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quarante ans, le nombre des députés à 262. L'organisation des collèges électoraux fut laissée telle qu’elle avait été fixée, par l'ordonnance du 21 juillet 1815.
L'ordonnance de dissolution fut promulguée le 5 septembre 1816: Dans le préambule, le Roi affirmait son intention de vouloir conserver intacte la Charte constitutionnelle. Cette mesure fit naître dans le pays un immense espoir. Elle signifiait, pour la masse populaire, que Louis XVIII désapprouvait la politique des ultras, le retour à l’ancien régime. « L'ordonnance qui dissout la Ghambre et prescrit de nouvelles élections, écrit le Préfet de l'Allier, fait beaucoup parler. L'effet dans la classe moyenne a été du contentement; mais cette joie n'est pas exempte d’animosité, et, en général, la haute classe paraît inquiète ».
La dissolution de la Chambre ne pouvait guère satisfaire les ultras. Ils ne pouvaient espérer un triomphe aussi complet qu'aux dernières élections. Le Gouvernement était contre eux. Le zèle ardent montré par la majorité, la méconnaissance complète de l'état de la France, de l’évolution des idées depuis la chute du régime, des intérêts et des aspirations de la presque totalité des Français, avaient donné de l'inquiétude, non seulement à Louis XVIII, mais aux Gouvernements étrangers. L'obstination de la Chambre introuvable, à vouloir rayer de l’histoire les faits accomplis depuis 1789, avait pu faire craindre que de nouvelles dissensions viennent troubler notre pays. Les causes de la dissolution indiquaient nettement dans quel sens le Gouvernement voulait que se fassent les élections. Pas de partis extrêmes, mais des hommes alliant, à une sage modération, le dévouement au Roi et à la légitimité : telle devait être l'opinion de ceux dont les préfets avaient mission de défendre la candidature : « Pour faire disparaître jusqu’à l'ombre des partis, il ne faut que des députés dont les intentions soient de marcher d'’accord avec le Roï, la Charte, la Nation. Les députés qui se sont éloignés de ces principes tutélaires ne sauraient être
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désignés par l'autorité locale », écrit le Ministre de la police dans les instructions qu'il adresse aux préfets. « Le Roi attend des Préfets, qu'ils dirigent tous leurs efforts, pour éloigner des choix les ennemis du trône et de la légitimité, qui voudraient renverser l’un et écarter l’autre... Le Roi ne veut aucune exagération ; il attend du choix des collèges électoraux des députés qui apportent, à la nouvelle Chambre, les principes de modération qui sont la règle de son Gouvernement et de sa politique, qui n'appartiennent à aucun parti, à aucune société secrète, qui n’écoutent d’autres intérêts que ceux de l'Etat et du Trône ». Nous retrouvons la même note, dans les instructions adressées par Laîné, ministre de l'Intérieur, au sujet des convocations d’électeurs. « Je m'empresse de répondre aux différentes questions que vous m'avez présentées, pour savoir s’il faut convoquer les électeurs qui sont en surveillance dans le département, ou hors du département, ceux dont la surveillance a été levée, ceux qui ont été destitués de fonctions publiques ou se sont signalés par des excès révolutionnaires.
« Vous devez envoyer des lettres de convocation à ces électeurs, à l’exception seulement de ceux, mis en surveillanc hors du département et qui sont encore comme en exil par une décision légale. C’est un cas particulier, car, en général, la mise en surveillance, prononcée par l'autorité administrative, n’est pas suspensive des droits civils et politiques et ne peut priver de l'exercice de ces droits ceux qui sont atteints par la mesure de haute police » (1).
