‹ Le bourgeois gentilhomme (volume 2)Chapitre 141 sur 186 · TEXTE DE LA COMÉDIE · texte numérisé non relu

TEXTE DE LA COMÉDIE

P. U. — Le maître de musique est trop exigeant. Les arts étaient l'objet d'une grande faveur, et l'on en peut juger par la (fondation des Académies de danse, de musique, de peinture el isculplure; par les faveurs accordées aux peintres et aux sculpteurs: >en relevant leur dignité, on augmentait leurs prétentions pécus. Ne sait-on pas que les musiciens de la Chambre du Roi se couvraient même devant les Princes du sang (excepté les Fils de France! et les souverains étrangers, si ceux-ci étaient couvert- ? Sans doute leurs gages chez le Roi, 000 liv., n'étaient pas très élevés; mais enfin ces 600 liv. équivalaient à 2,000 francs au moins de notre monnaie, et ils jouissaient de privilèges considérables.

P. 5. — C'est ce que pensait Rangouze, ce personnage singulier qui publiait des volumes de lettres sans les paginer, afin de pouvoir mettre en 'tête du recueil, comme une dédicace, la tettre adressée au correspondant forcé à qui il l'offrait pour en tirer quelque présent. — « Il dit qu'il trouve bien mieux son fompte à porter des lettres aux commis des finances qu'aux seigneurs i.le la cour. » (Tallem. desRéaux, éd. P.Paris, Y, 3.Ï — Aucune dédicace ne rapporta plus à Corneille que celle de Cinna, adressée au sot financier Montauron, ce Ménélas Bourgeois, comme l'appelle Furelière. (Rom. bourrj. éd. elzév. p. 820.)

P. G. — Le Laquais, suivant Richelet, Furctière et l'Académie, e-t un valet dont l'emploi consiste surtout à suivre son maître, el qui porte ses livrées. Chez les Princes, il prenait le litre de valet de pied... « Et à propos de laquais, il est bon d'avertir que si l'on parle à une personne qui soit de qualité à avoir des valets de pied, c'est uoe incivilité choquante que de lui dire, par exemple : Un de von laquais m'est venu dire. . . Il faut dire : Un de vos valets de pied... Ce n'est pas pour honorer le laquais; c'est pour honorer le maître. » (Courtin,

— âOi —

Traité do la civilité qui se pratique en France parmi Im honnestes gens.

Les laquais accompagnaient leurs maîtres, pour les défendri au besoin; si ceux-ci étaienl en carrosse, les laquais dégageaieiâ la voiture dans les encombrements; le soir, ils éclairaient leurs maîtres ;i pied ou en voiture à l'aide do torches ou de falolÉ Un arrêt du Parlemenl de Paris, 19 juillet 1623, et deux décial rations du Roi, 22 janvier 1665 el 25 juin 16>5, défendent aux pages el laquais de porter des armes, cpées ou bâtons, à peidfl de la vie, quelques services qu'ils pussent rendre à leurs maîtr< s dans les rues peu sûres de la ville. La loi voulait prévenu des rixes souvent sanglantes et même des meurtres, comrJ celui du chevalier de Tilladet ou celui du Baron de Livet.

Le laquais portai', la queue de la robe des dames, comme celui que, dans Le Roman bourgeois, Javotte avait emprunté pour quêter à l'église (Biblioth. elzév.. p. .'!'i , — ou de la non des magistrats, comme celui de Belaslre (ibid. p. 200j : « 11 avoit cherché le plus grand laquais de Paris pour porter la queue m sa robbe, et il la faisoit tousjours aller de niveau avec >a teste, car il s'estojt sottement imaginé que, quand on la portoï bien haute, c'estoit une grande marque d'élévation. » — I '.(. Sorel, Francion, 1641, pp. 280 et 280.

Les laquais venaient ordinairemeet de la Picardie et du Soissonnais, jamais de la Normandie; les Gascons ne restaient pas en place. — Voy. Jacq. Biullon, Dict. des Arrêts. Gomme les soldats en prenant l'uniforme, les laquais, en prenant la livrée, perdaient leur nom (nom de baptême) et leur surnom (nom de famille) pour prendre soit le nom de leur pays (Picard, etc.» soit un nom de convention : La Verdure, La Montagne, La Violette.

Les fausses précieuses les appelaient des «nécessaires». — Voir notre Lexique des Précieuses ridicules.

P. 0. — M. Jourdain, ignorant la différence entre prologucèt dialogue, paraîtra presque excusable dans son ignorance, si on la compare à celle des gens de qualité. Qui croirait que, en 1000, dans le roman d'Almahide, de Scudéry, (t. II pp. 1060-IOC7),

D. Alvare s'excuse d'employer les mois anonyme, enthousiasme, synonyme? Voici le passage :

— « ...S'il estoit de mes amis, je luy conseillerois d'estre toute sa vie autheur anonyme. — Quoyque je n'entende pas trop bien ce dernier mot-là, je pense en avoir deviné le sens. »

— « Je luy conseille donc, lui dit I). Alvare, de renoncer à l'enthousiasme (pardonnez-moi encore ce terrible mot)...

— « Sage et poète, ny mesme amant, ne sont pas des sinonimes (voilà encore un terrible mot) »... — Voir plus loin, p. 221, note sur la p. 41 et p. 223, note sur la p. 47.

P. G. — En général, les ecclésiastiques et les officiers, dit Furetière, c'est-à-dire les officiers de judicature et de police (administration) portaient la robe longue; les gentilshommes, des habits de couleur; les bourgeois, des habits noirs; les laquais, des habits gris, (Polyandre, 1648, II, 427 ) s'ils n'avaient la livrée de leurs maîtres : si bien que les vêtements noirs donnaient à un gentilhomme l'apparence d'un bourgeois. — Voir Polyandre, 1648, I, 197-198). — Cf. plus loin p. 224, note sur la p. 52.

La robe avait les manches étroites pour les ecclésiastiques, et, de par les règlements de discipline arrêtés dans les mercuriales, larges pour les officiers de justice ; elle était rouge pour les conseillers des cours souveraines et les médecins, noire pour les autres officiers ; les mercuriales interdisaient les robes de satin ou de taffetas, et ne permettaient au Palais que la robe de serge. — Voy. Furetière, Dict., V° robe; La Roche Flavin, les XIII lie. des Parlements de France.

Pour les gentilshommes et les gens d'épée, ils ne pouvaient recevoir ou rendre la visite d'une personne de qualité, sans avoir le manteau ou l'épée, ou mieux l'un et l'autre. — Voy. Courtin, De la Civilité qui se pratique en France parmi les honnêtes gens, ch. XII. — « D'autres fois, dit Sorel dans son roman de Polyandre, (1848, T. II, p. 188), il s'est contenté du manteau court, qu'il a accompagné de l'épée, non pas tant pour témoignage de sa valeur que pour marque de noblesse. »

P. 7. — Ces bas de soie étaient verls (Voy. l'extrait de l'in-

lire, p. 207 el •■ un bas de 03 vi rie estoll une choe moull belle à voir», l'i r. Rom. Bourg, édition elzév, p. 266.] Le tailleur les aval! fournis très étroits. Cf. acte II bc v. et avait ainsi tranché « uni question fort grande el fort nouvelle n'estonl encore décidé» par aucun aulheur: si le bas de si mieux mis quand on le tire loul droil que quand il est plicé | par conséquent forl large sur le gras de la jambe ». — Cm ci-dessus, p. 50.

C'étàil un grand luxe que le luxe des bas de soie, impo la mode. En 1613, l'auteur du Discours nouveau sur îa modei réimprimé en b>-2ï sous le titre de: Le Satyrique de la cours disait:

Car il Tant maintenant, qui veut se faire voir, Aux jambes aussi bien qu'ailleurs la soie avoir... A leur bas l'une el l'autre aime fort l'incarna, La Bourgeoise L'estante, et si la Daine n'a Sur les jambes la soyc", elle n'est pas parée.

[Ver. hist. et Utt.lU, 249, 261. — BibL elzév.)

On fabriquait des lias de soie en France dès 1597, comme le prouvent les extraits de Laffemas cités par M. Ed. Pournierafl T. III des Var. hlsl. et lilt. p. 121. Trois ans auparavant des lettres patentes portaient confirmation des statuts et privilèges du métier de ravaudeur et racoutreur de bas de soie, et ces bas se fabriquaient alors dans le duché d'Etampes et surtout à Dourdan ; mais c'est seulement en janvier 1G56 que l'on rencontre un édit pour l'établissement de manufactures de bas de soie. En 1672, un autre édit restreint cette fabrication aux villes de Paris, Dourdan, Rouen, Caen, Nantes, Olleron, Aix{ Toulouse, Nîmes, Uzès, Romans, Lyon, Metz, Bourges, Poitiers, Orléans, Amiens et Reims ; plus tard, un arrêt du Conseil du 15 octobre 1717 ordonna aux fabricants de n'employer que du fil de soie à huit brins, et fixa le poids des bas, pour hommeà 4 onces, pour femmes à 2 onces 1/2. On voit avec quelle sollicilude l'Etat intervenait pour régler les rapports entre l'acheteur et le fabricant. — Voy. p. XXX : Estât des dépenses quilance de Dufour.

— -un —

P. 7. — Indienne. — Ce mol que l'on chercherai! vainement dans les Dict. antérieurs à Richelet (1680), ou dans le Dict. cle FAead. avanl l'éd. de 17o2, n'avail pas alors un sens bien précis. Pour Richelet, c'est « une toile sur laquelle on imprime des figures, des fleurs et autres agréments, cl qui sert à faire des robes de chambre ». Pour Furelière (1688), l'indienne est une « robbe de chambre à la manière des Indiens, qui est venue à la mode, soit qu'elle soit seulement taillée à la manière des Indiens avec des manches fort larges, soit qu'elle soit faite d'étoffes venues des Indes, peintes ou diversifiées de couleurs ou figures comme sont les toiles qu'on appelle aussi indiennes, et que l'on contrefait en France, qui sont faites de laine fort fine ou de petits fils de colon ».

On pourrait donc se demander si la robe de chambre de M. Jourdain doit son nom d'indienne à la façon ou à l'étoffe dont elle est faite; mais il est évident qu'il s'agit delà façon, puisqu'elle étail d'étoffe rayée et que l'écharpe seule était de toile peinte à l'indienne. — D'ailleurs, s'il s'agissait de l'étoffe et non du vêtement, M. Jourdain n'aurait pas pu dire :« Je me suis fait faire cette indienne ci » : on achète l'étoffe, on fait faire le vêtement. — .Voy. p. 208, note : Déshabillé de M. Jourdain.

C'est évidemment d'une toile d'indienne que veut parler Scudéry (Almahide, 1661, Suite de la 2° part, du T. II, p. 1419) lorsqu'il décrit non pas le costume (ce mot est d'origine récente) mais ['habit de Montezine; il dit: « son habillement esloit simple, mais fort propre (élégant), cl d'une toile de coton fort fine et fort blanche, toute couverte de fleurs qui, par une invention venue d'Afrique, avoient pris de la teinture les mesmes couleurs des fleurs naturelles, en espargnanl le blanc du fond de l'habit sur lequel l'industrieux ouvrier les avoit semées. » — L'admiiali< n de l'auteur pour ce genre d'étoffe en montre bien la nouveauté .

P. 8. — Autrefois, les grands Seigneurs faisaient porter leurs livrées à lous leurs domestiques c'est-à-dire à leurs gentilshommes-suivants, secrétaires, etc., en un mot à tous ceux qu'ils logeaient dans leur maison ; l'usage s'en restreignit aux pages,

laquais, suisses, cochers, postillons al palfereniers. — Les livréea du Roi étaienl bleues. Ni un particulier ne pouvait lus porter sans une concession particulière, ni un tailleur ne pouvait les fournir, sous peine d'une amende qui fui fixée, par ordonnancé du 12 Dec. 17u:i, renouvelée en 1704, à 500 livn -.

P. S. — Voici comment l'inventaire dressé du 13 au 20 mars 1673, un mois après le décès de Molière, décrit ses babils du Bourgeois gentilhomme.

a Item. Une manne dans Laquelle il y a un habit pour la représentation du Bourgeois gentilhomme, consistant en une robe de chambre rayée, doublée de taffetas aurore et vert, un haut-de-chausses de panne rouge, une camisole de panne bleue [sic ; par erreur sans doute); un bonnet de nuit et une coiffe : des chausses et une écharpe de toile peinte à l'indienne ; uneveste à la turque et un turban, un sabre, des chausses de brocart aussi garnies de rubans verts et aurore, et deux points de Sedan. Le pourpoint de taffetas garni de dentelle d'argent faux. Le ceinturon, des bas de soie verts et des gants, avec un chapeau garni de plumes aurore et vert ; prisé ensemble soixante-dix livres. » Nous compléterons cette note à l'aide d'un document tiré des archives de la Comédie Française», et qu'à bien voulu nous communiquer M. Monval, archiviste de la Comédie:

« En 1713, le rôle de M. Jourdain était joué par Dumirail, qui portait une robe de chambre de drap d'or.

