‹ Le Bouddha et sa réligionChapitre 27 sur 46 · LE BOUDDHISME INDIEN D’APRÈS H 10 U EN-THS A N G · texte numérisé non relu

LE BOUDDHISME INDIEN D’APRÈS H 10 U EN-THS A N G

interprètes de la Loi; et l’Inde put toujours les lui fournir.

Voilà bien des détails sur les personnes. Iliouen-Thsang n’en donne pas moins sur les livres.

A côté des Soûtras, il cite une foule de çâstras, de kàrikâs, de tikas, livres secondaires, mais fort importants encore, qui développent, qui complètent ou qui commentent les monuments originaux de la foi. Je pourrais en nommer un grand nombre, une centaine environ, si je ne craignais de fatiguer le lecteur.

Tel est le monde instruit et dévot au milieu duquel Hiouen-Thsang a vécu seize années consécutives pour en recevoir les lumières orthodoxes qu’il voulait reporter dans sa patrie moins éclairée. Nous pouvons sourire de la naïveté du missionnaire, qui se donne tant de peine pour recueillir des légendes absurdes et des croyances extravagantes, ce qui n’ôte rien à ses vertus. Mais nous devons avouer que notre étonnement égale au moins notre dédain, et nous ne nous doutions guère qu’au septième siècle de l’ère chrétienne l’Inde eût des couvents aussi nombreux que ceux de notre moyen âge, des écoles, des moines au moins aussi savants et aussi laborieux que les nôtres, des préoccupations religieuses si vives, toute une littérature sacrée, des monuments de toute sorte attestant et entretenant les dogmes de sa foi, des princes et des peuples si pieux et tout ensemble si tolérants. Je ne compare point le chaos fécond de notre Occident, vers cette même époque, avec le Bouddhisme indien tel que Hiouen-Thsang nous le montre, et j’ai signalé moi-même les abîmes qui les séparent; mais je ne sais si quelque missionnaire courageux et intelligent, venu de contrées lointaines dans les nôtres, y eût reçu un accueil aussi

empressé, et surtout s’il en eût rapporté une moisson aussi abondante. 11 eût été fort embarrassé, je suppose, d’y découvrir, sur la religion chrétienne, les six cent cinquantesept ouvrages que le pèlerin, chinois a pu se procurer sur la religion bouddhique; et, quand on voit à quel mince bagage étaient alors réduites nos écoles les plus renommées, on peut trouver que le monde bouddhique connaît mieux sa religion que le monde chrétien ne connaissait la sienne. 11 est vrai qu'il a déjà accumulé douze cents ans de labeurs successifs et qu’il a le Brahmanisme tout entier derrière lui; mais la civilisation occidentale a des ressources non moins grandes, dont elle n’a point également profité par suite du malheur des temps. Plus tard, ses destinées seront bien autrement belles; mais à ce moment elle a des infériorités que son orgueil ne soupçonne pas, et qu’aujourd’hni même il n’avoue pas sans peine. Cependant, en face de documents aussi précis et aussi irrécusables que ceux du voyage de Ïïiouen-Thsang, il faut que notre civilisation se dise que, si elle n’a point de rivales, elle a eu du moins des sœurs qui, sans la valoir, méritent ses regards et même sa sympathie, malgré toutes leurs lacunes et tous leurs défauts. Le Bouddhisme a, comme elle, agité les plus grands problèmes que l’intelligence de l’homme puisse se poser. 11 les a mal résolus, j’en conviens; mais c’est déjà une gloire peu commune que de les tenter; et ce noble effort, tout infructueux qu’il a été, est fait pour désarmer bien des rigueurs et compenser bien des fautes.

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