‹ Le bout de l'an de l'amour: causerie a deuxChapitre 5 sur 12 · SCÈNE UNIQUE · texte numérisé non relu

SCÈNE UNIQUE

HENRI

Tiens ! c'est vrai, nous avons mangé du saucisson,

CHARLES

A ta santé!... (ils trinqaent.) Âh ! qucIs souvenirs I les feux allumés... les chants des soldats... les rondes d'officiers parmi les plats et leis bouteilles. Le drapeau du 3^ zouaves, qui, à deux pas de nous, étrennait son étoile ! car, ce jour-là, ton régiment avait été mis à Tordre du jour... Qu'est-ce que tu as?

HENRI

Je me mouche !

CHARLES

Ce n*est pas vrai, lu pleures. Quel drôle de pays que le nôtre ! tout le monde est chauvin et personne ne veut en convenir.

HENRI) avec abandon. ,

Âh ! comme le cœur battait alors ! comme on se sentait vivre !

Surtout lorsque, comme moi, on avait été si près de mourir.

HENRI

Comment?

CHARLES

Ah ! c'est vrai, je ne t'ai pas raconté... Tiens, au fait, nwi, j'ai perdu là un sujet de dessin et une réclame ! Tu sauras donc que c'était pendant la bagarre ; oh 1 mais au beau moment 1 Je m'étais mis dans un petit coin, et, tandis que vous jouiez du sabre et de la baïonnette, moi, je m'escrimais vivement de mon crayon. Quand tout à coup, en relevant la tête, j'aperçois à vingt-cinq pas de moi, tout au plus, un habit blanc qui épaulait son arme à mon intention. Je me sentais perdu, je ne te le cacherai pas; ma carabine était près de moi, il est vrai, mais le temps de la prendre... Bref, par un mouvement instinctif mais idiot, je mets mon dessin devant moi en guise de bouclier, et, tout aussitôt, mon Autrichien tombe la face contre terre. — J'aurais pu attribuer cette attitude respectueuse à l'admiration causée par le chef-d'œuvre que je lui présentais; je

crus plus modeste de supposer qu'un des nôtres, témoin du danger que je courais, lui avait logé une balle dans le ventre.

HENRI

Eh bien, tu Tas échappé belle 1 Ah I à ta place, je prierais Tillusre Devisme de me faire un porte-crayon rayé.

CHARLES

J'y songerai. Passe-moi les crevettes.

HENRI

Passe-moi le saucisson... Donnant, donnant.

Us échangent les comestibles.

LE GARÇON, parait  droite ; â cette me, il jette un cri de surprise.

Messieurs...

CHARLES

Quoi?... Tiens, je TaV pris pour mon Autrichien.

LE GARÇON, à Henri.

Monsieur, le dîner a trop attendu, il sera détestable.

CHARLES, éclatant de rire, la bouche pleine.

Eh bien, qu'est-ce que ça nous fait?

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