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pas d'un bon œil les exagérations des ultras et critiquaient les atteintes portées à l’autorité royale. Louis XVIII, déjà assez mal disposé envers cette Chambre, qui ne lui ménageait pas ses attaques, fut facile à convaincre, et la dissolution fut décidée. Decazes la prépara en secret. Une ordonnance du 5 septembre 1816 la rendit définitive.
- Les nouvelles élections ne furent pas favorables aux ultras. Les royalistes constitutionnels et modérés obtinrent une forte majorité. Les élections partielles de 1817 accrurent encore cette majorité ministérielle.
Si les ultras croyaient changer l'opinion publique française, en poursuivant activement la répression, ils se trompaient. Toutes les mesures de rigueur votées par la Chambre introuvable ne servirent qu'à faire naître une sourde opposition qui ne tarda pas à se retourner contre elle. Les menées bonapartistes et libérales se firent partout plus actives ; les bruits les plus absurdes étaient répandus, jusque dans les campagnes, y semant l'inquiétude et aussi une certaine espérance. Notre préfet s'en montra inquiet et recommanda aux maires d'arrêter, dès leur crigine, des tentatives « aussi criminelles ». Vous devez, leur écrit, signaler à l'autorité, les individus qui « répandent des nouvelles alarmantes » db « sévir contre eux avec toute la rigueur des lois ». Il leur recommandait de prescrire aux gardes-champêtres d'exercer une surveillance active sur les auberges et cabarets.
Mais la Chambre introuvable n'était plus ; la loi du 29 octobre 1815 cessait d'être mise en application. Ceux qui avait été ses victimes allaient rentrer à leur domicile. La nouvelle Chambre, dès sa rentrée, avait mis en discussion une nouvelle loi électorale qui fut votée le 8 janvier 1817. Il était ainsi mis fin au régime électoral provisoire, sous lequel avaient eu lieu les élections de 1815. L'armée était réorganisée, Richelieu négociait la libération du territoire, et obte-
nait au congrès d'Aix-la-Chapelle que la France reprit sa place et son rang parmi les puissances.
Mais Richelieu restait malgré tout, un homme de droite. Il lui devenait difficile de gouverner avec le seul appui des constitutionnels :; il fallait qu'il se rapprochât, soit de la droite ultra-royaliste, soit de la gauche libérale. Les préférences de Richelieu étaient plutôt vers la droite, mais Decazes était nettement hostile à un rapprochement de ce côté. Il avaib la faveur du Roi. Ge dernier hésita longtemps, maïs finalement il soutint Decazes. Richelieu se retira. Il fut remplacé par le général Dessoles. Decazes devint ministre de l'Intérieur et gouverna en fait. Le centre et la gauche se montrèrent satisfaits des nouveaux changements ministériels.
Le comte de la Villegontier avait été remplacé à la tête de notre département par le conseiller d'Etat, de Fumeron d'Ardeuil. Administrateur remarquable, agissant avec fermeté, maïs toujours avec justice, le nouveau préfet s’attacha à la pacification des esprits. Grâce à lui, les rancunes s’apaisèrent, la lutte entre les partis devint moins vive. La politique du nouveau cabinet s'orientait d’ailleurs à gauche, et de Fumeron ne faisait que suivre l'impulsion qui venait de haut. Ceux qui avaient été éloignés de leur domicile eurent l’autorisation de rentrer. Notre préfet fit bien un peu d'opposition, pour quelques-uns, mais ce retour fut imposé par le minisière. Nous ne pouvons d’ailleurs pas trop critiquer l’opposition de de Fumeron au retour de quelques exilés. Ses prédécesseurs les avaient représentés comme des hommes tellement dangereux, qu'il était logique que l'administrateur, sur qui retombait la responsabilité du maintien de l’ordre et de la tranquillité publique dans l'Allier, appréhendât un peu leur retour. ù
Mais, si à Paris le ministère Dessolle-Decazes combattait la politique des ultras, dans toute la France les amis de ces derniers occupaient encore la plupart des postes adminis-
tratifs. La plupart des maires en exercice avaient été nommés en pleine période de réaction royaliste ; ils s'étaient habitués, à voir leurs propositions agréées en haut lieu ; comme par le passé ils restaient partisans des mesures de rigueur et souvent, de Fumeron était obligé de les rappeler à la légalité. Ainsi, les maires de Moulins et de Neuvy demandaient la fermeture d’un cabaret dit « le petit pressoir » sous prétexte qu'on y jouait. Sous de la Vieuville ou de la Villegontier cette fermeture aurait été ordonnée presque aussitôt ; de Fumeron répondit fort judicieusement qu'il ne voulait pas tomber dans l’arbitraire. « Considérée comme cabaret, dit-il, la maison est soumise à la surveillance de la police (art. 9 de la loi du 22 juillet 179%). Il ne peut être fermé administrativement et sans jugement. Comme maison de jeu, les dispositions pénales ne peuvent être appliquées que par les tribunaux (art. 36 et 37 de la loi du 22 juillet 1791 et art, 12 du décret du 24 juin 1806) ».
