‹ Le Bourbonnais Sous La Seconde Restauration: L'Esprit PublicChapitre 47 sur 56 · RE: NE · texte numérisé non relu

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temps, celui des réclamations expirerait ». Il prévient, en même temps, le Préfet, que l'agent actif du comité directeur du parti libéral, Brugière de Lamothe, se donne beaucoup de mal pour recueillir des voix pour Victor de Tracy. En transmettant son dossier, après l'avoir soigneusement vérifié, il le prie de regarder s’il n’y aurait pas moyen « de lui trouver quelque anicroche, ce qui serait un grand bien ». Les forces respectives des deux partis étaient soigneusement dénombrées à l'avance, chaque électeur ayant fait “Tobjet d'une enquête serrée. Le 23 février, trois jours avant les élections, le sous-préfet adresse ses pronostics au vicomte d’Abbancourt, préfet de l'Allier.

« Voici en dernière analyse les résultats de l'élection que nous avons faits dans mon salon, entre quelques amis zélés eë bien informés, ayant la scrupuleuse attention d'éloigner ceux présumés ne devoir pas venir. ;

« Nous avons deux cents électeurs à qui j'ai envoyé leurs cartes ; sur ce nombre :

Pour notre président : 125 ; Pour M. de Tracy : 48 ; Inconnus ou douteux : 27.

« Voilà à peu de chose près, les résultats probables cu'offrirait mon arrondissement et si celui de Gannat nus porte les votes que vous m'avez annoncés et que je crois être de 93, nous aurons pour notre président : 93+125-218 voix.

* « Evidemment la victoire sera pour nous quelque union qui puisse exister parmi les sinistres ; lors même qu'aucun des douteux ne viendrait se placer dans nos rangs. »

Les libéraux de leur côté ne restaient pas inactifs. Mais leurs moyens étaient faibles, comparés à ceux de leurs adversaires ; leurs journaux, soumis à la censure, ne pouvaient rien dire ; les listes électorales étaient entre les mains du gouvernement qui, par l'intermédiaire de ses Préfets, pouvait

— ÊRAX —

à son gré modifier la majorité. La physionomie des élections sous la Restauration n'avait d’ailleurs rien de commun avec ce que nous voyons aujourd'hui. Dès que la campagne électcrale est ouverte, nous voyons nos murs recouverts d'affiches multicolores, vantant les mérites de chaque candidat. Des réunions publiques s'organisent dans la moindre bourgade et les concurrents exposent leur programme devant la foule. Les passions populaires sont en éveil ; chacun s'efforce de les faire tourner à son profit. Rien de tout cela sous la Restauration ; les électeurs étaient peu nombreux ; des réunions publiques n'auraient servi à rien. Il fallait voir chaque électeur individuellement, La préparation des élections se faisait bien moins sur la place publique que dans les salons. Aujourd’hui, chaque électeur, quand il dépose son bulletin dans l’urne, reprend son individualité. Il n’est plus sous l'impression subie lors de la réunion où il se trouvait avec ceux de son parti, le charme de l’orateur n’opère plus sur son esprit. Il a eu le temps de la réflexion et son geste ne subit pas les influences que subissait celui de l'électeur de la Restauration. A cette époque, c'était le jour même du vot2, à l'heure du scrutin, qu'opérait l'esprit d'association. La parole du président, si elle était éloquente, pouvait emporter les doutes des électeurs timides et de ceux dont les convictions n'étaient pas très bien arrêtées. Ce n'était plus le souvenir des réunions de la veille qui opérait, c'était l’ambiance qui agissait sur les hésitants et les faisait souvent se tourner du côté où ils voyaient la majorité.

Un dîner réunit, le 28 janvier 1824, los amis du marquis de Tracy, chez Desproot, avoué près le tribunal de Montluçon. La plupart des avoués et avocats de cette ville y assistaient ; des toasts y furent portés au succès de Victor de Tracy.

