LE DÉPART
Le dernier jour de la session arrive ; restimaUe greffier criminel (') que tout le monde s'arrache au moment du départ) pour le remercier par un din^ d'adieu de sa politesse et de sa complaisance, remet au Bourgeois de
C) L'auteur du Bourgeois de Lille croii être Porgane des habiunte do départeinei^du|fp|rd qui, pendant trente années ont été appelés |M||p^ service des Assises, en ren<
dnntQD témoignage i^iWîtf^Siiittfnie et de peconuaissance à l'honorable M. Lavoix , ancien greffier criminel, aujourd liai commissaire de poUce à Douai.
mie le mandai de frais de voyage à raison de 2 fr.
50 cent, par chaque myriamètre , mandai que le Bourgeois dédaigne de recevoir par liiHnéme et qu*il donne, comme à-compte , à son maître" d'hôtel ; puis il songe enfin à visiter les curiosités de la ville afin d'^ pouvoir causer avec sa femme. C'est ainsi qu'il parcourt F Arse» nal , les Remparts , le maguilique jardin Paulée , c'esti-dire Tex-magnifique jardin Pàulée, aujourd'hui superbe champ de pommes de terre. — Comment diable le conseil municipal de Douai n'a<*l-il pas adieté ça ? rumine-t-il tout bas. — Notre conseil de lille n'aurait pas laissé échapper cette propriété » et pourtant il est
bigrement chiche.
C'est ainsi qu'il sonne à la Fonderie. Malheureusement on a fondu quinze jours auparavant , et le directeur n'est pas plus disposé à recommencer son opération que ne le ftit jadis feu Lalande à recomroracer son éclipse 9 sur 1 invitation d'une dame. Il kui que le Bourgeois se contente de voir fondre le verre etsoniRer les bouteilles de M.*^ Ghartier ; lui-même en souille quelques-unes agréablement, qu'il rapporte à sa femme.
Ses courses finies , il fait ses derniers adieux à ses odlégues , et fou^ cocher I — Le Bourgeois dé Lille arrive dans sa belle ville avec un aliment de conversation qui doit durer six mois , il s'abonne immédiatement à la Gazette des TnhunauXy et désormais, lui , qui jamais n'était entié dans un tribunal > il va , faute de mieux ,
s'usseoir rémilièi euieiiL trois fois par semaine , à cûlé de U. Joly ^ sur le iauteuil que la galanterie de H« le président réserve aux amateurs de Police correctionnelle.
A LA rOUCB CORUCTUKtNBLLE.
(lUvUK iiu Nom»* — lë36.)
On a souTCDi recherché quelles étaient les causes de
k décadence du théâtre en France. On en a cité beaucoup et à mon avis on a oublié la principale. La mul«* tiplicité des ti'ibunauxet la facilité qu'a le public d'y pénétrer gratis me paraissent avoir contribué puissamment à faire déserter ce qu'en style classique on appelle encore : iics tmfUs de Melpamm et de ThaUe.
Pour ceux qu'une malheureuse'! organisation porte à désirer de fortes sensations , la cour d'assises est un spectacle autrement remuant que la tragédie et le mélo*
drame, et il est peu de ekiqmèmei actes qui puissent balancer la ten eur de la Gi ève.
Qu'esl-oe qu'une héroïnei jnincme mu U c4nU€au, et qui, avant (le périr, essuie son rouge avec son mouchoir pour se donner un ait* ému , en Jetant un coup-d'ceil sur son amant de Tavant-flcène, à c6té des angoisses rée&es qu'on peut lire sur le visage de l'accusé , à l'heure solennelle où le juge prononce la fktale sentence de mort? Et de récents procès criminels n'ont«ils pas dévoilé des forfiùts que l'imagination du dramaturge le plus dévergondé n'aurait pas su inventer?
Laemmre a détrôné Bobert-Maeaire. Pour cette fois la hideuse liction est restée au-Jessuus de la vérité.