Au mois de mars 1818, il adressait aux sous-préfets et maires une circulaire, qui, tout en ordonnant une surveillance stricte des voitures publiques et des auberges, était empreinte d’une grande modération. « Les vérifications des passeports se feront sans aucune vexation et sans importunité, elles ne doivent pas être multipliées sans mesure. Les fonctionnaires publics qui seront dans le cas de demander des renseignements aux voyageurs le feront avec décence et apprécieront leurs explications. Quoique les auberges soient des lieux publics où l'autorité publique a lé droit d'entrer à toute heure, il ne doit pas être abusé de cette faculté. »
Quelques créatures des ultras se virent pourtant relever de leurs fonctions. Dans l'Allier, Félix de Conny, sous-préfet de Lapalisse, se vit remplacer par Cossonnier. La nomination de ce dernier marque un grand changement dans l'orientation politique du gouvernement. Après avoir rempli différentes fenctions pendant la Révolution et l'Empire, Cossonnier était sous-préfet de Lapalisse au moment de la première
invasion de la France. Homme d'énergie, patriote avant tout, il organisa la défense et tint les Autrichiens en échec, sur la rive droite de la Loire, depuis le 12 février 1814 jusqu'à l'entrée des ennemis à Paris. Gette belle conduite lui valu
d'être destitué. Il reprit ses fonctions pendant les Cent-Jours,
mais au retour du -Roi, Félix de Conny le remplaça. Ce dernier n'aimait pas Cossonnier, il réussit même à obtenir sa mise en surveillance. Une perquisition qu'il fit effectuer, au domicile même de Cossonñier, pendant son absence, ne donna pas de résultats. Le rappel äe ce dernier nous montre clairement que les préventions du Gouvernement contre les hommes de la Révolution commençaient à s'évanouir. Allions-nous voir l'union de tous les Français se faire autour d'une royauté constitutionnelle ? Ce fut une des fautes de Louis XVIII de ne pas continuer, dans la voie où il venait de s'engager. Ge fut une grande faute, de la part des ultras, de ne pas vouloir comprendre que la Révolution avait laissé des souvenirs. Les mots de Liberté, d'Egalité et de Fraternité avaient retenti trop souvent aux oreilles de nos pères, pour que l’on pût croire qu'ils les avaient déjà oubliés. Mais toi le monde était las des changements de régime. Après les désordres intérieurs qui avaient déchiré la France sous ia Convention, après l'anarchie politique qui régna sous le Directoire, après les guerres de l'Empire qui avaient ruiné notre pays en hommes et en argent, on ne souhaitait plus que la paix et la tranquillité. L'établissement d'un gouvernement parlementaire, avec responsabilité politique des ministres, comme cela se pratiquait alors en Angleterre, eut pu réaliser l'union entre les partis, si les ultras s'étaient montrés moins intransigeants. Un tel système de gouvernement aurait peut-être sauvé la royauté. En tout cas, il aurait sûrement retardé la Révolution de 1830.
