‹ Le bourgeon; comédie en trois actesChapitre 60 sur 62 · SCENE XI · texte numérisé non relu

SCENE XI

Les Mêmes, LA MÂRIOT TE, HUGUETTE.

HUGUETTE, en pleurs, poursuivie par la Mariette qui la harcèle.

Mais laissez-moi, je vous dis, laissez-moi.

LA MARIOTTE

Mais enfin, qu'est-ce que vous avez mademoiselle?

HUGUETTE

Mais rien, quoi! je n'ai rien.

LA MARIOTTE

Comment, rien ? Je vous trouve là au fond du jardin, pleurant à chaudes larmes.

HUGUETTE, convulsivement.

Oh!

LA MARIOTTE

Attendez, je vais un peu aller trouver votre papa, pour qu'il voie clair dans tout ça.

HUGUBTTB.

Oh non non ! Je vous le défends !

LA MARIOTTE

Si si ! Je ne veux pas que vous ayez du chagrin, moi !

Elle entre au presbytère.

HUGUETTE, s'effondrant sur le banc qui entoure l'arbre.

Oh! n'avoir même pas la liberté de pleurer en paix!

Elle pleure, la tête dans ses mains. — Maurice et

Étiennette ont écouté tout cela avec compassion. ÉTIENNETTE, émue — à Maurice à mi-voix.

Dis-lui un mot, voyons I console-là !

Maurice hésite un instant, puis se laissant persuader, va s'asseoir tout près d Huguette.

MAURICE, une fois assis.

Tu pleures, Huguette ?

HUGUETTE (l), sursautant.

Hein ! Toi ! (Essuyant vivement ses yeux.) Non !

non !

MAURICE (2), atïectueusement.

Qu'est-ce que tu as ?

HUGUETTE

Rien. C'est nerveux!

MAURICEj id.

Non ça n'est pas nerveux! Tu as du chagrin. Est-ce vrai, ce qu'on m'a dit, que c'est à cause de moi ?

HUGUETTE

De toi ! Oh non!... non!

MAURICE

Ah ! n'est-ce pas. que ce n'est pas exact,

(Avec un geste de la tête dans la direction d'Étiennette qui, elle, assiste à cet entretien, dissimulée par l'arbre.) CG

qu'on voudrait me persuader, que soi-disant, tu m'aimerais ?

HUGUETTE, vivement.

Oh non ! non !

MAURICE, sur un ton de triomphe à l'adresse d'Étiennette.

Ah I (a Huguette.) Qu'au contraire, la vérité, c'est que plutôt, un peu d'antipathie...

HUGUETTE, avec feu.

D'antipathiel Oh non... (pius timidement.) non I

MAURir.E.

Non?

HUGUETTE, toute confuse.

Ah! Maurice! Maurice, laisse-moi!

MAURICE

Tu me repousses ?

HUGUETTE, se cachant la figure dans les mains.

Oh I Que je suis malheureuse !

MAURICE, affectueusement.

Huguette !

HUGUETTE, éclatant.

Oh! toi! toi... et cette femme!...

MAURICE, interloqué.

Hein?

HUGUETTE

Quand je pense que tout à l'heure, là... Oh! Je la hais !...

MAURICE, vivement et véhémentement.

Ne la hais pas, Huguette! Si tu savais!... si tu savais ce qu'elle me disait de toi, tout à l'heure...

HUGUETTE, avec un ricanement dédaigneux.

Vraiment !

MAURICE

Elle me disait que tu étais la femme qu'il me faut! Que je devrais t'épouser !

HUGUETTEj le regarde un instant interloquée, puis :

Elle t'a dit cela, elle?

MAURICE, les bras croisés, tournant à demi le dos à Huguette et sur un ton maussade où perce un peu de rancune contre Huguette pour les propos qu'elle ^ ient de tenir.

Oui, elle m'a dit ça !

HUGUETTE, n'en croyant pas ses oreilles.

Est-il possible!... Oh! Et moi qui croyais... qui me figurais!... (changeant de ton.) Oh! oui, mais toi! toi, tu as répondu non!

MAURICE, toujours à demi tourné, et sur le même ton maussade.

Moi?... non, je n'ai pas répondu non.

HUGUETTE, explosion de joie.

Tu n'as pas répondu non !

MAURICE, id.

Non, je n'ai pas répondu non !

HUGUETTE

Ah! Maurice! Maurice!... Si tu savais.

je... la... la... ah! ah!... (changeant brusquement

de ton.) Attends-moi... Attends-moi !

Elle se sauve comme une folle.

MAURICE, se levant comme pour la retenir.

Huguette !

HUGUETTE, tout en courant.

Oui, oui, je reviens.

Elle se précipite dans le presbytère.

MAURICE, ahuri.

Eh bien! Qu'est-ce qu'elle a?

ÉTIENNETTE, qui pendant toute cette scène a souffert visiblement un véritable calvaire, allant à Maurice et avec une émotion contenue.

Et maintenant mon petit Maurice, il faut être bien raisonnable, et me laisser m'en aller.

MAURICE, ahuri.

Hein ! Tu pars ?

ÉTIENNETTE

Je ne saurais rester davantage... Ma place n'est plus ici...

MAURICE

Oh! mais, attends-moi; je rentre avec toi...

ÉTIENNETTE

Non, non... Toi, tu partiras ce soir.

MAURIGBj suppliant.

Etiennette... !

étîennette.

si, si ! Tu vas être bien mignon et faire ce que je te dis.

MAURICE, avec angoisse.

Etiennette, tu ne penses pas à me quitter... Tu rentres à Paris, mais une fois làbas...

étîennette.

Mais oui, mais oui... Tu sais bien que je t'aime.

A demain alors.

étîennette.

A demain! (Maurice tend les lèvres vers elle pour l'embrasser, elle le repousse doucement.) AllonS ! allons ! sage !...

MAURICE

Etiennette !

ETIENNETTE

Chut! ChutI Demain!

Elle a gagné doucement à reculons jusqu à la porte de droite. — Au moment de la franchir, à Maurice qui la regarde littéralement terrassé, elle envoie un baiser et sort. Elle n'est pas plus tôt dehors qu'Huguette paraît, tirant son père par la main; à leur suite la Comtesse, l'Abbé, Eugénie etHeurteloup.

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