SCENE XI
Les Mêmes, LA MÂRIOT TE, HUGUETTE.
HUGUETTE, en pleurs, poursuivie par la Mariette qui la harcèle.
Mais laissez-moi, je vous dis, laissez-moi.
LA MARIOTTE
Mais enfin, qu'est-ce que vous avez mademoiselle?
HUGUETTE
Mais rien, quoi! je n'ai rien.
LA MARIOTTE
Comment, rien ? Je vous trouve là au fond du jardin, pleurant à chaudes larmes.
HUGUETTE, convulsivement.
Oh!
LA MARIOTTE
Attendez, je vais un peu aller trouver votre papa, pour qu'il voie clair dans tout ça.
HUGUBTTB.
Oh non non ! Je vous le défends !
LA MARIOTTE
Si si ! Je ne veux pas que vous ayez du chagrin, moi !
Elle entre au presbytère.
HUGUETTE, s'effondrant sur le banc qui entoure l'arbre.
Oh! n'avoir même pas la liberté de pleurer en paix!
Elle pleure, la tête dans ses mains. — Maurice et
Étiennette ont écouté tout cela avec compassion. ÉTIENNETTE, émue — à Maurice à mi-voix.
Dis-lui un mot, voyons I console-là !
Maurice hésite un instant, puis se laissant persuader, va s'asseoir tout près d Huguette.
MAURICE, une fois assis.
Tu pleures, Huguette ?
HUGUETTE (l), sursautant.
Hein ! Toi ! (Essuyant vivement ses yeux.) Non !
non !
MAURICE (2), atïectueusement.
Qu'est-ce que tu as ?
HUGUETTE
Rien. C'est nerveux!
MAURICEj id.
Non ça n'est pas nerveux! Tu as du chagrin. Est-ce vrai, ce qu'on m'a dit, que c'est à cause de moi ?
HUGUETTE
De toi ! Oh non!... non!
MAURICE
Ah ! n'est-ce pas. que ce n'est pas exact,
(Avec un geste de la tête dans la direction d'Étiennette qui, elle, assiste à cet entretien, dissimulée par l'arbre.) CG
qu'on voudrait me persuader, que soi-disant, tu m'aimerais ?
HUGUETTE, vivement.
Oh non ! non !
MAURICE, sur un ton de triomphe à l'adresse d'Étiennette.
Ah I (a Huguette.) Qu'au contraire, la vérité, c'est que plutôt, un peu d'antipathie...
HUGUETTE, avec feu.
D'antipathiel Oh non... (pius timidement.) non I
MAURir.E.
Non?
HUGUETTE, toute confuse.
Ah! Maurice! Maurice, laisse-moi!
MAURICE
Tu me repousses ?
HUGUETTE, se cachant la figure dans les mains.
Oh I Que je suis malheureuse !
MAURICE, affectueusement.
Huguette !
HUGUETTE, éclatant.
Oh! toi! toi... et cette femme!...
MAURICE, interloqué.
Hein?
HUGUETTE
Quand je pense que tout à l'heure, là... Oh! Je la hais !...
MAURICE, vivement et véhémentement.
Ne la hais pas, Huguette! Si tu savais!... si tu savais ce qu'elle me disait de toi, tout à l'heure...
HUGUETTE, avec un ricanement dédaigneux.
Vraiment !
MAURICE
Elle me disait que tu étais la femme qu'il me faut! Que je devrais t'épouser !
HUGUETTEj le regarde un instant interloquée, puis :
Elle t'a dit cela, elle?
MAURICE, les bras croisés, tournant à demi le dos à Huguette et sur un ton maussade où perce un peu de rancune contre Huguette pour les propos qu'elle ^ ient de tenir.
Oui, elle m'a dit ça !
HUGUETTE, n'en croyant pas ses oreilles.
Est-il possible!... Oh! Et moi qui croyais... qui me figurais!... (changeant de ton.) Oh! oui, mais toi! toi, tu as répondu non!
MAURICE, toujours à demi tourné, et sur le même ton maussade.
Moi?... non, je n'ai pas répondu non.
HUGUETTE, explosion de joie.
Tu n'as pas répondu non !
MAURICE, id.
Non, je n'ai pas répondu non !
HUGUETTE
Ah! Maurice! Maurice!... Si tu savais.
je... la... la... ah! ah!... (changeant brusquement
de ton.) Attends-moi... Attends-moi !
Elle se sauve comme une folle.
MAURICE, se levant comme pour la retenir.
Huguette !
HUGUETTE, tout en courant.
Oui, oui, je reviens.
Elle se précipite dans le presbytère.
MAURICE, ahuri.
Eh bien! Qu'est-ce qu'elle a?
ÉTIENNETTE, qui pendant toute cette scène a souffert visiblement un véritable calvaire, allant à Maurice et avec une émotion contenue.
Et maintenant mon petit Maurice, il faut être bien raisonnable, et me laisser m'en aller.
MAURICE, ahuri.
Hein ! Tu pars ?
ÉTIENNETTE
Je ne saurais rester davantage... Ma place n'est plus ici...
MAURICE
Oh! mais, attends-moi; je rentre avec toi...
ÉTIENNETTE
Non, non... Toi, tu partiras ce soir.
MAURIGBj suppliant.
Etiennette... !
étîennette.
si, si ! Tu vas être bien mignon et faire ce que je te dis.
MAURICE, avec angoisse.
Etiennette, tu ne penses pas à me quitter... Tu rentres à Paris, mais une fois làbas...
étîennette.
Mais oui, mais oui... Tu sais bien que je t'aime.
A demain alors.
étîennette.
A demain! (Maurice tend les lèvres vers elle pour l'embrasser, elle le repousse doucement.) AllonS ! allons ! sage !...
MAURICE
Etiennette !
ETIENNETTE
Chut! ChutI Demain!
Elle a gagné doucement à reculons jusqu à la porte de droite. — Au moment de la franchir, à Maurice qui la regarde littéralement terrassé, elle envoie un baiser et sort. Elle n'est pas plus tôt dehors qu'Huguette paraît, tirant son père par la main; à leur suite la Comtesse, l'Abbé, Eugénie etHeurteloup.