‹ Le Bourgeois de Lille esquisses localesChapitre 17 sur 20 · PHYSIOLOGIE DU RECRUTEMENT · texte numérisé non relu

PHYSIOLOGIE DU RECRUTEMENT

A ceux qui s'étooneraient de voir le BoyrgeuU Je l.ille si bien iailté aux mystères du reenilMiMl , il o*csl pml-ètra pas inutile de rappeler que le ftit notre héros « payé sa dettt m |Niyt ; qu'il eêt tombé au tort ; que son

ylN qui l'avait astuti a dA le fiiire remplàeer C'est en traitant avec les

■ganta de remplacement, en suivant de près les opérations do tiragA an sort •t dtt Cunaeil do réfisioo, que le Bourgecis de Lille a acquis les eonnsliSinrci iqpAfiales qoo ]*tnteiir a résumées dans l'es.iuissa qu'il présente au lecteur.

S* la forme nouvelle adoptés |iar l'antsur fait dispandtro àn tableau la persomM dtt Bottfcsois do UUo« on j rstronvo tout ontior ion oaprii d'oltormlion-

Lâ conscription eit abofie.

{Ckart4$ C4m$UMimm»U»a A$ UtA H IW* )

L'wmêt M rccrote par èt% appeb tt éc«tDgagenaeAtt«olontai>tf*

Dana un pay$ où la conscrîptioa est aboiji^t niosi que le prouve l'épigraphe qu'on vient de lire, et où Yeirmée se recrute par eogagea^eatf», volo^twe^i U peut arriver que dans un moment de refiroifUsçemeDt k$ forces militaires 3e réduisent à zéf^o.

Pour éviter cd inconvénient on a imaginé ^ recrn» temeot.

Le reenitemeiit est mie q)éniti(m qui eoofiale à

mettre la main d'un jeune citoyen, orné de vingt prin-

temp8|danai»eix)îteife(0oàii y a peud^lKwniuné-

ros et pas mal de mauvais » à le fourrer ensuite lui*

même sous une toise très peu élastique, et puis , sous préteite qu'il a 1 mètre 56 centimètres au-dessus du niveau de la raer et fort peu de varices , à Tenvoyer servir volontairement et à son choix dans un régimenl qtt*on lui désigne, suivant sa taflle.

H arrive même quelquefois, toujours en vertu du même principe consigné plus haut, qu'on expédie le numéro le plus belliqueux dans une escouade d'infirmiers où il sert » huit ans , sa belle patrie , vêtu d'un tablier à bavette et armé d*une seringue ; ce qui le bit surnommer par les ingrats qu'il administre : $Mai de la pompe humide,

TIEAGE AU SORT.

Le premier acte du recrutemiuit, le tirage au sort, a un petit m candide.

Le législateur a revêtu sa robe dUnnoeence > le vieux ' roué qu'U est.

Il dit auv jeunes Français qui viennent d entendre sonner la dernière heure de leur ringtième année:

€ Mes chers enfants du canton de Pont-à-Mai cq, ou 9 de Tourooing,?ons ètesaunomibre de 143 ctt il ne faut

en ce moment à Tarmée que onze soldats ; c'est bien > peu de chose: allons, meMei la main dans le sic, et

» iavoquâs toua les saials du paradis pour qu'ils vous » accordent une heureuse chance. »

Tout c&ci n'est qu uae amère ironie que dévoile bien- Mt le second acte du recmtemenl, leConseil de Révision •

Car, lorsqu'on aura déduit les nombreux cas de réfbniia»d'eKeinptioo et de diepei^e, qui empêchent le jeune soldat de vaquer au service milita ii e, oa recoimaiira bient4^t (pie le InÎHDiâHae» s'il a le malheur d être sain et bien bâti, de jouir de son père, et de n'avoir pas dans le ciMir ou sur soncb^^ule deuild'ua tirère mort en actmté, sera finreé hii-méne de marcher sous les dn^aux de Mars.

n serait peut-être i déairer qae Ton procédât à la révision avant le tirage. Cet examen préalable se ferait avec pbie d'indépendance et de liberté, et le tirage au mkf entre jeunes gens tous également propres au aammt» dépendrait une vérité.

