‹ Le Bouddha et sa réligionChapitre 6 sur 46 · X XXVI II · texte numérisé non relu

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dont on remettait des copies à 31. Hodgson avaient été introduits dans le Népal, où les prêtres seuls les comprennent, vers le second siècle de l'ère chrétienne, à ce que rapportait la tradition. Ils venaient du 31agadhn. de l'autre côté du Gange; et cinq ou six siècles plus tard, pénétrant du Népal dans le Tibet, ils y avaient été traduits quand le Tibet avait adopté la foi bouddhique. RJ. R. H. Hodgson pouvait annoncer cette belle découverte au inonde savant dès 1824 et 1825. Riais il faisait plus, et il offrait à la Société asiatique du Bengale soixante volumes bouddhiques en sanscrit, «t deux cent cinquante en tibétain. En quelques années, il renouvelait les mêmes libéralités envers la Société royale asiatique de Londres et envers notre Société asiatique de Paris. Il leur donnait les manuscrits et les imprimés qu’il avait recueillis, ou il leur faisait faire dans le pays les transcriptions qu’elles désiraient. C’est ainsi que notre Société asiatique possède quatre-vingt-huit ouvrages bouddhiques en sanscrit, qu’elle n’aurait pu avoir sans la générosité ou sans la complaisance du résident anglais de Kathmandou ‘.

Ce sont là des découvertes, des travaux et des procédés qu’on est heureux de louer hautement; et le nom de 31. B. II. Hodgson brillera dans l’histoire de ces éludes d'un éclat qui pourra gêner peut-être son excessive modestie, mais que rien n’obscurcira et qu'on ne doit jamais oublier. C'est à Inique sont dûs les originaux sanscrits, consultés cl traduits plus lard par d'illustres philologues, et c’est lui le premier qui a connu l’existence des traductions tibétaines.

1 II y a quelques mois à peine que M. D. II. Hodgson a fait encore un don. i'i ’c o*.:' vio d •vf-: me*'!? G* de desfino bouddhiques à 1 Institut de France*

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Presque en même temps, un digne émule de M. B. II. Hodgson, aussi désintéressé que lui, et non moins persévérant, M. Csoma, jeune médecin hongrois, de Kôrôs en Transylvanie, se livrait à des travaux qui devaient être presque aussi féconds, et qui n’étaient guère moins originaux. M. Csoma, animé d’un enthousiasme héroïque qui rappelle celui de notre Anquetil-Duperron, quittait la Hongrie, son pays natal, et, sans autres ressources que son courage inébranlable, pénétrait au Tibet, y apprenait, après bien des souffrances, dont tout autre se fût rebuté, la langue du pays, que jusqu’à lui nul Européen n’avait possédée; et il lisait les deux grands recueils de la littérature tibétaine appelés le Kahgyour et le Bstangyour . Or ces deux vastes encyclopédies, la première de cent volumes, la seconde de deux cent vingt-cinq, imprimées en 1751 au monastère de Snârthang, dans le Tibet, n’étaient pas autre chose qu’une longue traduction de livres venus de l'Inde et se rapportant presque tous à la littérature bouddhique. M. Csoma donnait, sous les auspices de M. H. H. Wilson, l’illustre indianiste, et de la Société asiatique de Calcutta, des analyses, développées de ces deux encyclopédies; et l’on y retrouvait, non sans surprise, la reproduction tidèle de la plupart des livres sanscrits que M. B. H Hodgson avait découvertsau Népal. M. Csoma de Kôrôs est mort jeune, au début de ces pénibles travaux, pour lesquels il avait épuisé ses forces, se consolant de quitter sitôt la vie par des publications dont se sont enrichies les Recherches asiatiques et qui consacreront son souvenir.

Vers l’époque où M. B. H. Hodgson et Csoma de Kôrôs faisaient connaître leurs découvertes, M. L. J. Schmidt, de l’Académie de Saint-Pétersbourg (1821), constatait de

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son côté que la plupart des livres bouddhiques traduits du sanscrit en tibétain l’avaient été également du tibétain en mongol, et dans des conditions pareilles. La foi bouddhique avait passé avec les livres qui la contiennent du Tibet en Mongolie, comme elle avait passé du Népal au Tibet, et du Magadha indien au Népal. C'étaient là d'heureuses confirmations de tout ce que nous avait appris M. B. H. Hodgson; mais ce ne devaient être ni les seules ni les plus importantes.

