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LA MEDITATION ET L'EXTASE

Çâkya-Mouni attachait une importance exceptionnelle à la Méditation. Conformément à sa doctrine, les bouddhistes enseignent que ce n'est pas par la prière que l'homme peut arriver au salut. La Loi suprême des Mondes étant l'absolue justice ne peut être influencée à aucun titre par les supplications des pécheurs; les conséquences qu'entraîne toute taule ne peuvent disparaître que par le remords ci le besoin de réparer, et encore à la condition expresse que l'amour du Bien, dégagé de toute crainte égoïste du châtiment,

ait seul inspiré le remords et le besoin de la réparation.

En revanche, la Méditation, lorsqu'elle est entreprise dans les conditions morales nécessaires et avec des connaissances suffisantes pour bien savoir la diriger, a pour résultat de nous apprendre à nous mieux connaître nous-mêmes, à lire d'une façon plus fructueuse dans notre conscience et à éclairer notre esprit.

La direction du travail méditatif, pour aboutir aux effets désirables, exige une longue étude et une attention de tous les instants. Il faut, en outre, veiller sans relâche pour que la Méditation ne provoque ni un assoupissement de l'âme, ni un abrutissement de l'organisme intellectuel, ni une surexcitation névrologique intermittente et désordonnée.

Une certaine somme de Rectification accomplie est indispensable pour que la Méditation soit réellement instructive et salutaire. Il n'y a pas de méditation féconde pour qui n'a pas avancé déjà dans

APPENDICES I-V

la voie de la sagesse, ni de sagesse sans méditation. Celui qui réunit la sagesse à la méditation est près du Nirvana '.

Le Bouddhisme énumère cinq sortes de Méditations :

La première est appelée Metta-bhàvanà « Méditation sur l'Amour ». Elle engage l'homme à désirer pour autrui le calme qu'il désire pour lui-même et à souhaiter l'état salutaire de la quiétude pour ses ennemis comme pour ses amis.

La seconde méditation se nomme Karound-bhdvand « Méditation sur la Compassion ». Elle provoque dans l'esprit la pensée que la foule des êtres est soumise à la Loi de la Souffrance, et qu'il faut faire tout ce dont on est capable pour arracher son prochain aux terribles effets de cette loi.

La troisième méditation est leMouditdbhâvand « Méditation de la Joie », que le sage doit ressentir quand il songe aux

i. Dliammapada, ch. xxv, v. 372.

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moyens d'amener les hommes dans la voie de la délivrance.

La quatrième méditation, ou Asonbhabhâvanâ « Méditation de l'Impureté », fixe les pensées sur la condition abjecte de notre organisme matériel et sur la corruption de la chair, causes de nos perpétuelles renaissances et de toutes les vicissitudes de la vie.

La cinquième méditation enfin, est V Oupekshd-bhdvand « Méditation sur le Calme », durant laquelle le sage voit avec indifférence toutes les choses que l'homme du monde considère comme heureuses ou malheureuses, la puissance et l'oppression, l'amour et la haine, la richesse et la pauvreté, la célébrité et le dédain public, la jeunesse et la décrépitude, la santé et la maladie.

Pour l'esprit philosophique européen, il est bien évident que le champ de la Méditation s'étend encore ailleurs et qu'on peut y déposer des semences fécondes de nature à projeter la lumière sur bien des

APPENDICES

faces du grand problème de la Destinée.

D'accord avec le Bouddhisme toutefois, le Christianisme a admis des conditions méditatives qui ont pour effet de rapprocher l'homme de la Divinité et même de le confondre en quelque sorte avec Elle.

Ce sont ces conditions qui conduisent l'àme à l'état auquel on a donné, suivant la période de son évolution, les noms de « ravissement » et « d'extase ».

La Méditation extatique a été cultivée par certains bouddhistes, comme elle l'a été par des Chrétiens : elle peut aboutir à des résultats funestes pour l'intelligence, si les conditions nécessaires de son développement ne sont pas remplies d'une façon complète et si les êtres qui s'y livrent ne se trouvent pas dans l'état voulu pour échapper aux accidents de la névrose.

L'égoisme est surtout le vice par lequel l'àme se prépare à subir les troubles organiques '. L'expression des sentiments

i.l)'B\icliez,Dictionn.des Harmonies. col. 1 .124.

-vw

1 lu)

qu'éprouvent l'extatique est souvent inintelligible pour le monde extérieur; le langage arrive même à lui faire complètement défaut, et il ne trouve plus d'expressions. C'est sans doute le cas de sainte Thérèse, lorqu'ellc a écrit cette parole :

« Enfin, je ne sais plus ce que je dis ! ' » Quelle que puisse être la valeur religieuse de l'extase, l'homme d'étude doit en redouter les écarts et veiller avec une attention de tous les instants à ce que les nerfs ne prennent pas un trop grand empire sur les forces actives de sa pensée et de son intelligence.

i. Sainte Thérèse, Le Château intérieur, demeure vr.

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