U y a donc double profit à faire queue à ,1a cour d'assises. D'abord c'est moins cher, ensuite c*est beaucoup plus fort. Partez de là, et vous comprendrez pourquoi les amateurs de la franche gaîté négligent le théfttre des Vm-tétés pour la l'oiice correctionnelle qui leur offi^ chaque jour une série d'originaux auprès desquels nos farceurs le plus à la mode ne sont que de pales copies. Qui ne dévore les comptes^rendus des audiences correctioaiielleâ dont la Gazette des TrUimaux remplit ses colonnes, au grand regret des juriaconsuhet , au grand
plaisir des liabitucs de café ? Qui ne désh'e entendre ces dépositions bouffonnes dont tout le talent d'un
rédacteur ne peut encore parvenir à rendre la ddsoptlanle naïveté?
Etonnez^vous, après cela, de voir l'auditoire des tribunaux de Police coi i ectioaûelie rempli de flâneurs l Etonnez-vous que le Bornais de LUle» ex-juré, se soit décidé à s'y installer désormais ! Comme j'ai déjà eu rhonneur de vous le dire» il a obtenu ses entrées libres dans renceinle privilégiée , et chacun peut le voir dans Tembrasure de la fenêtre qui regarde la place de la Mairie, derrière le rideau de serge verte qui lui sert de bouclier, quand pai^ hasai*d un maioLi*u d accusé, se li^ompant de théâtre, veut, dans un bel accès de brutalité , échanger la maiotte de Thalie contre le poignard de Melpomène f ). Cette vaste embrasure est encore un excellent endroit pour causer et pour observer rextérieur, quand Tintérét derintérieur se ralentit. C'est le salon qui, dans notre théâtre, précède la loge des autorités. On y compte les parapluies qui passent sur la place de la Mairie, les petits verres engloutis par les habitués des cafés circonvoisins ; on y assi&te aux ébats des iMzanm qui, à Tombre de leurs vinaigrettes, jouent Tété, — Devinez? — au loto l Oui au loto , — le jeu du Marais^ le jeu de M. et deM.m^ Denis I— « Décidément
(•) Historique. Le barreau s'enlretienl encore de la peur atroce qu*éproava à celte occasion feu M. Joly, de son vivant professeur de barpe, et bégayanl le calenibourg dans ies moments où KOD attention n'était pas trop fortement attirée par Tintérèl des débats correctionnels»
le Lillois est né bourgeois. Un proverbe polonais dit :
« d'attez le Hum et vous trouverez le barbare, j& Grattez le Lillois, dirai-je, le vernis du gentilhomme ou la crasse du vinaigrier, et vous trouverez le bourgeois.
Vous cmmaissez la salle d'hiver : le directeur de la Reime du N(/rd vous a si bien décrit le palais de Rihour, en deerane qui
Nourri dans le &éraii eu connati ies déiours (*).
Montez avec moi cet escalier ra|Hde. Remarquez bien ces amatfiurs qui sont échelonnés sur les marches, le longde la rampe; distinguez, rien qu'à la physttHiomie, les habitués des oiseam de passage. Les premiers ont rair résigné , les seconds sont impatients. L'ennui de r^ttente qui trs^verse le visage deceux-cii e$t stéréotypé sur la figure de ceux-là. G*esl que pour ee^ derniers les audiences ne sont pas seuieiaeat un plaisir de choix, mais une habitude, une occaûon de tuer le temps, comme la torture pour feu Dandin :
Boo, cela fait passer touiours une heure ou deux I
{*} Depuis réfection du Palais-dc-Jusiice, les localités ont chaugé , mais les mœurs judiciaires, observées daus celle esquisse, sont restées lès mêmes; je «i*en rapporte aux habitués qini fréquentent actuenemeni la belle saUe des Pas Perdus.
Les malheureux ! figurez-vous qu'ils assistent avec la même assiduité aux audieuoes cifiies !!! Voilà ce que je n'ai jaaiais pu comprendre, luoi qui me demande comment l'on peut rencontrer des magistrats qui» poar un modique traitement, se résignent à entendre sans ijouger de place et sans dormir trop haut , trois heures duruiti d'interminables plaidoiries sui' la curatelle, le mur mitoyen et le préciput conventionnel, et cela trois fois par semaine ! Et dire qu'il se trouve encore dans la salle des auditeui*s bénévoles.... qui n'; sont pas contraints de par la loi I Ik reposerMi enpaix! La ferre lewrsera Ugèret
Je reviens à la Police correctionnelle et aux amateurs échelonnés sur son escalier.