« Quarante ans plus tard, en 1753, Armand jouait le rôle en habit à la française, justaucorps et rhingrave d'étoffe feu et or et argent; veste d'étoffe verte et or; parements de l'habit vert et or; bonnet de nuit en laine, avec coiffe; baudrier; au chapeau, bouquet de plumes à deux rangs, contenant vingt-huit branches de plumes feu et blanches.

« Grandval, dans le rôle de Cléonle, avait un habit à la turque, mante et césarine de camelot vert de Saxe; veste d'étoffe feu et or, chamarrée de réseau d'or. »

p. 9. — Même scène, plus développée, dans le Francion de Sorel (1641, pp, 374-375):

u J'en vois deux qui partaient ensemble, et n'eus plus d'attention que pour leur discours : — Quel jugement faites-vous de mon habil, disoit l'un? n'est-il pas de la meilleure estoffe pour qui jamais l'on ait payé la douanne de Lyon? mon tailleur n'entend-il pas bien les modes ? c'est un homme d'esprit , je l'avancerai si je puis ; il y a tel Dourgeois qui a un office aux Finances, qui ne le vaut pas. Mais que direz-vous de mon chapeau ? cette forme vous plaist-elle ? — Hélas! Monsieur, respondit l'autre, je trouve tout ce que vous avez extrêmement parfait; tant plus je vous contemple, tant plus je suis ravy d'admiration; je ne crois pas que les anges soient mieux vestus dans le ciel que vous Testes sur la terre, quand ils auroient six aulnes chacun de l'estoffe du Ciel pour se faire un habit dont la broderie seroit faite avec des estoilles. »...

P. 10. — Les anciens romans espagnols sont peuplés d'amoureux qui donnent à leurs maîtresses de ces sérénades dont la mode vint d'Espagne en France. — En Espagne, encore aujourd'hui, quand la nuit est venue, des hommes passent dans les rues en criant, d'heure en heure, l'heure qu'il est et le temps qu'il fait; à minuit, par ex., ils crieront : lus docc, Jlove, ou sereno : il est douze heures, il pleut, ou, le temps est serein. — Ce dernier mot revenant le plus souvent, les crieurs sont

! appelés serenos. La sérénade est donc un concert de voix ou d'instruments qui se donne à l'heure des serenos, c'est-à-dire la nuit.

On remarquera que les paroles de la sérénade sont en style du plus pur précieux. — La musique avait été composée par Gave ; elle était chantée par Mlle Hilaire.

P. 11. — M. Paulin Paris a retrouvé celte chanson dans un recueil sur lequel, malheureusement, il ne fournit aucune indication.. Il l'a publiée dans le 3" vol. (p. 458) de son éd. de Tallemant des Réaux.

Je croyois Janneton Aussy douce que belle.

le eroyoi - Jauni Plus doui e qu u Hélas ' elle esl cen Mille rois plu

AN ! ne consulti - Sini visage inii1 Ali!

mx yeux pleins 'I Hélas!.. , etc.

iqu ■ |.i..i- Qu'elle -i esl point reb lii en ique

à L'amour.

Hélas :.... etc.

Quand je veux

Lu. i tendresse,

Quand je

Hélas ! . . ., etc.

M. Jourdain rappelle ici Alceste, préférant une chanson popi laire au sonnet d'i Ironl -.

P. 13. — La musique et la dan ce, c'est là tout ce qu'il faut — Agrippa d'Aubigné, dans Le Baron de Fœoesi ', raconte 1 conseil tenu chez le Baron de Calopse. Chacun y prêche pou son saint, comme dans L'Ain \ur médecin.

Entre autres, « un baladin nommé Faucheri... vint dire pal dessus les épaules comment il avait leu en Bodin dans La Répà blique, de Bodin' que les royaumes se ruinoient faute de dance... » (Liv. III, chap. XXII'.

P. là. — « L'opinion de plusieurs philosophes anciens n'esl mespriser, i sçavoir qu'il importe grandement pour les mœu des citoyens d'une ville que la musique courante et usil pays soit retenue sous certaines loix, d'aulant que la pluspî des esprits des hommes se conforment el comportent sel( qu'elle est : de façon que là où la musique est désordonnée, <

voloiiliei's les mœurs sont dépravées, cl où clic est bien ordonnée, la sonl les hommes bien morigénez. A ces causes... »

Qui parle ainsi ? le Roi Charles IX dans les lettres patentes du mois de novembre 1570, accordant à J. A. de liait' et à Joaehim Thibauit de Courville la fondation de l'Académie de poésie et de musique dont nous avons parlé ci-dessus, p 200.

On ne trouvera pas un éloge moins exagéré de la musique dans le livre des Merveilles de la nature, par le P. René Binetj sous le nom de René François, 1 vol. in 4°, 1626, p. 517, n° 20.

Parmi les anciens, Platon semble tout aussi passionné que le maître de musique de M. Jourdain : on lit en effet dans La République, liv. IV, Tome IX de la Trad. Cousin : « Qu'on y prenne garde, dit Socrate ; innover en musique, c'est tout compromettre. Car, comme dit Damon, et je suis en cela de son avis, on ne saurait toucher aux règles de la musique sans ébranler en même temps les loix fondamentales de l'Etat... »

— •-. Un homme vertueux s'accordera toujours mieux qu'un autre ; mais pour ce qui est de la musique et de son harmonie, celui qui s'est le plus exercé dans cet art me semble se devoir mieux accorder. » (La 26 partie des questions et rencontres de Tabarin, Question VI.)

P. 13. — Voy. ci-dessus, à la p. 199, l'extrait des lettres patentes données en 1661 par Louis XIV pour la fondation d'une Académie de danse.

P. I'j. — ce A l'époque de la paix d'Amiens (27 mars 1802), M1'0 Devienne était à Rruxelles, engagée au théâtre, et jouissant d'une grande célébrité... Son salon était plein chaque jour de tout ce que Rruxelles renfermait d'hommes spirituels... Les ambassadeurs de toutes les puissances étaient alors réunis dans la capitale de la Relgique pour je ne sais plus quel traité à conclure; ils allaient souvent chez M1U Devienne pour se délasser de leurs travaux diplomatiques. Un soir qu'elle avait chanté aux applaudissements de tous, le ministre du roi de France s'approche d'elle, et lui dit :

Mad< moiselle, si je ne craignais pas de faire un mauvais calembour, je dirais quenous avons besoin de vous, qui chanted ai bien, pour nous mettre d'accord.

— Le calembour esl excellent, Monsieur, car Molière l'a fait avant vous : « Tous les désordres, toutes les guerres, dil-i], qu'on voil dans Le monde, n'arrivent que pour n'apprendre pas

la musique. .. »

El l'ambassadeur prie M"' Devienne d'inviter ses collègues et lui ,i dîner, afin de les rapprocher d'un diplomate d'un rang inférieur au leur et d'éviter ainsi certaines formalités d'étiquette. M"- I)e\i>-nin- y consentit; la reunion improvisée eut un plein succi s. Yoy. Elzéab Blaze, cité dans le Supplément du Figaro du 9 août 1884.

P. 17. — La vogue des bergers était telle, depuis le succès de L'Arcadie, de Sannazar, du Pastor fîdo, de Guarini, en Italie, el de UAstrée d'Honoré d'Urfé en France, que Sorel écrivit, pour s'en moquer, <* Le Berger extravagant où, parmy les fantaisies amoureuses, on void les impertinences des romans et de la puésii- ■ , \C-2H : — roman satirique qui est aux romans de bergerie ce que le D. Quichotte est aux romans de chevalerie. Les ballets et les premiers opéras n'ont presque jamais mis en scène des personnages historiques, même des temps anciens, mais uniquement, ou à peu près, des bergers ou des personnages mythologiques. — Molière avait donné, le 5 janvier l'JG", La Pastorale comique.

I'. 17. — Ce dialogue, comme la sérénade, est dans le genre précieux. — Voir la musique notée ci-dessus, Appendice n" VI.

F. 21. — Il n'y a là, à vrai dire, ni un nouvel acte, ni une nouvelle scène : c'est la 2" et dernière scène du 1™ acte qui se continue. Il en est de même pour tous les autres actes. On trouve, au commencement de chacun, les personnages qui étaient en scène à la tin du précédent. — En réalité, Le Bourgeois gentilhomme est une comédie en un seul acte, coupée par des divertissements, el rappelle ainsi l'ancien théâtre grec.

On l'a parfois divise en trois actes, et c'est ainsi qu'on le trouve dans le Livret de Philidor.

P. 22. — La musique était en grand honneur à la cour de France, surtout depuis que Louis XIII avait composé des mottets et autres pièces, dont plusieurs ont été conservées dans la Musurgia du P. Kircher ; Richelieu, Mazarin surtout, avaient développé ce goût. Non seulement le Roi avait à la fois musique de la Chambre et musique delà Chapelle; mais Gaston, son oncle, mais Monsieur, son frère, mais Mademoiselle de Monlpensier, avaient leur musique, c'est-à-dire leur orchestre, qui jouait pendant les repas de cérémonie, au lever et au coucher, les jours de fêtes solennelles, et qui, en outre, donnait de fréquents concerts. Chez le Roi, aux grandes fêtes, on réunissait la musique de la Chapelle, qui se tenait du côté de l'Évangile, à la musique de la Chambre, côté de l'Epître.

De nombreux concerts avaient lieu aussi chez les particuliers, chez Molière ou Mollier le musicien, tous les jeudis, chez Siffredy, chez Coûtai, chez l'abbé Charles, chez le Marquis de Lévy, chez M. de Lyonne, et un plus grand nombre encore dans les églises. Loret et son continuateur Robinet parlent constamment de ces concerts pieux ou autres, et, par suite, nous donnent la preuve que les courtisans voulaient imiter le Roi et les Princes du sang, que les bourgeois voulaient imiter les gentilshommes. Dans le roman de Polyandrc, de Sorel, Clorinie apprend à Polyandre que, quand Musigène voulait lire ses poésies ou sa prose, elle faisait assembler ses voisines et ses amies, et que même elle avait soin d'avoir de la musique pour intermède de ces lectures. T. 2. II, p. 25. — Ailleurs, pp. 160-161, on voitque, quand il se donnait un concert dans quelque maison particulière, l'entrée était publique, comme dans les bals, et qu'on ne demandait pas même aux arrivants ce qu'ils désiraient.

P. 22. — M. Castil-Blaze donne comme équivalents : dessus, ténor ou soprano; haute-contre désignait une voix plus élevée, mais moins volumineuse que le ténor; basse ou basse-taille désignait la voix grave qui chante la basse.

l es \ i ■ . I • • s , le Ihéorbe, le luth, le clavecin, avaient le privilège exclusif d'accompagner la musiqu libre. Leuf s. m plus doux, la faculté de former des accords, I : iisa.ii il pr forer au violon, sur lequel nos compatriotes n'étaient pas suffisamment habiles. » [Castil-Blaze, Molière musicien.) Les basses de viole, le Ihéorbe el le clavecin jouaient les - continues La « basse continue, dit Furetière, esl l'harmonie que font des I ou des basses de violes, qui jouent continuellement tandis que les voix chanti ni, ou que d'autres instruments jouent leurs parties, ou que quelques-uns s'arrêtent. » — Ces basses continues avaient leur raison d elles accompagnaient des voix, d chants, qui n'avaient aucune mesure déterminée, et qu'il aurait fallu suivre a la piste, ce qui était fort difficile. Quant aux violons, on leur abandonnait les préludes et les ritournelles. (Castil-Blaze. ibid.)

P. 2o. — « La trompette marine, <lii Furetière, esl un instrument de musique composé de trois tables, qui forment son corps triangulaire. Elle a un manche fort long-, et une seule corde de boyau fort grosse, moulée sur un chevalet, qui est ferme d'un côte sur un de ses pieds, et tremblotant de l'autre -ur un pied qui n'est point attaché à la table. On la touche d'une main avec un archet, et de l'autre on presse la corde sur le manche avec le pouce. C'est ce tremblement du chevalet qui lui fait imiter le son de la trompette : ce qu'elle fait si parfaitement qu'il n'y a presque pas moyen de la distinguer de la trompette ordinaire ; c'est ce qui lui a fait donner ce nom, quoique d'ailleurs ce soit une espèce de monocorde. »

Le son harmonieux que lui prête M. Jourdain est une contre-vérile, qui montre son ignorance en musique. — Vbv. le Lexique.

