CHAPITRE II
Assassinat du duc de Berry. — Fête à Moulins en l'honneur de la naissance du duc de Bordeaux. — Election de 1820. — L' « idéologue » Destutt de Tracy. — Décès du baron d’Alphonse. — Elections de 1822, succès des libéraux. — Souscription pour l'achat de Chambord. — Préparation des élections de 1824, leurs résultats. — Séjour de la Duchesse d'Angoulême à Vichy. — Avènement de Charles X. — Loi sur le Jury du 17 avril 1827. — Permanence des listes électorales, — Elections de 1827, — Démission de de Villèle,
La nouvelle de l'assassinat du duc de Berry, si elle causa quelque étonnement dans notre département, ne troubla ni le calme, ni la tranquillité. Une lettre du Préfet au Ministre de l'Intérieur, en date de 17 février, fait état cependant « du sentiment unanime de douleur et d’indignation que l’attentat du 13 février avait produit dans l'Allier. Mais les rapports des administrateurs secondaires ne mentionnent pas cette indignation (1). Plusieurs villes de notre département envoyèrent des adresses au Roi. Celle de Bourbon-l’Archambault, entr'autres, disait « . Image de la Divinité qu’elle représente sur la terre, Votre Majesté, inépuisable en bienfaits, ne cessera point d'aimer son peuple. Déjà, vous l’avez sauvé de l’abîme, votre sagesse achèvera de réparer ses malheurs » (2). Le maire de Chantelle « en considération du Crime affreux, commis sur la personne de son Altesse Royale le Duc de Berry, crime qui doit plonger toute la France dans
(1) Archives départementales, M, police 1re série 1820. (2) Archives départementales, M, police 1re série 1820,
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Je deuil et la consternation » prit un arrrêté, par lequel il défendait les bals, masques, déguisements et autres amusements publics dans sa commune (1). Beaucoup de maires firent comme lui. Une souscription ouverte pour l'érection d'un monument au duc de Berry, n'eut cependant pas beaucoup de succès dans notre département. En parcourant les listes de souscriptions, on n'y trouve guère que des noms de fonctionnaires, souscripteurs presque forcés (2).
La naissance du duc de Bordeaux, fils posthume du duc de Berry, donna de grandes espérances à la droite. Cette naissance fut exploitée sans mesure par les royalistes. Des milliers d'adresses furent envoyées au Roi ; des fêtes furent organisées. À Moulins, le conseil municipal, par délibération du 11 avril, décida : « Article premier. — La naissance du Prince étant un don précieux du ciel, une messe en actions de grâces sera chantée en! l’église Notre-Dame, à 16 heures. Les autorités civiles et militaires seront invitées à y assister ». Les articles 2 et 3 réglaient une distribution de secours aux indigents, et une distribution de vin aux troupes de la garnison. Des réjouissances publiques avec illuminations et feux d’artifice étaient prévues. Une grande salle de bal fut construite sur le cours d'Aquin. Un bal réunit, au Théâtre, l'élit: de la population moulinoïse. Les dames y reçurent une médaille, représentant la Duchesse de Berry, montrant au peuple le jeune duc de Bordeaux. Douze commissaires furent nommés pour seconder le maire ex faire les honneurs du bal (3).
() Registre des délibérations du conseil municipal de .Chantelle, 1820.
(2) Archives départementales M, police 1re série 1820.
G@) Registre des délibérations du conseil municipal de Moulins, 11 avril 1820. >:
Montluçon n'eut rien à envier à Moulins, ainsi qu'en témoigne le compte rendu suivant adressé au Préfet de l'Allier :
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Dans la plupart des communes, des fêtes et banquets furent également organisés.