La seconde classe, que Ton reconnaît à Fair impatient des individus qui la composent, aux questions multipliées qu'ils adressent aux voisins, se forme des curieux attirés là par la nouvelle d'une affaire scandaleuse. Remarquai cette brave femme qui sautille comme si ello marchait sur des aiguilles. Elle vient tout exprès pour voir juger une belle dame de la ville, une dame à diapeau. Il y a six mois qu'elle vient pour cela, elle reviendra encore longtemps. A ses cAtés est un digne bourgeois qui a entendu dire et qui répète tout bas qu'on doit juger incessamment six gros négociants sur lesquels on a saisi, à la porte de Fives, 500,000 Irancs de marchandises anglaises, plein leur voUure de mcre, de café et de canifê. Tenez, le voil»^ qui discute avec un autre badaud, lequel
A son tour lui soutient que les six gros négociants ont été coudamnés et qu'ils ont obtienu de n'aller que le soir en prison, où Os se rendent en Yotture après le spectacle.
Pédant ce lemps passent les juges, les avocats;
passent ensuite les prévenus, sous mandat d'arrêt, emmenottés, escortés par les gendarmes* Les bonnes femmes s'attendrissent sur le soi t des plus jeunes détenus qui semblent glorieux des fers qui serrent leurs petites mains : — c'est un brevet de grand garçon que donne à ' ces misérables le prudent gendarme. — C e^ tou^aun Fenfant de quebju'm, répète, en s*essuyant les yeux, la commère dont le iilsaprobablemeuidéjàmontélemène escalier, avec le cérémonial d*usage.
Mais ceux qui s'impatientent le plus , ce sont les témoins , surtout les témoins à décharge qui aboient plutôt céder à la complaisance qu au devoir. Par une précaution bien juste et bi^ naturelle, on les assigne pour neuf heures, alors qu'on ne commence légalement l'audience qu'à dix heures et habituellement qu'à dix heures etdemie. — Je dois ajouter, en véridique hislorkay que les cabarets voisins ne se plaignent pas de cette mesure. —
Enfin les portes sont ouvertes et la foule se précipite, choisissant de préférence comme au parterre debout, la balustrade sur laquelle on peut s'appuyer.
Il îi'y a encore personne dans la salle si ce n'est notre
Bourgeois dans son embrasure, Thuissier de service qui attache son petit manteau , et le greiUer qui regarde l'heure.
La disposition de la salle ii a rien de remarquable. Vis*è*^s du public et sur une estrade peu élevée, le bureau des Juges; le long de la balustrade, le l>aiicdu baireau inondé des casquettes des auditeurs ; à gauche, le bureau du demandeur , à droite celui du défendeur , et devant ce dernier bureau , la sMeUe,
Cest une question qui n'est pas sans quclqu'importance que celle de savoir s'il est bien juste d'infliger à un prévenu, réputé innocent jusqu'à sa condamnation, le supplice moral de la sellette* Aux yeux du peuple, avoir été sur la sellette c'est déjft une note d'infamie. On ne peut disconvenir que In jxjlice de Taudience n'appartienne au président et qu'il n'ait le droit d'indiquer au prévenu la place qu'il doit occuper ; mais ne seraitil pas à désirer qu'au moins cette place ne fût obligatoire que pour les prévenus détenus , arrivant sous la main de justice; quant aux prévenus que le peu de gravité de leur délit permet délaisser libres, pourquoi ne s'asseieraient-ils pas à cAté de leur défenseur, commerusage l'a consacré pour les prévenus de délits n'emportant pas la peine de l'emprisonnement ? I<j'y a-t-il pas déjà dans la liberté qui leur est laissée, sinon une pré-» sompliuii d innocence , au mouis une preuve que leur délit est de peu d'importance ?