Nous avons, peut-être, un peu étendu nos citations. Mais nous avons pensé qu'elles étaient nécessaires, pour bien faire

comprendre dans quel esprit furent faites les élections de 1824, et comment elles furent préparées, jugeant que là, était toute l’explication du succès obtenu par les royalistes.

Le 25 février, les collèges électoraux se réunirent. Les royalistes de Montluçon obtinrent un premier succès dans la nomination du bureau. Les libéraux ne purent y faire entrer aucun des leurs. Le président du collège, Chevenon de Bigny, fut élu député par 208 voix contre 107 à Victor de Tracy, sur 319 votants. A Moulins, Beraud des Rondards, conseiller de préfecture, était élu par 304 voix sur Æ17 votants. C'était le triomphe complet des royalistes. Il fut annoncé en ces termes, par le sous-préfet de Montluçon :

« Vive le Roi ».

« Monsieur le Préfet,

« La victoire nous est décidément restée, et M. de Chevenon à été proclamé député à 4 heures. Nos adversaires y ont mis tout le zèle, l’opiniâtreté que peut inspirer le fanatisme du mal... »

« Le Ministre de l'Intérieur, Corbière, félicita nos administrateurs du succès complet qu'ils avaient obtenu. « L’élection de votre collège d'arrondissement a couronné vos efforts, écrivait-il au vicomte d’Abbancourt. Le triomphe des opinions monarchiques a été général dans tout le royaume. Toutefois, le gouvernement n'en doit pas moins des éloges aux administrateurs qui ont si bien soutenu une telle impulsion ét qui, je n’en doute pas, sauront en développer les fruits ».

Le succès était non moins douteux au collège départemental. Il se réunit le 6 mars sous la présidence de Préveraud de La Boutresse. Dans son discours d'ouverture, le président rappela qu’une assemblée, choisie dans toutes les classes de la nation pour former des Etats généraux « suivant la forme antique » appelée auprès de Louis XVIII pour réformer « quelques abus qui toujours marchent à la suite

de la prospérité et de la gloire », s'attacha à poursuivre la réalisation de « chimères idéales », attaqua l'autorité royale, dégagea les passions de la multitude « du double frein de la religion et de la royauté » eb ne put arrêter « leurs coups de violence et de destruction ». La France a été livrée à l’anarchie et au despotisme. « L'Empire de la Force » a succombé lui-même sous le poids de ses propres excès. Mais au milieu de toutes les tempêtes, dit-il, « Dieu, dans sa miséricorde, a maintenu debout le trône de Saint Louis, comme le rocher immobiie que les flots déchaînés ont pu couvrir, mais non arracher de ses fondements, parce qu'il a été constitué dans les desseins éternels pour être le port du salut de la France ». Tel est le principe de la légitimité, « droit mystérieux dont la naissance est dans le ciel et qui se révèle à la terre par ses bienfaits » Louis XVIII a senti l’origine de l’autorité qu'il détient et il en a compris la destination, quand il a déclaré qu'il ne voulait être « que l'instrument de la Providence, s’entourant des lumières de tout son peuple » et Préveraud de La Boutresse voit, dans la cause même de la légitimité, la cause et l’origine du droit d'élection. L'opposition peut exister, mais « elle doit environner de son respect et de son appui les points fondamentaux de la. Société, la religion, ie trône et la morale publique » mais en poussant à la rébellion « par le fol appas de la liberté » en répandant « les doctrines qui ont ensanglanté l'Europe » elle combat le gouvernement monarchique et entretient l'espoir que son anéantissement est proche. « Le règne des illusions politiques est fini... Tout projet contre l’hérédité du trône est un mal public » et le président brosse un tableau des espérances que promettent la religion se relevant de ses ruines, l’organisation puissante du clergé, grâce à laquelle « un troupeau de jeunes lévites » va bientôt répandre dans les campagnes « les bienfaits de l'instruction chrétienne, la grandeur de la cause que le duc d'Angoulême est allé défèndre en Espagne ». Il engage les électeurs à faire cesser tout sujet de discorde.

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« L'union de tous doit se faire dans le sein de la religion

catholique et de la Monarchie légitime ».