Mais n'anticipons pas.

Le tirageau sert se fait au cbet-Ueu de chaque canton du département , sons li préddnoce du aona-piébl eft en

Quand on est d'accord sur le nombre des jeune» (ena

qui forment le. contingent cent(Hud, on met dans une uKWâ un nombre éssal de numéros* ' L'urtk^t c'est quelquefois uQe^Ue, un panier, le ybu aowsent ne roneà mainveOe comme œUe de Tan^t

cienne loterie royale de France.

it

Cela dépend du nmdcailoplé pour cacher les numéros*

Longtemps on s'est servi de vénérables boules de lotOy absolument couiuie M- el M«'« Denis. Mais il parait que l*on a craint le tact exercé de certains cousaits dont la main, plongeant dans la boite , reconnaissait et choisissait les numéros triples imprimés sur la surface plane des boules. .

On a substitué aux boules des éluis qui renferment des bttllettns numérotés et paraphés*

Celte dernière métiiode plus sûre n'a qu'un inconvénient, c'est de faire perdre beaucoup de temps ; mais on ne saurait prendre trop de soin pour qu'il ne se glisse pas d'erreurs dans ce calcul des hommes et des

numéros.

C'est un principe que le tirage ne se recommence jamais et que tout numéro tiré est acquis à cekii qui Ta pris. Si donc le nombre des numéros excède le nombre des conscrits, on se contente de considérer les aufliéros restants comme non-avenus; si au contraire le nombre des numéros est inférieur, le cas est plus grave ; il Crat nécessairement reporter à 1 année suivante les honunes en trop.

Et dans Tannée leui* sort peut changer.

Tel d'entr'eux 9 fils unique de v^ve, peut perdre, avec sa mére, le motif d'exemption qu'il eut fait valoir avec succès l'année précédente. Un auié d'orphebns peut se trouver seul.

On cite le lait d'un soui^préfet du déportemeat du Nord qili, dans Taddition des chiflï*es de ciiacjue cammunCi Dfflituae dizaine :

Quand tous les numéros sont dans Tume , le sort règle Tordre dans lequel les différentes communes procèdent au tirage.

Les gendarmes sont à leur poste. L*un fait Tappel, l'autre se place devant la roue» le brigadier loise.

Un pas lourd et cadencé annonce rai nvée des jeunes gens de la première commune.

Une demande collective leur est adressée par le présidât: connaiflsentrils , parmi eux» des jeunes gens sourds, idiots, épileptiques, bègues, atteints, en un mot, d'infirmités qu'une fréquentation plus ou moins longue peut seule sûrement constater.

La réponse est consignée au procès-verbal .

C'est le tour des conscrys qui ^ennent indinduelish ment, par ordre alphabétique.

A la demande invariable qui leur est fiûte : AmxHt€m quelque réchmalmi à présenter ? les plus décidés

répondent : c un cheval poir le 4."'« hussards.» Formé

à Lille par le colonel ûudinot, ce régiment a conservé di^le pays une grande réputation.

D^autres, moins crânes, après avoir regardé timidement autour d'eux, écorcbent la langue d'fsculape en fédanant pour fiiiblesse de canfiesAmi ou maladie de longueur^

Il eu est qui , ne s'en fiant pas sur ce point à leur némoire, glisseataiiPrésideol u&petilp^îersur lequel le médecin du village a écrit le cas de réforme.

Les plus calmes sont ceux qui^ suivant leur langage, rédament la queuê du iépêt.

Ce sont les exei^ptés, comme iils ainés de veuves ou aînés d'oq>heliii8. Cette iooHion, sms rapport avec les circonstabcés aaueUes, date du temps de TEmpire où le conscrit de celte catégorie restait au (bjpdl du régiment.

Qufltnt à ceu qui n'ont ni cas de rUbrme, ni cas

d'exemption, ils ch^chent leur salut dans les heureuse éveitttîons de la roue qu'ils font toeraer et retourner par

le complaisant g^nd^o^me. D'autres, cela est plus rai e, mannotent pieusement quelques prières à leur bon ange.

