‹ Le Bourbonnais Sous La Seconde Restauration: L'Esprit PublicChapitre 40 sur 56 · LL 00 A · texte numérisé non relu

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retraite qui fut liquidée le 16 juin 1819 à 6.000 francs (1). La nomination d'hommes, comme d'Alphonse, à la présidence de collèges électoraux, était ainsi un essai de conciliation entre les deux partis, qui étaient alors en présence. Dans le discours qu'il adressa aux électeurs de l'Allier, il leur conseilla de n’écouter que leur conscience, dans les choix qu'ils avaient à faire, et précisa en ces termes quel programme devait avoir les hommes que le gouvernement serait heureux de voir siéger à la Chambre : « pour représenter Ce département, il faut des hommes imbus de vos principes, unissant la fermeté à la modération, la prudence à l'énergie, le désintéressement à la loyauté, étrangers à toutes les factions, ennemis de tous les excès, n'ayant pour but que le bien public, attachés comme vous à la Charte constitutionnelle, jaloux des droits qu'elle consacre, fidèles aux devoirs qu'elle impose et dévoués comme vous à la monarchie et à la légitimité ». Pour lui, les aspirations de tous les Français pouvaient se résumer en peu de mots : « Le Roi, la Charte, rien de plus, rien de moins. Là, et là seulement, est le terme de la Révolution, le repos de nos familles, le nôtre, la prospérité, le salut peut-être de notre patrie, et peut-être aussi la paix du monde ».

Joseph Hennequin, le vice-président du collège électoral, était peut-être l'homme qui représentait le mieux dans notre département, les tendances du gouvernement d'alors. Libéral par caractère, il avait toujours flétri les excès, auxquels s'étaient livrés les partis extrémistes. Préoccupé avant tout de la grandeur de sa patrie, et du bonheur de ses concitoyens, il ne transigea jamais avec sa conscience. Né à Gannab en 1748, il fut élevé au collège d'Effiat. Il en sortit à

(1) Bulletin de la Société d'émulation de l'Allier. Tome 23, pagé “624 et suivantes.

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vingt ans, pour aller faire son droit à Paris, et fut sea avocat au Parlement.

En 1774, le Parlement de Paris ayant été exilé et remplacé par un tribunal, connu dans l’histoire sous le nom de Parlement Maupeou, un assez grand nombre d'avocats refusèrent de plaider devant ces nouveaux juges. Hennequin fut de ce nombre. Il refusa même une charge de conseiller, que Maupeou lui offrit dans son parlement. En 1775, il acheta à Riom une charge de trésorier de France. 1789 lui enleva ses fonctions. La Révolution fit naître en lui d'immenses espérances : cœur généreux, il entrevoyait tout le bien que da France pouvait en retirer. En 179, il fut élu député de l'Allier à l’Assemblée législative. Arrêté comme suspect, pendant la Terreur, il ne recouvra sa liberté qu'après le 9 thermidor. Nommé sous-préfet de Gannat en 1800, il quitta

- SA SOUS- -préfecture pour entrer au corps législatif en 1806.

Il était encore législateur en 1814. A son retour de l’île d'Elbe, Napoléon le nomma sous-préfet de Gannat. Hennequin, qui s'était rallié à la dynastie des Bourbons, refusa ce poste et se rêtira complètement des fonctions publiques. I1 fut nommé chevalier de la Légion d'honneur en 1819 (1).

A l'ouverture du collège électoral de l'Allier, en 1819, il devait prononcer un discours. Un violent mal de gorge l’en. ayant empêché, il le fit imprimer. Nous y trouvons d’ailleurs le même esprit que dans celui du baron d’Alphonce. « Toutes vos inspirations, disait-il aux électeurs, ne peuvent qu'être heureuses, si vous les puisez dans votre attachement à notre Charté constitutionnelle, et dans notre reconnaissance et votre amour pour le Roi ». Après avoir énuméré les bienfaits que la France avait retirés du nouveau gouvernement, il donnait ces sages conseils, qu'on pourrait répéter aux élec-

(1) J.-H. Bonnetaon. — Biographie de Joseph Hennequin, ancien député de l'Allier.

teurs de tous les temps : « Au moment où nous allons remplir l'important devoir qui nous rassemble, ayons tous assez de patriotisme pour ne pas céder aux penchants trop faciles des affections particulières, et de l'intérêt du moment. Ayons sans cesse devant les yeux, une vérité qui ne peut être méconnue d'aucun de nous : c'est que nous ne fûmes pas appelés ici pour nous seuls, et pour n’écouter que notre seul vœu, mais qu’un devoir sacré nous recommande, par-dessus toute chose, l'intérêt manifeste de l'immense majorité de nos concitoyens, qui nous observe, qui va bientôt nous juger et qui, après de si longs orages, n’aspire, sous la double égide de la légitimité et de la Charte, qu'à jouir du bonheur et du repos, que lui promet le cœur paternel de son Roi, et que lui garantit un gouvernement fondé à la fois, sur les prérogatives du trône, et sur les droits du peuple ».

Si nous avons donné quelques détails sur la vie des présidents des sections du collège électoral de l'Allier, c’est pour montrer quel esprit présidait aux élections de 1819 (1). Le 11 septembre, les électeurs s'occupèrent de la nomination des bureaux de leur section. Le lendemain eut lieu l'élection des députés. Les dispositions de la loi du 5 février 1817 avaient porté le nombre des électeurs de l'Allier à 1128. Pour la première fois, ils allaient nommer directement leurs députés. Il est bon de remarquer ici, qu'aux élections de 1816, le nombre total des électeurs d'arrondissement était de 430, celui de département de 251. L'influence des électeurs d'arrondissement allait se faire sentir et orienter le collège à gauche.