P. -23. — Le menuet est venu du Poitou. Son caractère, dit le Dictionnaire des Danses (1787 , est une .dégante et noble simplicité : on comprend donc l'exclamation ridicule de M. Jourdain : « Les menuets sont ma danse. » — « La mesure du me-

nuet, dit le même Dict., est à trois temps... Le nombre des mesures de l'air, dans chacune de ses reprises, doit être quatre ou un multiple de quatre, parce qu'il en faut autant pour achever le pas du menuet... Pecourt a donné au menuet toute sa grâce en changeant la forme S, qui étoit sa principale figure, en celL d'un Z. »

P. 24. — Un chapeau. — Avant de danser, on faisait ordinairement deux révérences; après la seconde, on faisait un pas de menuet en rétrogradant à la place où l'on avait commencé la première révérence. — Comme on dansait avec le chapeau sur la tète, et qu'on ne faisait point une révérence sans l'ùter avant delà commencer, M. Jourdain avait besoin d'apprendre l'art de l'ôter ou de le remettre : « Le corps étant posé, si vous voulez saluer quelqu'un, il faut lever le bras droit à la hauteur de l'épaule, ayant la main ouverte, puis plier le coude pour prendre votre chapeau, ce qr.i fait un demi-cercle; le coude étant plié et la main ouverte, il faut que vous l'approchiez de la tête, qui ne doit faire aucun mouvement, puis porter le pouce contre le front, les quatre doigts posés sur le relroussis du chapeau; et, en serrant le pouce et les doigts, le pouce, par son mouvement, lève le chapeau, et les quatre doigts le maintiennent dans la main; mais le bras, se haussant un peu plus, levé tout à fait le chapeau de dessus la tète, en s'étendant et le laissant tomber à côté de soi. . .

« Pour le remettre, on doit observer le même ordre : c'est-àdire, levez votre bras à la hauteur de l'épaule, en pliant le coude mettez le chapeau sur la tête en appuyant en même temps votre main contre le retroussis pour l'enfoncer, sans vous reprendre à deux fois et sans appuyer la main sur le milieu de la forme, ce qui n'est pas séant. » — iDici. de danse, 1787.)

Le cjiapeau se gardait partout sur la tête, à l'église, dans les repas, en visite, etc.

P. 24. La jambe droite. — « Ce pas do menuet a trois mouvements et un pas marché sur la pointe du pied, savoir : le

premier est un demi-coupé du pied droit et do de gauche; un pas marché du pied droit but la point* et 1< j imbi - i ti nduee ; à [a tin de ce pas, vous laissez doucement poser le lalon droit à terre, pour laisser plier le genou,.. » [Dict, de danse.

p. 2'i. — Ne remuez point tant les épaules. — u En faisant co pas, vous effacez l'épaule droite, ayant la tête un peu tourné!

du côté gauchi'. » — [lbid.)

P. 2i. Vos deux brus. — « La manière de conduire ses bras dans le menuet esl aussi nécessaire que «ollcdes pas, parce que ce sont ceux qui accompagnent le corps et en font tout l'ornement. — Ainsi, les bras doivent être placés à côté du corps, les mains ni ouvertes ni fennecs, car si le pouce se joignait 3 un des doigts, cela marqueroit un mouvement arrêté qui feroil roidir les jointures supérieures, et empêcheroit que les bras ne se remuassent avec la même douceur que l'on doit observer en cette occasion . » — (lbid.)

P. 2i. Haussez la teste. — « Il faut donner toujours la droite à la dame, vous regardant tous deux en passant, n

P. li. Tournez la pointe du pied en dehors. — Beauchamp, le célèbre danseur, avait divisé en cinq les principales positions à observer en dansant; elles ne différaient entre elles que par l'arrangement des jambes et des pieds. Dans les j deux premières, on recommande «les pieds en dehors ».

p. 24. — Révérence — On distingue trois sortes de révérences : en avant, en passant et en arrière.

La révérence en arrière est la plus respectueuse. Pour la faire, « Le corps posé sur le pied droit, el le gauche prêt à partir, vous le lirez doucement derrière le droit, en vous relevant à mesure que vous tirez le pied derrière, ce qui remet le corps clans son aplomb et fait l'étendue de votre révérence.

« Pour la révérence en avant, le corps droit, il faut passerle pied doucement devant vous, en laissant le corps posé sur le pied de derrière, dont le genou est obligé de se plier par le poids du corps, au lieu que la jambe qui est devant doil être

oit étendue; l'incKualion du corps se fait de suite, plus ou noins profonde, selon la qualité des personnes que vous saluez; a tête même s'incline, ce qui est encore une des parties essentielles delà révérence. » (Ibid.) — Yoy. à la se. xvi et dern. du î« acte, les révérences de M. Jourdain à Dorimène. — Dans une analyse de la Farce des Quïolards publiée par Le Moliéviste (4e année, p. 270), on trouve un rapprochement curieux avec cette scène de Molière.

P. 20. — Le cérémonial de l'assaut ou de la leçon s'était modifié depuis 1622. A cette date, « Quand on se présente en la salle, on demande, Monsieur voulez-vous faire? ou voulez-vous faire assaut, c.-à-d. voulez vous tirer des armes? Puis ramassant et décroisant les armes, voire par honneur les baisant, on dit: Messieurs, gardez les yeux, c.-à-d. on se défend mutuellement de donner au visage. » (René François — René Binet), Essay des merveilles de nature, in-4", 1622, p. 150).

p. 20. — « Si celuy à qui on porte ce coup ( à travers) se tourne de costé, retirant le pied droit en arrière, le coup passe en l'air, et luy cependant porte droit au cœur le coup d'estoc qu'on luy vouloit donner, et cela se dit quarter, c. à d., en eschivant ( esquivant ) le coup de celuy qui veut passer sur nous ou nous passer l'espée à travers le corps, nous destourner un peu, démarcher, et puis l'enfiler luy mesme. » (Id. Ibid. p. 153.)

P. 28. — Sans doute, puisqu'elle les contient toutes. Écoutez le maître d'armes que rencontre sur sa route l'aventurier Buscon : u Je consultais une idée qui m'estoit venue en l'esprit., pour engager l'épée d'un homme contre qui je ferois un duel pour le tuer sans confession. . .Je reduisois l'invention aux règles de mathématique. — Est-il possible, luy dis-je, qu'il y ait des règles de mathématique en cela? — En doutez-vous, me répondit-il? la mathématique ne s'y trouve pas seulement, mais encore la théologie, la philosophie, la musique et la médeine... » (Quevedo, L'advonturicr Buscon, trad. par..., Paris, 1035, p. 140.)

- -2J8 l'. js. — h,- même, dans Le Misanthrope :

Mais mon petit Monsieur, prenez-1 un pen moins haut.

P, 82 l traité di Sénèque lie Ira, en Iroia livri 3.

L'art, aux yeux du maîtn de philosophie esl inférieur à la science . comme la matière à L'esprit, la pratique à la Lhéorif pure.

P. .:.!. — Chanteur. — L'auteur de Molière musicien, 11, pp. .ii. 890 h suiv., prétend que Molière a inventé le mol chanteur et l'a substitué .1 oelui de centre. C'est une erreur, et les exemples! qu'il cite tombent devant ce l'ail qu'on trouve le mot chanteuà dès 1011, dans le Dictionnaire de Cotgrave, puis en 1<;'<i, danj VAbrégê du Parallèle...., de Monei, etc.

P. 37. — L'' professeur de philosophie, pédant comm< M. Jo-^>. de la comédie de LariveyT Le Fidellc,v\. comme Cran-j gei", dans Le Pédant joué, de Cyrano de Bergerac, comme Pan-j crace, du Mariage forcé, jette volontiers du latin dans sa con-j versation. — Dans Le Fidolle, II, xiv, M. Josse demande à Babille, une servante, que lui semble de son latin :

— « Babille. Je ne vous enten pas

— « M. Josse. Si tu ne l'entend, lu es comme morte,

Sam sine ioctrintt, vita esl quasi mortis imago.

P. 38. — La logique. — Molière n'avait pas suivi, bien enlendu, la logique de Port-Royal, et, s'il a reçu les leeons de Gassendi, il faut croire que le célèbre antagoniste de Deseartes n'avait pas encore formulé ses règles de la logique telles que uuiis les trouvons dans l'abrégé qu'en donna le médecin Bernier sou élève et condisciple de Molière.

F.n effet, Port-Royal et Rernier rattachent à la logique nor trois, mais quatre opérations de l'esprit : concevoir, juges raisonner et ordonner. Au contraire, le Maître de philosophie esl ici d'accord avec la logique d'Aristote, à laquelle était conforme celle du sieur de Marandé [Abrégé curieux de toutes les philosophies imprimé avec privilège du 12 juin 1G40, à l'époque

où Molière, âgé de dix-neuf ans, terminait ses études : « La Logique, lit-on p. 17, fait toutes ses levées au traité des unirersaux, elle suppute à quoy elles se montent en celuy des catégories, et nous fait voir comme elles doibvent eslre employées (dans les justes règles de ses propositions) à la contexture de ses arguments. »

P. 38. — Les uuiversaux sont, dit Furetière, d'après Aristote, les termes généraux sous lesquels sont compris plusieurs espèces et individus. On en compte cinq : le genre, l'espèce, la différence, le propre et l'accident. — ce II sert très-peu, dit P«/t- Royal, de savoir qu'il y a des univorsaux. »

P. 39. — Les dix catégories sont les dix classes dans les quelles se répartissent tous les êtres ; savoir : la substance, la quantité, la qualité, la relation, l'action, la passion, le lieu, le temps, la situation, la possession. — « L'étude des catégories est dangereuse », dit Port-Royal.

P. 39. — On appelle figure, en logique, d'après Port-Royal, la disposition des trois termes dont sont composées les trois propositions d'un syllogisme. Les diverses dispositions de ces trois propositions s'appelaient modes. Port-Royal reconnaît quatre figures, dont la quatrième est si peu naturelle qu'il est assez inutile d'en donner les règles. Des trois autres figures, la première a neuf modes, quatre directs et cinq indirects ; la seconde figure et la troisième ont dix modes, dont quatre directs. Ces modes étaient indiqués par les lettres A, E, I, 0, dont les différentes combinaisons, dans des mots barbares et de pure convention, suffisaient pour désigner les divers modes concluants, soit affirmatifs, soit négatifs, conformément aux conventions posées dans les deux vers suivants :

Asserit A, negat E, verum gênera Hier amlio ;

Asserit I, negat 0, sed particularités ambo.

Ie Figure : Barbara, celurent, darii, ferio; — baralipton Celarent, dabitis, fapesmo, frisesomorum.

2e Figure : Cesare, camestres, festino, baroco; — darapti, Felaptom, disamis, dalisi, bocardn, ferison.

Molière a'est pas le premier à s'être moqué de ces termes bizarres, comme il l'a fail en Les mettant dans la bouche d'uo pédant; Montaigne avait <lit déjà, dans le chapitre cpnsi I

« l'inslitiitiou (l'.'-ilucaliuii des Mutants , l.iv. 1, ch. x.w : « On a grand lui! de la peindre (la philosophie) Inaccessible au Tant?... La plus expresse marque de 1 1 sa{ I une

esjouissance constante : son estai esl comme des choses audessus de la lune, toujours serein. C'est Baroco el Baralipton qui rendent leurs supposts ainsi crottez et enfumez .»

Pascal, rappelé aussi dan-; la Coll. des Gr. Éeriv., disait de son côté : « Ce n'est pas Barbara et Baralipton qui forment le raisonnement. » — Cependant les amis de Port-Royal, qui citent , en tête de leur logique son traité de Y Esprit géométrique, d'où est pris cet extrait, déclarenl qu'ils n'uni pas cru o devoir s'arrêter au dégoust de quelques personnes... qui fonl souvent des railleries assez froides sur Baroco et Baralipton, comme tenant du caractère du pédant : parce que l'on a jugé qu'il y avoit plus do bassesse dans ces railleries que dans ces mots. »

P. 39. — La morale. — La morale dirige la volonté « en la poursuite du bien ou en la fuite du mal... Elle tient en main le gouvernail de nus passions ». (de Marandé, Abrégé curieux, etc.)

P. 40. — La physique ancienne comprenait, en un seul corps de doctrine, les sciences qui forment actuellement la physique, la chimie, l'astronomie et même l'anatomie. On s'en convaincra en lisant la table de l'abrégé de la philosophie de Descartes; or, c'est bien à la philosophie de Descartes que Molière fait allusion, puisqu'il parle ici des tourbillons. — Voy. dans cette collection, notre note sur les v. 910 et 913 des Femmes savantes.

P. 4L — UAlmanach. — « Tout le monde sait, dit Furetière, que les almanachs ne consistent qu'en supputations astronomiques. » — Dict. v" Almanach.)

P. 41. — Voyelles et consonnes. — Ceci « arriva un jour... au cercle de la Reine-Mère. — Une femme de qualité y dit par hasard le mot de voyelles. Toutes les autres s'écrièrent dabord: Ah ! Madame, des voyelles ! Et elles s'entre-dcmandoient : sçavez-vous ce que c'est que des voyelles ? Ce pauvre mot fut renié par toutes les dames de l'assemblée, qui n'osèrent dire qu'elles l'entendoient; et il n'y eut que Madame de Monlauzier qui eut assez de courage pour avouer qu'elle sçavoit ce que c'étoit. » — (De Callières, Suite des Mots à la mode, p. 126-127.) — Cf. ci-dessus pp. 204-205, et plus loin, p. 223, note sur la p. 47.