Il } avait autrefois pour sellette une chaise ; mais un jour un malheuraix» méoonteni de sa oondamnation » s'étant avisé delà jeter à la U*te du président qui n'esquiva le coup qu'avec peine, on remplaça la chaise pur un infuniie Lanc ea bois, bien solide, bien massif et difficile à manier.
Un coup de sonnette retentit dms la salle , Thuissier court à la porte delà chambre du conseil: — AuHetiee, Mememt ! — et les juges entrent et prennent place.
L'huissier appelle les causes.
On commence par les affaires de douane; heureui privilège du fisc! Douze ou quinze fraudeurs de tout âge, quefon reconnaît facilement à leur bourgeron et i leurs pieds encore couverts de chaussons de toile, cornparaissrat successivement pour entendre la lecture des procès-verbaux faite par le représentant de Tadminis* tration, les courtes réquisitions du procureur du roi , et le jugement qui les condamne , suivant les cas , à six, huit, ou quinze jours de prison , à hi confiscation des marchandises , à l'amende, etc. cU. etc.
La plupart des condaomés sontdes eniauts de dix ans, dressés par leurs parents, concurremment avec des chiens, à iaire passer en fraude des charges de tabac ou de sucre. Pauvres petits qui cèdent aux injonctions d'un père, aux coups peut-être et qui ne peuvent invoquer pour excuse, devant le tribunal , les violences dont Os sont victimes ! £n vain on opposerait pour leur défense
leur jeune âge, leur défaut de discernement ; le représentant de l'adoiinistration répondrait que la loi des douanes est une loi spéciale , que le fait matériel seul constitue le délit, qu'il n'y a aucune considération mo-
' raie à écouter ; au besoin il citerait de nombreux arrêts de cassation, £t quand le ti ibunai, en gémissant, a jeté
• â la prison ees malheureux enfants ^ c'est l'affaire du fisc. Aussi puissant que le roi , il peut faire grâce. Ce pardon que la prévoyante indulgence des magistrats n'a pu donner à l'avance aux prévenus par un acquittement, le fisc peut le vendre moyennant une traiisacLion proportionnée aux moyens pécuniaires des condamnés qui, en attendant que les formalités soient remplies, restent en prison à Técole des voleurs avec lesquels ils mangent et couchent. On les relûche , et ils recommencent jusqu'à ce qu'ils soient asseï instruits pour mériter la cour d'assises.
Après les fraudeurs, viennent les mendiants et les vagabonds, siuî^uliers criminels qu'on envoie expier dans les prisons le tort impardonnable de n'avoir ni pain , ni domicile.
Mais tout cela intéresse fort peu l'auditoire, pourtant
composé en partie de gens peu aisés. Chose singulière ! L'observateur a pu souvent remarquer le peu de sympathie que Faccusérencontreen général dans l'auditoire.
Un pauvre diable vient di^uter sa liberté , sa vie à un procureur du roi habile , devant des juges expérimentés;
il a tout le désavaatage. Kh bien , dans sa luUe déses* pérée, lui échappe-t-il une mauvaise raison^ un propos ridkuie, une impropriété d'expressioui tout cela est accueilli par les rires du public. Il y a, quoiqu^on en dise, au sein des masses, un profond sentiment de moralité qui s'épancbe devant l'évidence d'un crime ou d'un délit* Le {H^emier mouvement porte à désirer la condamnation. Ce même sentiment conduit le peuple à la sympathie dans les aflhires politiques» ; ici tous les vœux sont pour l'acquittement, et les rires pour l'organe du ministère
public, qui s'égare dans des théories peu goûtées.
Des avocats en robe apparaissent à la porte du couloir de la salle des Pas-Perdus ; ils vont négligemment lire le rôle placé sur le bui*eau de rbuissier. — * Bon! il y aura des plaidoiries, et chacun de se frotter les mains, surtout quand on aperçoit les avocats de prédilection, car dans le barreau le public choisit ses favoris*
Le pi'ésident doime la parole au défenseur. Aussitôt le plus religieux silence s'établit. Aux premim mots de l'exorde, i'habUué lève la tête , écarquille les yeux, dilato les narines et tend Toreille pour ne rien pmire.