Pendant qu’au nord de l'Inde on trouvait les originaux sanscrits, au sud de la presqu'île, à Ceylan. où l’on savait que le Bouddhisme avait pénétré trois siècles avant notre ère, M. Georges Turnour, dont le nom doit être placé à côté de celui de 31. B. H. Hodgson, retrouvait une autre rédaction presque semblable des livres canoniques. Employé civil à Ceylan. 31. Georges Turnour avait pu donner aussi à des recherches littéraires les loisirs que lui laissaient ses fonctions. 11 reconnut que les prêtres singhalais possédaient une collection régulière et dès longtemps fixée des écritures bouddhiques, en langue Pâlie, dialecte du sanscrit, et que cette collection avait été apportée dans Pile de Ceylan sous le règne d'un roi de l'Inde, protecteur du Bouddhisme, l’an 516 avant J. C. Les livres Pâlis de Ceylan, au nombre de dix-sept, reproduisent sous des formes parfois identiques quelques passages des livres du Magadha et du Népal; ils contiennent aussi toute la doctrine et toute la vie du Bouddha, de même qu'au nord ia rédaction sanscrite du 3Iagadha a servi de texte aux traductions tibétaines, de même au midi la version Pâlie de Ceylan a servi de texte aux traductions birmanes siamoises, l’ilc de Ceylan (la Taprobanc des anciens,

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du nom indien Tàmrapanna) ayant toujours entretenu des relations religieuses fort étroites avec Siam et le Birman.

Mais il y avait plus encore à Ceylan. Outre les livres sacrés, les prêtres dépositaires de la foi avaient rédigé des chronicpies où ils avaient consigné d’âge en âge, et jusqu’à la fin du dernier siècle, les faits principaux de leur religion et de leur histoire. M. G. Turnour se procurait ces annales singhalaises, et il publiait la meilleure partie d’un de ces précieux ouvrages, le Mahâvamça , sans parler de l’analyse de plusieurs autres. Ces ouvrages historiques, les seuls à peu près qu’ait produits l’esprit indien, remontent dans leurs récits jusqu’à la conversion de l’île de Ceylan au Bouddhisme, et ils rappellent en grands détails toute la vie du Bouddha, telle que la tradition et les ouvrages religieux l’avaient conservée. Le Mahâvamça, qu’a donné M. G. Turnour, a été composé dans le cinquième siècle de notre ère, à l'aide de matériaux beaucoup plus anciens dont l’auteur s'est servi tout en les rectifiant, entre autres le Dipavamça.

Les livres sacrés de Ceylan en Pâli et ces compilations historiques doivent prendre rang parmi les documents les plus authentiques du Bouddhisme.

Voilà déjà bien des informations. Mais à côté et même au-dessus du Népâl, du Tibet, de la Mongolie, de Ceylan, du Birman et de Siam, il faut placer la Chine. Les annales de ce grand pays, tenues avec un soin que jamais gouvernement n’a égalé, même parmi les nations les plus policées, attestent que le Bouddhisme a été apporté en Chine deux cent dix -sept ans avant notre ère par quelques apôtres indiens. Dès l’an 61 de celte ère, il était devenu sous l’em-

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pereur Ming-Ti le culle public de l'empire, tant il semblait bien répondre aux besoins religieux de ce peuple bizarre que nous connaissons encore si peu. C’est aussi vers la lin du premier siècle après Jésus-Christ que commençai t la traduction officielle des livres sanscrits du Bouddhisme en langue chinoise. Un de ces ouvrages les plus renommés, le Laîitavistâra , espèce de biographie du Bouddha a été traduit jusqu’à quatre fois en chinois; une de ces traductions remonte, dit-on, à l’an 76 de l’ère chrétienne, tandis que la dernière descend jusqu’au neuvième siècle. Une multitude d’ouvrages bouddhiques ont été reproduits ainsi du sanscrit en chinois; et le savant M. Stanislas Julien a pu nous donner les titres d'un millier de livres à peu près, extraits des catalogues dressés dans le Céleste Empire et par l'ordre du gouvernement. Comme le Bouddhisme y est encore très-florissant, ces travaux de tout genre, traduction des livres canoniques et des ouvrages les plus célèbres, biographies des religieux les plus respectés, recueils divers, dictionnaires et vocabulaires spéciaux, se sont continués sans interruption jusqu'à notre temps. La littérature bouddhique forme en Chine des bibliothèques où le nombre des volumes est à peu près incalculable.