P. 41. — La voix A. — Toute cette leçon a été tirée, presque textuellement, par Molière, du Discours physique de la parole, publié en 16G8 par M. de Cordemoy, de l'Académie française, lecteur du Dauphin, ainsi que l'ont noté déjà Bret et l'édit. de la Coll. des Gr. Écr.

« Si... on ouvre la bouche autant qu'on la peut ouvrir en criant, on ne sauroit former qu'une voix en A.

« La voix E. — Que si l'on ouvre un peu moins la bouche en avançant la mâchoire d'enbas vers celle d'enhaut, on formera une autre voix terminée en E.

« La voix I. — Et si l'on approche un peu davantage les mâchoires l'une de l'autre, sans toutefois que les dents se touchent, on formera une troisième voix en I.

« La voix 0. — Mais si, au contraire, on vient à ouvrir les mâchoires, et à rapprocher en même temps les lèvres par les deux coins, le haut et le bas, sans néanlmoins les fermer tout à fait, on formera la voix 0.

« La voix U. — Enfin si on rapproche les dents sans les joindre entièrement, et si, en même temps, on allonge les deux lèvres sans les joindre tout à fait, on formera une voix en U.

« La consonne D. — Le D se prononce en approchant le bout de la langue au-dessus des dents d'enhaut.

<• L'F. — La lettre F si prononce quand on joinl la lèvre de dessous aux dents il" dessus.

« Et i\\. — La lettre R, en porlanl le bout de la langue jusqu'au haut du palais, de manière qu'élanl frôlée par l'air qui lui sorl avec force, elle lui cède el revient souvenl ;iii même endroit, tandis la'nl que l'on veul que cette prononciation dure. »

Dans son ouvrage intitulé L'Art de bien prononcer ot de bien parler la langue françoisc, par le S'. J. 11, Paris, 1 GïsT, l'auteur, J. Hindret, formule des règles analogues pour la prononciation. — Le livre est composé de dialogu s. Un dos interlocuteurs, Damon, dit, après la leçon : » Mais n'ai-je pas lu quelque chose approchanl de cela dans une comédie? » — Phijinte lui répond :« Il est vrai que Molière, quia trouvé l'ail de tourner en ridicule les choses les plus sérieuses, en a fail une seene assez plaisante dans Le Bourgeois gentilhomme. Il esl vrai encore que les François, nés dans le cœur du royaume, accoutumés dés leur nourrice a bien articuler naturellement les lettres, semblent n'avoir aucun besoin de ces leçons. »

C'est précisémenl la ce qui fait le plaisant de la leçon donnée au Bourgeois gentilhomme, qui a bien autre chose à faire qu'à apprendre ce qu'il sait. — Remarquons, en terminant, que le Maître de philosophie de M. Jourdain, qui prononce da, fa, ra, n'est pas d'accord avec Porl-Royal : en effet, la Grammaire générale demandait qu'on prononçât chaque consonne à l'aide d'un e muet qui la suivrait : de, fe, re.

La science moderne s'est occupée de la production des sons vocaux. Dansun savant ouvrage allemand, trad. par M. 0. Claveau (Paris, Alcan, 1 vol. in-8 ), on classe les voyelles, en y comprenant ou (u allemand, ital., csp.) parmi les « sons avec résonance clans la cavité buccale », p. 183.

Si la cavité buccale tout entière sert de résonnateur, la bouche largement ouverte, on obtient A; la bouche demi-ouverte, E fermé; — si la moitié seulement de la cavité buccale sert de résonnateur, et 1° si la moitié antérieure est largement ouverte avec accès étroit donné à l'air, on obtient OU (U); à moitié ou-

verle avec accès étroit donné à l'air, 0 ; 2° si la moitié postérieure est 1° largement ouverte avec sortie étroite pour l'air on obtient I; 2° à moitié ouverte avec sortie un peu plus étroite pour l'air, È ouvert. La formation complète et l'émission bien tranche des voyelles sont liées à des longueurs différentes du tuyau de renforcement, et l'allongement ou le raccourcissement de ce tuyau se réalise soit dans la partie postérieure de la voie aérienne comprise entre les cordes vocales et le palais, soit dans la partie extérieure comprise entre les dents et le creux des ièrres, soit dans ces deux parties à la fais. — Quant à rallongement ou au raccourcissement postérieur, il se réalise par l'abaissement ou par l'élévation du larynx; — l'allongement ou le raccourcissement antérieur, par la projection des lèvres en avant ou par leur retrait en arrière.

L'examen scientifique de la prononciation des consonnes nous entraînerait trop loin : il nous suffit d'avoir donné une idée de la méthode de l'auteur; nous renvoyons à son ouvrage.

P. 47. — Dons le roman ÏÏAlmahide, de Scudéry, Camarante, aimée d'Abinderrays, a toute l'ignorance de M. Jourdain : « Je n'entends point, dit-elle, toutes ces différences d'odes, de stances, de sonnets, d'élégies et d'épigrammes : il me suffit de sçavoir que tout cela sont des vers, ignorant même ce que ce mot de vers veut dire. » — A rapprocher de l'ignorance de Belastrc qui, dans Le Roman bourgeois, de Furetière, demande : « Ditesm°y> Je vous prie, combien il faut que je mette de vers pour faire un fragment ? » — A rapprocher enfin de ce passage de Mm" de Sévigné : « Comment ma fille? J'ai donc fait un sermon sans y penser? J'en suis aussi étonnée que M. le Comte de Soissons, quand on lui découvrit qu'il faisoit de la prose. » — {Lettr. du 12 juin 1680.) — Cf. ci-dessus pp. 204-205 et note sur iap. 41.

P. 48. — Ne serait-ce point une critique indirecte de cette gentillesse qu'on trouve dans la Clélic (2" pnrl. liv. I, p. 347; 1655), et dont se moqua plus tard Despréaux dans son Dial. des h :i'os de roman ?

« Herminius, qui vit des tablettes sur la table d'Arono 1 • i- ï t el y escrivit [es mesmes paroles dont Lucrèce B'esloi

\i- : -i bien que, baillant après ces tablettes à Ai Amilcar, ils y virenl les mots qui suivent: Tousjours. l'on. si. mais, ai moi t. d'éternelles, hélas, amours, d'aimer, doux. il. point, seroit. n'est, qu'il. — Km vérité, répliqua Hersilie, ce I que vous avez ecril là n'est que du galimalhias. — ... Ces,) deux vers, dont Lucrèce n'avoil fait que transposer tout. 9 les pa - eu les escrivant dans les tablettes de Brutus, sont deux vers an -eux et tendres. . .

Qu'il seroit doux d'aimer >i l'on aimoit tousjours! Mais hélas! il n'est point d'éternelles amours. »

P. 48. — C'étail bien la phraséologie du temps. — M. Jourdain, qui, comme Alceste, préférait une vieille chanson toule naïve a un madrigal impertinent, ne pouvait accepter les fadaises proposées par le Maître de philosophie. Sorel, dans Le Berger extravagant, avait déjà, près de quarante ans avanL Molière, raillé ees formules prétendues poétiques.

P. 50. — Bas de soye si étroits. — Cf. p. 201, note sur la p. 7.

P. 51. — Souliers qui me blessent. — La mode avait changé sans doute, cl le tailleur qui fournissait M. Jourdain de bas et | de souliers tenait compte de ce changement. — « Pour retourner aux bottes, ou aux souliers, — il les faut avoir à long pied, encore que l'on ait dit qu'il se falloit conformer à la nature et garder ses mesures... Les bottes et les souliers à long pied sont demeurez... L'on ficha bien une fois un cloud à quelqu'un' dans ce bout de botte, cependant qu'il estoit attentif à quelque entretien, en telle façon qu'il demeura cloué au plancher. » — (Les Joix de la galanterie, Nouv. Recueil..., J 6 4 4 . >

P. 52. — Les bourgeois étaient le plus souvent vêtus de noir (voy. ci-dessus, p. 205, note sur la p. G). Voilà pourquoi, dans Polyandre, la jeune Isidore, entichée de noblesse, « croyoit que l'on avoit meilleure mine avec l'écarlate

qu'avec le noir ». (f, 559). — Voilà pourquoi aussi « un seigneur assez qualifie', estant veslu de dueil, fut pris pour un bourgeois ». (Francion, 1641, p. 331.) — M. Jourdain ne pouvait s'exposer à une mésaventure pareille à celle-ci ou à une autre du même genre racontée dans Polyandre, I, 07-98.

P. 52. — M. Jourdain (voy. note de la p. 8) avait des chausses de brocard et un pourpoint de taffetas : c'étaient ces vêtements qui pouvaient avoir des fleurs. Dans La Promenade du Cours, satire anonyme publiée en 1G53, on lit :

Les nobles de cent couleurs, Estendus parmy les fleurs, Se paillardent sur la soye, Laissant dans le désespoir Le commis vestu de noir...

P. 53. — La perruque. — L'usage des perruques avait commencé sous Louis XIII, vers 1G29 ; le premier ecclésiastique qui en avait porté était, en 1G60, l'abbé de la Rivière, depuis évûque de Langres ; la couleur préférée était le blond, d'où le nom de blondi ns donné aux jeunes galants. Au temps du Bounjeois gentilhomme, la bonne faiseuse était madame Touzé. — Voy. dans cette coll. notre édit. de L'Avare, p. 167.

P. 55. — Quatre garçons tailleurs entrent. — La partition donne ici deux airs de danse, avec toute la symphonie, c. à. d. tout l'orchestre. — Si l'on se rappelle ce que nous avons dit cidessus, p. 213, note pour la p. 22, que la musique jouait parfois au lever et au coucher du Roi, et si l'on veut bien se reporter aux détails que nous avons donnés dans notre édition du Misanthrope , sur le cérémonial alors observé à la Cour, on verra que l'intermède placé ici par Molière n'était pas sans anaogie avec ce qui se passait à la Cour du grand Roi, et devait paraître d'autant plus plaisant,

P. 55. — Gentilhomme. — « Aujourd'huy.. ., tout est permis pourveu que l'argent marche ; quant on parle à quelqu'un, on ne sçait si l'on doit dire Monseigneur ou Monsieur. » {Caquets

de l'accotchce. Bibl. elzév. pp. 106-107. — L n >ns tailleurs n'hésitenl pas.

P. 55. — Monseigneur. — Les ducs el pairs, les archevêques et évêques, les présidents au mortier, • trailenl de Monseigneur, dit Furelière ; à plus forte raison, un chancelier de France ou un premier président.— Voy. une note sur ce sujet, dans notre édition du Tartuffe, p. 159. — Nous apprenons par Amelol de La Houssaye que les ambassadeurs étrangers ne devaient ce titre qu'au Dauphin.

— « Au demeurant, dit Pasquier, la différence donl nous usons entre Monseigneur el Monsieur, esl que" nous employons le premier à personnages qui tiennent grand rang i : autorité dessus nous, et le second à gens d'honneste qualité, mais que nous ne pensons point tenir plus de rang que nous. »... — (Recherches, 1621, p. 692.)

Richelet, dans ses Lettres choisies, 1689, fait remarquer que le titre de Monseigneur, au lieu de Monsieur, n'a été donné au fils aîné du Roi que vers 1(377.

— « Il esl vrai que le parterre devient terriblement orgueilleux ; ce sont les Italiens qui ont achevé de le gâler. Savez-vous bien que, cet été, ils l'ont traité de Monseigneur dans un placet? Le parterre, Monseigneur! Monseigneur ! j'enrage 1 » — (Regnard, La Coquette, 1691, acte III, se. m.)

P. 58. — Vostre Grandeur. — « Cet amour des litres a passé comme une maladie contagieuse du clergé de Rome à celui des autres pays. Les Evoques se traitent réciproquement de Monseigneur... Ils ne se contentent plus du titre de Monseigneur; ils trouvent 1res bon que leurs ecclésiastiques et tous ceux qui sont dans leur dépendance y ajoutent le titre fastueux de Votre Grandeur. » — (De Callières. Des mots it la mode, 1(19:2, pag. 153.)

Selon Furetière, et selon l'usage, lel qu'on peut le noter dans mille dédicaces, le titre de « Votre Grandeur » ne se donnait pas seulement aux évêques, mais encore à tous les grands

seigneurs qui ne pouvaient prétendre à « Votre Altesse » ou « Votre Excellence ».

P. 56. — Altesse. — «On use, dit Pasquier, de «Votre Excellence» envers les Ducs non souverains, tout ainsi que du mot « Altesse, » emprunté de l'Espagnol, envers les Ducs souverains.»— (Pasquier, Recherches, 1621, p. 688.)