Le collège de département nomma deux députés dévoués

à la cause de la légitimité. N'ayant pu retrouver le procès-

verbal des opérations du collège départemental, nous ne

: pouvons malheureusement en donner les résultats détaillés.

Le département de l'Allier allait être représenté par une députation entièrement royaliste. Devant une pareille victoire, notre Préfet, le vicomte Harmand d'Abbancourt (1), ne pouvait qu'entonner un chant de triomphe. « Le génie des enfants de Saint Louis a veillé sur nous ! Le Bourbonnais est restitué à ses antiques sentiments ! Rien désormais ne troublera l'harmonie de ce concert d'amour et de confiance qui, sur la terre de nos Rois, vient de retentir autour de nous avec tant d'honneur et d'éclat ! Dieu soit loué ! Les doctrines monarchiques triomphent de toute part, et les vrais amis de la liberté ne la cherchent plus qu'autour du trône qui de tout temps en fut la source. Les élections de 1824 seront à jamais célébrées et la terre du Bourbonnais aura le juste orgueil de ne céder à aucune province du royaume, en pureté de sentiments, en discernement dans ses choix et en sagesse dans ses assemblées... » Etrange aberration de l'esprit d’un bomme, à qui sa situation permettait cependant de juger sainement les hommes et les choses, et qui montre jusqu’à quel point les passions politiques peuvent fausser le jugement. Le Préfet était pourtant bien placé pour savoir que les députés élus par le département de l'Allier ne réprésentäient 6h rien l'opinion de la majorité des habitants de ce département. La composition des collèges électoraux, la ma-

nière dont avait été préparé les élections, qu’il connaissait

mieux que personne, auraient dû lui donner à réfléchir.

(4) Le vicomte Harmand d’A‘bbancourt, ex-préfet des Ardennes, venait d'être nommé député par le grand collège de ce département.

Ainsi le succès des libéraux avait été éphémère. Ils venaient d'être battus et bien battus. Cela voulait-il dire que les idées libérales perdaient du terrain dans notre Bourbonnais ? Nous ne le croyons pas. Les députés étaient nommés par un très petit nombre d'hommes comprenant les grands propriétaires fonciers qui avaient l'avantage de voter deux fois, une fois au collège d'arrondissement, et une fois au collège de département, les fonctionnaires qui avaient reçu l’ordre de voter pour le candidat officiel, des électeurs qui composaient ies collèges d'arrondissement. On avait pu gagner une j'artie des électeurs par l'appât de quelques faveurs, on avait éloigné autant qu'il était possible ceux dont l'opinion r'était pas royaliste. D'ailleurs, étant donné les menaces à peine voilées qui étaient adressées aux partisans de l'opposition (1, nous avouons qu'il fallait avoir un certain courage pour soutenir des idées opposées à celles du gouvernement. Des irrégularités Sans nombre furent d’ailleurs commises un peu partout ; des gens qui ne payaient pas le chiffre d'impôt nécessaire avaient reçu des cartes d’électeurs, d’autres avaient été écartés pour la seule raison qu’ils appartenaient à l’opposition. À Paris, on alla même jusqu’à introduire des gendarmes déguisés dans les collèges électoraux (2).

(1) « Je ne puis m'empêcher de réclamer d'ores et déjà, toute vctre animadversion et toute votre sévérité sur le sieur Causse Jean, maire de Chavenon, qui ne peut plus rester maire de cette commune sans scandale, tant sa conduite a été odieuse et scandaleuse, et le sieur Brugière, avocat, qui a été épouvantablement mauvais... Du reste, je n'ai que des éloges à donner à tous les fonctionnaires publics qui, à très peu d'exceptions, se sont très bien conduits. J'en excepte cependant M. Regnard, président du tribnual ; M. de Peuflion, maire de Néris ; voire même M. des Courtines, qui s’est borné, après la manifestation de ses beaux sentiments, à ne pas voter. Cette conduite est pitoyable, et méprisable en même temps ». (Lettre du sous-préfet de Montluçon au préfet. Archives départementales de l'Allier, série M, élections, 1824).