L'ordonnance du 5 septembre n’apportait aucune modi-
(1) Ces questions du Préfet, au Ministre de l'Intérieur, nous sont de fortes raisons de croire qu'il n’y avait pas eu de précédent, c'’està-dire que les électeurs « en surveillance, ceux qui avaient été destitués de fonctions publiques, ou s'étaient signalés par des excès révolutionnaires » n'avaient pas été convoqués lors des élections de 1815. La majorité s’en trouva, ainsi accrue d'autant,
fication aux collèges électoraux. Elle maintenait implicitement les adjonctions faites en vertu de l'ordonnance du 13 juillet 1815, mais il ne devait être fait aucune adjonction nouvelle. Elle donnait aux Préfets la nomination des présidents des collèges d'arrondissement.
La bonne préparation des élections était une des grandes préoccupations de nos administrateurs. Ils s'ingéniaient à exclure des listes électorales tous ceux qui étaient connus par leurs opinions anti- royalistes. Ils oubliaient de les con-
voquer, jeur demandaient les pièces justificatives du mon-
{ant ‘de leurs contributions, assez tard pour qu'elles ne pûsseut être produites à temps, etc. Ils savaient d’ailleurs lire entre les lignes des instructions officielles, qui leur étaient adressées et dépassaient, souvent même, la pensée de leurs chefs.
Nous transcrivons ici, les notes du sous-préfet de raie nat, le vicomte de Suleau, sur les électeurs mal pensants de son arrondissement, adressées, le 7 septembre 1816, au Préfet de l'Allier :
« Je vous adresse la liste des électeurs d'arrondissement et de département de ma sous-préfecture, avec des notes sur ceux, que leur mauvaise. opinion politique, leurs principes contraires au Gouvernement et une existence souillée de souvenir honteux, signaleraient assez pour qu'ils pussent être écartés avec avantage pour la chose publique. Desenne, Jean- -Baptiste. — Prêtre marié avec une religieuse ; destitué comme maire de Chantelle, pour opinion.
Brunet, Simon. — Signalé par une très mauvaise opinion, destitué pour ces motifs de la mairie de Nades.
Durelle de Lyonne, Pierre. — Du canton d’Escurolles, mauvais sujet sous tous les rapports, partisan de toutes les idées révolutionnaires.
Morand, fils. — Du canton d'Escurolles, notaire immoral susceptible d'être écarté pour opinion, destitué de la place d’adjoint, HAE Denis rc
d, nt be ds bte nm bises
Ghalleton, Antoine. — Du canton aile destitué pour mauvaise opinion, bon à écarter.
Givois, François. — Du canton d'Escurolles, très mauvais, n’a pas reparu dans le pays depuis le retour du Roi.
Bassin, Gilbert. — Du çanton de Gannat, très mauvais, ami et collaborateur de Gay (1), avoué.
Roux aîné, Claude. — Canton de Gannat, très mauvais pendant l'interrègne, destitué..
Manrat, Pierre. —- Canton de Gannat, ancien membre du comité révolutionnaire, mauvais pendant l'interrègne. &
Chevalier, Claude. — L' un des plus mauvais sujets de Saint-Pourçain.
Hastier, d’ Harpeux. — Ex-jnge de paix, redoutable par ses mauvais principes, la fougue d de son caractère ; ; Gapable de faire un chef de parti.
Boirof, Etienne. — De Charroux, professe des opinions contraires 2 au Gouvernement, esb mal noté depuis longtemps à Charroux.
Barafhier, Louis- Gilpert. — De Gannaf, ennemi du Gouvernement, susceptible d' être écarté avec avantage pour la chose publique.
Margottat, jeune. — De Vendat, ex-juge de paix d'Escurolles, ‘destitué pour ses opinions politiques, manquait d’ ailleurs de toute espèce de considération.
Petit, René-Germain. — De Chantelle, ex-juge de paix de Chantelle, partisan zélé de l'usurpateur pendant les trois mois » (8).
L'approche des élections troublait un peu les esprits. Les discussions étaient nombreuses : bonapartistes et libéraux ne cachaient pas leurs espérances. Les royalistes n’étaient pas rassurés. De Tremiolles, président du collège de Gannat, était inquiet : « Je vous avoue confidentiellement,
(1) Voir fre partie, chapitre 1e", page 60.
