‹ Le Bourbonnais Sous La Seconde Restauration: L'Esprit PublicChapitre 6 sur 56 · RAS · texte numérisé non relu

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vait pas contenté les royalistes, encore bien moins les autres. Les émigrés étalaient, au grand jour, leurs intentions de rentrer en possession de leurs biens. Le Roi, pour leur donner satisfaction, avait fini par leur faire restituer toutes celles de leurs propriétés qui avaient été réunies au domaine public. On enregistra même des restitutions volontaires : : Desternnes, maire de Bayet, qui avait acquis, en 1794, des biens confisqués sur Dorat de Châtelus, les lui rendit, sur la remise de « ses déboursés calculés à l'échelle de dépréciation du papier monnaie » (1). Mais si nous pouvons citer cet arrangement à l'amiable, les autres acquéreurs étaient fermement décidés à garder leurs biens et les prétentions des émigrés, qui avaient déjà reçu un commencement de satisfaction, n'étaient pas pour les tranquilliser.

Les princes étaient chaque jour assaillis de demandes (2). C'était à qui ferait le mieux valoir ses services. Avoir porté les armes contre la France, était considéré comme un honneur ; d'aucuns même se vantaient « de n'avoir servi l’'usurpateur que pour le mieux trahir ». La Cour fut organisée sur le modèle de l’ancienne, avec les anciennes appellations. Les royalistes se montrèrent de plus en plus arrogants. Certaines mesures, prises à leur instigation, certains

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(1) Bulletin de l'Allier, No 424, 27 actobre 1814.

(2) Boucaumont, maire de Montmarault, faisant valoir la façon dont il avait rempli ses fonctions de maire, demanda au Préfet de lui faire obtenir la décoration du Lys. (Archives départementales, série R, 1814). à

Le Baron Lomet dépeint ainsi la capitale, le 29 octobre 1814 :

« Il y a une foule d'allants et venants, postulants, anciens et nouveaux, parmi lesquels il s'en trouve de renouvelés des Grecs. Aussi, voit-on de nos jours, des Caricatures vivantes qui semblent avoir fait toilette, avec des habits du temps de Louis XIV, et sortir tout fraîchement de leurs tombeaux. Il y a des jours, où Ia terrasse des Tuileries, ressemble à un rendez-vous de mascarades, un jour de Mardi-Gras. »

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actes, dont ils étaient les promoteurs, peuvent même être qualifiés de maladroits : telles, la décision d'élever un monument à Quiberon, l’anoblissement de la famille de Cadoudal.

Les ordonnances des 7 et 10 juin 1814 rendaient obligatoires la célébration des fêtes et dimanches. En septembre, le chancelier de France, Dambray, ordonnait de poursuivre criminellement toutes les personnes qui tiendraient des discours séditieux et se permettraient de crier « Vive l’'Empereur ». La réduction du budget de la guerre fit renvoyer un grand nombre d'officiers en demi-solde. « Désœuvrés et pauvres », ils communiquèrent à leur entourage, la haine qui les animait contre le nouveau régime. La loi du 21 octobre 1814, sur la presse, obligea lés imprimeurs à se munir d’une autorisation. L'Université de France fut remplacée par dixsept universités particulières ; le Grand-Maître céda la place à un « Conseil royal de l’Instruction publique », présidé par un évêque.

Toutes ces mesures avaient grossi le nombre des mécontents, et commençaient à faire craindre des représailles royalistes. Aussi, quand le 1* mars 1815, Napoléon remit le pied sur la terre de France, il se trouva qu'il avait de nombreux partisans. Il pouvait toujours compter sur son armée ; Chateaubriand raconte que le jour où Louis XVIII fit son entrée à Paris, il se rendit d’abord à Notrc-Dame pour assister au « Te Deum » ; comme il eut été inconvenant que les troupes étrangères fassent le service, on avait pris un régiment de la vieille garde, pour former la haie depuis le Pont-Neuf jusqu’à Notre-Dame.

« Je ne crois pas que figures humaines aient jamais « exprimé quelque chose d'aussi menaçant et d'aussi terri- « ble. Ces grenadiers, couverts de blessures, vainqueurs de « l'Europe, qui avaient vu tant de milliers de boulets passer « sur leurs têtes, qui sentaient le feu et la poudre, ces mé- « mes hommes, privés de leurs capitaines, étaient forcés de « saluer un vieux Roi, invalide du temps, non de la guerre...

