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de département. « Vous sentez bien, lui dit le Prince, que nous ne vous portons pas ». Je lui ai répliqué que je ne l'ignorais pas et que je m'assoierais au centre gauche ». Aussitôt arrivé à Moulins, de Castellane se rendit chez le Préfet, lui raconta ce qui s'était passé dans le salon du président du Conseil, et lui annonça son intention de briguer les suffrages de ses concitoyens. Le Roy de Chavigny fui désagréablement surpris, il savait que de Castellane jouissait de la considération et avait l'amitié de nombreux électeurs qui suivraient certainement l'exemple qu'il allait donner. Il importait de le gagner à la cause royaliste. Le Préfet essaya d'abord des promesses. Il voulut lui faire comprendre que sans son appui, il n'avait rien à espérer au collège départemental, mais que s’il appuyait la candidature de Béraud des Rondards au collège d'arrondissement, le concours des royalistes lui serait acquis au grand collège. De Castellane refusa le marché et manifésta hautement son intention de voter pour Victor de Tracy. De Chavigny passa alors aux menaces et lui annonça que le Roi et le Dauphin ne lui pardonneraïient pas sa conduite et que s'il votait pour le candidat libéral, il serait destitué de ses fonctions de conséillér général (1).
Les procédés employés pour obtenir le vote des fonctionnaires en faveur du candidat officiel furent les mêmes que ceux employés en 1824. « Que tous sachent bien, écrit de Peyronnet, ministre de l'Intérieur, en parlant des fonctionnaires, qu’ils trouveront toujours un appui ferme et constant dans l'administration qu'ils auront secondée, mais que ceux qui lui auront refusé leur concours ne devront plus compter que sur la justice et ne conserveront aucun droit à sa bienveillance et à ses faveurs ». Les chefs de service des administrations départementales furent obligés d'adrés-
(1) Mémoires du maréchal de Castellane, tome I, page 350 et suivantes.
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ser à leurs subordonnés des circulaires les invitant à faire, ce que le gouvernement d'alors appelait, leur devoir électoral. Que devait faire le malhéureux, père de famille, donf le iraitément constituait toutes les ressources et qui était menacé de destitution s’il ne votait pas pour le candidat officiel ? Nous dirons, sans crainte d'être démenti, qu’une telle conduite doit être réprouvée par tout homme d'honneur. Le fonctionnaire n’est pas lé valet du Prince, et parce qu'il sert son pays il n’en est pas moins homme et citoyen. Ce serait lui enlever tout sentiment de sa dignité, de son honneur, en faire un êtré inférieur, que de l’obliger à penser comme les hommes qui sont au pouvoir. D'ailleurs, lorsque les gouvernements emploiént de pareils moyens de pression, ils ne se sentent pas très solides, éf ne sont pas loin de leur chute. En gägnant quelques voix, ils donnent naissance à des rancunés qui ne perdent jamais une occasion de se manifester.
Lé succès dés élections n'était pas tenu pour assuré. Le Roi, lui-même, prit part à la lutte électorale ef adressa une proclamation aux électeurs.
« La dérnière Chambre a méconnu mes intentions ; j'avais lé droit de compter sur son concours pour faire le bien que je méditais ; elle me l’a refusé ! Comme père de mon peuple, mon cœur s’en est affligé ; comme Roi, j'en äi été offensé. J'ai prononcé la dissolution de cette Chambre.
« … Auù moment où les collèges électoraux vont s'ouvrir sur tous les points de mon Royaume, vous écouterez la voix de votre Roi. Maintenir la Charte constitutionnelle et les institutions qu'elle a fondées a été ét sera toujours lé but de mes efforts. Mais pour atteindre ce but, je dois exercer librement et faire respecter les droits qui sont l'apanage de ma couronne... Rassurez-vous donc sur vos droits, je les confonds avec les miens et les protégerai avec une égale sollicitude... Ne vous laissez pas égarer par lé langagé insidieux dés ennemis de votre répos. Repoussez d'indignes soupcons et de fausses craintes qui ébranleraient la confiance