(2) Archives départementales de l'Allier, M, police 1re série 1816,
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écrit-il au Préfet, que je n'ose me flatter d’un entier succès. Un assez grand nombre d’électeurs n’apporteront probablement pas un très bon esprit dans la réunion du collège électoral.. Si je ne craignais pas d'aller trop loin, je vous dirais que je crains que ce soit bâtir sur la boue que d'espérer un bon choix de certains collèges d'arrondissement de notre voisinage ». |
Le Gouvernement n'avait pris aucune mesure radicale. La Chambre introuvable avait été dissoute parce qu'elle faisait montre d'un royalisme exagéré. Cependant, les anciens Préfets, amis des ultras, restaient à la tête de leur département. Bien plus, ils eurent le choix des présidents de collèges d'arrondissement. Dans beaucoup de circonscriptions électorales, les députés sortants furent conservés comme candidats officiels.
Les collèges d'arrondissement se réunirent le 25 septembre. A Gannat, le président montra aux électeurs que l'intention du Roï, en convoquant les collèges électoraux, était de donner à la France une nouvelle garantie de la Charte constitutionnelle. Il les engagea, « par un bon choix de députés », à seconder les efforts du Roï et à montrer leur reconnaissance pour « ce bon père », qui, pour la deuxième fois, venait de réconcilier la France avec l’Europe.
Les résultats furent les suivants :
Arrondissement de Gannat. — Président : de Tremiolles.
«Inscrits : 97. — Votants, 1* tour : 83.
Gauthier de Nades, conseiller de préfecture à Paris: 60 voix, élu.
2° tour. — Votants : 76.
Aucun des candidats n'obtient la majorité.
Lucas, président du tribunal civil de Gannat 34 Voix,
Desrolines de la Motte, lieutenant colonel de cavalerie, porte-manteau du Roi : 30 voix.
3°.tour. — Votants : 64.
Lucas : 39 voix, élu.
Arrondissement de Moulins. — Président : Loiseau de Lavesvre.
Inscrits : 140. — Votants, 1° tour : 108.
Loiseau de Lavesvre : 62 voix, élu. Rambourg aîné : 53 voix, élu.
Arrondissement de Montluçon. — Président : Vicomte Legroing de la Romagère.
Inscrits : 101. — Votants, 1* tour : 86.
Aupetit-Durand : 62 voix, élu.
2° tour. — Aucun des candidats n'obtient la majorité. 3° tour. — Votants : 78.
Beschamp, baron de la Varenne : 45 voix, élu.
Arrondissement de Lapalisse. — Président : Devaulx de Chambord.
Inscrits : 92. — Votants, 1* tour : 81.
Devaulx de Chambord : 48 voix, élu.
2° tour. — Votants : 79.
Préveraud de la Boutresse : 41 voix, élu.
Huit jours plus tard, le 4 octobre 1816, le collège de département se réunit à son tour, sous la présidence du comte Desroys. Le bureau provisoire, ainsi composé : Aupetit- Durand et de la Boutresse, scrutateurs ; Coëffier de Morëet, secrétaire, fut confirmé dans ses pouvoirs, à une assez forte majorité.
Il n'y eut qu'un seul tour de scrutin, qui donna les résultats suivants :
= Me Inscrits : 251. — Votants ; 196.
se Aupetit-Durand : 125 voix, élu.
Préveraud de la Boutresse : 101 voix, élu.
Ainsi, la députation de l'Allier ne changeait pas. Les électeurs confirmaient leurs choix de 1815. Les deux députés du Bourbonnais étaient d’ardents royalistes, partisans sincères de la légitimité. Ils siégèrent à droite, et firent plutôt figure d'ultras que de royalistes modérés. Il est bien diffcile d'admettre qu'ils représentaient l'opinion publique du département. L'opinion libérale avait fait de grands progrès depuis la fin de l’année 1815. Si elle ne se manifestait pas encore publiquement, c’est que les lois de répression étaient toujours en vigueur et que beaucoup tremblaient encore pour leur personne.