Toutes ces manifestations devaient contribuer, dans l’esprit de leurs auteurs, à préparer les élections de 1820. Un
nouveau projet de loi électorale avait été déposé par le Gou-
vcrnement du duc de Richelieu. Ce projet rétablissait l’élection à deux degrés ; chaque collège d'arrondissement devait nemmer un nombre de candidats, égal au nombre de députés à élire dans'le département. Le collège de département, composé du cinquième des électeurs les plus imposés, choisissait les députés parmi les candidats présentés. Le projet ne passa pas tel qu’il avait été déposé. Un amendement, soutenu par le centre droit et la gauche, conserva aux collèges
« Le canon se fait entendre et mêle sa voix à celle de la cloche baptismale ; tout s'émeut, magistrats, guerriers, citoyens. L'étendard sans taches se déploie de toutes parts er On accourt aux pieds des autels..…… Le cantique d'actions de grâces, d'Ambroise et d'Augustin fait retentir les voûtes du temple... ;
Après avoir ainsi remercié le Tout-Puissant de ses bienfaits immortels, les réjouissances publiques et les plaisirs commencent. Un banquet, de soixante couverts, réunit à la fois les minisires du Dieu de paix et les enfants de l'honneur et de la victoire, et les magistrats défenseurs des lois et protecteurs de la cité et les citoyens, distingués par leurs talents, leur industrie et leur fortune. k
Un noble guerrier, M. de Fontanges, porte le toast suivant : « puisse notre bon Roi régner aussi longtemps que le souvenir de ses bienfaits se conservera dans nos cœurs ». M. Cornereau s'exprime ainsi : « Puisse ce loyal enfant que le ciel nous a donné, être décoré des vertus de Louis IX, de Louis XII et de Henri IV et puisse un jour son règne se prolonger aussi longtemps que celui de Louis XIV. »
M. Renevier, curé de Notre-Dame, M. Chevenon de Bigny, maire,
pcrtèrent aussi des toasts. Puis, la galanterie française ne perdant jamais ses droits, on porta des toasts aux dames. Au dehors, la fête battaft son plein et attirait une nombreuse jeunesse. »
Archives départementales de l'Allier, M, police 1re série 1821,
d'arrondissement la nomination des anciens députés. Des sièges nouveaux furent créés, et leur nomination fut réservée aux collèges départementaux, qui ne comprirent plus que le quart le plus imposé des électeurs.
La lutte électorale se poursuivit avec ardeur. La presse d'opposition ne put faire entendre sa voix, la censure ayant été rétablie. Un dégrèvement d'impôt foncier amena une sensible diminution des électeurs. :
Les collèges d'arrondissement devaient procéder au renouvellement du quatrième cinquième de la Chambre en exercice. Les collèges départementaux eurent à élire les députés devant occuper les nouveaux sièges, créés par la loi du 29 juin 1820. Les électeurs de notre département n'avaient pas mis beaucoup d'empressement à justifier du montant des impôts qu’ils payaient. Les listes électorales, dressées en 1819, étaient incomplètes. Les passions politiques, pourtant très vives à l'époque, n’arrivaient pas à enthousiasmer tous nos compatriotes. La nonchalante insouciance du Bourbonnais, son apathie, l’'emportaient sur son empressement à satisfaire son devoir d’électeur, à défendre ses opinions. Il est juste de penser que ceux qui s’abstenaient ainsi, n’appartenaient à aucun parti. Ils assistaient, indifférents, aux luttes des royalistes et des libéraux. Ils ne cherchaient pas à faire pencher la balance d’un côté ou de l’autre.
Cependant, avec le système du double voie, il importait que les listes fussent dressées avec soin, tout au moins que les listes des électeurs de département comprissent tous les éléments royalistes, susceptibles d'y figurer. Aussi, est-il recommandé aux Préfets, de stimuler le zèle des électeurs, et de les engager à justifier au pis vite, de la totalité de leurs impositions.
