‹ Le Bourbonnais Sous La Seconde Restauration: L'Esprit PublicChapitre 38 sur 56 · CR · texte numérisé non relu

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de l'Allier que l’on venait de saisir un fragment de correspondance laissant « prévoir un mouvement pour les 17 et 18 juin, que les chefs de ce mouvement étaient désignés, que le mot d'ordre était « mort aux royalistes », et que l’on devait commencer le massacre par les autorités constituées (1) ». Une certaine effervescence régnait donc dans notre département, malgré le calme de ses habitants. A Lurcy-Lévy, il y eut quelques désordres au mois de janvier 1816. Cette petite commune, d’ailleurs, ne brilla jämais par ses opinions royalistes, et notre Préfet fit tous ses efforts pour y installer une brigade de gendarmerie (2). À Aïnay-le-Château, au mois de mai de la même année, un arbre, au sommet duquel flottait le drapeau blane, fut abattu, le drapeau arraché et déchiré. À Deneuille, des ouvriers, au nombre de soixantetrois, qui travaillaient dans la forêt voisine, s’entretenaient des mesures prises par le nouveau gouvernement et ne cachaient pas leur sympathie pour l’ancien ordre de choses. Ils manifestèrent bruyamment contre le gouvernement du Roi. Cette manifestation eut lieu à la suite des déclarations d'un nommé Raquaf, habitant le village des Braizes, à Mo-

nestier, et suivant lesquelles, Bonaparte était arrivé à Gre-

noble, où l’on se battait ferme (3). Cusset était le centre de l'agitation dans l'arrondissement de Lapalisse. Cette ville, écrit le sous-préfet « renferme un très grand nombre d’agitateurs, et des hommes qui se sont signalés par toutes les fureurs et tous les crimes aux époques désastreuses du règne de la Terreur. On a toujours remarqué, que proportionnellement à sa population, la ville de Cusset renfermait un plus grand nombre d’agitateurs que les autres villes.

(1) Archives départementales de l'Allier, M, police ire série, 1816. Lettre du Sous-Préfet de Roanne.

(2) Archives départementales de l'Allier, série R, gendarmerie 1816.

G) Archives départementales de l'Allier, M, police ire série 1816, rapport du Préfet.

« La découverte des conspirateurs de Grenoble et de Paris, loin de décourager les agitateurs, paraît relever leur audace. On ne fait pas de doute, qu’ils aient entre eux des signes particuliers qui les font reconnaître et qui ne sont pas intelligibles pour les personnes non initiées dans leur coupable mystère (4)». Le maire de Montluçon, Chevenon de Bigny, constatait, qu'à Néris, l'esprit était généralement mauvais. Le Préfet lui-même est obligé de convenir que l’arrondissement de Gannat est loin d'être calme : « On remarque de la fermentation, surtout à Ebreuil, Chantelle, Saint-Pourçain ». Il cite l'arrondissement de Montluçon comme le plus mauvais de tous. « Il est calme cependant, mais le nombre des mécontents et des gens suspects y est dans une proportion plus que double comparativement aux autres (2) ».

Les mesures de rigueur, votées par la Chambre introuvable et appliquées dans notre département par les Préfets, comte de la Vieuville et comte de la Villegontier, produisirent l'effet inverse de celui escompté par les ultra-royalistes. Elles raffermirent l'esprit d'opposition, et, en permettant aux libéraux de se compter, leur donnèrent une idée de leur force. Les opposants furent obligés de se cacher mais l'opposition ne disparut point. Une lettre, adressée au Préfet, le 22 octobre 1816, par le Chevalier de Bar (3), maire de Gannat, qui assurait l'intérim de la sous-préfecture, nous montre que les royalistes perdaient de plus en plus de leurs partisans.

« L'esprit public rétrograde, Monsieur le Comte, et il rétrograde à pas de géant, de manière que les améliorations

Archives départementales de l'Allier, M, police ire série 1816, rapport du Sous-Préfet.

@) Archives départementales de l'Allier, M, police 1re série 1816, rapport du Préfet.

(3) Né à Gannat en 1767, officier d'infanterie avant la Révolution, LU fut adjoint à la mairie de Gannat et membre du collège électoral d'arrondissement sous l'Empire.

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qui ont coûté tant de temps et tant de peine à faire, auront bientôt disparu. Il y a un vague, une incertitude, un découragement parmi les hommes honnêtes, franchement dévoués au Roi ; il y à une joie, un sourire d'épanouissement sur les figures des Jacobins et des Napoléonistes. Ils allaient seuls, ils se rassemblent ; ils s’évitaient, ils se recherchent aujourd'hui ; nous avions cessé d'entendre des cris séditieux, ils recommencent et se multiplient chaque jour ; hier encore, un enfant criait « Vive l'Empereur », en voyant un Chevalier de Saint-Louis et le secrétaire de la sous-préfecture. Cette fermentation soudaine n’a pas lieu seulement ici, il paraît qu'elle existe à Clermont, à Lyon et partout... On fait circuler dans nos environs des bruits absurdes autant qu'épouvantables et ces bruits trouvent parmi le peuple bien des dupes pour les croire... Ces bruits n'ont lieu que parmi les gens de la campagne ou ceux de la plus basse classe des villes, mais ils suffisent pour empoisonner l'opinion et inquiéter les hommes honnêtes.