Le numéro pris par le conscrit est remis au gendarme ^pà le transmet au prési4eat«

La proclamation du numéro ^evé est saluée, de la part du coascriti même le mieux garanti, par les vocifiratieDs les plus affreuses ; il se préciptie en êouriiit vers le bas de l'escalier où Tattendent son père, ses firires, ses amis*

Il y a quelque chose de plus certain pour eux que rweniption légale, que la réforme, que la rotation de rarne dans un certain sens, que Tinterveation du Patron Menbeûreux , que le marchand d'hommes M^ménie auquel on s'est assuré à Tavance, c'est le bon numéro...

ToatofNS, il y a un momeol tonrible po«r le eonacril,

quel que soit soii numéro ; c'est celui où la voix puissante ei reckMitée du brigadter rappelle à la loise. Saisi dans son ^or, il est ramené mus rinstruroeal latiili ^ li il fiOBiprinie sajoie ou sa douleur.

Délhré de PélrttBle de la tome, il retourne Cunille et ses camarades avec lesquels il passe le redite de 11 journée dans de consolantes Hbolions , niflées dte chants paUioUques.

Les beurem chantenila fiuneuse chanson :

Vi«elalei, (fsr).

Qai D*veut pas U'moi .

El les malheureux s'étourdissent avec la Haneillam

cansuL DE a£visioN.

Les opérations du recrutement sont revues par un CnsHoS de réfisien qui se transporiedans loua les cantons du département, où il juge, en séance pubtifue, les rédMneliniis, Isa canses d*eieinptieiis des eenaevits.

Le Conseil se compose :

Dupréfeii p i ési deni;

D'uu ofliciei général ; -

D'ttft caoietUer de pi*éleciure ;

D'un membre du conmA général.

D'un caaseiUer d'arroodissement.

Le conseil est assisté d*ati sotM-iatendani miiilaire ;

h' m commandant de recrutement ;

Et «arimt d'un dlQcier de saiilé, la vèritid)le chefitte ouvrière de la machine révisante :

n est orné d'un sous-préfet, d'un Ueutttiaat de goo* darmerie, et de pas mal de maires et adjoints.

N'oublions pas le sergent de recrutement , que dans cette caravane de fonctionnaires, il ne faut pas confondre avec le chenapan , dît sergent recruteur qui , sous l'anden régime, stationnait sur le quai de la Ferraille où il captivait tes blanchisseuses pour son propre couqpte ^ et les ivrognes pour le service du roi.

Le sous-officier de recrutement — prononcez sousoft*der, où même, z'oifder — nes^appelleplus Sontrchagrin, la Valeur^ Bruni' amour, ii réjpondau nom plus prosaïque qu'il a reçu de son père*

Il appartient à un régiment de l'armée dont il porte leN«o sur smpLsbako.

Quand commence la grande louwiéo de révisia» r le sergeat de reerutement moAte, eA iapm^ sur le siège de la voîlwe qui porte le Conseil et sa sagesse. Màie, lég«r debagage, il a bientôt pris les devants , et le Conseil est encore en paletot et en casquette, que le Bgrffsùi, e(dleté,

haol boatoBBé et ftceté^flè promine sur h plaee de

l'endroit avec un collègue appartenant, autant qœpos^ 8ible, à radminislraiièii. U fréquente de préfiiMMse le brigadier de gendarmerie , sans dédaigner le pc^rtitt^ coiisigfie*

Entré le premier dans la salle destinée aux opérations, te sons^oflkier de reerutement , après s*dtre abouché avec les sergents de ville, qu'il ne considère pas cependant ceomedes coUégues, vu leurs attribuUcMis civiles, s^assure ée F à-plomb de k toise, frit jouer dMis ses raimires la brfagle iSatale, et se campe ensuite sur une chaise ea attesdaiit Iêé patients.

fl ne s'occupe que d'une chose dans le sujet qui lui est soumis : la taille.

n n*existe pour lui que deux espèces d'hommes ; ceux qideBlla taille — 1. mètre â>6centimètres^t ceux qui

ne Tont pas.

