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publique et pourraient exciter de grands désordres. Les desseins de ceux qui propagent ces craintes échoueront quels qu'ils soient, devant mon immuable résolution. Electeurs, hâtez-vous de vous rendre dans vos collèges ! Qu'un même sentiment vous anime ! Qu'un même drapeau vous raliie !
« C’est votre Roi qui vous le demande ! C'est un père qui vous appelle !
« Remplissez votre devoir, je saurai remplir le mien {i}».
Les collèges électoraux d'arrondissement se réunirent le 23 juin. A Montluçon, le président, Chevenon de Bigay, forma ainsi le bureau provisoire : Scrutateurs : Aupetit- Durand, comte de Durat, Delouan de Courçais, Huguet Dulis ; secrétaire : Descombe-Demorelle. Il donna connaissance à l'assemblée de l'ordonnance de dissolution et engagea les électeurs à écouter « le langage paternel » du Roï et à mettre toute leur confiance en lui pour le maintien de leurs libertés : « Ne le mettons pas, pour faire notre bonheur, dans l'indispensable nécessité de rechercher dans la Charte les moyens de le conserver... Que celui dont vous allez faire choix pour vous représenter soit bien pénétré qu'en portant atteinte aux prérogatives de la commune (2) il saperait toutes nos institutions, nos libertés. » À
La formation du bureau provisoire fut le signe avantcoureur de la défaite royaliste. Brugière de Lamothe, l'avocat libéral de Montluçon, dont l'influence était si redoutée du
(1) Certains maires se refusèrent à faire afficher cette proclamation. ;
« Je suis informé que M. le maire de Nades, canton d'Ebreuil, s'est refusé à lire et à faire afficher la proclamation de sa Majesté lors des dernières opérations électorales. (Si de pareils faits etaient avérés, le Gouvernement ne saurait plus longtemps investir de sa confiance, un fonctionnaire qui s'en serait montré jusq'uà ce point indigne, et il importerait de prononcer, sur le champ, sa révocation ».
(Archives départementales de l'Allier, M, police 1re série, 1830).
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sous-préfet, fut nommé secrétaire par 193 suffrages contre 73 à son concurrent Descombe-Demorelle. Camus de Richemont fut élu scrutateur, par 200 voix sur 291 votants. Du bureau provisoire, seul Aupetit-Durand fut conservé, obtenant 98 voix seulement. Le lendemain, les électeurs se réunirent pour la nomination du député. Le président donna lecture de la proclamation du Roi. Les résultats furent les suivants : Inscrits : 358 ; Votants : 299
Général baron Camus de Richemont, 207 voix, élu ;
Chevenon de Bigny, 87.
Le triomphe des libéraux était cette fois indiscutable. De Richemont venait de gagner 46 voix, depuis les élections de 1827, résultat énorme, si l'on songe dans quel état de sujétion se trouvaient de nombreux électeurs.
A Moulins, la lutte fut plus vive. Le Préfet la dirigeait en personne. Le premier jour de la session fut employé à la nomination du bureau. Le soir il y avait réunion chez Le Roy de Chavigny. De Castellane s’y rendit ; sa conduite n'avait pu que déplaire aux partisans de la cause de Charles X. Le lieutenant général Bourbon-Busset s'évertua en vain à lui faire entendre, qu’en votant pour Victor de Tracy, il brisait sa carrière, qui cependant s’annonçait brillante.
Le lendemain eut lieu le scrutin pour la nomination d’un député. Victor de Tracy triompha par 282 voix contre 218 à Beraud des Rondards, président du collège, sur 540 votants et 574 inscrits.
De Castellane nous raconte la soirée qui eut lieu à la préfecture le soir de cette élection: : « Dans la première pièce j'ai trouvé le Préfet, M. de Chavigny, qui m'a dit : « Je suis vaincu, mais avec un drapeau sans tache, ce que j'aime mieux que d'être vainqueur avec un drapeau sali ». Il s’est sauvé dans le salon sans me donner le temps de lui répondre. J'ai trouvé dans cette pièce, des gens qui étaient dans une agitation excessive. Le général Bourbon-Busset m'a dit : « Vous serez fâché plus tard de ce que vous avez fait, c’est
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le triomphe de la canaille ». Je lui ai répondu : « Vous avouërez que les électeurs ont été bien calmes ». Quelques énergumèhes ont crié « Sans cela on les aurait chargés ! » J'äi ajouté : « Une chose m'a étonné, c'est que le président nait pas crié « Vive le Roi |! après l'élection, comme c’est l'usage 5. Là-dessus, plusieurs voix : « C'eût été une insulte au Roi ».