(2) Mémoires du maréchal de Castellane, tome II, page 22.

Les députés élus en 1824 représentaient si peu l'opinion du département, qu'il devenait de plus en plus difficile à nos administrateurs de trouver des hommes de confiance que l’on pût charger sans crainte de l'administration des communes. À Montluçon même, où le parti libéral venait de subir un échec, les libéraux avaient envahi le conseil municipal. Les royalistes disposaient de si peu de ressources dans cette ville, qu’ils ne pouvaient arriver à réunir les éléments nécessaires à la formation d’un conseil municipal aévoué à leur cause (1). Le même fait se produisit dans un assez grand nombre de nos communes. Enfin, en consultant un tableau de renseignements, établi vers la même époque, sur la demande du Ministre de la Justice, en vue d'obtenir une meilleure composition du personnel des justices de paix, on peut se convaincre que les classes moyennes devenaient de plus en plus favorables aux idées libérales.

Cependant, notre département était calme. Il y eut bien de temps en temps quelques petites manifestations, mais elles furent sans importance, telle celle qui eut lieu à Lurcy- Lévy au mois de juin 1825. Plusieurs jeunes gens se rassemblèrent sur la place publique et manifestèrent contre les autorités. Quelques mois plus tard, les ouvriers des mines de Commentry se « coalisèrent » et refusèrent de continuer leurs travaux. Ce commencement de grève n'eut pas de suite et tout rentra rapidement dans l’ordre.

Les princes et princesses de la famille royale étaient d’ailleurs reçus avec enthousiasme lorsqu'ils traversaient le Bourbonnais. En 1826, la Dauphine vint demander le rétablissement de sa santé aux eaux de Vichy, dont la renommée était déjà grande. Une fête lui fut offerte le 2 juillet. Le baron Lucas, maire de Vichy, inspecteur des eaux, médecin de son Altesse Royale, en prit l'initiative. Des commissai-

(1) Voir première partie, chapitre 1, page 87

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res (4) furent nommés pour assurer l'organisation des réjouissances. Le liéutenant-général, comte Partounéaux, chargé d'être « l'interprète des vœux maniféstés par la société » adressa, à là Dauphine, le discours suivant :

« Lés pérsonnés réunies à Vichy, pour ÿ préndré les eaux, noûs ont chargé de prier Votre Altessé Royale dé vouloir biert agréer, avec la borité ét l'indulgence qui 14 cäractérisent, la petite fête qu’elles prerinent là liberté de lui offrir, et dont les simples préparatifs sont faits par dés cœurs dévoués. Je m'éstimé heureux d’être auprès dé Votre Altesse Royale; l'interprète dé leurs sentiments. Gés personnes osent se flatter que Votre Altesse Rôoyalé daignerä les honorer de sa présence ».

La princesse accepta l'invitation. Uré partie dü bâtiment thermal, non encore achevée, la galerie dité de Marie-Thérèse, fut transformée en salle dé bal. Les murs étaient tendus de draperies : dés guirlandés de chêne et dé verdure, entremêlées de fleurs de lys, complétaient la décoration. Sur un transparent soutenu par lés armes de France, on lisait : « Inauguration de la galerie Marie-Thérèse ». Au-déséus de la place destinée à l& Princesse avait été placé un autre transparent sur lequel était écrit : « Unis pour lui plaire ». Une large ouverture pratiquée au-dessous du transparent laissait voir les ifs de la promenade brillamment illuminés. La chaleur fut extrême et un violent orage qui éclata vers

(i) Noms des dames commissaires : Mmes d’Anfreville vicomtesse Dufay, comtesse de l'Espine, Gossweiler, Grandmay, comtesse de Lostanpes, comtesse d'Orglandés, marquise de Mondragon, märquise de Montaigu.