Le Préfet ‘jugeait ainsi le résultat des élections de l’AIlier dans ur rapport qu'il adressait au Ministre de la police, le 9 octobre 1816 : « Les élections, dans le département, se sont faites avec calme. Aucun bruit, aucun mouvement ne s'est fait remarquer dans le lieu de la séance, mais depuis plusieurs jours, tout était effervescence et intrigue... Cette effervescence a tombé aussitôt après le dépouillement du scrutin ; il n'en existe pour ainsi dire plus rien. Les choix faits ont été généralement vus avec satisfaction, même du grand nombre de ceux des électeurs qui n'avaient porté, ni M. de la Boutresse, ni M. Aupetit-Durand, par la bonne raison que leur nomination ne peut offenser aucun parti » (1).
Les élections de 1816 ne donnèrent pas la majotité aux ultras ; dans de nombreux collèges ils furent battus. La nouvelle était S oCCUpA, dès sa réunion, de régler la manière dont se feraient, désormais, les élections. Le projet de loi, déposé par Lainé, ne faisait qu'apporter quelques modifications à La Charte. L'âge de l'électorat était fixé À trente ans.
(1) Archives départementales de l'Allier, M. police, 1re série, 1816.
De plus, pour être électeur, il fallait payer au moins trois cents francs de contributions. Les électeurs se réunissaient en un seul collège, au chef-lieu de département. Les présidents de collège étaient nommés par le Roi. Les listes électorales
. étaient dressées par les préfets. Les électeurs nommaient, di-
rectement et au scrutin de liste, les députés.
Malgré l'opposition des ultras, le projet de loi fut voté par la Chambre des députés et par les Pairs. Les dispositions de la Charte, concernant le renouvellement de la Chambre par cinquième, n'ayant pas été modifiées, la première expérience du nouveau régime électoral eut lieu en 1817. Les ultras furent battus. Cependant, les espérances du Gouvernement ne se réalisèrent pas complètement, car les collèges envoyèrent à la Chambre des hommes qui, non seulement combattaient les ultras, mais aussi les Ministres. Ils étaient tielles de 1818 ne furent pas non plus favorables à l'extrême. droite ; des libéraux furent élus. Le renouvellement, dans le département de l'Allier, eut lieu en 1819. Nous verrons, plus loin, quel en fut le résultat.
Entre temps, quelques difficultés avaient surgi dans notre département. Elles donnèrent beaucoup d’inquiétudes au comte de la Villegontier, qui administrait le Bourbonnais au début de l’année 1817 ; elles lui valurent son déplacement, parce qu’il n'avait su, ni les prévoir, ni les éviter. Déjà, au printemps précédent, le prix du pain avait sensiblement augmenté et des troubles avaient été sur le point d’éclater. La récolte de 1816 fut mauvaise et, au début de l’année 4817, la situation était critique.
* La hausse des prix, la difficulté de se procurer du blé, avaient créé quelque agitation dans les milieux ouvriers ; dans quelques communes, ils voulurent s'opposer à l’enlèvement des grains, dans d’autres, ils obligèrent les propriétaires à les leur céder à des prix bien inférieurs aux cours. Leur conduite amena des collisions entre eux et la force publique,
ce qui donna à la cour prévôtale de notre département, l’oceasion de sévir trop sévèrement.
Le 29 avril 1817, des ouvriers de Franchesse s’opposaient à l'enlèvement du blé acheté, dans leur commune, par un négociant. Le 2 mai, des femmes de Bourbon- l’Archambault « insultaient » un boulanger de Moulins et s’opposaient à ce qu'il enleva le blé qu'il avait en dépôt dans la ivlle. Le lendemain, jour de marché, l'animation fut grande. Un groupe de femmes, apprenant qu’on essayait de faire sortir des grains de Bourbon, demandèrent au maire si elles pouvaient l'empêcher. Le maire répondit : « Allez-y, mais ne frappez personne ». Le soir même, il recevait une lettre du préfet, blâmant sa conduite, et l'informant qu'une force armée allait être dirigée . sur Bourbon. Le maire rendit public ce que le préfet lui avait confié. Le 4 mai, les habitants des commures voisines se rendirent en grand nombre à Bourbon. Ils projetèrent d'empêcher l'enlèvement des grains.