L'nvoc at, cela lui an ive quelqueloi:> , donne-t-il une bonne raison, l'habitué, pour Ia faire remarqua i son voisin, se tourne lentement et silencieusement vers lui en avançant d'un demi-pouce ses lèvres fermées, à quoi le voisin répond par un balancement vertical de tête deux fois répété eu signe d'assentiment.
Uuuild le verbiage d'un avociit se débattant daus une Biauvaise cause peut produire cel tfet, on comprend toute la puissance de la véritable éloquence sur les masses.
Il y a cependant quelque chose qui étonne plus le publie que d'entendre parler un avocat deux heures sans s'arrêter , c'est de le voir, après la plaidoirie , aller causer iamilièrement avec son adversaire ou avec le procureur du roi. cTiens, les voilà amis maintenant ! i^ observe naïvement ce brave peuple qui a la bonhomie de tout prendre au sérieux, le grand enfont qu'il est !
Avant les plaidoiries, le président interroge les prévenus et leur demande notamment s'ils sont mariés, combien ils ont d'enfants, etc. Ces renseignements doivent servir de base au compte de la justice criminelle que rend annuellement le Garde-des-Sceaux. Les plus niais disent la vérité ; les plus malins comprennent qu'une femme el un grand nombre d'enfants ne peuvent jamais gâter leur cause, et ils se gratiiient libéralement d'une jolie postérité • Et comme le président n*a pas sous la main 1^ moyens de vérification , il em egistre les réponses , et voilà comme on fait de la statistique I
Oii jugeàLillepeude voleuis. C est une justice à rendre à notre nombreuse population ouvrière qu'il ne s'y commet guère de délits contre les propriétés. Pas de ces escroqueries si communes dans les grandes villes. Les vols au pot et à la graisse sont mcunnus, sans que
Vtm pumt trop bien déterminer si ïou doit attribuer cette lacune dans lu i>raaclie de la filouterie à Tabseuce de voleurs ou A rabsenoe dedupes^
En revanche, le délit contre lespersoiines donne assez bien. Les batailles dont les cabarets des villages voisins sont iréqueinment le tiicàU e alimentent le rôle. De tous les articles du code, Tarticie 311 est le plussouvent appliqué. Les habitués de la Police correctionneUe, au courant de la jurisprudence du liîbunal^ vous dii'oui A la simple audition de la plainte la peine qu'oncoum laccusé.
Blessureà saii0 caubmi — style de procès^rerbal, — eouf
et pimsamUf voilà la trinité brutale qui renferme tous les cas de voie de lait. Y a-t-il sang coulant , c'est Temprisonnemeut; coup, Tameade ; poussavunt, c'est ua acquittement certem. On plaide souvent là-dessus de fort belles choses. Le sujet prête , comme vous voyez; et puis, quelle ressource viennent offiir les eire9n$tanm atténuantes, sui LouL depuis la U(;vululAoii de Juillet qui a revu, corrigé et considérablement augmenté l'art. 463,
Tel est à [jcu près le cercle des affaires dans lequel se meut le tribunal de Police correctionnelle*
De tous les personnages qui figurent dans ces affaires, le plus curieux à mon avis, et je n'excepte pas même les avocate , c'est le témoin .
Il n'a pas comme les hommes de robe une sorte de dignité à garder, comme le prévenu des précautions â
prendre commandées par sa propre sûreté ; il reste luimême et peut se livrer tout entier à ses uiipressions devant la justice qui l'interroge.
Le témoiii offre une élude eoinplète à l'observateur.
D'abord» sa pose : — Avaocezl dit le président, eL il s'avance vers le bureau , quelquefois il gravit Testrade, ou se met à genoux comme à la Sainte Tabler—Reculez! lut crie le président qui ne se soucie pas d^embrasser cet homme, m de recevoir dans le nez la crème de ses discours, et le témoin recule.—* Th>p loin I lut crie Thuis* sier, et il s avance de nouveau, saufà reculer de quelques pas, jusqu'à ce qu'il ait trouvé une assiette convenable.
