un Dieu, il est évident qu’il n’avait jamais dû prescrire le culte qu’on aurait à lui rendre. Cependant une légende a voulu faire remonter jusqu’à lui cette institution, et voici ce que cette légende raconte.
« Roudrâyana, roi de Rorouka, vient d’envoyer à Bimbisàra, roi de Râdjagriha, une superbe armure doute de vertus merveilleuses. Bimbisâra, embarrassé pour reconnaître un si précieux cadeau, consulte le Bouddha qui est à sa cour. — « Fais tracer sur une pièce d'étoffe l’image du Tathâgata, lui répond Bhagavat, et envoie-la en présent à Roudrâyana. » C’est, comme on voit, un conseil assez peu modeste que donne le Bouddha; et c’est là une sorte d’orgueil que rien dans la vie de Çâkyamouni n’autorise à lui prêter. Mais la légende n’y regarde pas d’aussi près. Le Tathâgata projette donc son ombre sur une toile; puis il ordonne aux peintres de remplir le contour de couleurs, et d’écrire au-dessous du portrait les Formules de refuge et les Préceptes de l’enseignement, sans oublier d'y tracer aussi, tant dans l’ordre direct que dans l’ordre inverse, la
Production connexe des causes successives de l’existence. Roudrâyana reçoit avec respect ce don inappréciable, et l'adore avec la plus profonde vénération, selon ce que lui avait vivement recommandé Bimbisâra dans la lettre où il le lui annonçait.
Telle est, suivant la légende, l’origine du culte. Seulement, avec le progrès des temps et par la nécessité môme des choses, les statues ont été substituées aux tableaux trop peu durables; et elles jouent un très-grand rôle dans le Bouddhisme. Elles sont partout extrêmement nombreuses, et elles ont très-souvent des dimensions énormes. Ces statues représentent, en général, le Tathâgata dans l’attitude de la méditation, ou plutôt de l’enseignement; elles ont le bras droit levé, et le geste delà main est celui d’un maître parlant à ses disciples. Elles portent, parmi les trente-deux signes du grand homme, tous ceux qui sont facilement visibles et que la tradition attribuait au Bouddha. Elles tigurent en grande pompe dans toutes les circonstances auxquelles on veut attacher quelque caractère solennel ou quelque souvenir religieux.
Ce n’est pas là de l’idolâtrie. Mais ces mérites qu’ont les statues de conserver l image du Bouddha et de réveiller sa pensée sainte ne sont pas les seuls, et la superstition avait su leur en trouver bien d’autres, faits pour frapper davantage les imaginations. Bien n’est plus commun dans la légende que les statues qui se meuvent ou qui traversent les airs pour venir s’abattre à de grandes distances. Près de Pouroushapoura dans le Gandhara (le Peishaver des modernes), Hiouen-Thsang voit un stoûpa qui, bien qu’en ruines, a encore 150 pieds de haut, et qu’a construit jadis le roi Ivanishka. A cent pas au sud-ouest de ce