Le 28 septembre, notre prétah de Fumeron d’Ardeuil, prévenait les électeurs que les listes électorales seraient définitivement closes le 20 octobre, et qu’à partir de cette date, aucune pièce justificative ne serait plus admise. Il invitait
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les maires à veiller à ce que tous les électeurs de leurs communes remplissent leurs obligations. Le Ministre de l'Intérieur récommandait d’ailleurs au Préfet, dans une lettre du 7 septembre, non seulement « les inscripticns et les justitications d'office », mais aussi la conservation sur les listes, des individus qui n'auraient pas produit, en temps utile, les titres nécessaires, mais sur lesquels il aurait « une présomption suffisante ». La recommandation était élastique et laissait une grande initiative aux préfets. « La présomption suffisante » était laissé à l'appréciation des administrateurs.
L'organisation des libéraux paraissait redoutable. Des comités dirigeants existaient au chef-lieu de chaque département, d’autres dans les arrondissements avec des correspondants dans les communes importantes. Ils ne négligeaient rien pour gagner des partisans, et choisissaient soigneusement les noms sur lesquels devaient porter leurs suffrages. Leur but était surtout de coordonner les efforts individuels, de leur donner une même direction. Le Gouvernement s’inquiéta et dicta leur rôle aux préfets. « Il faut que les véritables amis du trône déploient pour le bien, la même activité que leurs ennemis déploient pour le mal. il faut imprimer à leurs rangs, l'impulsion qui leur manque ». Le Roi luimême entra dans la lutte. Le 25 octobre, il adressait une proclamation aux électeurs ; elle fut affichée partout, et les préfets reçurent l'ordre d’en adresser un exemplaire à cha: que électeur.
« Au moment où la loi qui garantit à vos suffrages une entière indépendance, qui assure à vos intérêts une plus justé représentation, va recevoir son exécution pour la première fois, je veux que vous entendiez ma voix... Ecartez des nobles fonctions de député, les fauteurs de troubles, les artisans de discorde, les propagateurs d'injuste défiance contre mon Gouvernement, ma famille et moi... La France au milieu des agitations qui l’environnent, doit rester calme et confiante. Unie avec son Roi, ses prospérités sont au-
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dessus de toute atteinte. L'esprit de faction pourrait seul les compromettre, s'il ose se produire, il sera réprimé : dans l'enceinte des Chambres, par le patriotisme des pairs et es députés, hors des Chambres, par la vigilance des magistrats, la fermeté de tout ce qui est armé pour maintenir la paix publique et surtout par mon inébranlable volonté ».
Une ordonnance du 12 octobre convoquait les collèges de département pour le 13 novembre. Une deuxième ordonnance du 13, nommait le comte Desroys, président du collège électcral de l'Allier.
Les électeurs se réunirent le 13 novembre 1820, dans une des salles du collège royal, rue de Paris. Le collège, lorsque tous ses membres furent réunis, devait présenter un aspect assez singulier. Le comte Boni de Castellane nous raconte dans ses mémoires, qu'un certain nombre d'’originaux avaient arboré leurs anciens uniformes du temps de Louis XVI. « Parmi ces originaux, écrit-il, il était bien difficile de ne pas remarquer le comte de Lacelles, vicomte &@e Ghateauclos. Je l'ai accosté d’un « bonjour mon général » gros comme le bras ; il m'a répondu « vous vous trompez, je ne suis pas général ; ma broderie d’or est celle de l’ordre de Malte, qui en avait de fort belles ». Cette broderie œa ressemblait à celle des officiers généraux, était sur un collet bleu de roi ; il l'avait attachée avec des épingles sur un frac brun, fort étriqué, au-dessous duquel pendait par-devant, un grand gilet jaune. Des bottes à revers complétaient son costume ; il avait une petite queue et de la poudre. Ce brave gentilhomme jouit de quinze mille livres de rentes, il a servi dans les gardes françaises » (1).
La première journée fut employée par le collège élec-
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(1) Mémoires du Maréchal de Castellane, tome Ï, page 407.
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