‹ Le bout de l'an de l'amour: causerie a deuxChapitre 4 sur 12 · SCÈNE UNIQUE · texte numérisé non relu

SCÈNE UNIQUE

sans m'informer si par hasard d'autres voyageurs avant moi ne seraient pas venus chercher le repos sous leur ombre.

CHARLES^ riant.

' Épicure, lui-même, n'aurait pas mieux parlé I

HENRI

Épicure était dans le vrai... Jouissons de Theure présente, et après nous la fin du monde I

CHARLES, assis

- Oui, la devise des enfants du siècle : « Après nous la fin du monde I » On va loin, Henri, avec cette phrase-là.

HENRI

Prèchi! prêcha!... et où va-t-on?

CHARLES

On va au néant, partjeu ! au néant de tout ce qui est saint, de tout ce qui est grand.

HENRI

Ta parole?

CHARLES

Ne ris pas... Tu la connais, n'est-ce pas, cette autre phrase : « Nos pères valaient mieux que nous ? » Elle est vieille comme le monde, et je m'en sers tout de même ! Oui, ils valaient mieux que nous... ils logeaientdans la vie, et nous y campons. Les morts vont vite, dit-on ! Eh bien, les vivants aujourd'hui vont bien plus vite encore. C'est le temps des éphémères. Nous nous hâtons de jouir, nous mettons la vie en serre chaude, et, avant Theurc marquée, la chrysalide veut être papillon ; l'artiste, demi-dieu ; le soldat, général ; le poète, compris; le banquier, millionnaire, et l'amant... heureux. Après nous la fin du monde I et nous mordons à pleines dents à la grappe verte encore, de peur de ne plus être là quand viendra la vendange. Tant pis pour nos neveux qui préparent les cuves ! Profitons du présent I que l'avenir s'arrange ! Apre? nous la fin du monde ! et nous nous dorlotons dans notre bien-être tout capitonné d'indifférence et d*égoïsme, et nous nous croyons quittes envers

nos pères, quand nous ne les mettons pas sur la paille, s'ils sont riches, ou quand nous leur donnons du pain, s'ils sont pauvres; envers nos filles, quand nous les avons jetées en robe blanche dans les bras du premier venu; envers nos fils...

HENRI, riant.

Quand nous les avons habillés en zouaves ou en artilleurs.

CHARLES

Envers nos amis, quand nous ne leur avons pas pris - leurs femmes... envers nos pauvres, quand nous avons bu du punch à leur profit ; envers nos morts, quand nous les avons suivis pendant dix minutes le parapluie sous le bras et le chapeau sur la tète... et envers Dieu, quand nous ne l'avons pas envoyé au diable !

Henri éclate de rire* CHARLES, changeant de ton tout à coup.

Eh bien, voilà comme je suis, moi, quand je n'ai pasdtné.

HENRI

Prends donc quelque chose

CHARLES, se levant.

. Eh ! mais, très-certainement que je vais prendre quelque chose.

HENRI

Tiens! au fait, c'est une idée! un rond de saucisson en attendant le coq de bruyère truffé, et une crevette en attendant le homard à Taméricaine.

CHARLES

G*est ça, établissons une cantine comme en campagne. Apporte

es bidons. ( Henri et Charles s'instalient auprès de la cheminée ; Charles est à cheral sur une chaise ; Henri est assis sur le tapis.) Donne- moi du pain.

HENRI

Voilà. Us mangent.

CHARLES

Ça me rappelle notre souper à la clarté des étoiles, le soir de Palestre.

Glr)

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