Le 6 mai, au point du jour, le tocsin sonnait à Franchesse. Les habitants des communes voisines, les ouvriers de Bourbon s'y rendirent immédiatement. Les gendarmes furent impuissants à les empêcher de distribuer le blé qui avait été arrêté le 29 avril. Cette distribution eut lieu au prix de deux francs la « mesure » (1). La nouvelle fut bientôt rapportée à Bourbon ; dans la soirée, une dizaine d'ouvriers de dla campagne arrivèrent armés de fourches, de fusils de chasse. Un peu plus tard, les bandes armées se multipliaient. Le lendemain, à 5 heures du matin, le tocsin sonnait de nouveau à l’église, et quelques instants plus tard à la tour de l'horloge. Le commandant de la Garde Nationale offrit alors ses services au maire : il fut invité à venir à la mairie avec quelques notables. Le brigadier de gendarmerie se mit, lui aussi, à la disposition du maire. Lui ayant demandé ce
(1) Double-décalitre.
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qu'il fallait faire, il reçut cette réponse : « Rien, vous ne seriez pas en force pour arrêter la populace, qui va arriver en foule au son du tocsin ». Le brigadier prit cependant la responsabilité d'agir. Il délogea les sonneurs de l'horloge, mais n’eut pas le même succès à l'église. Entre temps, il avait envoyé prévenir son chef, le lieutenant Thérond, qui se rendait à Franchesse avec la cour prévôtale. Le lieutenant de gendarmerie arriva bientôt et annonça que des renforts le suivaient. [1 conseilla au maire de prendre son écharpe et de se montrer. Ce dernier n'était pas de cet avis ; il penchait plutôt pour une distribution de blé aux ouvriers (1).
L'arrivée du prévot et de la troupe qui l’accompagnait mit fin à toute discussion. Le calme fut réttabli, grâce à l'attitude du maire, sans effusion de sang. Les individus les plus compromis et qui s'étaient montrés les plus déterminés furent arrêtés et très sévèrement punis (2).
Dans de nombreuses communes, des personnes généreuses prirent l'initiative de mesures destinées à soulager la misère de leurs compatriotes. Au Donjon, les habitants aisés se cotisèrent pour acheter du blé, dont la distribution avait lieu chaque semaine, par les soins du maire et du curé. Les maires de Ferrières, de Châtel-Mentagne, d’Arfeuilles, du Mayet-de-Montagne, se signalèrent particulièrement. Le maire du Mayet, Brunet de Latour (3), fit entreprendre la création d’une route, pour occuper « les pauvres gens » du pays. Dans les communes que nous avons nommées, des distributions de pain avaient lieu à domicile.
La belle apparence de la récolte prochaine contribua
() Le maire de Bourbon était M. de Neuville. A la suite de ces événements, il fut invité à démisisonner. On lui reprochait, en haut- Heu, de ne pas avoir montré assez de sévérité. Sa démission fut acceptée,
() Archives départementales de l'Allier, M, police 1re série 1817.
