‹ Le Bouddha et sa réligionChapitre 5 sur 46 · N N XII · texte numérisé non relu

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INTRODUCTION

rituels, seront détruits sans retour, il n’a plus lien à craindre de la transmigration ; l’aveugle f’.l lité, qui emporte toutes choses dans l’univers, n’a plus d’empire sur lui.

C'est là un système hideux, j’en conviens ; mais c’est un système parfaitement conséquent, il n’v a pas trace de l’idée de Dieu dans le Bouddhisme entier, ni au début ni au terme. L’homme, absolument isolé, y est réduit à lui-même. Jeté dans un monde qu’il ne comprend pas,' sans providence et sans appui, sous le coup des infirmités de tout genre qui l’accablent, il n’a qu’une préoccupation: c’est d’échapper au supplice qu’il endure. Égaré dans les plus profondes ténèbres, il ne cherche point la lumière en remontant à quelque chose qui vaille mieux que lui. Bornant son horizon à ce que ses sens lui attestent, se connaissant à peu près aussi mal que les phénomènes en face desquels il traîne sa vie, il n’a point une raison assez haute pour atteindre à la source d’où il est émané ainsi que le monde. Parti du néant , il est tout simple qu’il y aboutis ^ ; et ce ne serait que par une inconséquence flagrante que le Bouddhisme éviterait cette conclusion, si redoutable pour nous et si consolante pour lui. Sans Dieu à sa naissance, sans Dieu pendant la vie, qu’y a-t-il d’étonnant que l'homme ne trouve point Dieu après la mort, et qu’il se précipite dans le néant d'où il est venu, et qui est son unique asyle?

Voilà en quelques mots ce qu’est le Bouddhisme, et voilà le spectacle déplorable qu’il nous offrira, avec le cortège habituel des superstitions et des légendes.

Cette tentative religieuse, quelque déraisonnable qu’elle soit dans son principe, n’est pas certainement sans grau-

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deur, etsurtout elle n’a point été sans résultats. Dans l'Inde, où elle avait surgi, elle n’a pas pu réussir à s'implanter. Mais, chose extraordinaire, bien que cette doctrine .unble révolter ics instincts les plus naturels et les plus /ifs de 1 humanité, elle a été un progrès pour les peuples qui font accueillie ; en se soumettant à elle, ils ont été un peu moins ignorants et un peu moins dégradés. Ce n’est pas sans doute un motif pour l’absoudre ; mais c’est une justice, assez restreinte d’ailleurs, qu’il faut lui rendre; le Bouddhisme a bien assez de défauts pour qu’on lui accorde au moins ce mérite secondaire, qui lui appartient légitimement.

Je n’hésite pas à ajouter que, sauf le Christ tout seul, il n’est point, parmi les fondateurs de religion, de figure plus pure ni plus touchante que celle du Bouddha. Sa vie n’a point de tache. Son constant héroïsme égale sa conviction ; et si la théorie qu’il préconise est fausse , les exemples personnels qu’il donne sont irréprochables. Il est le modèle achevé de toutes les vertus qu’il prêche ; son abnégation, sa charité, son inaltérable douceur, ne se démentent point un seul instant, ; il abandonne à vingtneuf ans la cour du roi son père pour se faire religieux et mendiant ; il prépare silencieusement sa doctrine par six années de retraite et de méditation ; il la propage par la seule puissance de la parole et de la persuasion, pendant plus d’un demi-siècle; et quand il meurt entre les bras de son disciple, c’est avec la sérénité d’un sage qui a pratiqué le bien toute sa vie, et qui est assuré d’avoir trouvé le vrai. Les peuples qui ont reçu sa foi n’ont jamais songe à en faire un dieu ; car la notion de Dieu leur était aussi étrangère qu’à lui. Mais ils se sont fait du Boud-

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dha un idéal qu’ils ont essayé d’imiter; et le Bouddhisme a pu former, comme nous le verrons, quelques belles âmes dignes de compter parmi celles qu’admire et que vénère l'humanité.

C’est là une étude qui vaut la peine d'être faite, toute louloureuse qu’elle est; et je ne me repentirai pas de l’avoir essayée si je puis atteindre le but que je me propose. Les grands côtés du Bouddhisme peuvent faire illusion, si l’on s’en tient à quelques vagues renseignements. Ceux que je donnerai ici suffiront, je crois, pour prévenir de pareilles méprises dans les esprits sérieux.

Ce livre peut avoir encore un autre avantage, et je regrette de dire qu’il a une sorte d’opportunité. Le malheur des temps veut que parmi nous les doctrines qui sont le fond du Bouddhisme retrouvent une faveur singulière, dont cependant elles sont si peu dignes. Depuis quelques années, nous avons vu surgir des systèmes où l'on nous vante la mélempsychose et la transmigration, où l’on prétend expliquer le monde et l’homme en se passant de Dieu et de la providence, tout comme l’a fait le Bouddha, où l'on refuse aux espérances du genre humain une vie immortelle après celle-ci, où l’on remplace l’immortalité de l’âme par l'immortalité des œuvres, et où l’on détrône Dieu pour lui substituer l’homme, le seul être, dit-on, dans lequel l’infini prend conscience de luimême. C’est tantôt au nom de la science, tantôt au nom de l’histoire ou de la philologie, ou même de la métaphysique, qu’on nous propose ces théories, qui ne sont ni bien neuves ni bien originales, et qui peuvent faire le plus grand mal à des cœurs déjà bien faibles. Ce n’est pas ici le lieu d’examiner ces théories, et les auteurs en sont à

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la fois trop savants et trop sincères pour qu’on puisse les condamner sommairement et sans discussion. Mais il est bon qu’ils sachent, par l’exemple encore trop peu connu du Bouddhisme, ce que l’homme devient quand il ne veut s’appuyer que sur lui seul, et quand ses méditations, égarées par un orgueil dont il ne se doute pas toujours, l’amènent au précipice où le Bouddha s’est perdu.