« Les titres d'honneur sont ainsi donnés... : aux Princes de la famille royale, c.-à-d. les Fils et Petit-Fils, Altesse royale; aux Princes du sang, mûmc aux Princes légitimés, Altesse Sérénissitne ; aux Electeurs, Altesse Electorale ; aux Cardinaux-Princes, Altesse Eminentissime ; aux autres Princes, Altesse simplement; aux grands Seigneurs François, Grandeur ; aux Cardinaux qui ne sont pas Princes, Eminence; aux Archevêques et Evêques, Grandeur. » — (Grimarest, Traité sur la manière d'écrire les Lettres, 1735, p. 108.)

P. 58. — Nicole. — La comédienne chargée du rôle Jeanne Olivier Bourguignon, femme du comédien Beauval, était le rire en personne. Louis XIV, qui avait refusé d'abord de ratifier son engagement, l'aecepta après avoir été pris, dans Le Bourgeois gentilhomme, par sa gaieté communicative. — Elle était entrée dans la troupe de Molière deux mois environ aprè? Pâques de 1670 ; elle était née vers 1647.

P. 59. — Sur les traitements infligés aux domestiques, voir dans cette collection notre édition des Femmes sa vantes, p. 157, note sur le vers 425.

P. 66. — Les honnestes gens. — Voy. dans cette collection, notre éd. du Misanthrope, p. 120, note sur le- vers 48.

P. 66. — Le fouet. — Le fouet était Yultima ratio des maîtres dans les collèges; « J'avois un régent, dit Francion, quisepromenoit toujours avec un fouet à la main dont il se sçavoit aussi bien escrimer qu'homme du monde.» (Sorel, Francion, 1641. p. 191). — o Le fouet étoit fait de verges de bouleau, de genest,de parchemin tortillé, de cordes nouées. » (Furetière.)

C'est ] * ï i i r- de voir combien les Enfants de France ont été fouettés, et à plus forte raison les fils de simples gentilshommes on d.' bourgei

Le li novembre 1607, Henri IV écrivait a M"" de Montglat, gouvernante du jeune dauphin: «Je veux el vous le commande de le fouetter louti s les fois qu'il fera l'opiniâtre ou quelque chose de mal, sachant bien par moi-même qu'il n'y a rien au monde qui lui fasse plus de proûl que cela; i recon-

nue par expérience m'avoir profité, car étanl de son âge, j'ai » — [Lett. luis*. VII, p. 385. — On avait, à plus d'une reprise, prévenu ces royales recommandations.

Ain^i, le 27 septembre 1601 était né le Bis aine d'Henri IV, le Dauphin qui fut Louis XIII : dès le jeudi '.' octobre 1603, a il fait l'opiniâtre; est fouetté pour la première fois ». — Le 7 janvier 1604, « fouetté »; le ±1 février, « fouetté »: le 4 mars « fâcheux, fouetté forl bien » ; le 5, « fouetté »; le 19, « fouetté longtemps » ; le 27, « fouetté »; le 29, « fouetté très bien ». — Ainsi : « fouetté, fouetté longtemps, fouetté très-bien » : Héroard, dans son Journal, ne sort pas de là, — jusqu'à la date du 8 novembre 1012, où il écrit : « fouetté bien, sans larin -

A défaut de fouet, l'éducation réclamait la férule ou les coups de poing. Voici, par exemple, le Dauphin, fils de Louis XIV : « Le mardy, 4 août 1671, au matin, à l'estude, M. de Montausier le battit de quatre ou cinq coups de férulles cruelle-, au point qu'il estropioit ce cher enfant. L'après-dinée fut encor< pire. Point de collation, point de promenade; et le soir,... au prier Dieu, où estoit tout le monde à l'ordinaire, ce précieux enfant disoit l'oraison dominicale en françois; il manqua un mot; M. de Montausier se jeta sur luy à coups de poing de toute sa force; je croyois qu'il l'assommeroit. . . Ce qui sauva la vie à ce cher enfant, ce fut un corps piqué de balleines pour luy tenir la taille ferme, qui para les coups de poing. » — iDunois, Mémoires, 1071 ; cité par M. Am. Roux : Montausier, sa vie el son temps, p. 168-169.)

P. 67. — Cette fin de scène, où les questions ne reçoivent jamais que des réponses à côté, offre un moyen comique qu'on

retrouve à la se. v du 3e acte; — Voy. aussi Le Pédant jouér de Cyrano de Bergerac, etc. — Cf. ci-dessous pp. 232-233.

P. 73. — Certains fais se vantaient trop hautement de la faveur de Sa Majesté, et leur hâblerie devait faire rire le Roi, quand il entendait, par exemple, Oronte dire au Misanthrope :

On sçait qu'auprès du Roy je fais quelque figure; 11 m'escoute, et dans tout il en use, ma foy, Lé plus honnestement du monde avecque moy.

Le Pays, dans ses Amiticz, Amours et Amourettes (1G65), avait déjà raillé cette outrecuidance de gens qui se faisaient valoir en s'autorisant du nom du Roi : « A l'entendre dire, le Roi ne voit que par ses yeux, et ne parle que par sa bouche. » (\>. 361.) — Voy. plus loin, p. 233, note sur la p. 87. •

P. 73. — Lts caresses du Roi et de ses Ministres valaient une fortune : « Un jour, un gentilhomme ruiné demande au Cardinal de Richelieu de lui frapper sur l'épaule en public, et de l'honorer d'un air de protection. Ce que ce Ministre n'ayant pu lui refuser, plusieurs traitants, témoins de cette faveur, espérèrent de trouver par lui accès auprès du Ministre, le mirent d'une part dans leurs traités, et bientôt ses affaires furent en meilleur état. » (Abbé de La Roche, notes sur les Maximes de La Rochefoucauld, 1754, p. 115.)

P. 74, — M. de Fleurance-Rivault, précepteur du jeune Roi Louis XIII, lui demande de faire quelque chose. — Je le ferai à mon retpur, dit le Royal Enfant : — « Le précepteur ne le voulant pas croire, le Roi lui dit : Tendez la main ; il y frappe, disant : foi de gentilhomme, je le ferai. C'est la première fois qu'il lui a ouï faire ce serment. Le chevalier de Souvré l'en reprend, disant : Sire, vous n'êtes pas gentilhomme. Le Roi répond en souriant : Je ne suis pas gentilhomme ? — Sire vous êtes roi. — Et les Rois sont-ils pas gentilshommes ? » — (Journal de J. Héroard, 12 mars 1613.)

P, 7.">. — « du «lit quand on voit quelque chose qui déplaît : il me semble que j'ay disné quand je le voy. » (Furetière, Dict.

P. 75. — Mon cher amy, Monsieur Jourdain. — Appeler ainsi M. Jourdain par son nom, c'était faire acte de supériorité.

— En K:'i4, Leshoixde la galanterie, publiéi dans I< Nouveau Bccuoil... de Sorel, formulent cette règle : ■■ Quand il sera question de mespriser quelqu'un en sa pri sence, il se faudra bien garder de repeter le nom dé Monsieur, en parlanl de luy à quelqu'autre qui se trouvera là, comme par exemple, il ne faut pas dire : N'entendez-vous pas ce que Monsieur vous dit? mais seulement : N'entendez-vous pus ce qu'ïï 'lit?... El en parlant à de telles gens, il ne faut jamais les appeler simplement Monsieur, mais y adjouster tousjours leur nom. » — (pp. 43-44.)

Courlin, dans son Traité de la civilité qui se pratique en France parmy les honnes tes gens, dit de même i C'est une incivilité de joindre après le Monsieur ou le Madame le surnom (le nom) ou la qualité de la personne à qui on parle, comme : Oui, Monsieur Cicerville, ou Oui, Monsieur le Marquis, en par- | lanl à lui-même, au lieu de lui dire simplement Oui. Monsieur. » I (Chap. V.

Enfin, qui ne se rappelle la leçon de politesse donnée à Georges ?

Dandin par son beau-père : — « Georges Dandin :... Je vous I

dirai, Monsieur de Sotenville, que j'ai lieu de... — M. de So- I

tenville : Doucement, mon gendre. Apprenez qu'il n'est pas I

respectueux d'appeler les gens par leur nom, et qu'à ceux qui I

sont au-dessus de nous, il faut dire Monsieur tout court. — I Georges Dandin : Hé bien, Monsieur tout court, et non plus Monsieur de Sotenville, j'ai à vous dire... »— (Act. I, .se. IV.)

P. 77. — Allons, mêliez. — C'est-à-dire, mettez votre chapeau.

— « Il est contre la civilité de dire à une personne au-dessus 1 de vous de se couvrir; mais c'est aussi une incivilité si vous vous couvrez vous-même, lorsque vous le pouvez faire à l'égard

d'un égal ou inférieur, de ne point faire couvrir la personne avec laquelle vous parlez, quand elle seroit de beaucoup votre inférieure... A votre égard, si vous êtes inférieur, il faut bien se donner de garde, comme nous venons de marquer, de dire aune personne supérieure de se couvrir, ou de vous couvrir vous-même, qu'après qu'elle vous l'aura dit; et il faut même résister honnêtement, si cette personne est de très-grande qualité; mais aussi, il ne faut pas le lui faire dire impunément trois ou quatre fois. » — (Courtin, Traité de la civilité, Chap. V.)

P. 78. — Dans un vol. dédié à Malherbe, par conséquent antérieur à 1628, dans Le Secrétaire de la Cour et à la mode, Rouen, sans date, l'auteur, Puget de la Serre, a joint à ses modèles de lettres, un opuscule intitulé :« Les Compliments de la langue françoise, par N. N. pp. 271-832. On y lit, p. 280 : — « A... Prenez place, Monsieur. — B.., ce sera après vous, Monsieur. — A... Non, Monsieur, je vous prie de vous mettre là, la place est dédiée. — B... C'est donc pour vous obéir, Monsieur. J'aime mieux faire l'incivil que l'importun. » Dans un autre « compliment », à la p. 2'J8, B... répond à A.,. p qui le presse de sortir : « Monsieur, puisqu'il vous plaît ainsi, et de peur d'être réputé importun au lieu de civil, je ferai celte incongruité, avec protestations que vous m'y contraignez. »

En 1631, Le Bourgeois poli, livret reproduit par Ed. Fournier dans le T. IX de ses Variétés (Bibl. elzév.), a un dialogue sur le même sujet : — «Le Bourgeois : Entrez, je vous prie. — Le second convié : Monsieur, nous ne le ferons pas ; nous serions plutost là tout aujourd'hui. — Le Bourgeois: Messieurs, ce sera donc pour vous obéir; j'aime mieux foire l'incivil que l'importun . »

En 1680, une 6a édit. de l'ouvrage de Puget de la Serre conserve cette précieuse formule, et prouve qu'elle était encore en usage. Nous la retrouvons plus tard encore, en 1693, dans le traité : Du bon et du mauvais usage dans les manières de s'exprimer, etc. par de Callières ; on presse M. Thibault, un jeune bourgeois, de prendre un siège; il résiste, mais enfin :

«J'ai ouï dire, Madame, qu'iJ faut mieux être incivil qu'impor* tua, dit le jeune Thibault en s'asaeyant. » p. 17. — Et plus loin (|i, 114): « 11 esl vrai, 'lit le commandeur, qu'il ne sufl < de Bavoir les bonnes façons di parler pour s'en servir; il faul connoître les mauvaises pour les éviter, surloul certains d qui font l'ornement des discours de la bourgeoisie, et donl M. Thibault nous a donné un exemplo, lorsqu'il a dit à Madame qu'il vaut mieux être incivil qu'importun. »

La ph i asacrée avait donc Burvécu à M. Jourdain; il

est probable qu'alors elle n'avait choqué personne, el n'avait pas même été remarquée.

M. Ed. Fournier a relevé, dans Les JoycuSi ^ di

Windsor, un assaut do politesse entre mislress Page et m celui-ci «lit, à la lin: « VU rather be unmannerly lhan trou? blesome. »

P. 70. — Celte scène se trouve en germe dans le passagi suivant de Polyan ire : ■■ Quelque temps après, son créancier arrivant, il le reçut... mais au lieu de luy rendre ce qu'il luy devôit, il luy en demande encore davantage. » (Sobel, PoL 164$ T. II, pp. 208-209.

P. 80. — Louis, pistoles, livres, francs, sous, deniers. - Le louis et la pistole avaient la même valeur, l'un était fabriqué ec France, l'autre portail le coin d'Espagne ou d'Italie. La fabrica tion des louis d'or fut établie par Louis XIII en 1040, et ce des louis d'argent en 1G41. En 1655, on substitua aux louis d lys d'or ou d'argent. L'année suivante, on revint aux louis. valeur des louis varia de 12 à 10 liv. ; — par lettres patentes 10 déc. L655, elle fut fixée à onze livres.

La livre ou le franc valait vingt sous : on disait plutôt Ut quand le chiffre était suivi de fractions, franc dans le cas co traire.

Le sou valait douze deniers.

