‹ Le bourgeois gentilhommeChapitre 16 sur 122 · DIALOGUE EN MUSIQUE · texte numérisé non relu

DIALOGUE EN MUSIQUE

UNE MUSICIENNE et DEUX MUSICIENS.

LA MUSICIENNE

Un cœur, dans l’amoureux empire,

De mille soins est toujours agité.

On dit qu’avec plaisir on languit, on soupire ;

Mais quoi qu’on puisse dire,

Il n’est rien de si doux que notre liberté.

PREMIER MUSICIEN

n n’est rien de si doux que les tendres ardeurs Qui font vivre deux cœurs Dans une même envie ;

On ne peut être heureux sans amoureux désirs.

Otez l’amour de la vie,

Vous en ôtez les plaisirs.

SECOND MUSICIEN

Il seroit doux d’entrer sous l’amoureuse loi,

Si l’on trouvoit en amour de la foi ;

Mais, hélas ! ô rigueur cruelle !

On ne voit point de bergère fidèle ;

Et ce sexe inconstant, trop indigne du jour,

Doit faire pour jamais renoncer à l’amour.

1. La plupart des commentateurs ont cru découvrir, dans le dernier couplet du maître à danser, un trait satirique dirigé contre l’opéra italien, introduit en France par Mazarin en 1645, et contre l’opéra français, qui préparait son début. On pourrait aussi bien prendre ces paroles pour un conseil prudent qui a été suivi. Molière exclut de la scène lyrique les princes et les bourgeois ; que restait-il à Perrin, à Cambert, fondateurs de notre opéra? la mythologie et la féerie. Le champ était encore assez vaste, et des personnages fantastiques semblaient inventés tout exprès pour faire accepter un langage séduisant, mais, sans contredit, très peu naturel. L’Académie de musique a suivi le plan que Molière lui traçait : elle a même saisi le mot de l’énigme qu’il lui laissait à deviner, en •exploitant les fictions de la mythologie antique, de la féerie du moyen âge, combinées plus ou moins adroitement avec les fadaises de la bergerie.

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