ACTE II, SCÈNE VI. At
palais ; de sorte qu'étant frôlée par l’air qui sort avec force elle lui cède, et revient toujours au même endroit, faisant une manière de tremblement : R, RA^
MONSIEUR JOURDAIN
R, R, RA; R, R, R, R, R, RA. Cela est vrai. Ah ! l’habile homme que vous ôtes, et que j’ai perdu de temps ! R, R, R, RA.
LE MAITRE DE PHILOSOPHIE
Je VOUS expliquerai à fond toutes ces curiosités.
M qN SIEUR JOURDAIN.
Je VOUS en prie. Au reste, il iaut que je vous fasse une
I . Toutes ces explications sur le mécanisme qui produit les voix et les articu lations sont tirées presque mot pour mot d’un ouvrage de M. de Cordemov de 1 Academie française, intitulé: Discours physique de la parole, et publié en 1668, c est-à-dire deux ans avant la représentation du Bourgeois gentil homme. On en jugera par ces citations, où j’aurai soin de souliffner les nhrases empruntées par Molière. ^
« Si, par exemple, on ouvre la bouche autant qu on la peut ouvrir en criant on ne sauroit former qu’une voix en A. ’
« Que si l’on ouvre un peu moins la bouche, en avançant la mâchoire d'en bas vers celle den haut, on formera une autre voix terminée en E.
« Et si Von approche encore un peu davantage les mâchoires Vune de Vautre sans toutefois que les dents se touchent, on lormera une troisième voix en 1 « Mais si, au contraire, on vient à ouvrir les mâchoires, et à rapprocher en meme temps les lèvres par les deux coins, le haut et le bas, sans neanmoins les fermer tout à fait, on formera une voix en O.
« Enfin, si \ on ra2:)proche les dents sans les joindre entièrement, et si en meme instant, on allonge les deux lèvres, sans les joindre tout à fait on formera une voix en U. ^ >
« Le D se prononce en approchant le bout de la langue au-dessus des dents d en haut.
« La lettre F se prononce quand on joint la lèvre de dessous aux dents de dessus. •
« Et la lettre R en portant le bout de la langue jusqu'au haut du palais, de mamere qu étant frôlée par Vair qui sort avec force, elle lui cède, et revient souvent au même endroit. » (Auger.)
I fatras n’avait rien de nouveau, et les spectateurs y reconnaissaient les etudes de leur jeunesse ; car, il faut bien le remarquer, la critique de Molière ne porte pas seulement sur le livre de Cordemov, mais sur les puérilités scolastiques que la routine perpétuait dans les écoles\ Les divers passages du I livre de Cordemoy sont traduits littéralement d’un traité du xv« siècle, dont I voici le iûvo : Galeoti Martii Narniensis de homine libri duo, cum annotationibus Georgn Merulæ. (Cap. de Literis, p. 57.) Molière paraît même avoir emprunte a Galeotus plusieurs traits qui ne se trouvent pas dans Cordemoy; tel est celui-ci \0 rotundiore spiritu comparatur; forma per se patet, nec declaratione mdiget. Lirculus enim est forma capacissima : unde ore rotundo logui dicuntur
II qui mult a paucis exprimunt. « Le son de l’o est produit par un mouvement
irrondi de la bouche : on le lit sur les lèvres qui le prononcent. Le cercle est de ,^utes les figures celle qui renferme le plus d’espace : et c’est pour cela qu’on i dit de ceux qui expriment beaucoup de choses en peu de mots, qu’ils parlent avec une bouche arrondie. » Galeotus professait à Bologne; Louis XI le fit venir en Frpee ou il mourut en 1448. Quant à l’ouvrage de Cordemoy. il était dédié a Louis Xl\ ; circonstance qui dut contribuer aux plaisirs de la cour et du roi a qui sans doute on ne laissa pas ignorer la source où Molière avait puisé (Aime Martin.) ^
Molière trava,illait par la moquerie, comme les solitaires de Port-Roval par la iBcience, a la reforme de l’enseignement. (Louandre.)
confidence. Je suis amoureux d’une personne de grande qualité, et je souhaiterois que vous m'aidassiez à lui écrire quelque chose dans un petit billet que je veux laisser tomber à ses pieds.