(3) 11 fut nommé chevalier de la Légion d'Honneur en 1817,
pour beautdup à caliiér les esprits. L'administration de notre départerhent venait de passer en de meilleurs mains. A la suite des événernents que nous venons de rapporter, le Préfet de l'Allier, le comte de la Villegontier, avait été remplacé par le maître des requêtes, de Fumeron d' Ardeuil. Cet administrateur était tout disposé, à l'encontre de ses prédécesseurs, à essayer de mettre les partis d'accord. Les arrestations arbitraires cessèrent ; la plupart de ceux qui avaient été exilés purent rentrer à leur domicile. Cette conduite était certainement mieux fdite pour rallier des partisans à la cause royale, que des mesures d'exception. Le parti libéral qui, à cette époque, réunissait bonapartistes et révolutionnaires des Cents-Jours, libéraux ralliés à la monarchie en 1814 et devenus ses ennemis en 1815, put espérer un moment que la Charte ne serait pas un vain mot. Cette Charte, à condition de n'être pas dénaturée dans son application, pouvait satisfaire leurs aspirations. Elle garañtissait, en effet, les conquêtes civiles de la Révolution : liberté individuelle, égalité civile, jury, liberté de la presse, liberté religieuse. Ils ne réclamaient pas encoré, là participation de tous les citoyens aux droits politiques. Ils considéraient le gouvernement anglais avec ses deux Chambres cofnme l'un des meilleurs, et une royauté constitutionnelle Comme « la clôture de la Révolution ». Le gouvernement, d'abord timidement avec. Richelieu, puis franchement avec Decazes, orienta Sa politique vers la gauche. Il travaillait, comme on disait alors « à royäliser là nation et à natiônaliser 14 France ». Mais malgré tout, deux époques étâient toujours en opposition à la Chambre : la gauche n'avait pas oublié la Révolution, la droite puisait ses arguments dans l’histoire de l'ancienne France.
Pendant les années où les royalistes modérés furent au pouvoir, notre département jouit du calme le plus complet: Le 25 août, on y célébrait, ainsi que le prescrivaient les règlements administratifs, la Saint Louis, fête du Roi. Dans
chaque commune, le maire, suivi des conseillers municipaux el des membres des autres administrations, se rendait au service religieux célébré ( en cet honneur. Quelques secours étaient distribués aux pauvres, des réjouissances publiques
avaient lieu et un banquet, à l'issue duquel on criait « Vive le Roi », clôturait la fête (1 (4).
À dore en 1817, la Saint-Louis fut annoncée la véille 1 par des salves d’ He une retraite fut « battue »
(1) Fête de Saint-Louis à Montmarault. Lettre du Maire au Préfet :
« Aujourd'hui, 25 août 1817, nous, iaire de la ville de Mnotmarault voulant remplir le vœu des habitants et les instructions de Monsieur le Préfet, comte de la Villegontier, contenues dans le bulletin du 14 août 181?, avons en conséquence convoqué le conseil municipal et les Hétlbrès des Autres administrations résidant en cette ville. À huit hellres du matid! et tous en cortège, nous sornmes allés à la : messe, Pour rendre la fête plus complète, ün banqüet de 40 couverts a eu lieu. D'accord avec M. le curé, des secours en argent ont été distribués à plus de trente familles. A six heures du soir, les cloches on annoncé la bénédict jon du feu de joie. Les membres des diverses ädministrätions, escortés dé 14 garde nationale, sont allés de nouveau à l'église, ét Se réunissdtit à M. le curé, ge sont, du sortir de l'église, dirigés sur la place principale, où était le feu de joie.
Le bucher béni, Monsieur le curé et Monsieur le Maire l'ont ailumé
aux cris mille fois répétés, de « Vive le Roi », « Vive leur Auguste
dynastie ». Le cortège est allé reconduire M. le curé à l’église où l’on à entonné le « Te Deuni : ». Cé ‘ Te Deum » terminé, le cortège s'est divisé pour prehdre part avec 1e public aux danses et réjouissances qui avaient lieu sur la place. Aucun événement fnalñéureux n’a troublé cette fête qui a duré jusqu’à 11 heures du soir. Partout les cris ont été multipliés à l'infini : « Vive le Roi ».
Ainsi s’est terminée cette journée qui laisse des souvenirs bien agréables dans le cœur des Français qui ne 6e lasseront jamais de répétér avec enthousiasme le nom de leur éouverdin et de son
Auguste famille ».
(Registre des délibérations du conseil municipal de Montmarault, 1817).
