‹ Le bouddhisme éclectiqueChapitre 11 sur 58 · ET LA CRÉATION DE DIEU · texte numérisé non relu

ET LA CRÉATION DE DIEU

i • — La loi du Devenir repose sur les principes de l'Éternité et de l'Infini ■ mais comme il ne nous est pas possible' dans la sphère actuelle de notre existence évolutive, d'avoir autre chose qu'une vague aperception de ce que peut être l'Eternité et l'Infini, nous nous trouvons dans la nécessité de faire usage des mots relatifs d'origine et de fin. L'usage de ces mots serait de nature à entraîner dans une voie fausse et même dangereuse, si l'on ne s'attachait tout d'abord à déclarer leur valeur purement momentanée, con-

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ventionnelle et didactique ; ils sont sans inconvénient dès qu'on a énoncé les réserves avec lesquelles on admettra leur emploi.

Pour l'étude du problème du Devenir, ces mots « origine » et « fin » doivent être considérés comme des formules ayant uniquement pour effet de rendre plus facile la manifestation extérieure de la pensée ; ils ne représentent rien de réel, pas plus qu'en mathématiques le point sans étendue, ou en histoire naturelle les solutions de continuité dans l'échelle des êtres.

2. — Dans sa condition originelle, Dieu est le Bien absolu, mais le bien dans une condition en quelque sorte fatale.

L'univers qui émane de lui et se confond avec lui, existe, dans son essence et dans ses principes génésiaques de toute éternité; car Dieu étant le Bien absolu n'a pu cesser d'être lui-même et différer un seul instant d'accomplir ce qui était le Bian absolu.

LES PRINCIPES ET LES MOYENS

3. — Son œuvre créatrice a été faite dans un instant sans durée, car il n'est pas admissible qu'il ait fallu à la puissance sans entraves un temps plus ou moins long pour faire ce qui devait être fait.

4. — Cette œuvre créatrice était parfaite, c'est-à-dire sans défauts, sans lacunes; car on ne peut supposer Dieu susceptible d'incapacité, d'insuffisance ou d'oublis.

5- — Du moment où Dieu, en tant que puissance fatale, a, dans un instant sans durée, terminé et définitivement terminéson œuvre, il ne lui restait plus rien à faire. Bien plus, il ne pouvait plus rien faire, puisque modifier son œuvre ou y ajouter quelque chose entraînerait comme conséquence que son œuvre avait quelque chose de défectueux ou d'insuffisant.

Dieu, dans cette condition, aurait donc été la Mort éternelle, inactive, impuissante.

6. — Comme la mort éternelle, l'inactivité sans fin, l'impuissance absolue ne

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3o LE BOUDDHISME ÉCLECTIQUE

sauraient être le caractère de la perfection qui est Dieu, il en résulte que Dieu, pour être parfait, dût faire sortir de luimême le principe de la vie, du mouvement, de la sélection et de la liberté '.

7. — En faisant sortir de lui-même la vie, le mouvement, la sélection et la liberté, Dieu a rendu possible la manifestation du Mal. Mais par cela même qu'il rendrait possible la manifestation du Mal, il a rendu possible la manifestation du Bien.

8. — Par la lutte du Bien contre le Mal, et par le triomphe du Bien sur le Mal, Dieu a associé la création à sa propre essence. Les êtres, pénétrés du besoin d'accomplir leur perfectionnement continu en toute liberté, conver-

1. Au commencement le Un respirait en luimême sans souffle; l'obscurité entourait tout de ténèbres, comme un océan sans lumière. Le Désir (principe de mouvement et de sélection) en sortit, et fut le germe originel de l'esprit actif (cf. Rjg-vêda, x, 129).

LES PRINCIPES ET LES MOYENS

gent sans cesse vers Dieu et tendent à retourner ainsi vers leur source. Leur retour dans le Grand-Tout, qui est Dieu, apporte à ce Grand-Tout le complément nécessaire à la Perfection absolue. Les êtres créés par Dieu, sont de la sorte et à leur tour, en devenir, les créateurs de Dieu, ou du moins les agents complémentaires indispensables à sa Perfection absolue.

9. — Tous les êtres de la nature sont en conséquence des microcosmes en voie de Devenir, qui évoluent dans le but final de produire le macrocosme de la Perfection absolue. Leur mission est nécessaire, inéluctable : elle doit être accomplie. Il dépend des êtres d'aboutir plus ou moins vite à cet accomplissement : la somme de souffrance et la durée de la souffrance qu'ils auront à supporter pour atteindre à leur fin, sera proportionnée aux efforts volontaires qu'ils feront pour se conformer à la Loi du Devenir.

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