M. Beraud, pâle et défait, prend la parole. « On trouvera, je pense, général, que j'ai bien présidé ! » « Oui, Monsieur, c'est une justice que chacun s'empresse de vous rendre ».
M. Beraud. — Il n’en serait pas ainsi, si votre parti venait au pouvoir.
M. Cayrol. — Il n’y viendra jamais.
M. Beraud (de toute l'étendue de sa voix). — J'ai présidé, admirablement, admirablement.
Puis voilà, tous les hommes, soutenus derrière par les femmes, qui m'entourent en criant « Vive lé Roi » à tue-tête, et en tenant sans doute des propos que je ne pouvait pas comprendre, dans ce brouhaha.
Quelques-uns d’entre eux, parmi lesquels M. Sourdier (1), juge de paix de Lurcy, ont terminé par « Vive le Roi quand même ».
Le collège de département se réunit le 3 juillet. Le scruün ouvert pour la nomination du bureau définitif confirma les choix faits par le président de Conny.
Les deux candidats royalistes étaient Félix de Conny et Béraud des Rondards, tous les deux ultras, siégeant à l’extrême-droite ; quatre candidats constitutionnels, à tendance libérale se présentaient : De Castellane, maréchal de camp ; de Champflour, ancien maire de Moulins ; vicomte de Cour-
(1) Mémoires du maréchal de Castellane, tome ti, page 355. Par ordonnance du 27 juin, de Castellane et le comte Dèsroys étaient révoqués de leurs fonctions de conseillers généraux.
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tais ; comte Desroys. Au moment du scrutin le vicomte de Courtais et le comte Desroys renoncèrent à faire acte de candidat. Les ultras n'en triomphèrent pas moins. De Conny et Béraud obtinrent chacun 121 suffrages contre 84 au comte de Castellane et 79 à de Champflour. Le résultat était le même qu'en 1827. Cependant il est à remarquer que l'opposition avait gagné bon nombre de voix.
Les élections consacraient la défaite du gouvernement. Cependant celui-ci ne considérait pas la partie comme perdue et délibérait sur les mesures à prendre. Peyronnet soumettait au Conseil les projets qui devinrent les fameuses ordonnances de juillet. L'une de ces ordonnances portait dissolution de la nouvelle Chambre.
Elles furent signées le 25 juillet. ;
Quelques jours plus tôt, la duchesse d'Angoulême se trouvait dans notre département. Le 10 juillet, elle arrivait à Moulins, où elle passait en revue le 1” régiment de dragons rangé en bataille sur le cours Bercy. Le lendemain, elle visi- ° tait Souvigny et Bourbon-l'Archambault. Elle apprit la prise
: Alger à Souvigny. La nouvelle produisit une allégresse générale, mais ne fit pas oublier à nos populations la conduite - du gouvernement.
La nouvelle de la signature des ordonnances n'arriva à Moulins que le 28 juillet. Cette nouvelle causa un vif contentement à quelques exaltés. La majorité des Moulinois l’accueillit avec stupéfaction et en attendit les résultats avec angoisse. Le vendredi 30, on apprit que les Parisiens étaient insurgés et manifestaient contre la dynastie régnante. Puis les nouvelles se précisèrent : l'insurrection triomphait, le drapeau tricolore flottait sur l'Hôtel de Ville. Charles X avait abdiqué. C'était la conclusion logique des événements qui venaient de se dérouler depuis quelques mois.
Les libéraux de Moulins accueillirent le changement de régime avec un grand enthousiasme. La garde nationale se réorganisa aussitôt et adopta le drapeau tricolore. Une foule
nombreuse se réunit sur le cours d'Aquin et acclama l'ernblême du nouveau gouvernement. Cependant, le Préfet, le Roy de Chavigny, tenta d'arrêter le mouvement populaire , il se rendit au-devant de la foule et protesta de toutes ses forcés contre l'adoption du drapeau tricolore. Il ne fut pas écouté. La foule occupa l'Hôtel de Ville et remplaça le drapeau blanc par l'emblème qui, pour elle, symbolisait la liberté. Il n’y eut d'ailleurs ni scènes de désordres, ni scènes de violences. Le 2 août, le baron Labrousse de Veyrazet donnait sa démission de maire de Moulins. Deux jours après, le Préfet suivait cet exemple. Il fut remplacé à la tête de notre département par Charles Dunoyér. Adolphe Michel, le fondateur de la « Gazette constitutionnelle », était nommé secrétaire général.
Toutes les communes de notre département suivirent l'exemple du chef-lieu. Le drapeau tricolore fut arboré partout aux acclamations du peuple. Aïnsi se terminait le gouverriement de la Restauration. Les Bourbons, pour avoir méconnu les aspirations de tout un peuple, reprenaient, sans chances de retour, le chemin de l'exil.
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