— Vient le serment. Autre difficulté. — 11 s'agit de lever la main et de répondre en même temps € Je le jure » à la formule du président. Ce n'est pas chose aisée que de faire tout cela à la fois. Eniin il y arrive. Maïs le procureur du roi remarque l'affectation avec laquelle il écarte les doigts en levant la main. Selon certains paysans de nos environs , la vérité passe à travers les doigts ainsi ouverts , et celui qui jure n engage pas sa conscience. — Restriction d'un nouveau genre et dont Escobar ne parle pas. — Il faut recommencer cette fois en serrant les doigts. Puis notre homme reste le bras en 1 air durant toute sa déposition. — Baissez la main ! lui crie le président. — Baissez la main, lui crie l'buisaier.
— Baissez la luaiii! lui crie Tavoiat. — Baissez la iiiainî lui crie le public enhardi par Thilarité qui point sur le
banc des ju^es ; et, au milieu d*un rire inextinguible, le témoin comprenant mal Tinjouction qui lui est répétée par tous les échos de la salle, ne se mel*il pas àtetMf sa inaiu ! Et tout le monde de rire de plus belle.
Cette naïveté me rappelle la pudeur d*un autre témoin, qui, appelé devant la Police con eclionnelle, inlerrompit le président chaque fois qu'il lui disait : c Vous allez jurer... » par un «Oh! non, M. le président, i — Vous allez jurer... < Oh! non! » et qui» sur Tordre itératiidu président, s^exécuta enfin par un S. N. d. D. sonore qui fit retentir les voûtes de la salle, gros péché dont le témoin était fort innocent et qui dut retomber de tout son ^poids sur la conscience du magistrat • 4 ^ ^Arrive enfin la déposition que le témoin, suivant son 'càracière et^es habitudes, entremêle d'interrogations, d'affirmations , de sentences, et qu'il interrompt, quand il est Uonnete , pour dire : a Dieu voui bénisse ! a au greffier Lutun qui éternue.
Cette peinture du témoin ne s'applique guère qu'à celui qui dépose pour la première fois. On se plie fadlemeut au cérémonial. Voyez les gendarmes, les gardes champêtres, les agents de police, avec quelle aisance ils ôtent leur sabre, avec quel aplomb ils se présentent devant le président, avec quelle dignité Us saluent et lèvent à la
distance voulue leur main dégantée à l'avance !
Le témoin à déchaige est une variété piquante de l'espèce.
Qa reeomiatt le témoin à décharge à son air timidd)
contraiuU Son œil oblique regarde toujours le banc Faecusé où il cherche ses insfiiratioiis. Rèj^e générale: le léinQiii à décharge déclare qu'il ne sait lieii , qu'il ignore pourquoi on Ta fait venir. Sur le9 interpeUaiious de l'accusé) il se déboutonne et se rappelle parfaitement tout ce qui peut fortiiier le système de la dépense.
Le témoin à décharge doit être pourvu d'une forte dose d'intelligence, sans cela , et les annales de la justice eu font foi y il est plus souvent nuisible qu*utile à l'accusé qui du reste Ta fait citer* pour avoir aussi m té^mam » sans s*inquiéter s'ils connaissent son affaire.
Je ne dois pas pusser sous silence le cabareliery le^
plus inoffi&nsif de tous les témoins. Celui-d n'a jamais*
rien vu, ni rien entendu ; il était toujours à la cave ou , à la cour au {dus fort de l'action.
Le rûle de T audience est ordinairement terminé par les affaires dites «i» parlée emie. On comprend pourquoi elles sont ainsi renvoyées à la fin du rôle. Il est tout naturel que les prévenus emprisonnés ou cités directement par le procureur du roi aient la préférence.