« Quand ils présentaient les armes, c'était avec un mouve- « ment de fureur et le bruit de ces armes nous faisait trem- « bler ».

La nouvelle du débarquement de l'Empereur arriva vite à Paris. Le Gouvernement sé préoccupa aussitôt de prendre des mesures pour conserver le trône à Louis XVIII. La Chambre des Députés et la Chambre des Pairs, convoquées extraordinairement, votèrent des adresses au Roi. « L'intérêt de la Patrie, celui de la Couronne, tout ce qui est cher à la nation, l'honneur, la liberté, nous appellent autour du Trône pour le déferidre » disaient les députés ; cependant, reconnaissant que le Gouvernement n'avait pas toujours pris des mesures sans reproches, l'adresse de la Chambre se terminait ainsi : « Quelles que soient les fautes commises, ce n'est pas le moment dé les examiner, nous devons tous nous réunir contre l'ennemi commun » (1) Une ordonnance royale, prescrivit l’organisation d’une garde nationale, destinée à s'opposer à la marche de « Bonaparte » ; une autre ordonnait la formation, dans les départements, de corps de volontaires qui devaient être composés de membres de la noblesse et de la bourgeoisie. Dans l’Allier, le préfet organisa en hâte un escadron de cavalerie sous le commandement du comte Gaulmin de Lagoutte ; une compagnie à pied fut commandée par d’Estrée (2). Mais le Gouvernement royal n'eut pas le temps d’équiper ces soldats improvisés. Napoléon marchait rapidement. Le colonel Labédoÿyère se joignait à lui avec son régiment, le 7% de ligne. Le brave Ney, envoyé pour l'arrêter, lui apportait $a soumission et cell: des troupes qu'il commandait.

Cependant, si Louis XVIII fut obligé de s’exiler une seconde fois, il faut réconnaître qu'il n’eût rien à reprocher

(1) Bulletin de l'Allier, No 444, 16 mars 1815. (2) 3. Cornillon : La Terreur blanche, p. 2,

à ses préfets. Presque partout, ils furent fidèles à leur serment et firent tout leur possible pour empêcher le retour du « régime déchu ». Le marquis de Frondeville adressa un pressant appel aux habitants de l'Allier, les exhortant à résister à l'invasion « la plus impie que la France ait subie ». De plus, il enjoignait aux militaires « en congé limité où illimité ou en semestre » de se rendre à Moulins devant le général commandant le département afin d'y prendre ses ordres (1). Le 13 mars, le sous-préfet de Moulins, le maire eb plusieurs officiers d'état-major, faisaient publier les proclamations du Roi. La pluie les obligea à rentrer à l’église Saint-Pierre ; ils firent demander des prières pour le Roi. De Lamousse, curé de la paroisse, se rendit avec empressement « à une demande aussi conforme aux vœux du clergé ». Ï1 fit chanter de suite le psaume « exaudiat », le verset « Dcmine Salvum fac regem » et l’oraison « pro rege ». Il donna ensuite « la bénédiction du Saint-Ciboire ». Cette cérémonie terminée, et la pluie ayant cessé, « le cortège reprit sa marche au son des cloches, au bruit des tambours et aux cris répétés de « Vive le Roi » (2). Le sous-préfet de Lapalisse, de Conny, invitait ses administrés à prendre les armes et tentait d'organiser la résistance à « l’usurpateur ». Le conseil municipal de la commune d'Huriel votait une adresse où il assurait le Roi de son dévouement (3). Mais la grande majorité des habitants de l'Allier regarda les événements d’un œil assez indifférent. Excepté Montluçon et Moulins, notre vieille province ne compte pas d’agglomérations impor-

() Bulletin de l'Allier, N° 444, 16 mars 1815.

@) Bulletin de l'Allier, No 444, 26 Mars 1815.

(3) « Ce n’est qu'avec un sentiment d'horreur et la plus vive indignation, que nous avons vu reparaître sur le sol français, l'homme qui ÿ avait renoncé, Nous 8entons, qu'avec lui, marche la guerre civile, aussi, fidèles à nos serments, nous Saurons tout sacrifier pour le repousser, quelles que soient ses fureurs, Nous

tantes. Les cultivateurs du Bourbonnais, d'un caractère assez nonchalant étaient peu portés, surtout à cette époque, à prendre part aux manifestations politiques.

