ACTE IV, SCÈNE V
toi
Cacaracamouchen veut dire : Ma chère âme ?
COVIELLE
Oui.
MONSIEUR JOURDAIN
Voilà qui est merveilleux. Cacaracamouchen, Ma chère âme. Diroit-on jamais cela? Voilà qui me confond.
, COVIELLE
Enfin, pour achever mon ambassade, il vient vous demander votre fille en mariage; et, pour avoir un beau-père qui soit digne de lui, il veut vous faire mamamouchi qui est une certaine dignité de son pays.
MONSIEUR JOURDAIN
Mamamouchi ?
COVIELLE
Oui, mamamouchi, c^est-à-dire, en notre langue, paladin. Paladin, ce sont de ces anciens... Paladin, enfin. Il n’y a rien de plus noble que cela dans le monde, et vous irez de pair avec les plus grands seigneurs de la terre.
MONSIEUR JOURDAIN
Le fils du Grand Turc m’honore beaucoup ; et je vous prie de me mener chez lui pour lui faire mes remerciements.
COVIELLE
Gomment! le voilà qui va venir ici.
MONSIEUR JOURDAIN
11 va venir ici?
Oui ; et il amène toutes choses pour la cérémonie de votre dignité.
MONSIEUR JOURDAIN
Voilà qui est bien prompt.
COVIELLE
Son amour ne peut souffrir aucun retardement.
MONSIEUR JOURDAIN
Tout ce qui m’embarrasse ici, c’est que ma fille est une opiniâtre qui s’est allé mettre dans la tête^ un certain Cléonte, et elle jure de n’épouser personne que celui-là.
1. Pour ; Turc de carnaval. Mot de la création de Molière, et qui est resté dans la langue française.
11 y a: qui s est allé mettre, 'ans le texte original et dans l’édition de 1682. On n’aurait pas écrit alors plus qu’aujourd’hui,eZZe est allé se mettre dans la tête ; mais en plaçant le pronom personnel avant le verbe auxiliaire, on se croyait dispensé de faire accorder le participe avec le sujet de la proposi iton, et i’on écrivait. elle s'est allé mettre dans la tête, comme on eut écriti -.elle s'est laissé mettre dans la tête, bien que les deux cas soient tout à fait dlféreuts.
COVIELLE
Elle changera de sentiment quand elle verra le fils du Grand Turc ; et puis il se rencontre ici une aventure merveilleuse : c’est que le fils du Grand Turc ressemble à ce Cléonte, à peu de chose près. Je viens de le voir, on me Ta montré ; et l’amour qu’elle a pour l’un pourra passer aisément à l’autre, et... Je l’entends venir; le voilà.