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donnés, il n'était pas douteux que la réforme portait sur ceux du département de l’Alier. Cette critique des tribunaux par l'autorité administrative n’exista pas seulement pendant la période que l'on appela « la Terreur blanche ». Ainsi, en 1818, la cour de Riom jugeant une rixe qui avait eu lieu entre les nommés Ruffray et Lavault, au domicile du premier, jugea qu’il n’y avait pas lieu de poursuivre, ce qui provoqua les réflexions suivantes du préfet, de Fumeron : « Il n’est malheureusement que trop vrai que la cour de Riom ne possède pas la confiance du public. Cette prévention peut être injuste, mais il n’en est pas moins vrai, qu'elle existe, et ce jugement n’a fait qu’ajouter à la disposeition peu favorable des esprits » (1). Cette critique est isolée. D’autre part, les triburaux, remaniés, répondaient aux vues du gouvernement. Ce derpier était aux mains des royalistes modérés, les lois votées par la Chambre introuvable commençaient à s’oublier. |
D'ailleurs, la loi dite de « sûreté générale », du 29 octobre 1815, permettait aux préfets de suppléer au peu de sévérité des tribunaux. Ils ne se firent pas faute d’user de leurs prérogatives. Nous ne pouvons rapporter dans un ouvrage comme celui-ci, toutes les arrestations opérées dans notre département, mais nous en avons choisi quelqu’unes, pour montrer comment étaient traités, au début de la Restauration, ceux qui avaient l'audace de manifester un peu trop haut quelque opposition au nouveau régime, imposé à la France, non seulement par les Alliés, mais aussi par une poignée d’intrigants, qui s’'employèrent à montrer aux gouvernements étrangers, et en particulier au Tsar, une France avide de revoir son Roi.
Le 26 mai 1816, Suchal, cordonnier à Saint-Pourçain, et un ouvrier travaillant chez lui, nommé Berthet, furent
(1) Archives départementales de l'Allier, M, police, 1r série, No 10,
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dénoncés par un domestique du sieur Dubuysson, maire de La Feline, comme ayant tenu des propos séditieux. Ce dernier conduisit lui-même, devant le juge de paix, le dit domestique, pour qu'il fasse sa déposition. Mais dans sa séance du 24 juin. le tribunal correctionnel de Gannat, faute de preuves suffisantes, estima que les prévenus n'étaient pas susceptibles d’être punis, d'après la loi du 9 novembre 1815 : cependant « attendu, disait le jugement, qu’il est démontré, que ces individus ont des principes dangereux par la conduite qu’ils ont tenue » le dit tribunal les mit tous les deux, pendant cirq ans, sous la surveillance de la haute police. Ce jugement ne satisfit pas le sous-préfet de Gannat qui demanda l'autorisation de prolonger la détention des inculpés, autorisation que le préfet s’'empressa d'accorder. Suchal et Berthet ne sortirent de prison que le 15 août 1816, pour être envoyés en surveillance à leur demicile (1).
Le 11 février 1816, à Pierrefitte, des jeunes gens passaient agréablement leur soirée. Au son d’une musette, ils se livraient, chez le receveur-buraliste Giroux, au plaisir de la danse. Le garde-champêtre, faisant sa tournée, entra pour voir ce qui se paszit. An son arrivée, « un grand nombre de jeunes gens se mirent à crier « vive le Roi » mais un cri de « vive l'Empereur » se fit entendre (2) ; Giroux fut accusé par le garde qui dressa procès-verbal. Le 1* avril, le tribunal, en chambre de conseil, décida qu'il n’y avait pas lieu de poursuivre, « les témoins attestant que si le cri de « vive Bonaparte » avait été poussé, il ne l'avait point été par Giroux ». L2 prétendu coupable fut remis entre les mains de l'autorité administrative. qui le relaxa. Mais l'affaire n’en resta pas là. Un arrêté du Préfet, du 7 mai 1816, ordonnait la ferme-
(1) Archives départementales de l'Allier M, police, 1re série, 1816. (2) Archives départementales de l'Allier, M, police, 1" séire, 1816, rapport du garde,
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ture du café Giroux, mesure qui entraînait sa destitution de receveur buraliste (1).
