‹ Le bourgeois gentilhommeChapitre 39 sur 122 · MADAME JOURDAIN, MONSIEUR JOURDAIN, NICOLE, DEUX LAQUAIS · texte numérisé non relu

MADAME JOURDAIN, MONSIEUR JOURDAIN, NICOLE, DEUX LAQUAIS

MADAME JOURDAIN

Ah ! ah ! voici une nouvelle histoire ! Qu’est-ce que c’e^i donc, mon mari, que cet équipage-là ? Vous moquez-vous du monde, de vous être fait enharnacher de la sorte ? et avezvous envié qu’on se raille partout de vous?

MONSIEUR JOURDAIN

Il n’y a que des sots et des sottes, ma femme, qui se railleront de moi.

MADAME JOURDAIN

Vraiment, on n’a pas attendu jusqu’à cette heure ; et il y a longtemps que vos façons de faire donnent à rire à tout le monde.

MONSIEUR JOURDAIN

Qui est donc tout ce monde-là, s’il vous plaît ?

MADAME JOURDAIN

Tout ce monde-là est un monde qui a raison, et qui est plus sage que vous. Pour moi, je suis scandalisée de la vie que vous menez. Je ne sais plus ce que c’est que notre maison. On diroit qu’il est céans carême-prenant^ tous les jours ; et dès le matin, de peur d’y nlanquer, on y entend des vacarmes de violons ou de chanteurs dont tout le voisinage se trouve incommodé.

NICOLE

Madame parle bien. Je ne saurois plus voir mon ménage propre avec cet attirail de gens que vous faites venir chez vous. Ils ont des pieds qui vont chercher de la boue dans tous les quartiers de la ville, pour l’apporter ici ; et la pauvre 4- Françoise est presque sur les dents, à frotter les planchers que vos biaux maîtres viennent crotter régulièrement tous I les jours.

Ouais î notre servante Nicole, vous avez le caquet bien affilé, pour une paysanne !

MADAME JOURDAIN

Nicole a raison ; et son sens est meilleur que le vôtre. Jii

i. On appelait ainsi autrefois les jours gras qui précèdent le carême.

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