Lee premiers amt ées hommes;

■ Les autres je n*ai pas encore demandé au sergent

dans quelle cat^orie derhistoirenaturelle il les rangeait.

B ftkut voir avec quel air de supériorité il regarde les malheureux qui n'atteignent pas 1 mètre56 centimètres, atec quel geste de méprisante fiirailiarilé il leur passe la main sur la tète, à la descente de la toise, comme pour leur reprocher leur infirmilé. Souvent même, il ne daipie pas Uss toiser personnellement, il laisse ce soin au gmdanne on ao garde^champètre.

Uituavoir^aacoatrairei dequelceilil ciMivelhommâ qui promet an moins 1 mètre 999 millioaèlres , 9Qù aiuiété quand une Uie obture, un indiscret varkocèle on une perfide varice menace de ravir ao conlînfent le * futur carabinier I II faut voir sa joie, quand la formule : € Propre au iermee » vient appeterle^iq^àlatoifle : il s'en empare alors , lui souiut, lui adresse mémequelques iMt« d'une voix qu'il a la prétention de rendre douée.

Mais Thomme pour lequel il réserve toute sa rigueur, c*e$i celui qui se trouve placé par la nature jnsie à cette limite de taille, au-dessus de laquelle il n'est pas défendu de devenir un Napoléon où un Lamoricière, a»* dessous de laquelle on est cuudamaé à rester pefcin toute sa vie.

Comaae il arrive quelquefois que, dans le doute sur l'avenir qui l'attend , le jeune homme aioae autant de^ meurer en rfetsmi» que s^élever au^deims , il s'efforce alors de voler au gouvernement quelques millimètres , soit par une légère flexion de» genoux , . soit par une adroite incurvation do la colonne vertébrale.

C'est dans cette eiroonstance que le sergent se montre

admirable.

Me pouvant comprendre comment, de gaité de ocaiir,

un jeune Français appartenant à la catégorie des hommes, veut descendre dans..*. Tautre, il le saisit parles épaules, lui redresse simultanément les genoux et le ventre^ etlui relève la tète. Victoire! la tiingle remonte »

et ie sergent retourne à son poste, il a reconquis à Tétat quelques miilituèlres ; Gômine fea TUm il n'a pas perdu sajournée, il a lait un soldat.

Le sergent ée recrutement est doué d*iin sentiment exquis des convenances; simplement couyert de sa capote dans les petites localités oA il opère, il revêt son habit d'uniforme dans les villes dont les maires sont nommés par le gouvernement.

Le Conseil de révision est en séance. Les jeunes gens déshabillés dans une salle voisine paraissent successivement à rappel de leur nom.

C'est ici qu'il faudrait décrire le spectacle eurieni que présentent tant de malheureux simulant des inflfi» mités de toute espèce, exagérant leurs misères trop réelles, dans le but unique d'éehapper â cet impAt à la Shylock que prélève Tétat sur la chair saine de la nation. .

Nous jetterons un voile sur les ulcères et plaies dé-* goAtantes que les jeunes gens étalentavec complaisance» souvent d'un air triomphant.

Ne nous arrêtons qu'au côté grotesque du tableau.

CeM un sourd qui ne peut entendre aucune des paroles que lui adresse le président, et que fait cependant tres^ saillir le plus léger bruit.

C'est un bègue qui a étudié avec soin ses hésitations de lan^, et qui, dérouté par un ordre imprévu, dânite son pater tout d une haleine;

C'est uu myope qui, eu euU aiil) se cogne coolie ua gendanne/^Le^malheureux , à Vml nu, ne peut voir les signes du présidenti e( rinlerposition de lunettes dont Im mTe$ mit de stmpk» i^ilm, et qu'il croit du numéro Sy lui pemet de distinguer un bec de plume à trente pas;

C'est un bossu, bien conditionné , dont le docteur, qui parfois fait de Tart pour l'art, étudie, dansTintérèt de la science , la colonne vertébrale, et qui , inquiet, attribue au doute et à Thésitatioa le silence que garde son examinateur*

" Notez que ces individus sont dans l'état de pure nature, dans le costume d'Adam , avant le péché qui lui inspira Tidée d'emprunter à la vigne un vêtement nécessaire.

