AUX ASSISES DE DOUAI
11 asi uœ époque dam» k vie du Bourgeois de UUe, redoutée par lui à Véftl de edies <pd sont marquées
par de grandes calamités:
Cesl l'époque de la session trimeslrielle du jury qui a*asseiuble à l>ouai.
Depuis le momeiil où des iodiseréiioosde Préfecture ou de Parquet lui ont appris qu'il figure sur la terrible li&le des ôUU cilajetis , Spartiates au petit piiHl , qui doivent aa aaeriCer huit jours pour le salut de Tordra social cbraalc, le BourgC'oi&de Lille lie se po^sèilc ^lu^ ,
il maudit » je ne dirai pas le diplôme de licencié ou de membre de la Société des Sciences qui VappelleàTlioiineur d*étre juré , mais bien la malheureuse patente , qui lui adjoint, comme contre-poids de sa capacité électorale , une charge de magistrature que sa femme regarde comme un double emploi, c En effet , lui répète à chaque instant celle estimable épouse, pourquoi t'envoyer ainâ juger des voleurs et des assassins , quand nous payons pour cela des présidents et des conseillers? »
Digne femme!
Cest surtout à rapproche du tirage que Tannété du
Bourgeois redouble.
c Bon ! se dit-il, quand la PeHto FemUe de Danel ne
mentionne pas son nom sur la liste des 5G, — Bouî
Me ¥oilà encore une fois échappé 1 »
Mais il n'a pas toujours ce bonheur.
Au tirage suivant, son nom sort rayonnant de 1 urne, ou plutôt du carton néfaste.
Une fois qu'il connaît son sort , le Bourgeois de Lille se rassure ; c'est une sorte de célébrité qui vient s'attacher à lui. Rencontre- t-il un ami :
— c Eh bienI vous la gobez! »
— € Hélas I oui! » répond le Bourgeois.
L'hypocrite 1 — Je dois vous faire part d'une découverte que j'ai &ite en causant avec un de ces estimables jurés, — c'est entre nous, au moins; — il ei>l enchanté
de parlir^ d'aller vivre huit ou quùue jours ioki de sa boutique, loio de sa... femme, au milieu d'un moude
nouveau, investi de ionctions qui lui donueni une certaine considération. — Mais, chut !
Ce n'est pas seulement par la PctUc Feuille qu'il apprend qu'il est juré. Les industriels culinaires de Douai ont jeté sur lui leur dévolu , et , en eflfet , un juré ne se contente pas de juger , il faut encore qu'il boive, qu'il mange, qu'il dorme*
Aussi , dix le Lires lui sont-elles adressées pai* les hôtels les plus distingués de la ville.
Le Bourgeois se eoaoerte ayec ses «mis pour ftire un choix raisonnable.
Mais jusque-U, il n'a encore reçu aucun avis officiel; il lui arrive enfin sous les espèces et apparences d'un bon gendarme,' — emblème respectable de la force coërcitive que la loi a remise aux magistrats.
n n'y a plus à balancer, il faut partir.
Le Bourgeois alors exhume de la poussière du grenier, la vieille malle qui a déjà servi pour un voyage de Paris ou de Dunkerque. L'épouse prudente la garnit d'une provision cùmforiahle de chemises et de vêtements qui suivraient à un Anglais pour taire le tour 4û monde, sans oublier les bonnets de coton ; et, la veilledujour fixé pour l'ouverture des Assises, le Bourgeois s'embarque dans la classique voiture de Maby^ conducteur Alexandre, (jui iile une lieue et demie à Tlieure,
sans compter les stations au moulin de Lesquin et à Pôntà-Harcq, au Cheval^blancj chez M. Lecomtei
Ubomme de Flandre Qui 8«li le mieux rbeiire qa*il esu
Enlin I on arrive à Douai ; le lecteur me saura grti d'avoir passé rapidement w les dreonstances ordinaires
du vopge.
hOUAU
Qui ne connaît Douai , la ville universitaire y la ville parlementaire, la dté de Gayant?
Qui ue la connait pour y avoir conduit un enfant au « collège, pour y avoir gagné ou perdu un procès , pour y avoir dansé chez Magin ?
L'observateur qui étudiera Douai y trouvera autre chose qu'un collège , qu'im palais de justice , qu'une guinguette.
Il y trouvera deux villes bien distinctes : la grande et
la petite.
La grande lui office ses monuments, ses établissements scientifiques, sa magistrature éclairée, ses avocats éloquents, ses littérateurs, sa bonne compagnie dans les brillants salons de ses hôtels, ses partis politiques franchement dessinés.
n reconnaît la petite à ses commérages , à sa dépen^
dance de la Cour, à ses bab de souseripUon donnés aujourd'hui par les maris , demain par les jeunes gens, après-demain par la garnison.
Il la reconnaît à son théâtre de troisième oi drc ; aux transports qui éciateut quand r^ldniiili^iiansHie&^acheê douaisien, Fair de Qasant ; aux affiches de six pieds qui annoncent la ducasse et préviennent sérieusement les amateurs qu'il yaura grande parade des troupes de ligne et de la Garde nationale.
U la reconnaît à Testime hyperbolique qu'elle pro^ fesse, la bonne patriote qu'elle est, pour ses hommes et pour ses choses, surtout quand ils sont comparés aux hommes et aux choses d'une cité rivale.
Le Bourgeois de Lille n'était pas encore arrivé à Douai qu'il avait d^à rencontré la petite ville. — Cela ne pouvait lui manquer. — C'était dans la diligence, au moment où le portier-consigne vient demander les passeports, à la porte de la ville , juste à Tendroit où nos pères ont pu voir deux têtes énormes qui avalaient les Qfrans et dévoraient les aristocrates
c Je suis juré! > dit en s'avançant d'un air d'importance le Bourgeois de Liilei qui jusque-là n'avait encoie rien
Ç) En 95 le poste du Portier-eoDsIgne était flanqué de dem
Dgures grotesques, coiffées du bonnet rouge.
Au-dessus de Tuoe on lisait : J'avale les tyrans^ Au-dessus de l'auire : J$ diwif Uê amunratm.
dit. € Je sois juré ! > ce mot à Doaai est le êétam magique
qui fait ouvrir toutes les portes , Vil bon docani qui fait tressaillir rind^ène, non de crainte, mais d'orgueil et de plaisir (').
I Je suis juré 1 » À ce mot, uu petit monsieuri habi* tant de Douai, qui, i Pexemple du Bourgeois de Ulle, n'avait pas encore ouvert la bouche dans la diligence, se hasarda à lui dire d*un air aimable :
Ah ! monsieur est juré?. . La session ne sei^ pas longue.