Louis XVIII, obligé d'abandonner son trône, se réfugia à Gand. De Lyon, l'Empereur avait supprimé la Chambre des Pairs, dissous la Chambre des Députés et convoqué les collèges électoraux au Champ de Mai, « afin d'apporter aux Constitutions impériales les changements rendus nécessaires par le besoin d’une sage liberté ». Le 20 mars, à 9 heures du scir, Napoléon arrivait aux Tuileries.

A la réception de la nouvelle du changement de gouvernement, le peuple moulinois laissa éclater son enthousiasme. Les cris de « Vive Napoléon, vive l'Empereur » se firent entendre. Le maire avait lui-même, devant une nombreuse affluence, proclamé le grand événement. Après avoir rendu hommage à ses concitoyens, qui avaient su rester unis et éviter tout désordre, il les invita à rester calmes, et à ne rien faire qui puisse nuire à l’action du nouveau Gouvernement (1).

Le comte Desroys, maire de Moulins, depuis longtemps avait accueilli la chute de l'Empire aux cris de « Vive le Roi ». Napoléon étant revenu, il se ralliait à lui. Nombreux, d’ailleurs, furent ceux qui agirent ainsi. D’aucuns les montreront comme des ambitieux sans scrupules, servant le Gouvernement qui leur procurait les honneurs et le pouvoir.

.Cependant, avant de juger ces hommes, administrateurs

resterons toujours unis et attachés à votre personne sacrée : elle seule peut faire le bonheur et la gloire de la France. La Charte qu’elle a bien voulu nous donner nous le garantit. En lui protestant de notre amour et de notre fidélité, nous ne faisons que lui répéter le serment que nous lui avons déjà prêté. Notre sentiment est horreur pour le tyran, et notre cri sera toujours : « Vive le Roi. » (Archives départementales, série M, police 1re série 1815).

(1) Bulletin de l'Allier, No 435, 23 mars 1815,

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supérieurs, qui avaient à charge la tranquillité publique de la France, il faut réfléchir à la responsabilité qui pesait sur eux. Leur conscience dut être soumise à une bien rude épreuve, et d'ailleurs, quels qu'’aient été les mobiles de leur conduite, nous devons reconnaître que ceux qui réussirent à éviter les troubles, à concilier les opinions, à maintenir le calme dans leur cité, purent se dire qu'ils avaient bien mérité de leurs concitoyens. La démission dans ces cas-là n’aurait-elle pas été une désertion ?

Le Gouvernement impérial songea à consolider son autorité. Il réintégra les fonctionnaires destitués par le Roi. Ceux qui pendant la Restauration avaient montré un zèle excessif pour la royauté furent révoqués. Le marquis de Frondeville abandonna sa préfecture et le baron Pougeart-Dulimbert reprit son poste, à Moulins. Le comte Colchen, commissaire extraordinairé pour la 21% division militaire, arriva à Moulins le 4 mai. Sa première mesure fut la révocation des souspréfets nommés sous la Restauration, des membres du Conseil général, du conseil de préfecture et des conseils d’arrondissement. Amelot fut nommé sous-préfet à Montluçon, Hennequin (1) à Gannat, Cossonnier à Lapalisse, Claustrier reprit ses fonctions de secrétaire général. Du 4 au 9 mai, le comte Colchen réorganisa, non seulement les conseils de préfecture (2), général (3), et d'arrondissement, mais aussi

(1) Hennequin n’avant pas accepté, Amelot fut nommé à Gannat. Perrin, employé à l'Administration centrale des droits réunis, fut nommé sous-préfet de Montluçon.

(2) Furent nommés conseillers de Préfecture : Duchezot, Ruffray, Burelle.

(3) Furent nommés membres du Conseil général : de Favières, juge de paix ; Regnard, président du Tribunal civil de Montluçon ; Huguet du Lys, propriétaire à Hérisson ; Rambourg, maire de Saint- Bonnet-Tronçais ; Douyet, maire du Veurdre ; Laurent, propriétaire à Champfeu ; Loiseau-Lavesvre, ancien officier d'artillerie ; Jutier, Procureur impérial, à Moulins ; Boulard, propriétaire, à Moulins ;

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les municipalités de Moulins (1) et de Montiuçon (2). Les membres des conseils municipaux révoqués par des motifs de « circonstances politiques » reprirent leurs fonctions. Croyant que ces mésures ne seraient pas suffisantes pour assurer une longue durée au Gouvernement, Napoléon donna à la France sous le nom d’ « acte additionnel aux Constitutions de l'Empire », une Constitution plus libérale encore que la Chartre de 1814. Cette Constitution fut soumise à l'approbation de la nation. Des registres furent déposés, dans les mairies et justices de paix, pour recueillir les votes. Dans notre département, pour 6.694 acceptations, il n’y eut que 40 non.