Commissaires : Lieutenant général, comte de Partouneaux, pré sident ; MM. Amelot de Chaillou, Warel de Beauvoir, maire de Thionville ; Douville de Maillefeu ; de la Motte ; vicomte de l’'Espine, gentilhomme ordinaire de la Chambre ; Pardessus, notaire à Paris ; Villaret de Joyeuse, cäpitaine de vaisseat.

= ii +

le soir faillit tout gâter. La Princesse se rendit quand même au bal qui dura jusqu'au matin (1).

À la nouvelle Chambre, les royalistes avaient une majorité écrasante. 11 importait de garantir cette majorité contre les accidents électoraux toujours possibles. La Chambre se renouvelant par cinquième, Villèle déposa un projet qui donnait satisfaction aux plus ultras. En juin 1824, la Chambre votait le renouvellement intégral et confirmait ses pouvoirs pour 7 ans. Peu de temps après, la mort de Louis XVIII donnait le pouvoir au comte d'Artois. Il se fit sacré sous le nom de Charles X. Il reçut des milliers d'adresses de toutes les villes de province, l'assurant de la soumission et du dévouement de tous les Français (2). Le comte d'Artois avait

(1) Archives départementales de l'Allier, M. police, 2° série, 1826.

(2) Adresse de la ville de Gannat :

« AW Roi,

« La France avait dû se préparer au malheur qui vient de la frapper, mais, quoique avertie depuis quelque temps par les plus tristes présages, sa douleur n’en est pas moins vive et profonde. Rien ne pouvait la défendre de l’'étonnement dont elle a été saisie, en contemplant la perte qu'elle vient de faire, Il lui suffirait de se rappeler un seul instant tout ce qui s'est passé dans son sein depuis le retour de Louis XVIII, tous les grands changements, les biens sans nombre, qui ont suivi ce mémorable retour, pour qu’elle ne put s’empêcher de frémir à l'idée seule de n'avoir plus au milieu d'elle, l’auteur de tant de bien, le soutien de tant de vœux, l'appui de tant d’espérances.

Mais le ciel a voulu la sauver des alarmes que pouvait faire naître une telle pensée, en lui présentant le successeur du Rol qu'il vient de lui ravir, en lui montrant, dans Charles X, non seulement le successeur au trône de Louis XVIII, mais aussi le fidèle héritier de toutes ses vertus, éprouvées par les mêmes malheurs et puisées dans le même sang, de son amour si vif pour les Français, des vœux qui l’animèrent constamment, pour leur bonheur, pour leur véritable gloire et pour en assurer la durée. C'est dans cette pensée que se trouvent toutes les consolations, dont le cœur

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toujours été considéré comme le chef du parti ultra-royaliste ct son avènement ne laissait rien présager de bon pour les l'béraux. Les événements ne démentirent pas leurs appréhensians. Une série de mesures contre-révolutionnaires ne fit qu'irriter davantage l'opinion. La haine des prêtres et des nobles devint de plus en plus vive. L'opposition ne pouvait plus faire entendre sa voix, ses journaux étaient bâillonnés par la censure. La tribune de la Chambre restait 4 la minorité de gauche pour crier ce qu’elle n'avait, ni le droit ni les moyens d'écrire. La tentative de restauration d'une aristocratie foncière par le rétablissement du droit d’ainesse, l'indemnité aux émigrés, les empiètements du clergé sur le pouvoir civil, firent craindre un retour, plus complet encore, à l’ancien régime. Mais malgré la bonne volonté du Gouvernement, les ultras n'étaient pas satisfaits et voulaient davantage. À côté de l'opposition de gauche, il se forma une opposition de droite. La majorité s’affaiblit. Le ministère de Villèle parut un moment en péril. Les Pairs, cependant, ne suivaient pas les ultras. Ils réagirent plusieurs fois contre les mesures réactionnaires votées par la Chambre des députés. De Villèle était inquiet. Charles X résolut de se débarrasser du reste d’opopsition de gauche qui restait encore à la Charubre. Croyant le moment favorable, par une ordonnance &u 5 novembre 1827, il prononçait la dissolution de la Chambre. Les collèges électoraux d'arrondissement étaient convoqués pour le 17 novembre, ceux de département pour le 24.

