‹ Le bourgeois gentilhommeChapitre 34 sur 122 · ACTE II, SCÈNE VU · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE VU

LE MAITRE TAILLEUR

Point du tout, monsieur.

MONSIEUR JOURDAIN

Comment ! point du tout?

LE MAITRE TAILLEUR

Non, ils ne vous blessent. point.

MONSIEUR JOURDAIN

Je vous dis qu’ils me blessent, moi.

LE MAITRE TAILLEUR

Vous vous imaginez cela.

MONSIEUR JOURDAIN

Je me Timagine parce que je le sens. Voyez la belîe^ raison !

LE MAITRE TAILLEUR

Tenez, voilà le plus bel habit de la cour, et le mieux assorti .. C’est un chef-d’œuvre que d’avoir inventé un habit sérieux qui ne fût pas noir; et je le donne en six coups aux tailleurs les plus éclairés.

Qu est-ce que c’est que ceci ? vous avez mis les fleurs en en bas

LE MAITRE TAILLEUR

Vous ne m'avez pas dit que vous les vouliez en en haut.

MONSIEUR JOURDAIN

Est-ce qu’il faut dire cela ?

LE MAITRE TAILLEUR

Oui, vraiment. Toutes les personnes de qualité les portent de la sorte.

MONSIEUR JOURDAIN

Les personnes de qualité portent les fleurs en en bas?

LE MAITRE TAILLEUR

Oui monsieur. \ ,

MONSIEUR JOURDAIN

Oh ! voilà qui est donc bien.

LE MAITRE TAILLEUR

Si VOUS voulez, je les mettrai en en haut.

2. Nicot écrit d’un seul mot embas, C'ihaut. Pcrrmilt, parlant de la feuille î’arbre :

Lorsque l’hiver répani sa nei<re el ses frimas,

Elle quille sa tige, et descend en en-bas.

î< Ce mot, dit Trévoux, doit être, en de certaines occasions, regardé comme* .ubstantif, car on lui donne une préposition. »

MONSIEUR JOURDAIN

Non, non.

LE MAITRE TAILLEUR

A^ous n’avez qu’à dire.

MONSIEUR JOURDAIN

Non, VOUS dis-je; vous avez bien fait. Croyez -vous que l’habit m’aille bien?*

LE MAITRE TAILLEUR

Belle demande! Je défie un peintre, avec son pinceau, de vous faire rien de plus juste. J’ai chez moi un garçon qui, pour monter une ringrave, est le plus grand génie du monde ; et un autre qui, pour assembler un pourpoint, est le héros de notre temps. d

MONSIEUR JOURDAIN

La perruque et les plumes sont-elles comme il faut?

LE MAITRE TAILLEUR

Tout est bien.

MONSIEUR JOURDAIN, en regardant l’habit du tailleur.

Ah 1 ah ! monsieur le tailleur, voilà de mon étoffe du dernier habit que vous m’avez fait. Je la reconnois bien.

LE MAITRE TAILLEUR

C’est que l’étoffe me sembla si belle, que j’en ai voulu lever un habit pour moi.

Oui : mais il ne falloit pas le lever avec le mien.

LE MAITRE TAILLEUR

Voulez-vous mettre votre habit?

MONSIEUR JOURDAIN

Oui : donnez-le-moi.

LE MAITRE TAILLEUR

Attendez. Cela ne va pas comme cela. J’ai amené des gens pour vous habiller en cadence, et ces sortes ddiabits se mettent avec cérémonie. Holà ! entrez, vous autres.

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