Ce gros gaillard qui arrive, en toussant, se prétend poitrinaire*. Malheureusement, il ne porte sur lui aucune trace de saignée, ni de sangsues, ni de ventouse^, et le large vestcatoire qu'il s'est fait appliquer, à fout risque, quelque part, n'accose pas suflBsaBunent le traitemenl énergique que comporterait la grave affection dont il se plaint.

Celui-ci est si faible qu'il ne peut supporter la moindre fiitigue, et ses mains calleuses dénotent un travail rude

et incessant ; .

Gdtti-là qui arrive, en trottant sur les talons, réclame

pour rétraction et chevauchement de ses orteik qu'il regarde avec complaisance* Force de courir en levant les

yeoxyersle plafond, il applique malgré lui, tout entier sur le parquet, son pied que trahit Fempreinte fatale de la poimière.

Le même expédient fait disparaître le marUUeme$U*

Il y a des localités oày si l'on en croit les WManuuits, les infirmités, bien que réelles, n'apparaissent que sous rempiro de telles ou telles conditions atmosphériques.

Ainsi l'un n'est sourd que quand il fait chaud, l'autre ne voit dair que par un froid de dix degrés, etc. etc.

Tons sont IniniUes, craintifs, piteux ; que s'il en arrive un, par hasard, qui soit Mugaat, belliqueux, il y a.gros à parier que cdnwIA se oonnait quelque vice caché dans sa personne, ou quelque perte dans sa iamiUe.

Quand a retenti la forande A*(ipr»mis0rMee;^le jeune homme ne s'appartient plus ; une voix de rogomme, celle du sergent de recrutement , l'appelle à la toise; un grand vilain bras, toigours du sergent, le saisit pour Fentrainer sous la mesure ; c'est fini, le civil a disparu , et telle est Tinfluence que la discipline militaire exerce déjà, par anticipation, sur le nouvel adepte, que, à la voîx et au geste du sergent , rinsoumis le plus récal- • citrant, après avoir regardé d' un air inquiet la barre que Ton descend sur sa tète et qui ressemble assez à un instrument de supplice, finit par oublier ses infirmités et par se posa* carrément, les yeux fixés à qtunze pas de* vsmtlui, et le petit àoijfi sur la couture de la.... mais ^oublie qu'il n'a pas de culottes.

Il fmd aters iovtà bit m parti, et, biflaat contre

fortune bon cœur^ il s'approche du bui eau et demande à M. le préfet la faYeur de partir sur le champ pûinr la gloire, faveur que ce magistrat lui ocU oie avec empres-. saiMiil, beoraiix de constater la vérité de ce principe que rarniée se recrute par des engagements Yoloiiiaires.

fit le béres en herbe descend reaealier eo s'éoriani : Bon soldat, N. de D.!

Cette formule qui n'est indiquée ni au Manuel, ni dans les instructions , est inwiaUemen* cette dont se servent les jeunes gens du d^pArtment^ pour annon- .eerè leur fanSte .qu'ils sent adait dnna ks raïqpi de Tarmée.

. Pour nous écarter le moins possIUe des opérations

du Conseil de révision^ nous esquisserons le docteur, qui ainàî que noua TavoDs dit plus hauti en est k eheûUt oufrière.

Quand la loi a refiiaé i m Conseil» composé de aota«*

bilités civiles et militaires , et préside par le préfet, le

droit d'apprécier k position momk des réclamants ; quand, à part quelques cas d'exemption et de dispense, limitativement et rigoureusement énoncés, eUe n'admet de réforme que pour des infirmités qu'elle ne peut indiquer» ii kut bien qu'elle abandanne Vintérét propre ^ pays et le sort des faniDes à là discrétion d*w homme de l'art.

Cette confiance nécessrire^est ramneot trahie*

Voici lê docteur à Fœuvre. Il ôte son chapeau et son épée, débauiûoaesou liabît» et retrousse m manches.

Il s'approche do sujet, embrasse son ensemble d'un coup-d'oeil, puis ii recule, le toise do r^ard et revient le palper.