Les sous-préfets eux-mêmes se Dares tent de prendre des mesures sévères. Des enfants de Bellenaves s’amusaient à crier « vive l'Empereur » en courant dans les rues. Le sous-préfet de Gannat en fut informé ; aussitôt, il donna l’ordre à la gendarmerie de conduire les parents devant lui « Je les ai envoyés en prison, écrit-il au préfet, parce que c'était jour de foire à Gannat, et que je voulais qu’ils servissent d'exemple aux paysans de l'arrondissement ». A la nuit, il leur adressa une deuxième réprimande et les renvoya chez eux (2).
Une jeune fille de Coutansouze, âgée de 15 ans, cria, elle aussi « vive l'Empereur » pour faire « enrager », dit-elle, le vieux garde de Bellenaves. Mal lui en prit. Le maire de Coutansouze, de la Villenne, ayant eu connaissance de l’incident, la fit aussitôt arrêter par son garde, et conduire à la sous-préfecture. De Trémioles, qui faisait l'intérim en l’absence du vicomte de Suleau, après une sévère admonestation, la retint une heure prisonnière, eb la renvoya sous la surveillance des autorités locales (3).
Cependant il se trouvait quelquefois des hommes de bon sens qui, calculant la portée de ces mesures de rigueur, faisaient leur possible pour les atténuer. Tel fut Choisy, maire de Chantelle. Un nommé Fondrat, de Deneuille, avait été signalé au préfet comme tenant des discours et des propos suspects. Immédiatement le maire de Chantelle est invité à-prendre des mesures, pour empêcher que pareil fait se reproduise. « Il ne me semble pas, écrit-il, que les propos vagues et décousus qu'a pu tenir un espèce de rustre, dont
(1) Archives départementales de l'Allier, M, police, ire série, 1816. (2) Archives départementales de l'Allier, M, police, 1re série, 1816 (3) Archives départementales de l'Allier, M, police, 1re série, 1816,
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l'aliénation mentale paraît n'être point équivoque, puisse influer sur la marche transcendante et assurée que tient le Gouvernement, ni même troubler l'ordre et l'harmonie de ma commune. Il y aurait donc du ridicule d’attacher de l'importance aux dires d'un individu qui par sa propre essence et sa situation politique n'en mérite aucune et qui, à proprement parler, n'est que le jouet de quelque oisif ». Fondrat ne fut pas inquiété, il l'avait échappé belle.
Un certain énervement régnait d’ailleurs chez ceux qui étaient chargés de maintenir la tranquillité publique, énervement qui leur faisait prêter créance à tous les bruits qu'on leur rapportait ; ils voyaient des complots partout. Leurs agents secrets, peut-être pour se donner de l'importance, exagéraient quelquefois, dans leurs rapports, la portée des faits découverts, ou des conversations entendues. Le 25 juin 1816, un individu signalé comme devant remplir une mission secrète, fut arrêté à Moulins. Interrogé par le maire, il déclara se nommer Blanchard et être parti le 14 juin de Bourbon (Vendée), muni d’un passeport pour se rendre à Moulins. Il se dit chargé par une société secrète ayant son siège à Bourbon (Vendée), d’avertir diverses personnes de Lucon, de la Rochelle, de Rochefort que « les évènements qui devaient avoir lieu le 22, étaient renvoyés au 30 ». La même communication devait être faite au sieur Cadet, expostillon à Moulins. Il raconta, en outre, que ceux qui l'employaient l'avaient averti que le 30 juin il y aurait « un coup de parti » dans toute la France, que les légions et la gendarmerie seraient désarmées, que « l’on ne voulait plus de ce gros cochon de Bourbon, qu’on le tuerait et que l’on salerait son cœur, et qu’on le ferait parcourir toute la France et que l’on rétablirait la République de l'Empereur ». Le sieur Cadet déclara ne pas connaître Blanchard. Ce dernier s'était bien en effet présenté chez l’ex-postillon, mais seulement pour lui demander s'il vendait du tabac, des cigares ou des
pipes.