‹ Le bovarysmeChapitre 4 sur 30 · La Cité antique (Hachette et G''), p · texte numérisé non relu

La Cité antique (Hachette et G''), p

vots qui ne relèvent pas seulement de Molière, mais qui pourraient souvent prendre place en un( martyrologe d'un nouveau genre.

Pour que la science engendrât les conclusions certaines que l'opinion populaire lui attribue, il serait nécessaire que le déterminisme causal, dans lequel l'esprit humain a placé sa confiance, prît son point d'appui sur une cause première, que la nature même de l'esprit se refuse à concevoir et, qu'en fait, l'intelligence scientifique n'atteint jamais. Toutes les sciences particulières ont leur origine dans un parti pris de l'esprit humain qui décide de placer en quelque endroit de la réalité une frontière pour la commodité de ses spéculations : on ne leur voit pas de commencement dans la nature des choses oîi leurs racines plongent et se perdent. De là, la relativité de toutes les conclusions scientifiques dès qu'elles touchent à un ordre de phénomènes quelque peu complexe. Aussi Flaubart avait-il beau jeu à faire apparaître les contradictions des systèmes en des sciences telles que l'histoire ou l'histoire naturelle, la médecine, la philosophie, l'esthétique, la politique ou la pédagogie. Loin qu'il soit permis de le taxer de paradoxe, il faut penser que cette thèse sur l'incertitude de la connaissance humaine, eût assumé un caractère d'une tout autre rigueur,

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eût ébranlé dans leurs fondements des sciences plus positives en apparence et sur lesquelles ne s'est point exercée l'analyse de l'écrivain, si quelque savant doué par surcroît de l'intelligence philosophique, à la manière d'un Claude Bernard, eût entrepris de la soutenir.

La foi populaire en l'absolu de la science repose donc sur une croyance latente en l'existence d'une cause première d'où l'ordre phénoménal pourrait être déduit dans son entier. Elle s'exprime en un Bovary sme de la cause première. L'intelligence est dupe ici de ses procédés : elle prend pour une route tracée vers un but fixe auquel elle aboutirait, ce sens de la causalité qui n'est que le moyen de ses constructions.

Ce qu'il faut donc constater, en fin de compte, c'est qu'avec la philosophie et la science, c'est qu'avec l'universalité des modes de la connaissance, l'homme se conçoit propre à atterrir en des régions qui lui demeurent inaccessibles, à posséder un savoir qu'il ne conquiert jamais, qu'il se conçoit né pour des fins qui ne sont pas les siennes, qu'il y a un abîme entre sa destinée et la destination qu'il se suppose, qu'essentiellement, et dans son activité la plus haute, il se conçoit autre qu'il n'est.

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