Une autre source d'informations toutes spéciales que nous offre la Chine, ce sont les voyages des pèlerins qui, à plusieurs époques, se sont rendus dans l'Inde, soit pour y chercher les livres sacrés et les rapporter dans le Céleste Empire, soit pour visiter les lieux sanctifiés jadis par la présence et les actes du Bouddha. Notre langue possède deux de ces récits, celuideFa-Iiienet celui deliiouen- Tlisang, que nous ont donnés nos illustres sinologues,

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M. Abel Rémusat et M. Stanislas Julien, qui ont si bien mérité des éludes bouddhiques.

Mais je quitte cet ordre de témoignages tous étrangers à l’Inde, et je passe à ceux que nous donne l’Inde ellemême; ils sont à la fois plus directs et plus anciens que ceux que je viens de rappeler.

Il y a vingt-cinq ans à peu près, on découvrit dans diverses parties de l’Inde centrale au nord, a l’est et au sudouest, des inscriptions gravées sur des rochers, sur des colonnes, sur des pierres. C’était presque la première fois que l’Inde offrait à la curiosité européenne des monuments de ce genre, dont jusque-là on la croyait complètement privée. Bientôt M. James Prinsep, un des secrétaires de la Société asiatique du Bengale, déchiffra ces inscriptions avec la sagacité et l’érudition qui lui ont fait un nom célèbre, bien que lui aussi soit mort fort jeune avant d'avoir rempli sa carrière. Ces inscriptions étaient en dialecte mâgadhi, c’est-à-dire dans le dialecte de la province duMagadha, une des contrées les plus fameuses de l’Inde, et celle même où, selon toutes les traditions, le Bouddhisme avait paru et s’était le plus tôt développé. Elles contenaient des édits d’un roi nommé Piyadasi, donnant à ses peuples des conseils de morale, recommandant la tolérance, et favorisant l’introduction des croyances nouvelles. Peu de temps après les explications de M. James Prinsep, M. Turnour, déjà versé dans l’étude des monuments Pâlis de Ceylan, démontra que le Piyadasi de ces inscriptions mâgadhies était le même qu’Açoka, le roi du Magadha, qui joue un très-grand rôle dans les premiers siècles de l’histoire du Bouddhisme, et dont la conversion est racontée dans le Mahâvamçct. Un autre ouvrage singha-

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lais, le Dipavamça, que citait encore 31. Turnour, place l'avénement d'Açoka deux cent dix-îmit ans après la mort de Çàkyamouni, c'est-à-dire \ers l'an 525 avant notre ire, au temps d'Alexandre le Grand.

Plus tard, d'autres découvertes du même genre vinrent confirmer ces premières données, et l'on a retrouvé déjà dans trois endroits au moins, à Guirnar. dans le Guzarate, àDhauli près de Kultack, à Kapour di Guiri, sans parler de Delili, d'Allahabad. Radhia, Alalhiah, etc., des reproductions à peu près identiques des édits religieux de Piyadasi, dont la domination s'étendait sur l'Inde entière. Les dialectes sont un peu différents selon les provinces ; mais au fond les édits sont les mêmes, et les expressions n'offrent que des variantes presque insignifiantes.