D'ailleurs, je sais bien toutes les différences ; et je ne fais pas à nos systèmes contemporains l’injure de les confondre aveuglément avec le Bouddhisme, tout en les réprouvant comme lui. Je reconnais bien volontiers tous leurs mérites accessoires, qui sont considérables ; mais on doit juger toujours les systèmes de philosophie par leurs conclusions, quelle que soit la route qu’ils prennent pour y atteindre ; et ces conclusions, pour être obtenues par des voies différentes, n’en deviennent pas meilleures. Le Bouddha y est arrivé voilà deux mille cinq cents ans ; il les a proclamées et pratiquées avec une énergie qu’on ne dépassera point, si même on l’égale ; il y a mis une intrépidité naïve que personne ne poussera plus loin , et il n’est pas à présumer qu’aucun système de nos jours prenne un empire aussi puissant sur les âmes. 11 n en serait pas moins utile toutefois que les auteurs de ces systèmes voulussent bien jeter les yeux sur les théories et les destinées du Bouddhisme. Ce n’est pas de la philosophie au sens où nous entendons ce grand mot ; ce n’est pas delà religion non plus, au sens du paganisme antique, ni au sens de la religion chrétienne ou de la religion maliométane; mais c’est quelque chose de tout cela, avec une doctrine parfaitement indépendante, qui ne voit que l’homme dans l’univers, et s’entête à ne regarder que lui

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absolument, tout en le confondant avec la nature au milieu de laquelle il vit. De là toutes les aberrations et les chutes du Bouddhisme, avertissement qu’il donne à d'autres et qui peut leur être salutaire pourvu qu'ils sachent l’écouter. Malheureusement, s'il est rare de s’instruire par ses propres fautes, il est bien plus rare encore de s’instruire par celles d’autrui.

Comme les accusations que je viens de porter contre le Bouddhisme sont très-graves, et comme ce triste sujet est encore bien récent, il sera bon de dire comment on est parvenu à découvrir les monuments de la religion bouddhique, et sur quelles bases authentiques et incontestables repose tout ce que l’on en sait et tout ce que l’on peut encore en apprendre. Il y a trente ans à peine qu’on l’étudie d’une manière certaine ; cl tel a été le succès de ces recherches favorisées par les circonstances, qu’aujourd’hui on connaît presqu’aussi sûrement les origines du Bouddhisme que celles de la plupart des autres religions, même plus récentes. On sait les moindres détails de la vie du Bouddha; on possède toutes les écritures canoniques qui gardent le dépôt de la doctrine recueillie et fixée par trois conciles successifs. Ces livres, composés peut-être en sanscrit ou dans un des dialectes voisins, ont clé conservés ou traduits dans les idiomes de tous les peuples asiatiques chez lesquels la foi bouddhique s’est répandue, Tibétains, Tarlares, Mongols, Chinois, Japonais, etc. Nous possédons ces traductions, et elles sont le con trôle infaillible et fidèle des livres originaux, dont plusieurs déjà ont clé reproduits en diverses langues. A côté de ces preuves, dont on pourrait sc contenter, il en est une foule d’autres résultant de témoignages secon-

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claires, qui ne sont pas moins indubitables : monuments de toute sorte dont les ruines couvrent encore le sol de l'Inde, inscriptions nombreuses et décisives, voyages de pieux pèlerins qui à plusieurs époques ont visité les lieux consacrés par les souvenirs du Bouddha. En un mot, à l'heure où nous sommes, rien ne manque pour noue donner la certitude la plus complète ; on pourra faire de nouvelles découvertes; mais elles ne changeront rien a celles qu’on a faites et auxquelles nous devons tant de curieuses révélations.

Pour qu’il ne reste pas le moindre doute sur ce point capital, je veux ici retracer brièvement le progrès inouï de ces investigations, et signaler de nouveau à l’estime publique les noms de ceux qui nous ont tant instruits par leurs féconds labeurs, et qui en quelques années nous en ont mille fois plus appris sur le Bouddhisme que n’er. surent William Jones et Colebrooke.

Le premier en date et le plus important, c’est 31. B. II. Hodgson. Nommé en 1821 résident politique au Népal pour la Compagnie des Indes, 31. Hodgson apprit bientôt quc,dansles monastères boudddhiques de ce pays, ou cou servait dévotement des livres qui passaient pour renfermer la doctrine canonique du Bouddha. Ces livres étaient composés en sanscrit. 31. Hodgson s’en fil remettre des listes par un vieux prêtre bouddhiste de Palan, avec lequel il s’était lié, et peu à peu il se procura les livres euxmêmes. Il se procura plus facilement encore les traductions en langue tibétaine; car, au Tibet, les livres sont, presque aussi nombreux que chez nous, multipliés par l’imprimerie sur bois, qu’y ont apportée les Chinois et dont on y fait le plus grand usage. Les ouvrages sanscrits

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