Il se baisse pour mieux juger ses extrémités inférienres.

il se relève, écarte les lèvres, compte

les dents, mnontean yeux qu'il presse d'abord a?ec les pouces, et doot ii ouvre les paupières... C'est alors seulement qu'il essuie ses doigta aux cheveux da patient, pour passer à un autre.

Il renouvelle cette gymnastique deux cents Ibis par jour, avec les variations nécessitées par les caprices des Jeunes gens dont il faut déjouer les ruses.

Celui qui se présente, k corps déjeté, il le fait courber pour compter ses vertèbres et signaler au Conseil, par un long sillon tracé avec le doigt sur la peau, la rectitude de la colonne dorsale.

Celui qui affecte une énorme voussure, il lui rétabli sur le champ la poitrine, dans toute sa plénitude, par la jonction des deux coudes et l'apptication de son propre genou dans les reins.

Quelques fois de simples chiquenaudes sur les ônuK> plates aofBsMit pour redresser des* bossus.

Comme opposition à l'activité du docteur, je passe au farnmie du lieutenant de gendarmerie.

Le lieatenant de ^eiuiai merle, obligé par ses fonctions d'accompagner le Conseil dans toutes les loealiiés où il opère, fait dix lieues à cheval , salue le préfet , prend ses ordres, se campe dans un ftateoil et s'endort.

N'oublions pas de dire qu'il dîne aussi à la sous-pré-* (ecUire où il ne s'endort pas.

Le maréchal des logis, qui fait Vintérim, dort aussi ibrt bien, mais ne dîne pas.

Toute la besogne est p<Hir le brigadier qui ne dort, ni ne dine.

n fiiit déshabiller les jeunes gens dans une salle voisine, dont il a eu soin de barbouiller les vitres , ou derrière un pudique parafent ;

C'est lui qui les amène à la barre du Conseil.

Nous avons désigné plus haut les personnages qui prennent place à la table du Conseil en séance.

Reprenons les, en suivant l'ordre inverse de leur

dési^iiiitiûn.

Le commandant de recrutement accompagne le Conseil dans toute sa tournée , et prélude ainsi , par un ocamenanlicipéqu'ilfaitdesbommes, à leur répartition dans les différents régiments de l'armée.

Sa grande affaire, c est l'appréciation de la taille. Il surveille avec sein le sergent, chargé de l'opération mécanique, et dans le doute, il paie de sa personne.

n prend aussi des notes sur l'aptitude physique^ industrielle et même tmli umentale des hommes, afin d'é-

Ul>Ur leur cias^euieul avec plus d'iuleUiijeiice eLd'uliUlé pour les corps.

Le sous-intendaiil aaiiiaire qui n'a pas , plus f ue le eomiiuiiidaDi de racmtem^t, voix délibévative an Gon*

seil, y remplit les fonc lions de comnussaire du gouveroeineni.

Sa mission consiste à faire observer rigoureusement la loi et les instructions, et il réclame rinsertion au proeès-verM de ses observations daneurées stériles.

C'est le code de recrutement incarné. Nul ne raisonne mieux que lui Vexenvpiion el la iéimium. Il veille^ loul à la fois, à raccompiissement des formes qu'il protège contre le laisser-aller des juges, et au b<m choix des fournitures du contingent.

Il ne dépend pas de lui qu'il entre dans Tannée un sujet taré au physique ou au moral. Son œil scrutateur pénétre les palpitations sous l'enveloppe du iWox, suit les varices qui serpentent le long des jambes, et, à la rigueur, compte les cheveux d'un conscrit suspecté

Comme le commandant de recrutement , il s^occupe de la statistique. Il sait, terme moyen, qudie est la taille de chaque homme , quel temps il faut pour 1^ visiter.

C'est uue science adiuii ai^e et cerlaiiie que celle des fnayennes^ qui apprend, par exemple, au gouvernement,

que luub les hommes sont d une taille médiocre, dans

Diyilizeo by GoOglc

lia pays où le Couseil n'en a vu que de Irès grands et de très petits*

11 est arrivé, un jour, que le ministre de la guerre, Bjant tnwvé dans une statistique dertvîsion qu'an con- Ungenl composé de quarante hommes avail produit quarante borgnes, voulut s'assurer plus particulièrement du fait. La vérité était qu'il y avait dans le canton vingt aveugles, et vingt jeunes gens qui voyaient des deux yeux. Le sous inlendant avait pris bnveneni b moyenne.