La plup art des communes célébraient dans des conditions änalogues la fête du Roi.
par tous les tambours de la garde nationale. La « salle de spectacle » fut ouverte aux habitants qui purent « assister gratuitement, à des expériences de physique amusante, de magie et ventriloquie ». Le lendemain, à six heures du matin, des nouvelles salves d'artillerie furent tirées. Les fonctionnaires publics, les membres des diverses administrations, les autorités civiles et militaires se formèrent en cortège à la préfecture, à dix heures du matin, et se rendirent à l’église Notre-Dame pour assister à la messe solennelle qui y fut célébrée. A l'issue de la messe, les troupes de la garnison et la garde nationale se rendirent sur le cours Bercy, où elles furent passées en revue par le général commandant le département. Un concours de tir, auquel étaient seuls admis à prendre part les membres de la garde nationale, avait été organisé. Un fusil de chasse « d'invention nouvelle », en fut le prix. Dans l'après-midi, différents jeux et amusements publics eurent lieu : course en sac, exercice du casse-col, mât de cocagne. Une pièce de canon, installée sur les bords de l'Allier, annonçait par une décharge, le commencement de chaque exercice. Les édifices publics et un assez grand nombre de maisons particulières, étaient pavoisés et furent illuminés le soir. On dansa une grande partie de la nuit sur les cours. Un banquet réunit les membres des diverses administrations, sous la présidence du Préfet. Des toasts y furent portés au Roi, aux princes et princesses de la famille royale. Un bal, à l'Hôtel de la Préfecture, termina la journée.
En janvier 1818, « son Altesse Royale » la duchesse d'Angoulême se rendant à Vichy, s'arrêta à Moulins. Une cérémonie eut lieu sur le cours Doujat, au cours de laquelle la duchesse attacha la cocarde au drapeau des gardes nationales. Il y eut des fêtes à Vichy en l'honneur du séjour de la princesse. Les gardes nationales du département se disputèrent l'honneur d'assurer sa garde. Dans toutes ces fêtes le nom du Roi était largement acclamé. D'autre part, notre
département avait retrouvé le calme. Les rapports de tous les administrateurs sont d'accord pour constater que l'esprit public était bon. Il est vrai qu'on était beaucoup moins exigeant qu'en 14845 et 1816. Bon nombre de fonctionnaires révoqués au début de la Restauration venaient d’être réintégrés. Nous devons d’ailleurs reconnaître que la politique libérale de Decazes en général, et le tact et l'esprit de conciliation de notre Préfet en particulier, ralliaient beaucoup de partisans autour de la royauté. Les mécontents se faisaient moins nombreux. Les craintes, que la réaction royaliste de 1815-1816 avaient fait naître, commençaient à disparaître. La nation espérait obtenir cette liberté qu’on lui avait tant promise et pour laquelle elle avait consenti tant de sacrifices.
Cependant, les élections approchaient. Notre département était au nombre de ceux qui devaient renouveler leurs députés en 1819. Dans toutes les communes, il avait été ouvert un registre sur lequel tous les Français ayant leur domicile réel dans la commune, âgés de 30 ans accomplis, et payant 300 francs de contributions directes, principal et centimes additionnels réunis, soit de leur chef, soit de celui de leur femme, soit comme ayant la jouissance des biens de leurs enfants mineurs, devaient être inscrits. Les Français, qui, sans avoir leur domicile réel dans le département, y avaient acquis leur domicile politique, devaient être également inscrits au dit registre. Les intéressés devaient remettre au maire de la commune de leur domicile, des extraits des rôles, certifiés par le maire de la commune où étaient situées leurs propriétés, afin de justifier du montant de leurs contributions ; de plus, s’il n’était pas d’évidente notoriété qu'ils avaient plus de trente ans, ils devaient joindre un extrait de naissance.