P. 85. — J'ay la teste plus grosse que le poing. — Les réponses de Madame Jourdain à Dorante — des réponses qu

n'en sont pas — rappellent celles de Gareau à Chasleaufort, dans Le Pédant joué, de Cyrano de Bergerac : « Chasteaufort : où vas-tu, bon homme ? — Gareau : Tout devant moy. — Chasteaufort : Mais je te demande où va le chemin que lu suis ? — Gareau : Il ne va pas, il ne bouge... » etc. Yoy. cidessus pp. 22S-229, noie sur la p. U7.

P. 8J. — Ces mots lancés avec choc en retour sont caractéristiques du langage populaire parisien.

P. 87. — « Il n'y a rien dont les grands soient si prodigues que de sollicitations, ne se pouvant acquitter à moindres frais qu'en donnant des paroles et des compliments. » — Furetière, Rom. bourg, p. 259 [Bibl. elzév.) — Ainsi, dans Le Misanthrope, p. 288, Oronte dit à Alceste :

S'il faut faire à la Cour, pour vous quelque ouverture, On sait qu'auprès du Roi je fais quelque ligure; Il m'écoute, et dans tout il en use, ma foi, Le plus honnêtement du monde avecque moi.

— Voy. ci-dessus, p. 229, note sur la p. 73.

P. 88. — Cette histoire d'un diamant qu'un niais fait offrir par un intermédiaire, et que l'intermédiaire offre lui-même en son nom, a heureusement inspiré M. Ch. Monselet dans un de ses meilleurs contes : L'Oncle Barbastoul.

P. 91. — Ces sérénades, ces feux d'artifice rappellent le « cadeau » du Menteur.

P. 92. — Acte III. se. vu et ix. Ces deux scènes sont à rapprocher des scènes de brouillerie suivie de raccommodement que Molière a déjà placées dans Le Dépit amoureux et dans Le Tartuffe.

P. 97 — On se rappellera ici une scène qui avait le don de faire rire le cardinal de Richelieu. « Te souviens-tu de cettesoupe aux choux..? — Tais-toi! la graisse m'en fige encore sur l'estomac. »

P. 100. — Tous les détails du porlrail qui suit s'appliquent, d'après une tradition constante, à la femme même de Molière.

P. 117. — on voit par mille comédii - - demandée en

mariage étaient faites parles prétendus eux^-mi

P. 117. — A la se. III, acte V, du Menteur, Géronte l'ait à l loranle la même question.

1300. Êtes-vous gentilhomme ï

Autre est la réponse; autre est la scène.

P. 117. — Cléonte disait vrai : rien n'élail plus fréquent qui

les usurpations de noblesse, qui avaient pour effet utile d'exempter des tailles, etc., ou lès contrefaçons de noblesse, par les discours que l'on tenait, la vie qu'on menait, les habits qu'on portait. Il faudrait un volume pour recueillir toutes les doléances à cet égard des satires en vers ou en prose : nous nous bornerons à quelques exemples. — En 1614, parait Le Bruit qui court de l'espousée. C'est une satire uniquement dirigée contre les bourgeoises qui veulent passer pour demoiselles, c'est-àdire nobles. — En 1622, d'Eslernod, dans sa satire Les ambitieux de la Cour, gourmande — eomm*' Monsieur Jourdain, — les fils de marchands se disant gentilshommes :

Gentilhomme! Monsieur! Je ne le sçavois pas. Et quand vous seriez tel, c'est assez bonne cbere, Monsieur. Que Dieu pardoin à feu vostre grand-pere : Il estoit bon marchand; j'achetay du tabit Du pauvre sire Jean, pour me faire un habit.

La même année, 1G22, dans Les Caquets de l'accouchée, on se plaint de ce qu'on ne distinguait plus « le marchand d'avec le noble ».

En 1623, dans Les Singeries des Femmes descouvertes, on lit : « N'est-ce point une vraye singerie de voir les femmes des crocheteurs vouloir faire les bourgeoises, et les bourgeoises imiter les demoiselles, et celles-cy les princesses ? »

En 1624, voyez les plaintes du Satirique de la Court :

Mais la bourgeoise. . .

Encore n'est-ce rien si elle n'a sur elle Colliers et bracelets comme la demoiselle... Et quand bien elle aura cela, ce n'est pas tout : Sa vaine ambition n'est pas encore au bout ; Il luy faut des rabas, de la sorte que celles Qui sont de cinq ou six villages demoiselles...

A la prétention qui se traduisait parles habits, il faut joindre l'usurpation de la particule de, qui était un indice de la possession d'une seigneurie. Déjà en 1550, Louis Meigret, dans son Trotté de la Grammere franeseze, avait lancé cette crilique : « Quelquefois aussi nous usurpons, quasi pour une plus grande gloire, les noms des seigneuries, métairies, molins, buyssons, montagnes, vallées, prez, hayes, chaussées, moulins; finnblement, le François fait si peu de compte de porter le surnom de sa race (son nom patronymique), qu'en le délaissant il s'usurpe le nom de ses possessions et seigneuries, et, en défaut d'elles, il s'en forge sur des buyssons, hayes, loups et renars, comme Louvetière, Renardière, Bruyère... » — Page 21. — Voy. La Gramm. franc, et les Grammairiens du xvie siècle, par Ch.-L. Livet, p. TO.

Dans ses notes sur le Bricf dialogue. . . entre le vray soldat et Je marchand françois, 1576, M. Ed. Fournier cite le passage suivant lire du Paysan françois, p. 10. 11 y est parlé de plus d'un « qui avoit changé sou coutre en une espée, et sa vache en une arebuze, et se faisoient appeler l'un Monsieur du Ruisseau, l'autre Monsieur de La Planche, du Buisson, et tels autres surnoms et lettres de seigneurie de guerre, indice de leur première vacation. »

En 1637, L. Discret, auteur de la Comédie d'Alizon, met Karolus, vieux bourgeois de Paris, en scène avec Fleurie (II, u) :

Karoli'S : Puisque nous voici seuls, sans tarder davantage,

11 nous faut aviser à nostre mariage.

Fleurie ; Je ne suys en cela que votre volonté.

Karolvs : li l'aut premièrement changer île qualité,

Il faut que désormais vous soyez damoiselle; Mais parce que Madame a l'emphase plus belle, il vous faut appeler, s'il vous semble a propos, Madame Karolus, ou de la Sausse-aux-Ros : ('."est u ii bon fiel' que j'ay proche le Bourg-la Heine.

l'n peu plus tard, en Mil, Sorel disait, au xr liv. de son Francion : ■ Ce cuistre s'appelle Guillaume en son surnom, il au premier roman qu'il a fait, il s'est contente d'y faire mettre : compost par le Sieur Guillaume; mais un an après, en faisan! encore un autre qu'il dédioil à la Heine d'Angleterre, il a voulu paroître parmy la noblesse, et y fait mettre : par le sieur de Guillaume, afin que ce de fît accroire qu'il estoit gentilhomme. »

Le Roman bourgeois nous fournirait un grand nombre d'autres exemples.

Rappelons enfin le Monsieur de la Souche et le Monsieur de l'Ile de l'Ecole îles Femmes, etconstalons, à la louange de Monsieur Jourdain, qu'il n'a pas donné dans ce travers. — Dans Les Mots à la Mode, par de Gallicres, le Commandeur es| moins réservé pour M. Jourdain que M. Jourdain lui-même. 11 dit en effet : « Je consens encore à une nouveauté que j'ay trouvée en Franc? depuis mon retour, qui est que plusieurs Bourgeois niellent devant leur nom un de qui n'y a jamais esté... Je diray donc Monsieur de Jourdain, et Monsieur de Thibaudier » (personnage de la G1"30 d'Escarbagnas). — [Les Mots à la mode, 1692, pp. 134-135.)

Sur les recherches des usurpateurs de noblesse, voy. notre édition de L'Avare, p. 18J.

P. 117. — Charges. — Un grand nombre de charges, et, entre autres, toutes celles de la maison du Roi, conféraient la noblesse, les premières après un temps d'exercice qui variait de dix à vingt ans, les autres immédiatement : celle noblesse était parfois, et parfois n'était pas transmissible. Mais être noble, M ce n'était pas être gentilhomme. — Voy. ci-dessus, pp. 192-193.

Services. — P. 117. — Sans être gentilhomme, ni même

noble, Cléonle pouvait, comme Fabert, qui était fils d'un libraire, prétendre aux plus bauls emplois dans l'armée.

P. 117. — Touchez-là. — L'éditeur de Molière, dans la Collection des Grands Ecriv., cite fort heureusement ce passage des Calants ridicules ou Les Amours de Guillot et de Pagotin, comédie de Chevalier (1662) :

Guii.lot : J'aime votre fille Angélique. Le Docteur : Quoy ! c'est l'objet de vos souhaits ? Touchez, vous ne l'aurez jamais.

P. 118. — Le poète Patrix a dit de même : « Elle croit venir de la côte de Saint-Louis », et Scarron [Rom. com. lre part. feh. v.) : « Il fait l'entendu comme s'il esloit sorty de la coste de Saint-Louis. » — C'était une locution usuelle, que n'ont manqué de relever ni Richclet, ni Furetière.

P. 110. — Pour le mien, ce sont des mal-avisez. . . Voy. cidessus, p. 2d4, la citation tirée de d'Esternod.

— « La folie d'Ariste est de passer pour un homme de qualité; ce n'est qu'un bourgeois revêtu : il est riche, il est magnifiquement logé, il donne souvent à manger à des personnes de haute naissance qui se moquent de lui, qui empruntent son argent, et qui ont la complaisance de lui entendre dire plusieurs fois le jour qu'il est noble, et que ses ayeux ont fait la guerre sous les rois de la seconde race : il l'a dit tant de fois qu'il le croit enflin. » (L'abbé de Bellegakde, Réflexions sur le ridicule, 2e éd. 1697, p. 255.)

P. 119. — Un gentilhomme gueux. — Ce n'était pas chose rare : « C'est grand cas, dit Sorel, que quantité de gens qui demandent la charité abusent aujourd'huy du titre de gens de condition pour faire plus de pitié. » (Polyandre, T. I, p. 130. —

P. 120. — S'il falloit qu'elle me vint voir en équipage de grand-dame. — Voy. dans les Variétés d'Ed. Fournier Le

Bruit qui court do l'espouséc. — Voy. au ïi I" plaintes de

Dandin, acti I, se. I. Renversez la situation ; l'idée

est la m : c'esl folie de se marier en dehors de Ba condition-

Jouer h la Madame. — C'esl jouer à contrefaire toutes leà cén naonies, tous les compliments que -•■ font les dames entre elles, en visiti ou quand elles se rencontrent.

Lu porte Saint Innocent. — Il n'y avait pas do porte Saint* Innocent; mais il y avail r.':rlisc, le cimetière et la célèbre tow taine des Saints Innocents, dans le quartier des halles, c'est-àdire le quartier des marchands de drap, des fripiers et des tapissiers, comme était le père de Molière. Ne faudrait-il pas écrire: « l'apport des Saints-Innocents, » c'est-à-dire : « le marché des Saints-Innocents »''. Le mot apport signifiai! marché; et Furetière constate que, dans le langage populaire, on disait par corruption : « la porte de Paris pour l'apport de Paris ».

p. 121. — Ces mésalliances étaient fréquentes. Quand on parla du mariage de M. de Grignan, petit-fils de M1"1- de SévLgné, avec la fille du financier Saint-Amant, qui donne <. quatre cent mille francs comptant à cette personne », M"'e de Sévigné écrivit à la Comtesse de Guitaud : « on a cru qu'un tel parti seroit bon pour soutenir les grandeurs de la maison ». (Dec. 16t)4.) — On prétend qu'elle disait aussi que « ce mariage metl,oit du fumier sur une bonne terre ». — Mais ce propos ne se trouve pas dans ses lettres.

P. 121. — Suivez-moi. — De cette phrase il résulte que M. Jourdain est sorti sur ce mot : « Je la ferai duchesse ».

P. 122. — Ne voyez-vous pas qu'il est fou? — Jusque-là,"

M. Jourdain n'était nue sot ; il fallait exagérer sa sottise et la i d

tourner eu folie, pour expliquer l'audace du tour que Covielle va lui j ouer.

P. 12.!. — Il s'est fait depuis peu une certaine mascarade. La mascarade dont parle Covielle serait-elle celle qu'on avait vue, six jours avant la première représentation du Bourgeois

gentilhomme, dans la comédie-ballet de M. de Pourceaugnac ? Il faudrait alors admettre que cette phrase de Covielle a clé introduite au dernier moment pour expliquer comment, pour une « bourle » improvisée, il se trouvait avoir sous la main les costumes nécessaires. Il est certain que beaucoup de ceux du ballet de Pourceaugnac purent servir pour Le Bourgeois gentilhomme.