On savait en outre qu’un des trois conciles qui avaient constitué l'orthodoxie bouddhique et arrêté le canon des écritures, s'était tenu sous le règne d’Açoka et par sa protection toute-puissante. En 184f>, M le capitaine I.urt a découvert, sur une montagne près de Bhabra, entre Delili et Djaypour, une inscription de ce même roi Piyadasi. qui lève tous les doutes que pourraient encore laisser les autres. Celle-ci, écrite dans la même langue, est, comme le dit M. E. Burnouf, une sorte de missive adressée par le roi Piyadasi aux religieux bouddhistes réunis en assemblée dans le Magadha. Le roi indique aux membres du concile les points principaux sur lesquels doivent porter leurs délibérations, l'esprit qui doit les inspirer, et les résultats qu'ils doivent poursuivre. Ce qui donne à celle inscription de Bhabra une importance toute particulière. c'est quele nom même du bienheureux Bouddha, dont Açoka protégeait la croyance, s'y trouve répété à plu-

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sieurs reprises, tandis qu'il ne se rencontre pas dans ics autres inscriptions.

Les conséquences si graves qui en sortent pour l'iiistoirc du Bouddhisme et celle de l’Inde ont été acceptées dans toute leur étendue par M. Prinsep, par M. Turnour, par M. Chr.Lassen, par M. E. Burnouf,parM. Albrecht ^ cher, et par M. Max-Müller, et il serait bien difficile de contester l’autorité de pareils juges.

Il ne paraît donc pas qu’il puisse subsister de doute, et si Piyadasi n’est pas l’Açoka du Magadha, comme le conteste M. II. H. Wilson, il est très-certainement un roi bouddhiste imposant la doctrine de Çâkyamouni à ses sujets,vers la tin du quatrième siècle avant l’ère chrétienne

11 n’en faut pas davantage pour l’objet qui nous occupe, et j’abandonnerais les sources indiennes pour passer aux sources grecques, si je ne voulais prouver par un dernier exemple combien les découvertes que chaque jour amène dans l’Inde confirment de tout point les grands résultats que je viens d’indiquer sommairement. Sur les parois de belles grottes creusées dans une montagne de granit, près de Bouddha-Gayâ, dans le Magadha, on a trouvé des inscriptions dans le même dialecte que les grandes inscriptions de Guirnar et de Dhauli ; elles nous apprennent que ces grottes ont été destinées à l’habitation et à la retraite de mendiants bouddhistes par le roi Daçaratha, second successeur d’Açoka, et par Piyadasi lui-même, qui est nommé dans plusieurs de ces inscriptions, dont chacune n'a que trois ou quatre lignes. Ces inscriptions ne peuvent pas être postérieures à l’an 226 avant notre ère; et, bien qu’elles soient beaucoup moins importantes que les grands édits dont je viens de parler, on voit qu’elles s’y

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rapportent d'une manière frappante, en les contrôlant par un détail qui, tout mince qu’il est, n’en est pas moins démonstratif.

Des faits que nous ont attestés les compagnons d’Alexandre ou leurs successeurs, je n’en rappellerai qu’un seul qui me semble démontrer que les Grecs ont connu les Bouddhistes, comme ils ont connu les Brahmanes. Néarque et Aristohule, qui suivirent Alexandre et lui survécurent, ne nomment que ces derniers, sans que rien indique qu’ils aient connu les autres. Mais Mégasthène, qui, trente ans plus tard à peu près, pénétra jusqu’à Patalipoutra, la Palibothra des Grets, à la cour du roi Tchandragoupta, indique certainement les Bouddhistes dans les Sarmanai ou Garmanai, dont il fait une secte de philosophes opposés aux Brahmanes, et qui s’abstiennent de in et vivent dans le plus chaste célibat. A ces traits, et à l'étymologie même du rfiot, très-peu altérée, on ne peut méconnaître les Bouddhistes, qui se sont donné spécialement le nom de Çramanas, ou d’ascètes domptant leurs sens. On ne peut les méconnaître non plus à cet autre trait que rappelle aussi Mégasthène : « Les Sarmanes, dit-il, ont avec eux « des femmes qui participent à leur philosophie, et qui, « comme les hommes, sont vouées au célibat. » EnfinMégasthène ajoute que «ces philosophes, pleins de frugalité, « vivent des aliments qu’on leur donne et que personne « ne leur refuse. » IV est-ce pas là une description fidèle des mœurs particulières aux Bouddhistes, que les Brahmanes n’ont jamais partagées? A’e se rappelle-t-on pas que le célibat et la mendicité sont deux conditions imposées par le Bouddha à ses religieux? Si Mégasthène est le seul des historiens grecs de cette époque à parler aussi

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