La droite ne voulut rien céder et attaqua violemment la politique de Decazes. L’attitude des doctrinaires vint encore affaiblir la majorité constitutionnelle. Pour se maintenir au
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pouvoir, Decazes essaya de faire des concessions aux ultras. Il proposa à ses collègues une modification de la loi électorale. Dessolle, Gouvion-Saint-Cyr, et le baron Louis ne voulurent pas le suivre dans cette voie et donnèrent leur démission. Decazes devint président du (Conseil et annonça pour le 14 février 1820 le dépôt d'un projet de réforme électorale.
Le 13, le duc de Berry était assassiné. Le lendemain un député de la droite demandait la mise en accusation de Decazes. Celui-ci avait encore Ja faveur du Roi, il résolut d'essayer de conserver le pouvoir. Il apporta trois projets de loi, l’un rétablissant la censure, le deuxième supprimant la liberté individuelle, le troisième, qui était la nouvelle loi électorale. Mais il ne put se maintenir et dut céder la place à Richelieu, le 20 février 1820. Le nouveau gouvernement ne perdit pas de temps, la censure fut rétablie et la liberté individuelle suspendue jusqu'à la fin de la session de 1821.
Pendant toute la période où les royalistes modérés furent au pouvoir, notre département connut le calme le plus complet. Sous la sage administration du préfet de Fumeron, les passions s’apaisèrent. Appliquant les lois avec la plus grande impartialité, de Fumeron pourtant, n'était pas sans regretter l’époque où les préfets avaient eu en mains les pouvoirs les plus étendus. A propos de la fermeture d’un cabaret demandé par le Procureur du Roi à Moulins, il écrivait à ce dernier : « Dans l’état actuel de la législation, l'autorité administrative n’a point le pouvoir de faire ce que vous m'invitez à faire ; c'est l'autorité judiciaire seule qui en a le droit... Je suis aussi convaincu que vous paraissez l'être, qu’il n’y aura jamais de police possible tant qu'elle sera de fait entre les mains des tribunaux et que l'autorité administrative n'aura aucun pouvoir répressif (1). »
(1) Archives départementales de l'Allier, M. police, 1re sére, no 9,
de ES
Après la chute du ministère Decazes, il eut peur que la réaction royaliste amenât quelques troubles ; il se hâta de rassurer l'opinion et dans une circulaire aux sous-préfets et aux maires, publiée au Recueil des actes administraüfs, il précisait en ces termes, les principes qui animaient le nouveau gouvernement : « prévenir et rendre désormais impossible de nouvelles révolutions, fonder profondément les institutions que nous devons à la sagesse du Roi, et faire respecter tous les intérêts reconnus par la Charte, tel est le but vers lequel se dirigent constamment tous ses efforts ». Il invitait ses subordonnés à joindre leurs efforts à ceux du gouvernement pour « l’affermissement du Trône et de la Charte, de la dynastie des Bourbons, et des libertés publiques ». Il recommandait l'union « des nuances d'opinion » et l'oubli de souvenirs plus ou moins pénibles qui pouvaient encore « diviser des hommes faits pour s’estimer et s’entendre ». Il invitait les fonctionnaires à être « étrangers à tout esprit de haine et de parti » sans cesser cependant d'agir dans « le même sens » que le gouvernement ; ce dernier, continuait-il, « veut qu’on sache que les choix de sa Majesté doivent être mérités par un attachement sincère à la Monarchie et qu'aucue carrière publique ne saurait être ouverte, qu'à ceux qui confondent dans le même dévouement la Monarchie et la Charte, la Liberté et la Légitimité.. Non seulement les administrateurs doivent être attachés à ces opinions, mais il leur appartient de répandre les saines doctrines, sans cependant se départir des principes de modération et d'union (1) ».
L'administration communale donnait cependant quelques inquiétudes à notre préfet. Dans un certain nombre de petites communes, il ne trouvait pas les éléments nécessaires à la formation du conseil municipal. Dans plusieurs, même, il
(1) Recueil des actes administratifs No 30. 1820.