On sait lerAle que remplit le nniaga dit : Conseil

d'arrondissement , — dans la grande macbiae adminÎBtnitive; œ n'eai pas à dure, pour cela, que le Conseiller d'arrondissement, qui figure, lui cinquième, dans le Conseil de révision, puisse être considéré comme une einquième roue à un chariot ; non, le conseiller jouit do sa quote-part ^luûuence qu'il exerce Ubi*ement; il est aesez iaeik pour Tadmission.

li en est de même du concilier généi*al. Si ce dernier a servi comme Garde d'honneur, ou en colonne mobile à une époque où Ton n'avait guère Tembarras du clioix, il devient d'un laisaer-aller qui le met m état d'hostilité

permanente avec le général.

Ces deux honorables fonctionnaires renforcent, dans le Conseil, l'élément civil que le nouveau projet de loi tend à aUaibbr au profit des idées militaires.

Pour les soustraire aux 8(Aicit«tî<ms tocales, une

mesure très ^ge les dépasse. Us u'opèicul |ilusdésormais dios les eaiiloiisqa*ib représentent.

Le conseiller de préfecture est ordiuautîinent uu beau miHird* Inea eOÊOtnéj et portant me aisance des gràti s et des broderies bleues , couteiu|>ûraincs de la constitution de Tan 8.

Il a presque toujouis organisé dans le département leservioe du recrutement qu*il s'obstine à appeler cons* cription.

U est conuu de tous les maures qui lui tout bou •ecumi.

Le conseiller de prélecture a conservé des traditions de l*Eropire une haute idée de l'importance de sa mission. Il rappelle inipitoyabiement aux ri^iements tous les fonctionnaires» depuis le maire qui a oublié de décorer son abdomen de lécliarpe tricolore, jusqu'au garde champôire dont 1* uniforme est veuf de sa ban* doriière oActeHe.

11 garde même son :>crîeui en passant en revue ces modestes igents de la force puUique.

Le général regarde comme une véritable corvée bi tournée qui le tient cloué* lui , homme d'exercice et d'action, devant un bureau de révision.

Le seul plaisir qu*il trouve dans sa pérégrination^

inliniincnt trop prolongée , c'est la rencontre de quelques vieux soldais qui viennent saluer dans le général d*aujouj'd*bui^ leur cuoiamlc d'autiefois. Pénétré de

cette idée que réléroeol militaire est peu représenté

dans le Conseil, il iuUe tant qu'il peut coati'e Féléoneiit civil| pour écarter du contingent les hommes qui ne sont pas au grand complet de l^urs qualités physiques... Cette besogne de la révision, ennuyeuse pour tous

les membres du Conseil , est très fatigante pour le président.

Pendant que le docteur fait de le gymnastique phy* sique, le président , le nez sur les dossiers , fait de la gymnastique intdleetuelle, forcé qu'il estde débrouiller les réclamations des conscrits qui^ faute d'infirmités, invoquent des cas d'exemption de toute nature.

Indépendamment de ce qu'il est obligéde se rappeler son jMiler, pour faire parler les bègues , le chapitre des sourds et des myopes appelle aussi toute 1 aliention du président.

C'est lui dont les perfides questions et les signaux in»

sidieux précipitent dans le panneau des infortunés^i victimes de leur bonne foi.

U partage avec le docteur Tlionneur des cures miraculeuses*

L'un redresse les bossus et fait marcher les paralytiques , l'autre rend Touie et la vue i ceux qui se disent privés de ces deux sens assez utiles aux besoins ordinaires de la vie.

Avec la séance finit la corvée pour les membres du Conseil , elle recommence de plu& belle pour le préfet...

Mais ceci u'e&l plus de uolre compéteace. ^ous pas* sons au troisième acte du recrutement : Tezamen des

remplaçants :

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