Les conditions, dans lesquelles allaient se faire les élec-

des Français éprouve un si grand besoin. C'est elle qui vient réunir tous les sentiments, tous les vœux du Conseil général de la ville de Gannat, lorsqu’en ce moment, au nom de tous leurs concftoyens, ils viennent, Sire, mettre à vos pieds, l'hommage de leur soumission et de leur profond dévouement. ;

Vive le Roi — Vive Charles X.

(Archives départementales de l'Allier, M, police 2 série 1824).

tions, n'étaient plus les mêmes qu'en 1824. Une loi, qui en apparence n'avait aucune portée politique, était venue donner un avantage marqué aux libéraux. Nous voulons parler de la loi sur le Jury, votée le 17 avril 1827. Un projet de loi déposé par le Gouvernement, tout en laissant la confection des listes de jurés aux Préfets, les obligeait à choisir le jury parmi les électeurs. Les Pairs modifièrent le projet, ils votèrent la permanence des listes. A la liste des électeurs devait être jointe une liste de capacités, afin que le choix des Préfets fut plus vaste. Cette mesure, très simple en apparence, avait une grande portée, et lorsqu'ils la votèrent, les ultras

ne pensaient certainement pas qu’elle allait se retourner con-

tre eux. La première partie de la liste du jury n'était, en effet, pas autre chose que la liste électorale qui devenait ainsi permanente eb publique. Les comités purent désormais vérifier les inscriptions. Les Préfets furent dans l’impossibilité d'apporter à la confection des listes les fraudes coutumières.

Les excès commis par les ultras les avaient discrédités auprès d’un grand nombre de royalistes modérés, et on put voir Ceux-ci, dans bon nombre de collèges, donner leurs voix au candidat de l'opposition.

Le collège de la première circonscription électorale du département de l'Allier se réunit à Moulins, sous la présidence de Beraud des Rondards.

Le scrutin donna les résultats suivants :

Inscrits : 483. — Votants : 378.

De Tracy fils : 206 voix, élu.

Beraud des Rondards : 155 voix.

Félix de Conny : 14 voix.

Boni de Castellane était arrivé la veille des élections à Moulins. Il avait l'intention de faire acte de candidat, mais il n'avait pas l’âge requis pour être eligible ; il dut se con-

tenter d'être électeur. Il ne cacha pas ses sentiments libévaux, et sa réprobation pour la conduite du ministère. Non seulement il vota pour Victor de Tracy, mais usa de l'influence qu'il pouvait avoir pour faire voter pour lui. Cette conduite ne lui aftira naturellement pas l'amitié des hauts personnages de notre département, et en particulier de l'Evêque. « M. de Pons, évêque de Moulins, est fort bête et l'a bien prouvé, écrit-il. Il m'avait prié à dîner. Il s'approcha de moi, au collège et me dit : « Est-ce chez M. de Villiers ou chez moi que vous dînez ce soir ? Monseigneur m'a fait l'honneur de m'inviter. Vous dînerez alors avec mes grands vicaires, car je vous avouerai que votre manière de faire a fait beaucoup de peine à Moulins, et que je n'ai pu avoir personne à dîner avec vous ». Je lui ai répondu : « Je vous prie alors de recevoir mes excuses et mes regrets ; je suis fâché d’être de trop mauvaise compagmie pour vous ». Ma réponse a excité l’hilarité des électeurs qui m’entouraient. Je ne sais si le pauvre homme a senti qu'il avait fait une lourde sottise, il a couru après moi pour me dire qu'il était dévoué à ma famille, à mon père. Je lui ai dit : « Il votera comme moi, il est donc d'aussi mauvaise compagnie que moi ». Toute la ville s’est moquée de son pasteur à cette occasion (1).