« Heureusement, que dans tout ce que je viens d’avoir l'honneur de vous mander, il n’y a encore aucun événement, aucun fait important, nous n'en sommes encore qu'aux symptômes (1) ».

Une autre préoccupation importante pour les autorités de notre département fut l'augmentation subite du prix du pain au printemps de 1816. Déjà, au mois d'avril, le Ministre de l'Intérieur, informé que des enlèvement considérables de grains avaient lieu dans la région de Moulins, demandait des éclaircissements au Préfet. Le comte de la Villegontier se bâta de rassurer son chef et lui écrivit, le 10 avril, qu'il n'y avait eu, ni aux environs de Moulins, ni dans le département de l'Allier des enlèvements de grains assez considérables,

(1) Archives départementales de l'Allier, M, police 1re série 1816, rapport du Préfet.

pour Goïiner de l'inquiétude: Gepehdänt, le prix dés grains continuait à aigmenter dans de fortes proportions. A Lapalisse, le seigle së vendit jusqu’ à quatre francs douze « s0IS », et lé frémént, tiid francs dix à Quinze « sols » le doublé: décälitre: Ces prix eurent des répercussions immédiates sur lé prit du bain: L'état de gêne, où se trouvait déjà la population laborieusé dé notre départemetit, se trouva accrue et la situatiôn était d'Altant plüs diariiante, que les récoltes en blé në promettent pas de belles espérances. À Lapälisse, il se faisait des VEntes Corisidéräbles. À un seul Marché, il fut livré envirôh quifize cent8 doubles décälitrés de froment qui prirent là route de Hoañne. 8 sous- préfet de cet ärrondisseent était inquiet pour l'avenir. Celui de Montluçon laissait Yoir les mémiës Craintes : là Situation était critique dans les commühes de Cérily; Doméfat, Désertines. Nous sommes loin du bel optimisme du Préfet. Cependant il n'y eut que quelques manifestations Sans importance, notament dans la commune de Vaux (1). Cette situation n'était pas faite pour donrier satisfaction aux populations bourbonnaises. Le mécontentemient sé fit Sentir Surtout dans les milieux ouvriers, qui äccusèrent tout haüt les royalistes de favoriser les mehées des spéculateurs (2). ; Le mécontentement était &énéraäl. La presse n'en pouvait rien dire ; elle en était empêchée par la censure. Mais le Gouvernement connaissait l'état d'esprit populaire par les rapports de ses Préfets et des Procureurs généraux. Décazes comprit qu'il serait peut-être dangereux de conserver la Chambre introuvablé. Louis XVIII était irrité contre elle.

(1) Archives départementales de l'Alliér, M, police ire série 1816.

(@)Le printemps de 1817 fut moins calme. Les prix des grains ayant beaucoup monté, le prix du pain augmenta dans les mêmes proportions. Il se produisit des troubles assez sérieux. Le docteur Cornillon en à raconté l'histoire dans Son livré « L'fnsurréction de là faim ». (Voir plus loin page 195).

Les Atnbassatleurs dés puissances étrangères étaient inquiels de là tournure prise par la politique intérieure de la France, ci redoutaient une nouvelle Révolution. Les journaux anglais ällèrent même jusqu'à discuter les chañtes de la candidaiure.au dut G'Urieins, au trône de France. Pozzo-di-Borgo, ambassadeur de Rüssie, sé fit l'interprète du corps diplomatique et conseilià fortement la dissolution. Decazes était déjà de Let avis ; il ne S'ägissait que de gagner le Roi. Louis XVIII donna Son adhésion äü prüjet de dissolution le 16 août. La question se posa toùt de suite de savoir sous quel régime $e feraient les prochaines élections. Un projet de loi, presohté pär le Gouvernement, avait été discuté par la Chambre inirouvable. Ce projet élevait l’âge de l'électorat à 30 ans ct instituait l'élection à deux degrés. Les électeurs cantonaux, Comprenant les soixante plus imposés du canton, les fühctiohhäires civils et ecclésiastiques, nommaient les électeurs de département. Céux-ci devaient être choisis parmi les contribuables päyant au moins trois cents francs de contributions ; on leur ajoutait, pour constituer le collège élec-

toral du département, lés archevêques, évèques et hauts

fonctiünnaires civils. la Chambre devait $e renouveler pu: cinquième, tous lés cinq ans. Lé Gouvernement disposait ainsi, à son gré, de la majorité ; ses fonctionnaires devaient là lui àssurer. Là Chämbre fepoussa le projet du Gouvernenent, du plutôt lui dpPorta dé profondés modifications : électeurs du premier degré à ciriquañte francs, éligibilité à 1.000, rénüuvellement intégral tous les Cinq ans. La Charmbre des pairs réjeta le projet ainsi modifié. Un nouveau projet réproduisant les ordonfances de 1815, fut présenté. La Chambre des députés le tôdifia encofe. Le Gouvernement n'insistà pas et le rétira complètement. La situation était doit la même qu’en 18145. On hésitait à laisser en vigueur l'ordonnance du 15 Juillet, qui avait permis l'élection de la Chambre introuvable. On là conserva cependant, en y apportant quelques modifications. L'âge de l'éligibilité fut porté à

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