Le collège électoral du département de l'Allier, convoqué à Moulins, le 10 mai 1815, opéra avec calme et union. Il avait deux députés à élire. Le général baron Camus de Richemont, et Claustrier Gilbert, secrétaire général de la préfecture, furent proclamés députés.

Les collèges d'arrondissement, ayant chacun un député à élire, avaient nommé :

A Moulins, Burelle Jean-Francois, conseiller de préfecture. à

A Montluçon, Duprat Charles, juge de paix.

À Gannat, Givois François, avocat demeurant à Vesse.

À Lapalisse, Desbret François, colonel d'infanterie demeurant à Cusset.

La députation de l'Allier était en somme composée d’hommes attachés à l'Empereur, à part peut-être Givois qui pouvait recevoir l’épithète de « Jacobins ».

Hennequin, ex-législateur ; Delafaye-Dépalissard, juge au Tribunal de Gannat ; Loisel, maire d'Etroussat ; Gautier-Delabertière, à Saint- Léün. (Bulletin de l'Allier, No 452, 11 mai 1815). @) Le comte Desroys fut remplacé par Marly, officier retraité. @) Delabrosse Pierre n'ayant pas accepté, Boirot Lacour, membre du Conseil d'arrondissement, fut nommé maire de Montluçon,

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Cependant l'Europe s'était de nouveau coalisée contre la France ; il fallait songer à organiser une armée et à lui assurer des réserves. Par un décret du 10 avril, Napoléon donnait aux gardes nationales une organisation uniforme pour toute la France. Le contingent du département de l'Allier fut fixé à 4 légions, formant un total de 15.120 hommes. Ruffray, conseiller de préfecture, délégué par le préfet, organisa rapidement les premières unités. Le 9 juin, un bataillon, formé par les arrondissements de Montluçon et de Gannat, partait pour Poitiers. Quelques jours après, un second bataillon, formé par les arrondissements de Moulins et de Lapalisse, se mettait en route, dans la même direction. La veille du premier départ, le préfet, en présence du maréchal de camp commandant le département, des officiers d'état-major, du maire et de l’assemblée municipale, remit au bataillon assemblé, le drapeau aux couleurs nationales et aux armes de l'empire. Cette cérémonie se fit au milieu d'un grand concours d'habitants et aux cris répétés de « Vive l'Empereur » (1).

Pour soutenir la guerre, il fallait des subsides, et les caisses du trésor étaient vides. Non seulement, les receveurs des contributions directes et les percepteurs furent invités à presser les rentrées, mais les villes et les particuliers furent appelés à apporter leur obole dans les caises publiques, pour permettre à Napoléon de défendre la France menacée. A Saint-Pourçain, le docteur Coinchon, maire, et Morand, notaire, à une réunion du conseil municipal, prononcèrent des discours qui « échauffèrent tous les cœurs ». Un registre d'inscription fut ouvert à la mairie. Le maire et les conseillers municipaux se firent inscrire en tête. On remarqua, parmi les souscriptions, celles « de plusieurs citoyens peu

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(1) Bulletin de l'Allier, N° 457, 15 juin 1815,

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fortunés qui, sans avoir reçu d'invitation individuelle de la mairie, voulurent participer à cette œuvre civique » (1).

Mais la victoire délaissa Napoléon. Vaincu à Waterloo, il rentra à Paris. Il y arriva le 21 juin et, tout de suite, songea à organiser la résistance. Il eut la pensée de dissoudre la Chambre, mais celle-ci le prévint et se déclara en permanence. La foule criait « Vive l'Empereur ». Napoléon pouvait encore être le chef d'un mouvement révolutionnaire. Il hésita et finalement le 22 juin, il signa son abdication en faveur de Napoléon II.

Après l’abdication, les Chambres nommèrent une commission exécutive de cinq membres (2). Le £3, dans sa séance du soir, la Chambre des Pairs adoptait la délibération de la Chambre des représentants « portant que Napoléon II était devenu Empereur des Français, par le fait de l’abdication de Napoléon 1°, et par la force des Constitutions de l’Empire » (3).

() Bulletin de l'Allier, No 458, 22 juin 1815,

(2) Duc d'Otrante, Comte Carnot, Général Grenier, Duc de Vicence, Baron Quinette.

() Bulletin de l'Allier, No 459, 29 juin 1815.

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