‹ Le Bouddhisme et l'apologétique chrétienneChapitre 3 sur 4 · I.E BOUDDHISME · texte numérisé non relu

I.E BOUDDHISME

dis-je? le saml usage de l’aveu des fautes, considéré eu lui-inéine, ne répond-il pas aux besoins les plus nobles et les plus impérieux de la nature bumaine? Inutile d insister sur cette grande et élémentaire vérité. La confession boudd bique en est d’ailleurs une confirmation éclatante et nouvelle au service de l’apologétique et de la chaire catholique, loin d’être un phénomène capable de diminuer le moins du inonde les caractères divins de la grande institution cbrélienne qui a la double puissance de faire refleurir dans l’homme et la pureté du cœur et la paix de la conscience.

Je vais plus loin. Il me semble que l’on pourrait expliquer rétablissement de la confession bouddhique par quelques-unes des grandes raisons qui nous démontrent la convenance de la confession en général. L’un des points capitaox de la morale du bouddha était la discipline du moi, et c’est ce noble but qui rapproche, d’une certaine façon, le bouddhisme du christianisme. « Réprimer ses propres pensées, ses passions, ses désirs, c’est la doctrine du Bouddha, » disent les sectateurs du grand Mouni, dans une strophe à leur usage. L’ànie purifiée des désirs mauvais et des mauvaises pensées est au fond le premier précepte du bouddhisme, aux yeux duquel la « cessation du péché, » ou, pour me servir d’un autre mot de sa langue , le « bon accomplissement, » n’est que la suite de la pureté du cœur. Eh bien, c’est précisément dans ce besoin de la conscience bouddhique de réprimer le désir, de régler la pensée, et d’arriver par là à la pureté de l’âme, que se trouve une raison bien naturelle de l’institution d’une sorte de confession. Le Bouddha a placé dans la communauté fondée par lui l’institution qui pouvait le mieux répondre aux exigences de sa morale.

A cette raison s’en ajoute un autre, selon nous. Se vaincre soimême, dompter ses désirs, refréner ses passions, c’est à quoi tend avant tout le bouddhisme, et il arrive par là à l’humilité. L’humilité bouddliique, il est facile d’en entrevoir la base étroite. Qu’est-ce que 1 Immilité dans un système religieux où l’homme ne peut mesurer sa petitesse à la grandeur de Dieu? Cette bumilité-là aura beau marclier les yeux baissés, le front incliné, l’extérieur recueilli, selon l’usage bouddhique, elle n’en donnera pas moins la main à l’orgueil. Mais, telle qu’elle est, reconnaissons-la et dans la vie du Bouddha etdaus ses prédications. De même que Çàkyamouni ne cesse de la pratiquer, de même il ne cesse de la recommander ; « ’t’ivez, ô religieux! dit-il, en cachant vos bonnes œuvres et en montrant vos péchés. » C’est évidemment en comptant « surce seidiment d’humililé,a faitobscrver M. Barthélemy Saint-Ililaire, que le Bouddha put instituer la confession parmi ses religieux, et même parmi les fidèles » D'accord, mais

* Le BoudiUia et m Religion, i>. 91.

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le prédicateur de riiiimililé Ijouddliiijue a dû, il me semble, voir dans l’aveu des fautes un puissant moyen d'exercer et de développer dans les âmes de ses religieux le sentiment dont nous parlons. La • confession pouvait être d’autant plus efficace, sous ce rapport, qu’elle avait lieu très-régulièrement pour les religieux, deux fois par mois, à la nouvelle et à la pleine lune, devant le Bouddha et l’assemblée, à haute voix. Du reste, la confêssion bouddhique ne fut point aussi éphémère qu’on pourrait le supposer; nous en retrouvons la trace dans les édits religieux d’un roi bouddhiste, Piyadasi, sous le règne duquel elle fut déclarée quinquennale.