Personne ne déteste lesafiaires en partie civile comme le greffier. Ua la chair de poule quand l'avoué vient lui consigner d'avance la somme nécessaire pour le paiement des frais. Car la justice) en cas d'acquitlemenl» ne vent pas 6'cxposer à perdi'e sou papier tiiubré. « Uiie partie civile^ se dit avec beaucoup de raison le gret&er, cela
fait au mollis un avocat. » Et Tavocal est la béte uoue de restimable fonctioiiiiaire qui ne partage Qullraent sur ce point les goûts du populaire entassé dans Tauditoire. II n'esl pas là pour son plaisir , lui^ el une plaidoirie qui vient au-dessus du niarclié prolonger l'audience de qudques heures , abré([e d'autant pour lui les instants
qu'il consacre au salutaire exercice de la promenade avant son dîner. Heureux encore le grefiter quand il n'y a pas deux parties civiles, et conséquemment deux avocats! — Cela se voit. — ^Le premier assigné par uae jNHtie mile ne veut pas paraître en accusé devant son ennemi» il le lait assigner aussi. — Vlan ! — et les voilà ^ux, se rengorgeant tous deux à c6té de leurs avocats, et assistant, simples spectateurs , au combat qui a lie» i coups de témoins sous les yeux des juges du camp qui terminent sagement la mêlée par ua reuvoi dos à dos^ après lequel chaque partie r^tre dies soi, sans un coup de poing de moins et avec quelques frais de plus.
U arrive que parfoisd'autressont plus désappointés.
La spéculation — et qui n'en fait pas dans ce siècle si positif) — ^la spéculation pousse un brave honune que l'on a tnaté de voleury ou bien à qui Ton a donnéun soufflet, à se porter partie civile et à rédfper modestement 1 à 800 fr., plus ou moins, pour raccommoder l'accroc fait à son honneur ou pour payer les compresses appliquées sur son ceil au beurre noir. H ases témoins bien dressés , un avoué qui lui a rédigé des conclusions
superbes, un avocat qui a bec ei ongles pour les soutenir. Bon. — n gagne d'emblée, — bien. — Mais le tribunal, ayant sur son honneur ou sur la gravité de sa Uessure des idées moins hautes que le plaignant , ne lui ac^uge que les Irais pour tous dommages-intérêts; il en résulte que, vainqueur , il lui reste ^core son avocat à payer. C*est le plus clair de son profit.
C'est dans ces sortes d'aCEedres que le témoin joue un grand rôle ; le sort de la cause est dans ses mains. D faut qu'il précise exactement les propos tenus ou la
nature du coup porté. Aussi les parties soignent-elles leurs témoins. Vous les voyez, les suivant des yeux quand ils s'écartent un peu, courant après quand ils sortent de la salle , les comptant pour s'assurer qu'ils sont tous présents. Oh malheur!., on appelle l'affaire » et il en manque deux, les plus importants. — Où sont-ils? L'avocat les rédame , on ne peut s'en passer. — Vite, la partie civile quille T audience et court au cabaret voisin , où il y a cent à parier contre un qu'elle les trouvera. En effet, elle les raraèue triomphante et.... essoufflée, les couve du regard et les remet enfin au grand complet ès- mains de T huissier qui va les enferiner dans une salle particulière.
La partie civile succombe-t-elle, la thèse change. Ce sont à leur tour les témoins qui la cherchent pour lui Ihire payer leur taxe que le garçon de bureau refuse d'acquitter. — Il n'y a plus de partie civile , elle est
fondue pour l'accusé, pour les témoins, et souvent même pour Tavocal.
Le rôle épuisé, le président lève la ^nce, et le public s'écoule lentement en s'entretenant des débats. U attend au bas de Tescalier les condamnés , les parties civiles désappointéeSi les témoins à décharge clierchant partout qui doit payer leur taxe, la réclamant du garçon de bureau, du greffier, de Tavocat. C'est encore un spectacle. Et insensiblement diacun rentre chez soi en disant: A mercredi prochain.
Il ne reste plus dans la salle que la bonne femme qui attend toujours sa dame a clmpeau^ et restimablc bourgeois qui vient pour- voir juger les gros fraudeurs.
Il faut que l'huissier les mette à la porte pour qu'ils se persuadent que ce sera pour une autre audience; encore regardent-ils par le trou delà serrure pour s'assurer qu'on ne les trompe pas,..
Retournez an palais mercredi prochain et vous les retrouverez sur l'escalier de la Police correctionnelle.