Le collège du deuxième arrondissement se réunit à Montluçon. Le président, Aupetit-Durand, invita les électeurs à répondre à l’appel du trône en portant leur choix sur un député franchement dévoué au Monarque. Cet appel fut peu entendu, si nous en jugeons par les résultats qui furent les suivants :

Inscrits : 343. — Votants : 256 Général baron Camus de Richemont : 161 Voix, élu. Aupetit-Durand : 72 voix. :

(1) Mémoires du maréchal de Castellane, tome II, page 205,

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Ghevenon de Bigny : 16 voix. PCR no De Longueil : 3 voix. 1e

Louis-Auguste Camus de Richemont naquit à Montmarault, le 31 décembre 1770. Il fut élevé au collège d'Effiat. Quelque temps avant la Révolution, il fit partie de la suite du Comte de Provence. Au début de la Révolution, le prince émigra et de Richemont rentra à Montmarault, Ses amis lui conseillaient d’émigrer, mais, guidé par son père, il retourna à Paris, travailla les mathématiques et prit du service dans l'arme du génie. Il fit les guerres de la Révolution et de l'Empire, La chute de l'Empire le trouva colonel, Le Gouvernement de la première Restauration le nomma Chevalier de Saint-Louis, maréchal de camp, commandant de l’école de Saint-Cyr. Le retour de l'Empereur lui enleva le commandement de l'Ecole militaire, Pendant les Cent-Jours, il fut nommé député par les électeurs du département de l'Allier. Il accepta la mission d’inspecter nos places fortes du Nord et le commandement du génie du 2° corps. Après Waterloo, il fut mis à la demi-solde et peu après à la retraite. Il se retira à Montmarault. De Richemont ne pactisa jamais avec les partis extrêmes. Bienveillant envers tout le monde, il sut conquérir de nombreuses amitiés dans les arrondissements de Gannat et de Montluçon. Sollicité à plusieurs reprises par les électeurs modérés de Montluçon, d’être leur représentant, il refusa jusqu’au jour où les mesures de réaction prises par le Gouvernement le révoltèrent et le firent sortir de son inactivité. Nommé député en 1827, il représenta le département de l'Allier jusqu’en 1837. Il fut rappelé à l’activité après la Révolution de 1830, fut nommé conseiller d'Etat en service extraordinaire et commandeur de la Légion d'honneur. D'un tempérament moins ardent que Victor de Tracy, de Richemont n'en siégea pas moins parmi les rangs des libéraux et sut montrer par son attitude qu’il réprouvait la conduite des ultras,

Ainsi, dans les collèges d'arrondissement du département de l'Allier, le ministère était nettement battu. Le résultat des élections de 1824 ne nous apparaît plus que comme un accident dont furent victimes les libéraux du Bourbonnais, et qui montre jusqu'à quel point l'Administration faussait les élections. Les voix libérales qui avaient nommé Victor de Tracy en 1822, se retrouvèrent en 1827, sur le nom de de Richemont, lorsque la permanence des listes eut permis la vérification des inscriptions. Bien mieux, les libéraux remportaient un second succès à Moulins.

Le collège de département se réunit dans cette ville, le 24 novembre, sous la présidence de Préveraud de Laboutresse.

Deux tours de scrutin furent nécessaires.

Inscrits : 207. — Votants : 1° tour, 165 ; 2° tour, 161. Premier tour :

Beraud des Rondards : 86 voix, élu.

Félix de Conny, maître des requêtes : 68 voix. Claustrier : 51 voix.

De Longueil : 31 voix.

De Castellane, maréchal de: camp : 24 voix.

De Ghampflour : 22 voix.

De Bellenaves : 18 voix.

Au deuxième tour, Félix de Conny fut élu par 100 suffrages contre 52 à Claustrier.

Les électeurs du département faisaient de nouveau confiance au régime qui ne leur donnait que des satisfactions. Les tendances royalistes des deux députés qui venaient d'être élus étaient beaucoup plus accentuées que celles de Laboutresse et de de Champflour, maire de Moulins. Ces deux der-

niers étaient royalistes certes, légitimistes sincères, mais ils‘

trouvaient que les ultras allaient trop loin, de Champflour surtout, et nous le verrons en 1830, montrer qu’il n’approu-

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