Nous venons de le voir, le bouddhisme, dans sa morale, a des beautés incontestables; et nous n’avons pas parlé de la piété fdiale, ni de quelques autres grands devoirs de 'la famille auxquels il est loin d’être demeuré étranger. C’est par là que, comme plus tard devait le faire la Grèce, l’Inde prépare la voie du Seigneur, répondant, à sa manière, à l’invitation desprophètes divins. .Mais, dans ce noble travail, combien elle laisse encore de sentiers tortueux ! Nous nous rappelons la métaphysique du bouddhisme. Quel fondement peu solide pour asseoir sa morale ! Nous avons assisté à la tentative inconcevable, insensée du législateur qui fut peut-être le plus grand parmi ceux dont l’histoire religieuse du monde païen nous offre les noms illustres. Nous avons remarqué, avec M. Barthélemy Saint-Hilaire, que le bouddhisme, par une impuissance morale de remonter plus haut, ou par une perversité de raison, n’a demandé, pour comprendre et sauver l’homme, que l’homme lui-même ; ilnousestfacile, dans sa religion sans Dieu, d’entrevoir où sa morale pouvait seulement conduire l’homme, à savoir : à une « vertu sans devoir, » à une « charité sans amour. » iM. Barthélemy Saint-Hilaire condamne sans pitié le bouddhisme, qui,

« malgré des apparences parfois sérieuses, n’est à ses yeux qu’un long tissu de contradictions; » l’apologiste chrétien ne doit pas avoir ici plus de miséricorde que le philosophe spiritualiste, surtout quand il rencontre, comme dans M. Kœppen, des admirations pour le houddhismc qui vont, dans leurs façons de s’exprimer, jusqu’à établir des parallèles presque sans restriction entre la morale du Bouddha et la morale de l’Evangile.

Pour ne prendre la question que par quelques-uns de ses points capitaux, — qu’est-ce que la morale bouddhique sans l’idée du bien

LE UOl’ItDIlISME

et sans l’idée du devoir, ou, ce qui est la même chose, sans Dieu, source éternelle de tout bien et de tout devoir’.' Nous avouons, avec M. Darllîélemy Saint-Hilaire, « que c’est déjà beaucoup que le bien se fasse, quel que soit d’ailleurs le motif dont l’acte s’inspire.» Mais comment , le bien se fera-t-il là où manque, avec son éternelle idée, sa règle souveraine et sa suprême sanction? Comment le bien se fera-t-il, comment la vertu sera-t-elle pratiquée dans une société constituée sur l’ignorance des grands dogmes divins qui sont seuls capables d’expliquer complètement la conscience bumainc, dont les aspirations infinies, sans leur éclatante et pure lumière, resteraient comme autant d’énigmes insolubles jetées par dérision à l’humanité? C’est le bouddhisme lui-même qui va nous répondre, et ses réponses significatives, nous les prendrons dans le domaine des faits.

Et d’abord, le Bouddha, cet homme inflexible, que les voix du harem n’avaient pu retenir dans les splendides palais de Kapilavastou, le Bouddha prêche la nécessité de résister aux passions, de se vaincre soi-même; et son honneur, c’est de l’avoir prêchée sous le ciel brûlant de flnde à cette société voluptueuse que le brahmanisme avait instituée à sa guise. Eh bien, la résistance aux passions, la victoire sur soi-même, au nom de quels principes les proclame-t-il absolument nécessaires? Évidemment il ne peut donner pour base à ses exhortations que l’égoïsme et l’intérêt. Au lieu de le démontrer longuement, prouvons-le par un exemple délicat de chaste continence et d’austère charité, où rien ne manque pour l’éloge de f âme bouddhiste qui nous le fournit, si ce n'est la noblesse et félévation dans le motif de l’action.

