CHAPITRE IV
Lan Presse
Lois de Serres. — Journaux et brochures, leur influence, — Cabinets de lecture et librairies, — Les colporteurs. :— Affaire Poulton.
Le « Journal dé l'Allier », — Principaux journaux dans le Bourbonnais, — La Gazette Constitutionnelle,
La presse constituait un des meilleurs moyens de propagande, quoiqu'elle ne disposât pas à cette époque, des moyens puissants qu’elle possède aujourd'hui. Elle était néanmoins l’objet des préoccupations constantes du gouvernement. Déjà, sous la première Restauration, une loi réglementant celte matière, n'avait laissé la liberté qu'aux écrits ayant au moins vingt feuilles. Pendant les Cent-Jours, la presse recouvra sa liberté. Mais Louis XVIII, rentré en France pour la deuxième fois, sempressa de rétablir, par les ordonnances de juillet et août 1815, la censure et l’autorisation préalable. La loi dite de sûreté générale et celle relative aux cris séditieux avaient frappé indirectement les journaux. Ces dernières dispositions furent cependant appliquées avec bienveillance dès que le pouvoir eut échappé à la Chambre introuvable, et surtout, lorsque Decazes eut remplacé Richelieu à la tête du gouvernement.
La presse vivait donc sous un régime provisoire. Il importait de régulariser la situation. Le 22 mars 1819, le garde des Sceaux, de Serres, déposait trois projets de loi sur le bureau de la Chambre. Le premier définissait les délits
commis par la voie de la presse ; le deuxième s'occupait de la poursuite et du jugement de-ces délits ; le dernier réglait la question du cautionnement. Le jugement des délits de presse était enlevé aux tribunaux correctionnels, pour être donné au Jury ; les peines étaient adoucies ; l'autorisation préalable était remplacée par une simple déclaration.
La droite poussa les hauts cris, elle demandait la liberté de la presse pure et simple, invoquant le fait que la Charte garantissait cette liberté. Il est assez curieux de voir, qu’à cette époque, les ultras étaient les défenseurs d’une Charte qu'ils n'aimaient pas. Déjà, sous le régime de la Chambre introuvable, ils s'étaient réclamés d'elle, pour essayer de faire introduire dans notre système de Gouvernement, le principe de la responsabilité politique des ministres ; un des leurs, de Bonald, posa même d'une façon claire les règles du Gouvernement parlementaire. En 1819, le Gouvernement était aux mains des royalistes modérés ; les ultras étaient en minorité à la Chambre des députés. Ils craignaient que le Gouvernement étouffât, à son profit, la grande voix de la presse ; ils invoquaient la Charte et demandaient que les libertés promises ne fussent pas un mythe. Etrange argumontation, que nous ne trouvons pas sans surprise, chez des hommes qui, quelques années auparavant, votaient la suspension de la liberté individuelle, et quelques années plus tard, fouleront aux pieds cette même liberté qu'ils réclamaient si fort. La discussion fut passionnée. Les ultras réussirent à faire entrer un nouveau délit dans la loi : celui d’outrages à la morale religieuse. Les libéraux, eux, protestèrent avec énergie contre le cautionnement, qui allait, disaient-ils, créer un privilège en faveur de la classe riche. Finalement, les trois lois furent votées à la Chambre des députés et à la Chambre des pairs à une assez forte majorité.
Si, à Paris, on lisait quelque peu, si les journaux pouvaient y exercer beaucoup d'influence, il n’en était pas de même en Province. Les journaux coûtaient d’ailleurs relati-