P. 124. — C'est bien le laquais improvisé d'un bourgeois, ce n'est pas le laquais, bien stylé, d'un grand seigneur, qui emploie ce langage. On remarquera cependant que Dubois, laquais d'Aleesle, ne parle pas mieux que celui de M. Jourdain. — Flamand, laquais de Turcaret, emploie un langage analogue.

P. 125. — Dorimène passe en revue toutes les étapes du mariage. Voy. Les Précieuses ridicules, pp. 14-15 de notre édition.

P. 127. — .1/. Jourdain, après avoir l'ait deux révérences. — Voy. ci-dessus, p. 215, note sur la p. 24.

P. 130. — Dorante, traduisant tour à tour à Dorimène et à M. Jourdain les paroles de l'un et de l'autre, rappelle une scène analogue de L'Avare, (IV, iv,) où maître Jacques, placé entre Harpagon et Cléante, les trompe tous les deux en faisant dire à chacun ce qu'il n'a pas dit.

P. 131. — Troisième intermède. — Dans la Coll. des Gr. écriv. le savant éditeur rappelle, d'après le Mcm. des Décorations de la Bibl. Nationale, que le théâtre « est une chambre. Une ferme. 11 faut des sièges, une table pour le festin, et pour le buffet. » Et il ajoute, d'après l'Académie, que « ferme, au théâtree se dit de toute décoration montée sur un châssis, qui se détache en avant de la toile de fond, telle qu'une coionnade... » — Il fallait sans doute ouvrir un premier fond d'une large porte, au delà de laquelle s'apercevait un vestibule ou quelque salle, d où pouvaient s'avancer en cadence les cuisiniers portant la table du festin, et, plus tard, le cortège tout formé du Muphti.

p. i .:.;. /,7i o di lil du bord de plusieurs cbo i ; on ni pain de rive celui qui, placé à la r/ vc.au bord du four, el bien cuit sur ses contours, formai! un biseau doré.

P, 135. — On chantai! beaucoup à labl iccompagne-

ment, quand on ne faisail pas chanter, s symphonie ou

ître, des musiciens payés. M. Caslil-Blaze Molière musicien, I, 78), cite un ;'rand nombre d'auteurs qui ont composé des vers bachiques; nous itre autres Moulinié, Guc-

dron, Cambefort, Antoine, Jean el i laude Bi — et, Lambert, Louis Mollier ou Mollière, Lulli, et le roi Louis XIII, dont le P. Kircher, dans Ba Musurgia Universalis, a conservé une chanson à quatre voix fort bien écrite.

Le second air à boire repose sur une idée familière aux poètes anciens, à Anacréon comme à Catulle : buvons, aimons jouissons de la vie, car le temps fuit et h mort s'avance; el cette idée n'avait rien qui les effrayait.

A propos do ce même air, Lecerf de la Vieuville, dans sa Comparaison '/-1 !■' musique italienne et de la musique françoise (1702), assure que c'était un des airs du monde que Lulli a, toute sa vie, le plus aimé : « Brunet m'a dit qu'ils le chanloient souvent ensemble; Lulli chantoit la basse, accompagnant de son clavecin. »

P. 137. — L'emploi du pronom rlle au lieu de Madame était une familiarité inconvenante. — Voy. ci-dessus, note sur la p. 75, p. 230.

P. 137. — En sa qualité de femme, et de marquise, Dorimène pouvait « prendre au plat » la première, et choisir ses morceaux; celaient les morceaux touchés, puis laissés par elle, que mangeait M. Jourdain. Mais alors il fallait, ainsi le voulait la civilité, qu'il essuyât sa cuiller ou en demandât une propre : c'était là un raffinement qui entrait à peine dans l'usage, et peutêtre ne le connaissait-il pas.

« Il est nécessaire aussi d'observer qu'il faut toujours essuyer vostre cuillier quand, après vous en être servi, vous voudrez prendre quelque chose dans un autre plat, y ayant des

gens si délicats qu'ils ne voudroient pas manger de polage où vous l'auriez mise après l'avoir portée à voslrc bouche. — El même, si on esl à la table de gens bien propres, il ne suffit pas d'essuyer sa cuillicr; il ne faut plus s'en servir, mais en demander une autre. Aussi sert-on à présent en bien des lieux des.cuilliers dans les plats, qui ne servent que pour prendre du potage ou de la sauce. » (Courtin, De la civilité, etc. Ch. XI.)

P. 138. - Acte IV, se. II. — Auger rappelle, à propos de celte scène, une scène analogue dans VAsinaria, de Plaute : Artemone surprend son mari Déménète à table chez la courtisane Philénie; elle apostrophe celle-ci vertement, et plus vertement encore son mari.

On remarquera avec quel art Molière amène une situation qui enlève à M. Jourdain, au profit de Dorante, tout le bénéfice des dépenses faites par le Bourgeois pour « régaler » Dorimène. Dorante avait eu plus de peine pour obtenir le silence de M. Jourdain à propos du diamant.

P. 141. — Pas plus grand que cela. — Dorante avait déjà employé cette expression familière (IV, I.) en parlant d'une « longe de veau de rivière, longue comme cela ». — Ces signes que l'on faisait pour expliquer le mot vague cela, étaient de de mauvaise compagnie : — « C'est aussi contre le respect de se prendre une dent avec l'ongle du pouce, pour exprimer un dédain, comme quand on dit : Je ne m'en soucie non plus que de cela, tirant le bout de la dent avec l'ongle du pouce ; la même chose est de faire nargue avec les doigts, etc. » (Courtin, Traité de la Civilité, chap. V.)

P. 14-2'. — Monsieur mon père. — C'était là une façon de parler réservée aux princes : « Quand j'en vois qui se donnent des airs de princes, sans l'être, en disant Monsieur mon père, Madame ma mère, je dirois volontiers, comme fit feu Monsieur le Prince devant un de ces faux princes qui fut assez vain pour user de ces termes en sa présence : « Monsieur mon Escuyer,

allez dira a Monsieur mon Cocher qu'il n ette Messieurs wos chevaux à mon carrosse. D Calli ri - Des Mut* à la mode, p. 127. < T. p. 225.

P. 144.— On retrouve une idée analogui dans le Francion de Sorel, 1641, p. 257 : - « Fremonde luy tesmoigna... qu'elle ae seroil pas entièrement contente s'il ne lus monslroit des preuves de sa fioblesse... Réduil a c tti extrémité, il chercha diligemment les moyens de eoustenir une chosi si mensongère, et, ayanl appris qu'un bon vieillard de son village esloil à Paris, il l'alla trouver e1 le pria de venir tesmoigner qu'il avait c son père, el qu'il l'avoit tousjours vu tenir dans le païs pour gentilhomme. »

Le père de M. Jourdain choisissait des étoffes i ! les donnait à ses amis pour d>' l'argent : il ne dérogeai! donc pas à sa noblesse. Pour Hortensius, la noblesse de son père a d'autres preuves, appuyées également sur des sophismes : « Le vieillard, qui estoil forl homme de bien dit qu'...il ne pouvoit se résoudre à prononcer ce mensonge... Hortensius luy répliqua là-dessus que, sur toutes les demandesque l'on luy pourroit faire, il luy dresseroit des responses... Or bien, dil Hortenr suis, mon père esloil aussi gentilhomme que loy, et quand tu affirmeras qu'il esloil noble lu ne mentiras point, car tu n'as pas le courage vilain (le cœur d'un vilain), el il ne l'avoit pas non plus. Je m'en vay te dire comment. Si l'on vous eust donné à tous deux deux cent mille livres de rente, vous ne vous fus-i siez pas adonnez à des exercices méchaniques, où la pauvreté atlachoit vos esprits ; vous eussiez vescu sans rien faire, et vi vre sans rien faire c'est estre noble La volonté que vous aviez, doit estre réputée pour le faict. »

P. 145. — Le fils du Grand Turc. — Les Turcs étaient à la mode, depuis la réception par Louis XIV, en décembre lu69, d'un Mutefaraca ou mute ferriquat, sorte d'écuyer, envoyé au Roi de France par le Grand Seigneur. Ed. Fournier (Études sur la vie et Jes œuvres de Molière) a prétendu que cette ambassade était la première qui fût venue de Turquie en France, el

il insiste sur ce que Louis XIV se laissa donner par Soliman le tilre d'empereur, que devait lui donner aussi, en 1699, l'ambassadeur du Maroc. Il y a là une double erreur que l'autorité du nom d'Ed. Fournier accréditerait à tort. D'abord, l'ambassade de 1669 avait été précédée, en septembre 1618, d'une autre ambassade, dont le chef, Yréju, chaoux, était venu apporter à la Cour la confirmation du traité de paix signé entre Louis XIII et Osman, et les excuses du Sultan pour l'insulte faite à notre ambassadeur, Harlay de Sancy, baron de Maule, par le sultan Mustapha. Ensuite, le protocole du temps de Louis XIII donnait déjà au Roi de France le titre d'Empereur. Les lettres remises par Vréju étaient adressées « au plus glorieux et puissant Prince de la créance de Jésus, arbitre des différends qui surviennent entre les peuples chrétiens, et de tous le plus ancien et le plus noble, l'Empereur de France, auquel souhaitons la fin de ses jours eslre heureuse, ses désirs soient accomplis ». (Mercure franc. 1619, p. 283.)

Soliman, qui était arrivé en 1669, repartit au mois de mai 1670. Savenue avait été annoncée par La Fontaine, qui, 4en juillet 1669, écrivait à la princesse de Bavière, sœur du duc de Bouillon,

Nous attendons du Grand Seignenr, Un bel et bon ambassadeur.

Pendant son séjour en France, il aurait eu une aventure galante dont MelIc Dupré aurait parlé à Bussy Rabutin dans une lettre du 27 décembre 1669. Nous avons bien trouvé, dans la Eorresp. de Bussy, publiée par M. Lud.Lalanne, des lettres de Mella Dupré à Bussy, et notamment celle du 27 décembre 1669 : ni dans celle-ci, ni dans aucune autre nous n'avons vu le passage cité. Nous ne nous y arrêterions donc pas, bien que M. Fournier voie dans l'aventure en question l'idée, qui aurait été exploitée par Molière, du mariage du fils du Grand Turc avec la tille de M. Jourdain, si la même aventure n'était rappelée dans les Gazettes rimées de Robinet:

L'envoyé de la Porte icy Ayant rencontré dans Issy

— -2 il —

Entre les belles de Lntcee, Qui le lorgnoient illec sans cesse, i ae brune dont l'œil Fendant \ sur les cœurs grand ascendant, Se ni informer en peu d'heures Des qualités, noms et demeures De ce charmant objet bourgeois.

Ensuite, comme un franc Turquois, Il la lit marchander au père, Sans en faire plus de mystère, Pour la conduire au Grand Seigneur.

L'ambassadeur n'eut pas le même succès que le fils du Grand Turc auprès de M. Jourdain.

Mais le bourgeois, tout en colère, Luy respondit : 1ère lan 1ère.

Les Turcs avaient déjà été mis plusieurs fois sur notre scène française, notamment dans La Sœur, de Botrou, où l'un des personnages parlait un langage turc qui a servi à Molière, puis dans un ballet à douze entrées, dit de Beauchamps, qui fut dansé dans l'appartement du Roi, au Louvre, le 15 décembre 1660, el enfin à la se. vin du Sicilien de Molière. Lord en parle dans sa lettre en vers du 18 décembre, et constate le grand succès qu'y obtint Baptiste, c'est-à-dire Lulli, comme auteur el comme acteur :

Ensuite on dansa le ballet, Peu sérieux mais très follet, Surtout dans un récit turquesque.

Si singulier et si burlesque Et dont Baptiste étoit l'auteur, Que sans doute tout spectateur En eut là rate épanouie, Tant par les yeux que par l'ouïe.

Le ballet ne nous a pas été conservé, niant à la pièce de Botrou, nous auroas à en reparler ainsi que du Sicilien.

P. 143. — Le langage turc de la pièce esl de pure fantaisie ; Chiribirida ouch alla,

est le premier vers du refrain qui accompagne les couplets français chantés par Hali dans Le Sicilien .

Dans La Sœur, de Rolrou, acte III, se. v, on trouve : Géronte : Acciam ?. . .

Horace : Acciam bien croch soicr, sen belmen, sen evoch soler. Géronte : — Ghidelum... — Horace: Ghidelum baba... — Géronte : Carbu lach. — se. vi. — Cabrisciam agni boraf...

Carizar camboco.

P. 148. — Mamamouchi. — Turc de fantaisie, inventé par Molière. Peut-être y pourrait-on voir une réunion des deux mots, fortement altérés, baba, père et mouchir, pacha revêtu de la plus haute dignité, civile on militaire Sur l'idée de la dignité conférée à M. Jourdain, et qui rappelle le trône de Pologne offert à Hortensius par de faux ambassadeurs polonais, voy. 1' 'Appendice, p. lxi.

P. 151. — De même dans Rolrou :

Anselme. — T'en a-t-il pu tant dire en si peu de propos ? Ergaste. — Oui, le langage turc dit beaucoup en deux mots.