Vàsavadatta, une courtisane célèbre par sa beauté et son opulence, se prend d’une folle mais réelle passion pour Oupagoupta. Le jeune homme, parla servante qu’elle lui a envoyée pour l’engager à se rendre auprès d’elle, lui fait répondre: « Ma sœur, il n’est pas temps pour toi de me voir. » A une seconde prière, il fait la même réponse. Or, un jour, le chaste Oupagoupta apprend le supplice épouvantable auquel la courtisane avait été condamnée pour un assassinat qu’elle avait commis. Les pieds, les mains, les oreilles et le nez coupés, elle avait dû être abandonnée en cet horrible état dans le cimetière, .\lors le jeune homme se dit : w Quand son corps était couvert de belles parures et de riches ornements, le mieux était de ne pas la voir pour ceux qui aspirent à l’affranchissement et qui veulent échapper à la loi de la renaissance. Mais aujourd’hui que, mutilée par le glaive, elle a peidu son orgueil, son amour et sa joie, il est temps de la voir. »

Alors Oupagoupta se rend au cimetière avec une démarche recueillie. En le voyant s’approcher, par un reste de coquetterie, Vàsavadatta recommande à sa fidèle servante de ramasser ses membres épars et

et L'APOLOGETIQUE CIIRÉTIENKE.

(le les cacher sous un morceau de loile, puiselledil au jeune homme ; Quand mon corps (!;tait doux comme la Heur du lotus, orné de parures et de vêtements précieux, je n’ai pu te voir. Aujourd’hui, pourquoi viens-tu contempler un corps qui n’inspire que l’épouvante, et qui est souillé de sang et de boue? — Ma sœur, lui répond Oupagoupta, je ne suis pas venu naguère auprès de toi attiré par l'amour du plaisir ; mais je viens aujourd’hui pour connaître la véritable nature des misérables objets des jouissances de l’homme. Consolée par Oupagoupta, qui lui enseigne la loi, la courtisane meurt « pour renaître bientôt jiarmi les dieux. »

Je le répète, rien ne manquerait à ce noble exemple de continence et de charité, si le jeune bouddhiste, tout en faisant preuve d’une louable abstention, avait compris le devoir; s’il s’était abstenu par vertu, non par pur intérêt; si, en résistant aux séductions d’une riche courtisane, il avait eu un mobile plus élevé que la crainte unique de compromettre ce qu’il avait fait jusque-là pour s’affranchir de la loi de la renaissance. Comme le dit M. Barthélemy Saint-Hilaire, le jeune Oupagoupta « n’est point moralement vertueux, tout en restant vainqueur dans cette lutte délicate contre lui-même. » C'est ainsi que le bouddhisme, en se condamnant à se passer de Dieu, à se passer, par conséquent, de l’idée du devoir, de l’idée même du bien, en ne voyant dans la vertu qu’un pont pour arriver à l’affranchissement du cercle des renaissances, a bien pu faire de fervents adeptes, mais il n’a pas fait des hommes. Pour faire des hommes, dans le véritable sens du mot, il faut autre chose que le calcul de l’égoisme et le calcul de l’intérêt; en d’autnîs termes, pour faire des hommes, il faut autre chose qu’une morale négative, il faut une morale positive. Or le bouddhisme, sur les bases de sa métaphysique négative, n’a pu poser qu’une morale négative. Mais j’abandonne la discussion sur ce vaste terrain où elle a été épuisée tant de fois et tant de fois reprise, et où elle a toujours conduit la saine philosophie à la même conclusion en faveur des conditions ontologiques de la morale, et je signale un vice particulier à la morale bouddhique, lequel est devenu, par le fait, le ver rougeur de ses meilleures idées. Ici nous nous adressons surtoutàM. Kœppen, qui, au lieu de marchersur les traces deM. Barthélemy Sainl-llilaire, dont il cite cependant le jugement sur la morale bouddhique, voudrait presque nous convertir à la foi de Çàkyamouni. Ce vice particulier, ce ver rongeur que la métaphysique du bouddhisme a introduit nécessairement dans sa morale, c’est, en toutes choses, une exagération sans limites, qui aboutit toujours au bizarre, quand elle ne conduit pas au monstrueux. Prenons quelques exemples. Voici d’abord le grand précepte de ne pas tuer, — je ne dis pas le précepte contre l’homicide ; on verra pourcjuoi : —

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