PERRET
époque pour la faction libérale, qui saisit tout ce qui peut lui donner quelque espérance (2) ». Les chefs royalistes, de Villèle, entre autres, s'était rendu compte que, si cette guerre satisfaisait les passions des ultras, elle était antipathique à la plus grande partie de la nation (1).
Nous ne pouvons terminer ce chapitre sur l'état d'esprit de l'armée, sans consacrer quelques lignes au général de Courtais. Né à Montluçon, le 16 janvier 1790, il fit de solides études au collège d'Evaux. Au moment de la première abdication de Napoléon, il était capitaine, aïde de camp du général Soprani. Mis en non activité le 1* septembre 1814, il se retira sur ses terres non loin de Montluçon, emmeñnant avec lui un assez grand nombre de ses soldats, car s’il était un chef énergique, il était bon pour ses hommse et savait se faire aimer. Au premier bruit du retour de l'Empereur, il rassembla ses fidèles et reprit avec eux, du service sous l’homme de la Victoire. Il enflamma toute la région et répandit à profusion les proclamations de Napoléon.
Après Waterloo, il songea à se retirer, ne voulant j as servir un régime qui allait contre ses idées politiques. Cepertdant, sur les instances de ses amis, il reprit du service en qualité de capitaine-adjudant major des hussards de la garde royale. Le nouveau régime cherchait parfois à se concilier les hommes de l’ancien.
(1) Béranger se fit l'interprète de ces sentiments dans une chamson célèbre où dialogue un jeune soldat et un vétéran. Le conscrit dit : « Mon ancien, qu'a donc fait l'Espagne ? » Le vétéran répond :
« Mon p'tit ell ne veut plus qu'aujourd'hui
Ferdinand fass’ périr au bagne
Ceux-là qui s’ sont battus pour lui
Nous allons tirer d’ peine,
Des moin’s blancs, noirs et roux
Dont on prendra d'la graine
Pour en r'planter chez nous,
Mais la vie de garnison lui devenait pénible ; il ne pouvait oublier les jours glorieux de l'Empire. Il obtint T'être admis au traitement de réforme le 2 juin 1827. Pendant ses séjours dans ses terres, il s'était fait de nombreux amis et jouissait d’une influence méritée. Il ne considéra pas sa tâche comme terminée et contribua de toutes ses forces à la construction de l'édifice libéral qui devait mettre un siècle à s’édifier sur notre belle terre de France. Plusieurs fois, ses amis le pressèrent d'être leur candidat et de tenir la hampe ‘ du drapeau libéral dans l'arrondissement de Montluçon ; il refusa, mais soutint toujours de ses votes et de son influence le candidat libéral. En 1842 il fut nommé député, et en 1848 le Gouvernement l’appelait au commandement en chef de la garde nationale de Paris (1).
Après le licenciement de l’armée impériale, il fallait songer à reconstituer une force militaire. Mais pour ne pas éveiller l'attention des alliés on devait agir avec précaution. On changea le nom même des corps dont on voulait transfcrmer l'esprit : on leur donna le nom de légion. Les légions d'infanterie s’appelèrent légions départementales et la grande ordonnance du 3 août 1815, qui réorganisa l’armée, décida que chacune d'elle porterait le nom du département où elle serait formée.
L'organisation de la légion de l'Allier eut lieu le 31 décembre 1815. « M. l'Inspecteur aux revues, écrivait le Préfet de l'Allier, a fait prêter à MM. les officiers le serment d'obéissance et de fidélité. Les soins apportés, les choix qui ont été faits donnent la confiance qu'ils serviront fidèlement Sa Majesté. M. le colonel, dans un discours, prononcé à
(1) A. Lourtioux : Le Général du peuple.
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cette occasion, a retracé à la troupe, ses devoirs et ses obligations. Ce discours exprimait les sentiments d'amour et de dévouement qu'il porte à notre Bien-Aimé Souverain et qu'il cherche à inculquer à ses soldats. Cette cérémonie, à laquelle ont assisté toutes les autorités civiles, s’est terminée aux cris de « Vive le Roi ! » (1)
Quelques mais plus tard, eut lieu la bénédiction des étendards, envoyés à la légion départementale et aux chasseurs de l'Allier. Le matin, une messe à laquelle a$sistaient les fonctionnaires publics et des détachements de la garnison, fut célébrée en l’église cathédrale, à la mémoire de l’anniversaire de la rentrée du Roi dans sa capitale. Vers midi, le préfet, le maire de Moulins, escortés de la garde nationale, se rendirent au cours Bercy où étaient rassemblés la légion et les chasseurs. Un autel en plein air, décoré des armes de la France, avait été élevé. Les drapeaux furent bénis par le curé de Notre-Dame. Les cravates furent rattachées au drapeau de la légion, par la comtesse de la Vieuville ; à celui des chasseurs, par la baronne d’Aigremont. Un grand banquet, auquel assista le préfet et les autorités civiles, réunit les officiers de la légion et des chasseurs. Des toasts y furent portés au Roi et à la duchesse de Berry (2).
Une fois les nouveaux corps crganisés, la discipline devint de plus en plus sévère. Le maire de Moulins pouvait écrire que la conduite des officiers et des soldats « n'offrait rien d’ostensiblement répréhensible ».
Les officiers supérieurs faisaient d’ailleurs leur possible pour se concilier l'estime et l'amitié de la population et des autorités administratives: L’un d’entre eux, le colonel, comte
(1) Archives départementales de l'Allier, M, police 1re série, ? janvier 1816.
(2) Archives départementales de l'Allier, M, police 1e série, 5 mai 1816,
de (Castellane, donna aux Moulinois de nombreuses fêtes, notamment à l’occasion de la naissance du duc de Bordeaux. « Toutes les dames de Moulins » assistèrent au bal qui fut donné à l'issue du banquet. Une autre fois, il donna une grande fête militaire, avec une représentation théâtrale et un bal, dans son hôtel, luxueusement décoré (1).
Il est vrai que c'était l'époque où Louis Y VII, soutenant son premier Ministre Decazes, laissait espérer à la France l'avènement d'un régime constitutionnel, où les libéraux reprenaient espoir. Cet espoir fut de courte durée ; la réaction qui suivit l'assassinat du duc de Berry et se poursuivit après la mort de Louis XVIII, montra bien que les passions des ultras n'étaient pas satisfaites. Les mesures contrerévolutionnaires prises par le Gouvernement de Charles X, mécontentèrent un grand nombre de royalistes, tel le comte de Castellane qui, vers la fin du régime, vota ostensiblement contre le candidat ministériel.
(1) On l'avait orné de fort jolies devises, dont plusieurs en vers, célébrant le Roi (1), Monsieur (2), la duchesse d'Angoulême (3), le duc d’’Angoulême (4), la duchesse de Berry (5), et le duc de Bordeaux (6).
(1) Vive le Roi longtemps et les Bourbons toujours. (2) D'un Chevalier français il a le caractère. (3) Elle inspire à la fois le respect et l'amour. (4) « Vaillant et sage » est sa devise.
(5) Ils l'ont faite aujourd'hui la plus heureuse des mères. (6) Le jour de sa naissance est un bienfait des Dieux,
Les Dames de Moulins eurent aussi leur devise flatteuse : « Les Hussards à vos pieds déposent leurs hommages »,