(La Sœur, III, v.)

P. 154. — Le Mufti, Quatre Dcrvis. — On connaissait assez mal en France, au XVIIe siècle, les pays éloignés. Le muphti était considéré, à tort, comme le chef delà religion mahomélane, résidant à Constantinople, bien qu'il fût inférieur aux iman, aux bodja, etc. «Le muphti était le souverain interprète de l'alcoran et décidait des questions de la loy ; sa puissance était souvent redoutable au Grand Seigneur.» (Furetière.)

Quant aux Dcrvis, dont le nom était connu de La Fontaine, c'étaient des religieux, faisant vœu de pauvreté. (Dict. de Trévoux.)

Le rôle du Muphti était tenu par Lulli, sous le nom de Chiacherone ; il paraissait cemme auteur, comme danseur, bien qu'il

n'eûljamais appris à dancer, et comme clionleur, bien qu'il n'eûl qu'un maigre Qlel di \"i\ 'le basse : à ces trois litres, il eut un triple succès.

P. 154, ' !es \ ers sonl i cril - diti long m

sabir, mélange d'arabe, de turc, d'italien, d'es| • ., qui

serl buc lo littoral africain de la Médilérronéi lanpi pliflé, "H 1rs \.i qui l'infinitif, langage de pure con-

vention, sans autre règle qu'une clarté suffisante.

Ces vers de fantaisie peuvent se traduire ainsi :

« Si tu sais, — réponds : — si lu ne sais pus, — tais-toi, tais-toi.

« Moi, je suis le mupbti ; — Toi qui es ici, — tu ni pas !

— Tais-toi, tais-toi? »

El plus loin :

o Mahomet pour Jourdain — Je prie soir et malin — Qu'il veuille faire un paladin, — De Jourdain, de Jourdain:

« Donnez turban et cimeterre, — avec galère et brigantine, — pour défendre la Palestine. »

P. ISS. — « Le Muphti : « Est-il lion Turc, Jourdain? — Les Tunes : Oui, par Allah! — Le Muphti (mots sans signification):

« Le Mithti : Tu n'es pas fourbu ? — Les Tckcs : Non, non, non. — Le Muphti : Tu n'es pas fripon î Les Turcs : Non, non, non. — Lf. Muphti : Donnons le turban, donnons le turban. »

p. 158. — a Le Muphti : Tu es noble, ce n'est pas une fable; — prends le sabre. »

P. 156. — « Le Muphti : Donnez, donnez la bastonnade. »

P. 156. — « Le Muphti : N'aie pas bonté ; c'est le dernier affront. »

P, 157. — Dans L'Etourdi, Molière fait direà Lélie Ili, vm :

Masques, où courez-vous ? le pourroit-on apprendre ? Trufaldin, ouvrez-leur, pour jouer un momon.

Un moinon était un coup de dés que les gens déguisés en masques proposaient aux Dames par galanterie ; on disait, comme ici : « porter un momon », c'est-à dire porter un défi à jouer un coup de dés, ou, comme Mm° de Sévigné, « couvrir un momon, » c'est à-dire couvrir le jeu, accepter le défi. Ces défis n'avaient point de revanche. — Voy. le Lexique.

P. 157. — Autre chose était de « porter un masque », ce que les femmes faisaient en tout temps, excepté en préssnce du Roi, de la Reine ou d'autres personnages considérables, ce que faisaient aussi les danseurs et certains types consacres au théâtre; autre chose était « d'aller en masque », c'est-à-dire déguisé et portant un masque, ce que les hommes et les femmes ne pouvaient faire qu'en temps de carnaval, c'est-à-dire loin du mois d'octobre, où Le Bourgeois gentilhomme fut joué pour la première fois. Les masques se permettaient tout, même d'aller dans les maisons particulières où avaient lieu des bals; et parfois, dit Le Pédagogue des familles chrétiennes, ils profilaient de ce qu'ils n'étaient pas connus pour se donner des rendezvous où ils se reconnoissaient à de certains signes convenus. L'Eglise les proscrivait rigoureusement.

P. 161. — Rappelons-nous que Dorante adit (III, vi) à M. Jourdain : « Notre belle Marquise. . . viendra tantôt ici pour le ballet et le repas. » — Est-ce pour voir ce ballet que la Marquise est revenue dans la maison de M. Jourdain après l'affront qu'elle y a reçu? Est-ce pour « servir l'amour de Cléonte », ou pour voir la plus plaisante chose qu'on puisse voir, comme le dit Dorante à l'entrée de cette scène? Voilà trois raisons, ingénieusement notées par Auger, pour expliquer le retour de Dorimène, mais qui ne l'expliquent guère.

P. 163. Sorel, dans Francion (1641, p. 224) parle bien des révérences » à la courtisane », et « à la mode des enfants du Saint-Esprit, »; le même Sorel, dans Pofyandre, (2. I, p. 286) raille les révérences à la courtisane : <• ... Estant instruit aux civilités de la cour, il fit deux profondes révérences à l'entrée

de la Balle, el une aulro encore au milieu, 1 1 une autre i a ~e tournant vers ^Esculan. Lee tirades de - al tant

de bruit que '-lia. -un se ri tourna. •■ — Mais la ■■ révérence à la turque » est une forme da salutation que sans doute le chevalier d'Arvieux avait fait connaître à Molière. — Voy. ci-i p. 215, Dole sur la p. 24.

Dans I' I. des Grands Écr., est cité le passage suivant du Tableau de l'Empire ottoman par Mouradjea d'Ohsson, 1791,

T. IV, p. $ô~< : « On salue son égal en Turquie en partant la main sur son cœur, el sua supérieur en la dirigeant d'abord vers la bouche, ensuite vers le front. Lorsqu'on se présente chez les grands, on fait une profonde inclination, en portant la main droite vers la terre, et la ramenant ensuite vers la bouche el sur la tête. »

I'. Ki3. — Je vous souhaite la force des serpens... M. Jourdain reprend ici, mais à rebours, les paroles de Covielle : « 11 dit que le Ciel vous donne la force des lions et la prudence des serpens.» (Acte IV, se. iv, p. 151.)

P. 163. — Je vous souhaite vostre rosier fleury. — Coviell avait dit de même : « Monsieur Jourdain, vostre cœursoilloul l'année comme un rosier fleury. » (Acte IV, se. iv, p. 150) — On voit la différence.

P. 165. — Est-il besoin de dire que M. Jourdain parle un langage qui n'est ni du turc ni de l'italien? Il en est de même, quelques lignes plus bas, du turc de Covielle et de Cléonte.

P. 167. — De même, dans Les Femmes savantes, Chrysale dit à Henriette (III, vi) :

Otez ce gant, touchez à Monsieur dans la main.

P. 168. — Il est vr.iy que vous estes mon père... Ce revirement soudain, Beaumarchais l'a repris, élans Le mariage de Figaro, lorsque Rosine reconnaît, dans l'élève de Basile, le comte Almaviva.

P. 17-". — Envoyons quérir un notaire... — Le notaire qu'on envoie chercher pour marier Cléonte et Lucile, et qui doit marier aussi Dorante et Dorimènc, no peut que rédiger le contrat de mariage ou une promesse de mariage; le mariage lui-même ne pouvait être célébré que par un prêtre, à l'église, après certaines formalités, publication de bans, monitoires où le prêtre invitait les fidèles, au prône de la messe, à révéler les empêchements qui s'opposeraient au mariage, etc. Il arrivait - souvent à des prêtres de se laisser gagner et de consacrer des mariages sans aucune des formalités exigées : ainsi fut marié, le comte de Laval avec la fdle du chancelier Seguier lui-même, et contre sa volonté.

P. 178. — Ces livrets, comme nous dirions aujourd'hui, étaient souvent, sinon toujours, distribués aux spectateurs des ballets de la Cour, par les soins de celui des quatre gentilshommes de la Chambre, qui était de quartier, c'est-à-dire de service pendant le trimestre. Loret parle à plusieurs reprises de cette coutume.

P. 178. — Homme du bel air. — Nous dirions : homme à la mode . — De Callières a montré l'idée de raillerie qui s'attachait à ce titre : « Tout ce que je puis faire pour votre service et pour celuy des airs c'est d'approuver qu'on continue d'appeler 'vos jeunes gens de la Cour, qui parlent si mal, Messieurs du bel air, parce que ce terme sert aies tourner en ridicule. » [Des mots à la mode, p. 12 et suiv.)

P. 178-179. —Hommes du bel air, Gascons, Suisses etc. — On peut se demander comment tous ces gens se trouvent chez M. Jourdain. C'est que tout bal et tout concert, donnes chez un particulier, étaient en quelque sorte publics. Tout le monde y pouvait entrer; aussi Sorel, fidèle observateur des mœurs de son siècle, a-t-il pu dire dans Polyandre (I, p, 191) :

« Ce nom de bal suppose une assemblée publique où il entre qui peut. Il faudroit laisser cela aux grands seigneurs, qui ont des suisses et d'autres gens pour refuser l'entrée à qui ils veu-

lent, il encore a-t-on bien de la peim quelqu upes-

désordre.

» Pour en parler aussi enlr< nous, n'est-ce pas une chosi hors do raison qu'au jourd'huy les petits veulent faire les grands? El si nous pansions nous plaindre des algarades qui l'on nous fait, ne diroit-on pas que nous sommes obligez de les souffrir, puisque nods ne vivons pas comme nous devrions '

P. 179. — Gascon.— La caractéristique du lang on,c'est

le changement du b en v ou du v en b, qui faisail dire à un poète latin moderne :

Felices populi, quels libère est vivere.

Que l'on lasse ce changement, les mots /iorespour livrcat vaille pour baille, cl toutes 1rs paroles gasconnes deviennent facilement intelligibles.

P. 179. — Suisse. — La caractéristique du parler suisse-aile* mandesl le changementde v ou 1> en f: ainsi, fifre, Ufrc, fous, ifre, pour vivre, livre, vous, ivre.

P. 180. — Gens de l'cntrîguet. — I-'- savant éditeur du Molière de la Coll. des Gr. Écriv. fait remarquer, après Ed. Fournier, que les gens de Lanlriguet ne sont autre chose que les provinciaux de Tréguier, Lantriguet el Tréguier étant le nom de la même ville en basse Bretagne. — Sur la carte de laBrelag"° dressée pour l'Ai las de Mercalor par le Sr Hardy, maréehai des logis des gendarmes du Roy, Tréguier se reconnaît sous le nom de Lanlriguet. — M. Ed. Fournier, dans La Valise Molière, a supposé qu'il pouvait être question ici d'un aventurier connu sous le nom de chevalier de L'Enlriguet. Nous croyons plutôt à ce genre de plaisanterie facile que l'on lait encore de nos jours quand on parle en se moquant des bourgeois de Falaise, de Garpentras, de Quimper-Corenlin, etc.

P. 183. Voici la Iraduclion des vers espagnols: Trois Espagnols chantent.

Je sais que je meurs d'amour, — Et j'appelle la douleur.

Bien que mourant d'aimer, — De si bonne grâce je meurs — Que c'est plus que ce que je souffre — Ce que je veux souffrir, — Ne pouvant dépasser — Mon désir aucune rigueur.

Je sais que je meurs d'amour, — Et j'appelle la douleur.

Le sort me caresse — Avec une pitié si prévoyante — Qu'il assure ma vie — En danger de la mort. — Vivre d'un coup si dur — Est la merveille de mon satut.

Je sais que je meurs d'amour, — Et j'appelle la douleur.

Trois musiciens Espagnols.

Ali ! quelle folie, avec tant de rigueur — De se plaindre de l'Amour, — De l'enfant gentil — Qui est toute douceur ! — Ah ! quelle folie ! — Ali ! quelle folie !

Espagnol chaulant.

11 attire la douteur— Celui qui à la douleur se livre, — Et personne d'amour ne meurt. — Sinon qui ne sait pas aimer.

Deux Espagnols.

Uouce mort est l'amour — Avec réciprocité égale; — Et si nous en jouissons aujourd'hui, — Pourquoi la veux-tu troubler ?

Un Espagnol.

Qu'il se réjouisse l'énamouré, — Et qu'il suive mon avis : — En ce qui est d'aimer, — Tout est de trouver le gué.

Tous trois ensemble.

Allons, allons, des fêtes, — Allons, des bals! — Allégresse ! allégresse allégresse! — Ce qui est douleur est imagination.

P. 185. — Voici la traduction des vers italiens.

Une musicienne italienne.

De rigueurs armée dans mon sein — Contre Amour je me révoltai; — Mais je fus vaincue en un éclair, — A voir les rayons de deux beaux yeux. — Ah ! qu'il résiste peu — Le cœur de glace à un trait de feu!

Mais si cher est mon tourment, — 51 douce est nr.i blessure, — Que

souffrir c l ma joie, i t me guérir est i>r le. — Ah! combien plus nu

réjouit et me pla t — Quand Amonr est plus vivant!

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