Aux termes de l’Instruction ministérielle du 18 avril 1817, devaient seules entrer en ligne de compte pour le calcul du montant des impositions, les quatre contributions : foncière, personnelle-mobilière, portes et fenêtres et paten-
tes. La contribution des portes et fenêtres devait être comptée au locataire, et il ne devait être retenu, pour le propriétaire, que celles des portes et fenêtres de l'appartement qu'il occupait. De plus, la qualité d’électeur étant inhérente à la propriété, qui supportait la contribution, la vente d'une propriété dépouillait le vendeur du droit que lui conférait la contribution imposée sur le bien vendu, et transportait ce droit à l'acheteur, à quelque époque qu'eut lieu la vente. Les inscriptions sur les registres se firent lentement. Beaucoup d'électeurs se montrèrent très insouciants. En janvier 4819, le Préfet fut obligé de rappeler aux maires, qu'il y avait lieu de compléter au plus tôt les listes électorales. Il les invitait à demander au besoin toutes les explications et les renseignements nécessaires aux intéressés. | Une ordonnance, du 18 août 1819, cenvoquait les collèges électoraux pour le 11 septembre suivant. Une seconde ordonnance, en date du 22 août, nommait le baron d’Alphonse, président du collège du département de l'Allier, et Joseph Hennequin, vice-président. Par arrêté du 28 août, le Préfet convoquait les électeurs pour le 11 septembre, à 8 heures du matin. Le collège étant divisé en deux sections, la première devait se réunir, sous la présidence du baron d’'Alphonse, dans la salle, dite de l’ancien collège, rue de Paris ; la deuxième, sous la présidence de Joseph Hennequin, dans une des salles du collège royal, rue de Paris également. La nomination du président et du vice-président indiquait nettement que le gouvernement n’entendait pas voir élire des députés ultra-royalistes. La candidature des députés sortants, de la Boutresse et Aupetit-Durand, était combattue par le gouvernement. On ne pouvait cependant dire qu’ils appartenaient à cette catégorie d’ultra-royalistes, qui fit tant de mal à la royauté, nous dirons d'eux, que c'étaient des « ultramodérés ». Le gouvernement voulait done voir arriver à la Chambre, des hommes capables de le soutenir dans la poli-
ie
tique qu'il avait inaugurée, des royalistes constitutionnels, voire même des libéraux.
François-Jean-Baptiste d'Alphonse était né le 23 octobre 1756 à Bonny, paroisse de Saint-Agnan, diocèse d'Auxerre. Avocat au Parlement, il remplaça son père dans la charge de receveur du grenier à sel de Souvigny. En 1788, il était syndic de la municipalité de Souvigny. Les idées répandues par les philosophes du XVIII siècle, et qui alors passionnaient la France, trouvèrent en lui un adepte fervent. Le 2 janvier 1790, il fut élu administrateur du département de l'Allier ; il opta pour lle district, où il avait été nommé procureur syndic. Ses sentiments républicains ne faisaient alors pas l'ombre d’un doute. Objet d’une dénonciation lors du passage de Fouché à Moulins, il établit facilement son civisme et son zèle, aux applaudissements du peuple. Il donna cependant des gages à la réaction thermidorienne et fut nommé président du département. Les élections de 1795 l'envoyèrent au Conseil des Anciens, où il prit souvent la parole. Dans la séance du 18 brumaire, an VIII, il engagea tous ses collègues à jurer de nouveau de maintenir la Constitution.
Un arrêté du premier consul, en date du 2 ventôse, le ncmmait préfet de l'Indre. Il refusa tout d’abord, puis après réflexion, il accepta ce poste. Préfet du Gard en l'an XII, il fut fait baron de l'Empire, le 15 août 1809. Quelques mois plus tard, il était nommé maître des requêtes au Conseil d'Etat, et Intendant de la Hollande, qui avait alors le duc de Plaisance comme gouverneur. Après la première abdication de Bonaparte, il demanda à servir Louis XVIII, mais n'obtint pas satisfaction. Pendant les Cent-Jours, il fut envoyé comme commissaire extraordinaire, dans la neuvième division. Il pacifia Nîmes, Privas et Montpellier. Nommé préfet de l'Hérault, il refusa.
Malgré ses démarches il ne put rien obtenir au début de la seconde Restauration, et en fut réduit à solliciter sa