S'il faut qu'à vos projets la suite ne réponde
Con>\ Ment.
M. ^chweiûhaiuser, cité par M. Marty-Lavèaux (Lexiq. de Corneille), ra;>>:orte ce vers dans son excellent traité de la Négation, et Le justifie par plusieurs exemples tirés de nos auteurs
[assiques; mais, dit M. Marly-Lavcaux, il ne fait pas remarier que Corneille, qui avait employé ce tour dans les préfères éditions, l'a fait disparaître en 1660. — En effet, Coreillr a corrigé, mais en supprimant ne après à moins que, ce ui n'est pas heureux :
A moins qu'à vos projets un plein effet réponde, . .
— « Ce ne fut pas l'édit de l'Empereur qui alluma la persécution. »
Rac. Trtul. d'un fragm. d'Eusèbe.
Affaire, mot vague :
— « Voyons un peu vostre affaire. » — Bourg, gent. p. 9.
— « Voulez-vous voir nos deux affaires ? » — Ibid. p. 16.
— « Vous avez fait de belles affaires, avec vos beaux sentimens. »
lbid. p. 121.
— Voy. aussi pp. 138, 13-2.
De même :
— « Je viens d'apprendre de belles affaires, vraiment. »
Mol. l'rcc. rid.
Molière aimait à employer les mots à la mode, et en cela il mitait les Précieuses de. la Cour, celles qu'il voulait préserver e l'imitation des Précieuses ridicules ou Précieuses boureoises. Ce mot en est un exemple entre cent autres.
— « Il y a quantité de gens qui, lorsqu'ils ne peuvent expriicr quelque chose par un mot propre, usent du mot de machine. ies autres se servent partout, du mot affaires; ils signifient par i toutes les choses dont ils ne peuvent trouver le nom. Les emmes, en parlant de leurs bijoux, diront : » On porte à cette leure de certaines affaires. » Quelquefois les hommes employent mssi le mot d'affaires et quelques autres pour des choses fart lissemblables, soit pour des étoffes, des meubles, des édifices t des différentes actions de la vie. Tout cela est affaire ou machine. » (Sorel, Conn. des Livr., 1671, p. 422.) Cf. de mixières, Des mots à la mode, 1G92, p. 13-15. On disait alors me affaire pour un combat, ou une amourette :
1023. Ayez-en donc, Madame, et voyons cette affaire.
Mol, Misanthr.
/ h ce mois, le manti ■ fort nécetsair,
i Latint le nommaient douteux, pour celle affaire.
— Voy. dans cette collection, noire Lexique des Femmeë savantes.
Affile, au propre: ôter le fil d'un couteau, aiguiser:
— « Vous avez le caquet bi«-n affilé. » — Bourg, cent. p. 64.
— « Klle a le ber bien affilé, «lit Richelet, c'est-à-dire qu'elle babille beaucoup. »
Charron l'a employé de même au figuré :
— « C'esl dans la solitude que les fols... aiguisent et affilent leurs passions et meschanectez. » Charroi. De la Sagesse.
Air. Avoir bon air :
— <> Vous avez tout-à-fait bon air, avec cet habit. »
Bourg, fient, p. 'X,.
C'élail une expression à la mode. Molière remploie souvenl :
— « Vous devriez un peu vous faire apprendre le bel air 'le-s choses. »
Mol . Préc. rid., p. 13.
Somaize traduil : « Il ne sait pas du tout la manière de fain les choses, » par « il ne sçait pas du tout le bel air des choses. » (Dict. des Précieuses, \" Manières).
920. On travaille aujourd'hui d'un air miraculeux. — Mol. Tari. Vous savez de <iiui air la maison est gardée.
Bois-Iîob. La Folle gageure, IV, n.
— « Je sais qu'il est fait d'un air à se faire aimer » — Mol. L'An.
On employait aussi le pluriel : se donner des airs ; mais de Callières renvoyait celle expression el « tous les autres airs » à la bourgeoisie. [Mots à la mode, 1692, p. 72, 75).
— Voy. dans cette collection, nos Lexiques des Préc. ridic, du Tartuffe, du Misanthrope cl de L'Avare.
Ajuster, ajuster un ballet, préparer, apprêter un ballet :
— « Vous verrez quelque chose de galant dans le petit ballet que nous avons ajusté pour vous. » Bourg, gent. p. 21.
— «Il y a longtemps qu'intrigue, conjoncture, justesse, ajuster, propreté, el autres mots assez utiles, sont reçus partout. » (Sorel, Disc, sur FAcad. 1654).
En 1654, en effet, le mot était dans la langue depuis longtemps, mais strictement, dans le sens propre : ajuster une cheville à un trou. — Rob. Estienne, 1649, l'écrit adiouster, et aussi Monel en 1620. Mais déjà Nicot (1578) l'écrit adjuster, et aussi Monet en 1636. Hier. Victor, 1614, 1637, 1644, Wœsbergue, 1618, le Dict. des Rimes de 1624, le Dict. fr.-flam. de 1643, Duez 1671, ne l'admettent que dans le sens propre. Duez y joint cependant: « s'ajuster, s'accommoder proprement ». — Mais on voit que l'emploi du sens fig. était nouveau au temps de Molière.
— « Je fais ajuster son appartement. »
Séy. au comte de Guitaut, 18 mai 1680.
— « Pour avoir trompé au jeu... avec des cartes ajustées. »
Id. à Mme de Grign., 18 mars 1671.
Ajusté commençait à se dire aussi pour habillé, vêtu: « Ah ! ah ! Covielle. .. Comme te voila ajusté .' » — Bourg, gent. p. 152.
Amadouer :
— « Qu'on est aisément amadoué par ces diantres d'animaux-là ! »
Bourg, gent. p. llo.
— « Au propre, dit le Dict. de Joubert (1725), amadouer, c'est passer doucement la main sur le dos d'un chat pour le rendre plus doux. » — Aucun autre Dict. ne donne ce sens propre, consacré cependant par Régnier et La Fontaine.