‹ Le bout de l'an de l'amour: causerie a deuxChapitre 6 sur 12 · LE GARÇON · texte numérisé non relu

LE GARÇON

Ah!.,.

CHARLES

Votre dîner, votre dîner, vous le ferez réchauffer demain pour une noce.

LE GARÇON, indigné.

Pour une noce !... Ah 1 monsieur I... nsort.

CHARLES

Tiens I suis-je bête, moi ! Je ne me souvenais plus que nous étions au café Anglais, (se levant.) C'est ta faute aussi ! on n'a jamais dîné sur l'herbe dans un cabinet du boulevard des Italiens.

HENRI, se levant aussi.

Bah ! quand on arrive d'Italie! Oh! mais ce n'est pas possible Ces dames ne viendront plus maintenant.

CHARLES, allumant une cigarette.

Quel bonheur !

HENRI

Forestier, je te trouve froid 1

CHARLES

Qu'est-ce que tu veux ! j'ai une idée que je n'avais pas voulu t dire d'abord, de peur de te contrarier, mais que...

HENRI

Quoi donc?

CHARLES

Eh bien, s'il faut te l'avouer, je trouve qu'en organisant celte petite fête du souvenir, tu as commis une imprudence... ou, si lu ^ 'aimes mieux, une maladresse.

HENRI

Une maladresse!

CHARLES

Imperitia,., chez les anciens... impair chez les modernes, qui n'y regardent pas de si près.

HENRI

Âh ! je te trouvais froid tout à l'heure, maintenant je te trouve sévère.

CHARLES

Sévère... mais juste.

HENRI

Enfin, pourquoi?

Pourquoi ? pourquoi ? Âh I un mot, d'abord I me permets-tu dt te parler du fleuve du Tendre?

HENRI, riant.

Tu es insupportable.

CHARLES

Réponds... c'est important.

HENRI

Eh bien, oui.

GHARLEOl

Merci! à charge de revanche... Je te dirai donc que le fleuve du Tendre peut être descendu, mais qu'il ne faut jamais le remonter

HENRI

Je ne comprends pas.

CHARLES

Ah! tn ne comprends pas? Eh bien, sais-lu ce que nous eussions ait tous quatre ici, ce soir, si ces dames étaient venues? Sais-tu ce que nous ferions encore^ si elles venaient?

HENRI

Nous ferions un bon dîner.

CHARLES

Pas du tout, car on vient de te dire qu'il serait détestable. Nous ferions ce que j'appelle le bout de Van de Vamour,

HENRI, riant.

Très-jolie, l'image !

CHARLES

Oui, le bout de l'an de l'amour; et les bouts de Tan, voîs-lu, Henri, ce n'est plus cela. Les yeux lisent bien les mêmes versets, la bouche récite bien les mêmes psaumes, mais l'émotion est partie, la ferveur est absente. Alors, on ne se gêne guère pour parler de celui qui n'est plus; on le discute, on le juge, quelquefois on le condamne, et l'on s'en va dîner... Eh bien, mon cher, généralement, il en est de même aux bouts de Tan de l'amour.

HENRI

Ce qui donnerait à entendre qu'avant minuit nous aurons dit pis que pendre du défunt.

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