(1) Le Gouvernement et surtout Decazes, essayait de former sous la dénomination de royalistes modérés, un tiers parti qui aurait réuni la gauche de la droite de la Chambre et la droite du parti libéral.

Les premiers comportaient ce que l'on appelait alors le centre droit et les seconds le centre gauche,

Dem.

Le résultat fut le suivant :

dr Section : Votants : 385

Baron d’Alphonse, 189 voix Burelle Jean François, 204 ; Aupetit-Durand, député sortant, 167 ; De la Boutresse, député sortant, 150.

2° Section : Votants : 353 Baron d’Alphonse, 250 voix ; Burelle Jean François, 236 ; Aupetit-Durand, député sortant, 106 ; De la Boutresse, député sortant, 84.

Résultats définitifs :

Baron d’Alphonse, 439 voix, Elu ; Burelle Jean-François, 440, Elu ; Aupetit-Durand, 273 ; De la Boutresse, 234.

Le baron d’Alphonse adressa ses remerciements à ses électeurs ; il rappela qu'en 179%, chargé d’une mission semblable à celle qui venait de lui être confiée, il avait donné à l'assemblée électorale, l'assurance qu’on pourrait le trouver parmi les victimes, jamais parmi les oppresseurs. Il assura les électeurs que toujours ils le trouveraient dans la ligue constitutionnelle. Nous avons vu le rôle joué par d'Alphonse, pendant la Révolution et sous l’Empire. Son long passé ne pouvait disparaître sans laisser de traces. Peut-on dire qu'en 1819, il était royaliste ? Nous n’oserons trop l’affirmer. Mais nous pouvons dire qu'il était libéral.

Le rôle joué par Burelle fut moins important. Né en 1772, Jean François Burelle fut nommé conseiller de préfecture de l'Allier en 1810. Il occupait encore ce poste en 1814 au moment de la chute de l'Empire. Il le conserva pendant ia première Restauration, et pendant les Cent-Jours. En ma; 1815, le collège électoral de l'arrondissement le nommait

Le

député. Révoqué au retour de Louis XVIII, il cessa toute fonction publique. En 1819, les électeurs de l'Allier, lui donnèrent une haute marque d'estime, en le choisissant une

deuxième fois pour les représenter. Comme pour d'Alphonse,

nous n'oserons pas dire que Burelle était royaliste. Peut-être s'était-il rallié à la monarchie, telle que la comprenait le gouvernement d'alors. À coup sûr, il était libéral. Burelle et d’Alphonse avaient été élus à une assez forte majorité. Les deux députés sortants se trouvaient nettement baitus.

Les électeurs de l'Allier avaient montré leur espérance -le.

voir l'avènement d’un régime libéral, respectueux des dr£tis de tous. Les électeurs n'avaient cependant pas fait preuve d'un grand empressement. Sur 1128 inscrits, il n’y eut *n effet que 738 votants, un peu moins des deux tiers. A cette époque, la lutte entre libéraux et ultras n'avait pas encore atteint son maximum. Le parti libéral surtout n'était pas organisé. Les électeurs n'étaient pas sollicités par les actives campagnes que nous connaissons aujourd'hui, ce qui explique le grand nombre d’abstentions.

Aux élections de 1819, le succès des libéraux fut complet. Sur cinquante-quatre sièges à pourvoir, ils en urent 35, ja droite 4, les candidats du gouvernement n’en obtenait que 15. Le pays montrait qu’il n’y avait pas place pour un tiersparti. Pour la masse du peuple, il n'existait que deux partis : les partisans de l’ancien régime, et ceux qui voulaient conserver les conquêtes de la Révolution. Il était incontestable que le corps électoral subissait les influences des aspiraüons populaires, qui tendaient de plus en plus vers un régime de justice et de liberté. Mais les progrès du libéralisme effrayèrent les souverains étrangers, au même titre que la réaction royaliste de 1815-1816 les avait inquiétés. Decazes, attaqué avec violence par les journaux de droite, ne voulant pas aller jusquà pactiser avec l'extrême-gauche de la Chambre, fut amené à faire des concessions aux ultras. Il proposa une modification de la loi électorale : les collèges d’arron-

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dissement seraient rétablis, et comprendraient les électeurs,

payant 200 francs de contributions. Pour faire partie des collèges de département, il faudrait payer 400 francs d’'impôts ; les députés seraient nommés pour 7 ans. De plus, les électeurs du département voteraient une première fois dans les collèges d'arrondissement. C'était le système du double vote. Les ministres les plus libéraux du cabinet. Dessoles, Gouvion-Saint-Cyr et le baron Louis donnèrent leur démission. Une tentative faite pour donner la présidence du conseïl à Richelieu, ne réussit pas. Ce fut Decazes qui s’en chargea, mais les concessions qu'il avait faites aux ultras ne réussirent pas à lui concilier les bonnes grâces de la droite. La veiïlle du jour où devait commencer la discussion de la nouvelle loi électorale, le duc de Berry fut assassiné. Les attaques redoublèrent contre Decazes, et le Roi lui demanda sa démission.

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